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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 07:28

Ce fragment du temple de Louqsor qui se trouve sur la place de la Concorde, à Paris, le plus fameux des obélisques de France, aurait très bien pu ne jamais finir là, loin de sa terre d'origine. Ils auraient pu être deux, les deux obélisques qui précédaient le pylône du temple auraient pu quitter ensemble l'Egypte et ne pas être séparés comme le décrit Théophile Gautier dans les poèmes qu'il leur consacre. Il aurait pu s'agir d'un autre obélisque égyptien, ou encore de l'un de ces faux obélisques qui furent employés dès le XVIIIe s. dans le décor des jardins et des villes. Examinons comment on en est venu à arracher l'un de ses obélisques au temple de Louqsor pour l'installer dans la capitale française.



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Le faux obélisque provençal dressé en 1772 par le comte Omer de Valbelle dans le parc de son château de Tourves (Var) témoigne du goût des lettrés du XVIIIe s. pour ce motif égyptien.


Comme nous l'avons vu à travers la peinture en abordant le
thème de Moïse sauvé des eaux, la pyramide et l'obélisque sont dans l'esprit européen les symboles mêmes de l'Egypte. Tant et si bien qu'on érige des obélisques de fantaisie aussi bien pour orner les parcs des riches demeures que les places des villes. Ils sont les premiers éléments d'égyptomanie à entrer dans l'architecture européenne, et ceci d'ailleurs depuis fort longtemps, puisque les Romains en construisaient déjà ou en faisaient venir d'Egypte. Le XVIIIe s. marque une étape importante avec la multiplication de ce type de décor. En contexte urbain, on l'utilise volontiers comme monument commémoratif, car il se prête bien mieux que la colonne à l'application d'inscriptions ou d'ornements ; cette fonction demeurera d'ailleurs durablement, et le fera même souvent utiliser plus tard en contexte funéraire et pour les monuments aux morts.



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Trois exemples d'obélisques égyptiens réemployés à Rome : 1- L'obélisque du Latran, provenant de Karnak, ramené par Constance II pour orner le Circus Maximus, redécouvert en 1587 et dressé sur la place St-Jean de Latran par le pape Sixte Quint ; 2- L'obélisque du Panthéon, provenant du temple d'Héliopolis, ramené à Rome par Dioclétien pour orner le temple d'Isis au Champ de Mars, redécouvert au Moyen Age et placé en 1711 sur une fontaine devant le Panthéon ; 3- L'obélisque de la Piazza del Popolo, provenant lui aussi d'Héliopolis, ramené à Rome par Auguste pour la spina du Circus Maximus, redécouvert en 1587 et installé en 1589 sur la Piazza del Popolo.



Les Français connaissent depuis longtemps les obélisques de Rome, ramenés d'Egypte dans l'Antiquité par les Romains, puis ensevelis durant plusieurs siècles et redécouverts à la Renaissance ; ces ornements urbains, la France rêve d'en posséder aussi. Si la flotte française n'avait pas été anéantie par les Anglais lors de la terrible bataille d'Aboukir en 1798, Bonaparte aurait volontiers ramené des obélisques : " Les obélisques et la colonne d'Alexandrie me suivront dans la capitale de l'Europe pensante, pour lui apprendre que j'ai été là, où vinrent Alexandre et César." (propos rapportés par R. de Verminac St-Maur). Une fois devenu empereur, Napoléon n'a pas abandonné l'idée d'ériger un obélisque à Paris ; il lance le projet de faire construire sur le terre-plein du Pont-Neuf, à la pointe de l'île de la Cité, un obélisque monumental de plus de 58m de haut. Mais à la chute de l'empire, seul le socle en est achevé et on y placera finalement une statue équestre d'Henri IV !



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Louis XVIII, lors de la Restauration, poursuit le projet de faire venir à Paris un obélisque égyptien.


Sous la Restauration, Louis XVIII poursuit lui aussi l'idée de faire venir un obélisque d'Egypte. La France souhaiterait acquérir les deux obélisques alexandrins qu'on connaît alors sous le nom d' "aiguilles de Cléopâtre", ceux là même que Bonaparte voulait ramener en 1798. L'un des deux, celui qui est tombé à terre, a failli être emporté en 1801 par les Anglais alors qu'ils venaient de vaincre l'armée française en Egypte. Mohammed Ali, vice-roi (wâli) de l'Egypte ottomane, est d'accord sur le principe de céder à la France l'une des deux "aiguilles". La France aura enfin son obélisque égyptien ?



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Mohammed Ali, vice-roi d'Egypte, est prêt à offrir à la France l'une des deux "aiguilles de Cléopâtre" qui se trouvent à Alexandrie



Références :

Sur le sujet de l'obélisque de Louqsor transporté à Paris, je vous recommande particulièrement un livre passionnant, disponible en format de poche :
Robert SOLE, Le Grand Voyage de l'obélisque, éd. du Seuil , coll. Points Histoire n° H360, Paris, 2004.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons franco-égyptiens
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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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