Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 06:50

Il y a longtemps que nous n'avons pas ajouté de livre à notre bibliothèque. Cette fois, je proposerai une agréable lecture aux amateurs de romans historiques et aux amoureux du XVIIe s. ou des destins des femmes d'exception. " La Marquise des Ombres ", rassurez-vous, n'a rien à voir avec la série des " Angélique " portée à l'écran. Le roman est sous-titré " La vie de Marie-Madeleine d'Aubray, marquise de Brinvilliers " : c'est en effet un ouvrage consacré à celle que l'histoire a retenue sous le nom de " la Brinvilliers " et dont nous avons tous l'image d'une terrible criminelle de l'époque de la fameuse affaire des poisons, sous Louis XIV. Beaucoup d'entre nous qui s'intéressent à l'histoire auront aussi en tête l'image de son supplice, après son arrestation.




Nous avons tous en tête l'image de " la Brinvilliers " empoisonneuse subissant la " question "...


Catherine Hermary-Vieille
nous propose une autre vision du destin de Mme de Brinvilliers, celui d'une femme entraînée par la tourmente de l'amour dans les pires excès, jusqu'au drame final ; on a beau connaître les grands traits de l'histoire, et surtout sa chute, le roman est passionnant et se lit avec plaisir. L'histoire débute dans une bastide de Provence, où le père de Marie-Madeleine, Antoine Dreux d'Aubray, est en poste, avec cette très belle description :


" La campagne était déjà rousse. Au-delà des murs du jardin, l'ocre, le gris bleuté succédant aux verts sombres, aux feuilles argentées et aux taches vives des massifs groupés autour de la bastide. Accroupie au pied du mur du potager,  là où le soleil chauffait le plus fort, le menton posé sur ses genoux repliés, la petite fille rêvait lorsque la voix de sa nourrice la fit sursauter. D'instinct elle se leva et essuya son visage avec un coin de son tablier... "



Déjà le destin de la petite Marie-Madeleine, âgée de 5 ou 6 ans, se noue, sous les traits de son maître de dessin... Son rapport avec les hommes est désormais scellé : il sera fait de sensualité et de dégoût, de faiblesse et de révolte. Et elle sera partagée entre la recherche de l'amour de son père et les reproches qu'elle lui fait... On suit ainsi son histoire, qui se poursuit à Paris où son père est nommé lieutenant-civil au Châtelet. Elle rêve d'une vie brillante, parmi la noblesse parisienne . Mais elle est mariée par devoir à un homme médiocre, Antoine Gobelin, et sa vie prend un tournant qui ne lui conviend pas. Il lui apporte le confort matériel, et bientôt le titre de marquise de Brinvilliers, mais il lui manque l'essentiel. Alors elle dépense, se grise de futilités. Et puis elle rencontre la passion en la personne de M. de Sainte-Croix. Sainte-Croix est à la fois celui qui lui fera vivre ses plus beaux moments et qui la tourmentera le plus, jusqu'à l'entraîner vers l'irréparable. Devant lui, elle sera faible, elle lui sacrifiera tout, jusqu'à y perdre son rang, et au final sa vie. L'autre facette de ses rapports avec les hommes, c'est le trésorier Penautier, qui l'entraîne dans des placements hasardeux et entretient ses chimères de vie luxueuse. Mais je vous laisse découvrir ces personnages et leur histoire...

 

 

... ou encore celle de la malheureuse conduite au supplice, condamnée à avoir la tête tranchée, car elle est noble, puis son corps dévoré par les flammes.



Sous la plume de l'auteur, c'est d'abord toute une époque qui revit et dont elle restitue la réalité sans concession, mais sans non plus les préjugés habituels. Mais surtout, c'est le destin exceptionnel d'une femme que l'on découvre et qui repose sur de longues recherches. On ne s'attend pas à se prendre de tendresse et de compassion pour " la Brinvilliers ", tant l'idée qu'on a d'elle est noircie à l'excès. Et pourtant ce roman, même s'il s'agit d'une fiction, replace les choses sur le plan humain et nous permet de voir sous un autre jour le drame de cette femme ; alors que l'histoire la regarde habituellement au jour des aveux obtenus sous la torture, des dénonciations plus ou moins crédibles et des dires de langues de vipère comme Mme de Sévigné. Aujourd'hui encore, on est moins indulgent envers les erreurs et les faiblesses d'une femme qu'envers celles d'un homme, et on a tôt fait de les diaboliser... Ce n'est plus " la Brinvilliers " que l'on considère après avoir lu ce roman, mais Marie-Madeleine d'Aubray. Toutes celles et tous ceux qui auront un jour dans leur vie croisé le chemin de leur propre " Sainte-Croix " ne pourront que la comprendre ; et les autres frémir à l'idée de le rencontrer un jour...

