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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 07:28


La pyramide à degrés de Djoser, symbole de la nécropole de Saqqarah.



Du complexe funéraire de Djoser1 à Saqqarah, chacun a en tête les vestiges extraordinaires auxquels Jean-Philippe Lauer2 a consacré toute une vie, la célèbre pyramide à degrés en particulier. Les amateurs d'égyptologie penseront également aussitôt à la magnifique statue grandeur nature du roi, qui se trouvait dans son serdab. Mais ce serdab, justement, on ne le voit que plus rarement. D'où l'idée de cet article à partir de photos prises en 2006 à Saqqarah.




Le serdab dans le plan du complexe funéraire de Djoser à Saqqarah : 1- la pyramide à degrés ; 2- le temple funéraire nord ; 3- le serdab et sa cour.



Tout d'abord, qu'est-ce précisément qu'un " serdab " ? Le mot n'appartient pas à la langue égyptienne antique, mais vient du persan signifiant " cave " ; les anciens égyptiens l'appelaient per-twt ( " maison pour la statue " ). Dans les mastabas ou les complexes funéraires de l'Ancien Empire, on appelle serdab une petite pièce entièrement close derrière laquelle se trouve une statue représentant le Ka3 du défunt et qui communique par une étroite ouverture avec la chapelle où étaient déposées les offrandes ; très souvent, c'est une fausse porte, motif qui perdurera, qui assure cette transition entre le serdab et la chapelle funéraire. Cet aménagement disparaîtra par la suite, mais la tradition de l'image représentant le Ka du défunt survivra. Selon la croyance égyptienne, le Ka du défunt survit dans l'au-delà et continue d'observer le monde des vivants et d'en recevoir les offrandes, qui assurent sa pérénité. Le serdab est là pour le rappeler.



Il faut contourner la pyramide à degrés pour accéder au serdab qui se trouve sur sa face nord.



La façade principale du serdab de Djoser, avec les deux orifices permettant au Ka du roi de recevoir les offrandes.Aujourd'hui encore, l'effet est saisissant...




Le serdab de Djoser se trouve à l'arrière de la pyramide à degrés, au pied de celle-ci du côté nord, et était attenant au temple funéraire. Il fut découvert en 1924 par Cecil Firth (1878-1931), archéologue britannique qui a précédé Lauer sur le site de Saqqarah4. Il s'agit d'une petite construction quadrangulaire, de pierres soigneusement appareillées, qui intrigue par les deux trous circulaires percés dans sa façade avant : placés à la hauteur des yeux de la statue royale contenue dans le serdab, ils permettaient au Ka du roi défunt d'assister aux cérémonies célébrées en son honneur et de recevoir les offrandes. La statue qui se trouve aujourd'hui à l'intérieur est une copie, l'original ayant été transféré par Firth au Musée Egyptien du Caire. Mais elle a le mérite de nous donner une idée de l'installation d'origine ; une ouverture a été pratiquée sur le côté de façon à ce qu'on puisse voir la statue à l'intérieur, bien que le plus impressionnant reste de la rergarder à travers les deux trous qui sont en façade ses yeux sur l'extérieur. Un texte trouvé dans le serdab attribuait à Imhotep la conception de la pyramide à degrés.




La statue du Ka de Djoser dans son serdab, vue à travers l'un des orifices de la façade.



Une vue latérale de la statue du Ka, par l'ouverture laissée sur le côté lors des restaurations ; on distingue bien le némès court qui laisse voir largement la perruque.



Le serdab lors de sa découverte durant la campagne de fouilles de 1924, avec à l'intérieur la statue de Djoser.






La statue originale de Djoser au Musée Egyptien du Caire




( calcaire rehaussé de couleur ; haut. 142cm ; fouilles du Service des Antiquités 1924-1925 ; Saqqarah, serdab du complexe funéraire de Djoser ; Ancien Empire, IIIe Dynastie, règne de Djoser ; Musée Egyptien du Caire, rez-de-chaussée salle 48 )



Ce fut la première statue grandeur nature d'un grand pharaon de l'Ancien Empire à avoir été découverte. Elle impressionne particulièrement le visiteur du musée cairote, en particulier par son ancienneté et sa perfection. Déjà au IIIe millénaire avant notre ère, le sculpteur a su donner à l'image royale cette expression de puissance et de force qui inspire le respect.


Le détail du visage, dans lequel on peut voir un véritable portrait du roi défunt.



Selon le style de cette époque, la figure se détache à peine du trône sur lequel elle est assise, formant avec lui une masse imposante. Le corps est enserré dans un vêtement gainant, il s'agit du roi défunt mais toujours vivant ; sa main droite est posée à plat sur le genou, le bras gauche replié avec le poing fermé sur la poitrine, dans un geste duquel se dégage à la fois majesté et sentiment d'éternité. Le visage est personnalisé, sans doute presque un portrait du roi ; il a des pommettes saillantes, des lèvres charnues, avec une moustache au-dessus de la lèvre supérieure comme c'est fréquent sous l'Ancien Empire. Il faut imaginer que les yeux aujourd'hui creux étaient à l'origine incrustés de façon à donner l'illusion de la vie, cette illusion qui est si frappante dans les sculptures de cette période. L'idéalisation des traits se limite à donner une expression d'intemporalité.



 


L'inscription du socle et sa lecture : le nom d'Horus d'Or du roi ( Nebw ), le nom de couronnement ( Netjerikhet ), le titre de Nebty ( avec Ouadjet et Nekhbet ) et le titre de Nesout-bity (avec l'abeille et le jonc ).



Le roi porte les symboles de son pouvoir : la barbe postiche et le némès ; un némès particulier, si on l'observe avec attention, qui ne couvre pas encore totalement la lourde perruque tripartite. Sur la base du socle, à l'avant, on peut lire des titres de la titulature de Djoser : son nom de NebtyNetjerikhet5 ( " la Chair est divine " ) , et le titre de Nesout-bity ( roi de Haute- et Basse-Egypte ).





Notes

 
1 - Djoser ou Djeser, selon les transcriptions, puisque Dsr  n'est pas vocalisé en ancien égyptien. C'est le nom de naissance ( Sa-Rê ) du roi.
2- Jean-Philippe Lauer, archéologue français dont le nom est indisociable de celui de Saqqarah, puiqu'il y consacra toute sa vie de 1926 à sa mort en 2001.
3- Ka : selon les croyances égyptiennes, le Ka est la force vitale de la personne, son double porteur de sa personnalité ; il est modelé par Khnoum en même temps que le corps et naît donc en même temps que l'individu ; après la mort, c'est le Ka qui reçoit les offrandes funéraires. 
4- C'est d'ailleurs Firth qui accueille Lauer à Saqqarah en 1926.
5- Netjerikhet est également son titre d'Horus.



 

Liens :

Ils sont très nombreux, mais très peu montrent le serdab.

- un
article sur cette zone du complexe de Djoser sur Touregypt (angl.).
- un court
article et quelques photos sur Insecula (franç.).

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Kemet - Egypte antique
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