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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 06:59

Charles X, qui succède à son frère, entretient de bonnes relations avec Mohammed Ali, lequel s'entoure d'ailleurs de nombreux Français au Caire. Diplomates français et anglais rivalisent d'influence auprès du maître de l'Egypte.




Charles10.jpg
Charles X poursuit le projet de faire venir en France un obélisque d'Egypte ; c'est sous son règne que s'opère le changement de l'obélisque d'Alexandrie vers celui de Louqsor, sur la suggestion de Champollion.


En 1829, Champollion a rendu un rapport dans lequel il préconise de demander au moins l'un des obélisques du temple de Louqsor au lieu de celui d'Alexandrie déjà offert par le vice-roi. En fait, Mohammed Ali est disposé à donner à la France à la fois l'obélisque d'Alexandrie et les deux obélisques de Louqsor. Le ministre de la Marine de Charles X, le baron d'Haussez, s'est rangé à l'avis de Champollion ; mais il cherche à s'attribuer le mérite du projet. Il convoque une réunion dans son bureau le 19 novembre 1829 pour examiner la question du transport. A l'issue de cette réunion, il suggère à Charles X d'envoyer en Egypte le baron Taylor pour négocier l'échange de l'obélisque d'Alexandrie contre ceux de Louqsor, ou mieux encore d'obtenir les trois. Il écrit au roi : "Paris, qui ne le cède qu'à une seule des capitales de l'Europe moderne, le disputera bientôt aux villes les plus célèbres des temps anciens ; mais ses palais et ses places publiques n'ont pas encore, il faut l'avouer, atteint le degré de splendeur auquel est parvenue Rome, dont la capitale de votre royaume se montre d'ailleurs la rivale en magnificence. On n'y voit aucun de ces obélisques transportés d'Egypte en Europe..." A nouveau la comparaison avec Rome, et ses obélisques antiques.




baron-d-haussez.jpg

Le baron d'Haussez, ministre de la Marine de Charles X en 1829, cherche à hâter l'affaire de l'obélisque de Louqsor pour pouvoir s'en attribuer les mérites.


Le baron Taylor est effectivement envoyé en Egypte au printemps de 1830, avec un navire spécialement chargé de ramener un premier obélisque. C'est là qu'intervient un nouveau coup de théâtre : le consul général anglais réclame l'un des obélisques de Louqsor, qui aurait été promis à son prédécesseur. Mohammed Ali, qui veut ménager les deux puissances européennes, est embarrassé : doit-il remplacer le cadeau promis à Charles X par un autre obélisque, comme celui de Matariyeh ? Ou doit-il donner l'un des obélisques de Louqsor à la France et l'autre à l'Angleterre ? Le consul général de France en Egypte, Jean-François Mimaut, sur une idée habile de Champollion, propose une autre solution et suggère au vice-roi d'Egypte de donner aux Anglais l'obélisque de Karnak, qui est bien plus beau encore, et ceux de Louqsor à la France, qui ne sauraient être séparés. "Vous avez promis aux Anglais un des obélisques de Thèbes. Faites-leur don de celui de Karnac qui est connu pour le plus grand et le plus beau de tous, et dont ils seront très fiers, et offrez au Roi de France, qui vous en saura gré, les deux obéliques de Luxor."



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Mohammed Ali
trouve l'idée excellente et accepte. Habile, car en fait les Anglais viennent d'être floués par Champollion : l'obélisque de Karnak se trouve au milieu de constructions antiques qu'on ne saurait détruire pour l'extraire ; il ne quittera jamais l'Egypte.



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En 1830, alors que les négociations pour l'obélisque avancent, Charles X est brusquement renversé et remplacé par Louis-Philippe. Ce changement politique fait craindre que l'Angleterre n'en profite pour essayer d'obtenir à son profit l'obélisque de Louqsor.


Des nouvelles graves arrivent bientôt de France. Les élections de juillet 1830 ont été un désastre pour le gouvernement, l'insurrection gronde, et Charles X est bientôt contraint d'abdiquer. On a proclamé à Paris une monarchie constitutionnelle et nommé le duc d'Orléans roi des Français, sous le nom de Louis-Philippe. Le consul Mimaut voit le danger que cela représente pour le projet de l'obélisque et préfère prendre les devants. Il fait valoir que le cadeau de Mohammed Ali a été fait à la France, non à Charles X personnellement. Le wâli d'Egypte approuve, et accepte même de le confirmer par écrit. Son ministre des Affaires Etrangères, Boghos Youssoufian, écrit au ministre de la Marine français, le comte Horace Sebastiani : "Je suis ordonné par Son Altesse de mettre les trois monuments cités à la disposition de S. M. le roi des Français dès ce moment, et votre Excellence est priée de bien vouloir en faire hommage à S. M. au nom de S. A. le vice-roi Mehmet Aly Pacha." Les trois monuments en question, ce sont bien sûr l'obélisque d'Alexandrie et les deux obélisques de Louqsor.



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De l'obélisque d'Alexandrie, que voici vers la fin du XIXe s. avant son départ pour New-York, qui avait été offert à l'origine, la France est passée à celui de Louqsor.



Ainsi, à l'issue d'une histoire pleine de rebondissements, c'est finalement Louis-Philippe qui va concrétiser le projet que la France caressait depuis si longtemps. Ne reste plus qu'à s'occuper du transport.




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Références :

Comme pour les autres articles de la série, je vous recommande particulièrement un livre passionnant, disponible en format de poche :
Robert SOLE, Le Grand Voyage de l'obélisque , éd. du Seuil , coll. Points Histoire n° H360, Paris, 2004.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons franco-égyptiens
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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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