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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 07:50


Le Khedive Ismail, petit-fils de Mohammed Ali.


Lors de sa visite en France pour l'Exposition Universelle de 1867, le Khedive Ismail est fortement impressionné par les travaux entrepris à Paris sous la direction du baron Haussmann. Dès 1868, il s'inspire de ce qu'il a vu dans la capitale française pour lancer au Caire des travaux de grande envergure, auxquels ingénieurs, architectes, sculpteurs et paysagistes français vont prendre une large part. Cette atmosphère " parisienne " a laissé une empreinte dans le Caire moderne et montre bien les échanges qu'il y a pu y avoir dès cette époque entre les deux pays dans le domaine du goût architectural.

Pour son grand projet du centre d'affaires de l'Ezbekiyyeh et les lotissements résidentiels de l'actuel centre ville du Caire, le Khedive fait en effet appel à des Français : Jean-Antoine CORDIER (1810-1873), Alphonse DELORT de GLEON (1843-1899) et Pierre GRAND ( mort en 1918). Les concessions sont gratuites, sous réserve d'y construire sous un délai de 18 mois une habitation d'une valeur d'au moins 50 000 francs. Le cahier des charges s'inspire de celui mis en place à Paris.



L'Opéra du Caire, qui a disparu dans un incendie en 1971 (carte postale du début du XXe s. , coll. de l'auteur).


Le Khedive Ismail fait construire dans ce nouveau quartier l'Opéra du Caire, qui est inauguré en 1869 avec des invités de prestige venus du monde entier. Il fait également édifier un hippodrome, un Théâtre-Français et un cirque.

Pour orner les places, il fait également appel à des sculpteurs français, et non des moindres comme Alfred JARCQUEMART (1824-1896) et Charles CORDIER (1827-1905).


Ce projet de modernisation du Caire comprend également la création de parcs publics, de jardins botaniques et de promenades paysagées. Le Khedive Ismail avait en effet beaucoup apprécié les parcs parisiens lors de son voyage en France et demandé qu'on lui en envoie des plans. Pour ces réalisations, il recrute tout simplement d'anciens collaborateurs d'Haussmann, comme Gustave DELCHEVALERIE et surtout Pierre BARILLET-DESCHAMPS (1824-1873), que le Khedive nomma responsable du Service des Promenades et Plantations du Caire. La première grande réalisation dans ce domaine est le jardin public de l'Ezbekiyyeh (1870-1872), sur une surperficie de 8 hectares, conçu sur le modèle des parcs parisiens avec une rivières, un lac et des vallonnements artificiels, mais aussi un café, une brasserie, un kiosque à concerts, etc. Il fait ensuite réaliser à partir de 1872 les jardins de Gizeh, couvrant 75 hectares sur la rive gauche du Nil ; référence aux Buttes-Chaumont, il y fait dresser deux faux rochers reliés par une passerelle suspendue commandée à Gustave EIFFEL. Enfin, il fait établir le jardin d'acclimatation dans son domaine de Gezîra (à partir de 1868), sur 60 hectares, là encore inspiré des parcs parisiens avec des rocailles, des serres et des fabriques.




L'Ezbekiyyeh avant les travaux du Khedive Ismail (gravure de Prosper Marilhat, vers 1835, BNF, Paris).



L'impulsion donnée par le Khedive trouve un écho chez les notables égyptiens et ottomans, mais aussi chez les riches Européens vivant au Caire. Les résidences de style occidental se multiplient dans les nouveaux quartiers. Les plus appréciées à l'époque furent les constructions d'Ambroise BAUDRY (1838-1906), disciple de Garnier, qui exerça au Caire de 1871 à 1886 ; ce sont des bâtiments rappelant le style français Second Empire, comme un immeuble à arcades de l'Ezbekiyyeh ou l'hôtel particulier du banquier Raphael Suares. Baudry sera d'ailleurs employé par le Khedive lui-même, qui lui confia de 1875 à 1877 l'achèvement de son palais de Gizeh.


L'une des originalités de Baudry est d'avoir cherché à s'inspirer de l'architecture arabe, pour laquelle il se prit de passion. Ses plus célèbres réalisations de ce type sont sa propre demeure, la villa qu'il a construite en 1872 pour Delort de Gléon et le petit palais de Gaston de Saint-Maurice (devenu la Légation de France en 1884). Pour ces constructions, il réutilise des éléments anciens récupérés dans les chantiers de démolition, en particulier des plafonds ou des éléments architecturaux sculptés d'époque mamlûk ; il les mêle à des copies de motifs décoratifs inspirés de l'architecture historique du Caire.




La Villa de Delort de Gléon, construite par l'architecte français Ambroise Baudry dans un style néo-mamlûk.


Ainsi, ce qui avait commencé par une volonté de modernisation et l'importation de modèles français conduira à un échange qu'on pourrait trouver inattendu. Les architectes tels que Baudry et Delort de Gréon ont en effet contribué à une prise de conscience de la valeur et de l'intérêt de l'architecture des quartiers anciens du Caire. L'idée de sauvegarder les joyaux de l'architecture arabe du Caire est née. En 1881 est ainsi formé le Comité de Conservation des Monuments de l'Art arabe, auquel Baudry et d'autres Français prendront une part active. Et, juste retour des choses, cette architecture arabe du Caire va à son tour trouver un écho en France. A son retour, Baudry, par exemple, réalisera de nombreux " salons arabes " .


Nous reviendrons ultérieurement plus en détails sur chacun de ces lieux et monuments, dont beaucoup ont hélas disparu.





Orientations bibliographiques :

- "France-Egypte, Dialogues de deux cultures" , catalogue d'exposition, 1998.
-Marie-Laure LECONTE-CROSNIER & Mercedes VOLAIT, L'Egypte d'un architecte , Ambroise Baudry (1838-1906) , éd. Somogy, Paris, 1998.
- Mercedes VOLAIT dir. , Le Caire-Alexandrie, Architectures européennes 1850-1950, éd. CEDEJ/IFAO, 2001.


Liens :

- sur le site Egypte d'Antan, vous pourrez trouver des vues anciennes de cette partie du Caire et des lieux évoqués dans l'article.

- dans Beyt Kaaper, vous trouverez également une biographie du Khedive Isma'il.

 

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons franco-égyptiens
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commentaires

Efthimiadi Corinne 31/07/2008 09:45

Toujours aussi interessant!! Très heureuse de te retrouver au mieux de ton calame!!!!

POLA FILIA Corinne

Kaaper Nefredkheperou 08/08/2008 12:23


Allah yekhalleeki, content que l'article t'ai plu. Pola Filia (j'ai ma traductrice en grec, lol ! ). Kaaper


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