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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 09:21

La palette de Narmer fait partie des oeuvres maîtresses conservées au Musée Egyptien du Caire, de par sa qualité et son ancienneté, mais aussi pour le témoignage historique majeur qu'elle représente pour la civilisation égyptienne. Cette palette votive de schiste vert a été découverte en 1898 lors des fouilles de J. Quibell1 dans le temple d'Horus à Hierakonpolis2. La série de quatre articles qui lui sont consacrés n'a pas pour objectif de redire tout ce qui a déjà été écrit sur le sujet, et beaucoup mieux écrit que ce que je ne pourrais le faire, mais de montrer comment lire et décrypter les informations que nous fournit une oeuvre telle que celle-ci, et comment elle nous permet d'aborder des aspects de la civilisation égyptienne, son iconographie, ses liens avec d'autres civilisations.






                           Palette de Narmer
(schiste vert ; dim. : haut. 64cm, larg. 42cm ; découverte à Hiéraconpolis en 1898 ; règne de Narmer, " Dynastie 0 ", vers 3200 av. notre ère ; Musée Egyptien du Caire, rez-de-chaussée salle 43)




La Palette de Narmer est est une palette votive qui appartient à une série de palettes prédynastiques dont elle est la plus célèbre et sans doute la plus fascinante. La  face principale3 se décompose en 3 registres séparés par des lignes horizontales. La face arrière, pour sa part,  ne comporte que 2 registres, le registre principal occupant à lui seul les 3/4 de la palette. Les deux faces sont couronnées du même motif.

Les représentations illustrent le thème de la victoire du roi Narmer sur ses ennemis. On considère traditionnellement qu'il s'agit d'un document consacrant l'unification de la Haute- et Basse-Egypte ; mais certains chercheurs mettent en doute cette interprétation4.

Ce qui est fascinant et certain, en revanche, c'est que dès cette période prédynastique, on voit se mettre en place des caractéristiques qui perdureront tout au long de la longue évolution de la civilisation égyptienne5.

Egalement sensible, comme nous le verrons, l'influence mésopotamienne, qui montre que les contacts culturels existent déjà dès cette époque reculée et que l'Egypte est loin d'être repliée sur elle-même ; la civilisation égyptienne, contrairement à ce qu'on pense souvent, ne naît pas ex-nihilo, mais bien dans un contexte. Un certain nombre d'éléments, comme l'importance du bovidé, renvoient d'ailleurs à des traits communs qu'on retrouve dans de nombreuses cultures pré- et protohistoriques. 

Enfin, on trouve sur cette palette les plus anciennes inscriptions hiéroglyphiques.




 

 

Le sommet de la palette :

 

 

 Les deux faces présentent au sommet le même motif : le nom du roi dans un serekh flanqué de chaque côté d'une tête de bovidé à visage humain.

 


Au centre se trouve le nom royal dans ce qu'on appelle le serekh, cadre quadrangulaire qui constitue l'ancêtre du cartouche dans la première forme de titulature royale6 ; symboliquement, le nom figure au-dessus de la façade du palais royal. A l'intérieur, le nom du roi apparaît sous une forme phonétique, le poisson-chat correspondant au son " n3r " et le burin au son " mr ". Le nom de Narmer se retrouve sur le recto de la palette, devant la figure royale dans le registre supérieur, mais cette fois sans le serekh.



 

 




Les têtes de bovidé à visage humain font immédiatement penser aux représentations ultérieures d'Hathor ; mais cette déesse, si elle compte effectivement parmi les plus anciennes du panthéon égyptien, ne s'impose en association avec la personne royale qu'à partir de l'Ancien Empire. Il s'agit en fait plus vraisemblablement de la déesse primitive Bat7, qui sera par la suite assimilée par Hathor, d'où la ressemblance avec l'iconographie de celle-ci qui nous est familière. Cette déesse était parfois appelée " Celle aux deux visages " , ce qui, en dehors de l'aspect esthétique, pourrait expliquer la présence des deux représentations de chaque côté de la palette.  Certains y voient par ailleurs le roi assimilé au taureau, mais cette hyptohèse est moins vraisemblable, même si cette assimilation apparaît ailleurs sur la palette. Les bovins occupent une place importante dans les croyances des peuples néolithiques et protohistoriques, aussi bien en Afrique8 qu'en Mésopotamie, en Anatolie9, mais aussi dans l'Europe néolithique,  et  perdureront longtemps dans de nombreuses civilisations ; on les retrouve par exemple dans la civilisation minoenne, en Crète. En Afrique même, l'importance symbolique des bovidés subsiste chez des peuples comme les Masaï d'Afrique orientale.



Trois autres articles sont à suivre pour continuer d'explorer ce que contient cette oeuvre passionnante :
- La face principale, ou recto, de la palette
- La face arrière, ou verso
- La palette de Narmer et l'iconographie égyptienne

Liens et références seront fournis à la fin du dernier article de la série.







Notes et remarques :

1- James Edward Quibell (1867-1935), égyptologue britannique, il fut l'assistant de Petrie lors des fouilles sur un certain nombre de sites. Il pratiqua lui-même des fouilles sur le site de Nekhen.

2- Hierakonpolis est le nom grec de la ville égyptienne de Nekhen en Haute-Egypte (en arabe Kôm el-aHmar) , face à el-Kab, entre Esna et Edfou ; lieu principal de culte du faucon Horus dès les époques les plus reculées, c'est un des sites majeurs de la période prédynastique. 

3- Celle sur laquelle se trouve l'espace circulaire destiné au fard.

4- En particulier en soulignant le faciès non-égyptien des ennemis représentés, dont l'iconographie rappelle plutôt celle ultérieure des peuples sémitiques étrangers.

5- Comme nous l'évoquerons dans le dernier article de la série.

6- Le serekh apparaît dès l'époque protodynastique et sera le premier nom à apparaître dans la titulature royale jusque sous l'Ancien Empire ; les titulatures des premiers souverains se limitent au nom d'Horus contenu dans un serekh. Par la suite, le serekh subsistera pour marquer le premier des 5 noms de la titulature royale, ou nom d'Horus.

7- Bat est une très ancienne déesse céleste de la fertilité, personnification de la Voie Lactée. Son lieu de culte principal se trouvait à Sesesh, en Haute-Egypte. En tant que nourricière, elle devint la protectrice du souverain. Il fallut beaucoup de temps avant qu'Hathor, dont elle fut bientôt considérée comme l'un des aspects, ne l'assimile totalement, sous le Moyen Empire.

8- En particulier les gravures rupestres néolithiques du Sahara, comme celles de Libye ou d'Algérie.

9- Par exemple des sites néolithiques tels que Catal Höyük, en Turquie.
 

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Kemet - Egypte antique
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commentaires

Fardoise 12/05/2008 08:58

Effectivement pour une oeuvre de cette période, elle est déjà de facture presque "classique". L'identification des divinités est toujours compliquée, lorsqu'on n'est pas spécialiste, car les symboles sont souvent communs et ont évolué dans le temps et dans l'espace. Pour ce qui est des rapports avec la Mésopotamie, on en est sûrs, et c'est elle qui était l'intermédiaire avec l'Asie (Afghanistan actuel, Indus...)

soleil51:0010: 08/05/2008 12:12

Un petit coucou en passant !
Suis encore pas bien en avance aujourd'hui !
Mille bisous de la terre des pharaons !
@nne marie

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