Un excellent roman historique qui vous fera passer de très agréables moments en compagnie d'un personnage qu'on connaît au final bien mal.

Un autre extrait, que j'aime beaucoup, pour terminer et pour le plaisir :

Marie-Madeleine serra les mains l'une contre l'autre pour en dominer le tremblement. Sa voix était étranglée.
- Tu me resteras, Jean-Baptiste !
Sainte-Croix se mit à rire, d'un rire qui fit peur à la jeune femme car elle ne l'avait point encore entendu.
- Pour vous aller visiter rue du Bouloi, et réciter des patenôtres en la compagnie de François ! Peut-être pourrions-nous prendre un peu d'air en nous promenant en bourgeois sur les remparts ? ou aller visiter les malades de l'Hôtel-Dieu et leur porter quelques douceurs ? Je vous escorterais à la messe où nous remercierions ensemble un Dieu auquel nous ne croyons pas de nous avoir ôté le bonheur et d'avoir fait de nous des êtres misérables et grotesques. Tout le monde nous tournera le dos, la pauvreté est pire que la peste, et moi je vous quitterai car la femme que j'ai aimée ne sera plus.
Marie-Madeleine s'était avancée vers Sainte-Croix et levait la tête pour le regarder.
- Taisez-vous, je vous en prie...
Elle pleurait. Sainte-Croix souriait à nouveau.
- Luttez, madame, battez-vous. Triomphez de votre peur et de votre faiblesse, votre père ne vous aime point, Dieu n'existe pas.
La jeune femme posa son visage entre ses mains. De longs sanglots la secouaient. Jean-Baptiste hésita, puis il l'entoura de ses bras.
- Ne pleure pas, mon coeur. Tu seras heureuse et je t'aimerai longtemps. Riche, tu feras ce que tu voudras et mes désirs seront les tiens. Nous voyagerons si tu le veux, nous irons en Italie, à Venise, à Rome, à Florence. Là-bas Paris ne sera plus qu'un souvenir et chaque jour deviendra l'aurore d'un bonheur nouveau. Nous ne jouerons plus, nous ne nous ferons plus souffrir, ce sera une autre existence dans une jeunesse revenue. Nous ne sommes point semblables aux autres, Marie-Madeleine, ne cherche pas à t'identifier à eux, ils sont vils et médiocres. Tu es la vie, avance comme elle, ne t'embarrasse de rien, le monde sera à toi et je t'aimerai toujours.
Sainte-Croix écarta les mains de la jeune femme, contempla son visage et doucement, tendrement, la baisa sur les tempes, les joues, la bouche. Il répétait :
- Je t'aime, je t'aime...
Marie-Madeleine n'avait plus de pensées. Aucune des promesses faites par Sainte-Croix ne se réaliserait, mais elle devait faire semblant d'y croire.
"


Catherine HERMARY-VIEILLE, La Marquise des Ombres, 1983.
Disponible en diverses éditions, y compris en format poche.

Partager cet article

Repost 0
Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons écrits
commenter cet article

commentaires

Clémence 19/09/2008 21:41

franchement c'est un livre que j'aime beaucoup je le reki en boucle j'appréci le courage de cette femme

Kaaper Nefredkheperou 07/11/2008 07:01


C'est vrai que ce roman est bien écrit et agréable à lire. Et surtout il nous présente la marquise de Brinvilliers sous un jour différent de celui véhiculé par l'image
qu'on peut avoir de cette affaire.
Amitiés, Kaaper


Papyrus D'identité

  • : Horizons d'Aton - Beyt Kaaper
  • Horizons d'Aton - Beyt Kaaper
  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
  • Contact

Fouilles

Archives