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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 07:05


Le Khedive d'Egypte Isma'il Pacha, souverain francophile.


A l'instar de son grand-père Mohammed Ali, Isma'il Pacha (arabe : إسماعيل باشا  ) a contribué à affirmer l'identité de l'Egypte vis-à-vis du pouvoir central ottoman et à engager le pays vers une modernisation qui lui a redonné une importance politique sur le plan international. Cependant, il n'a pas su prévenir la mainmise progressive des grandes puissances occidentales sur les affaires égyptiennes et son règne s'acheva dans une crise majeure.



Le Palais de Mosafer Khana, dans le quartier de Gamaleyya, au Caire, dans lequel est né Isma'il ; construit dans le style ottoman de 1779 à 1788, il a malheureusement été détruit par un incendie en 1998.


Né le 31 décembre 1830 au palais d'el-Mosafer Khana au Caire, Isma'il est le second fils d'Ibrahim Pacha et le petit-fils de Mohammed Ali. Par sa mère, Khoshiyar, il est lié à la famille régnante ottomane, cousin du Sultan Abdül Aziz Ier. Il est envoyé à Paris pour y faire ses études et recevoir une éducation occidentale, ce qui explique les liens privilégiés qu'il gardera avec la France et sa prédilection pour la culture française.


A la mort de son frère aîné, il devient dans la succession dynastique l'héritier de son oncle Sa'id Ier, Wâli d'Egypte. Ce dernier, selon la tradition de méfiance au sein des familles régnantes ottomanes, va le tenir éloigné en lui confiant des missions à l'étranger, en particulier auprès de Napoléon III et du Sultan ottoman. C'est en 1861, en parvenant à réprimer une révolte au Soudan, qu'il entre réellement sur la scène politique. Il succède à son oncle en tant que Wâli d'Egypte en janvier 1863.  Et en 1867, il parvient à obtenir du Sultan  Abdül Aziz Ier, son cousin, la reconnaissance officielle de son titre de Khedive, marquant ainsi une autonomie plus grande vis-à-vis du pouvoir central.

Rapidement, Isma'il se montre le digne héritier de Mohammed Ali et se lance dans une série de grandes réformes visant à moderniser le pays.  Il réorganise les douanes et la poste, relance le commerce et favorise l'industrie de la canne à sucre et du coton. Il met également sur pied un grand projet de développement du réseau ferroviaire, reliant l'Egypte au Soudan, l'un des réseaux les plus développés de l'époque. L'une de ses plus grandes réalisations politiques est la création d'une assemblée en 1866, dont le rôle était à l'origine purement consultatif  mais qui finit par exercer une réelle influence sur les affaires du pays. Imprégné de culture française, il s'efforce également de réduire le commerce des esclaves. Parallèlement à sa politique de réforme intérieure, il cherche à asseoir la puissance de l'Egypte en Afrique.  Isma'il rêve de contrôler toute la côte de la mer Rouge ainsi que l'ensemble du cours du Nil. S'il parvient à annexer le Darfur en 1874, il échoue dans sa tentative de conquête de l'Ethiopie.

Son règne est également marqué par de grandes constructions, en particulier au Caire où il crée entre autres le quartier moderne de l'Ezbekiyyeh sur le modèle français, construit plusieurs palais ainsi que l'Opéra ; Alexandrie connaît également alors un grand élan de constructions.



Le Khedive Isma'il reçu par l'impératrice Eugénie au palais des Tuileries en 1867.


C'est sous le règne d'Isma'il que sera achevé le Canal de Suez, dont il renégocia les termes. Les travaux, menés par la Compagnie du Canal de Ferdinand de Lesseps depuis 1859, rencontraient l'hostilité farouche de la Grande-Bretagne. C'est dans le cadre de ces négociations qu'il se rend en voyage à Paris et à Londres en 1867, usant de son influence auprès des souverains européens, en particulier de l'aide de Napoléon III. Grâce à lui, 44% du canal appartenaient à l'Egypte. L'inauguration, en 1869, fut l'occasion de festivités grandioses auxquelles furent conviées des personnalités venues du monde entier, dont l'impératrice Eugénie.



L'inauguration du Canal de Suez donna lieu à des festivités grandioses. On voit ici l'arrivée du navire impérial à bord duquel avait pris place l'impératrice Eugénie accompagnée de Ferdinand de Lesseps.


Le revers de ces grandes entreprises du règne, et le coût désastreux de la guerre en Ethiopie,  fut un grave endettement de l'Egypte vis-à-vis des puissances occidentales, qui déboucha sur une véritable crise financière. Bientôt la dette du pays dépassa les cent millions de livres sterling, entraînant des jugements défavorables auprès des tribunaux internationaux. La mort dans l'âme, le Khedive dut consentir à revendre pour un prix dérisoire aux Britanniques les parts égyptiennes du Canal de Suez en 1875. Cela marqua le début de l'intervention britannique qui devait lui être fatale. En 1876, le rapport rendu par l'envoyé du gouvernement britannique Stephen Cave conclut à la nécessité d'une intervention des puissances étrangères dans la gestion des finances du pays, avec la création de la Caisse de la Dette et l'établissement d'un contrôle anglo-français sur les finances et le gouvernement de l'Egypte.  En 1878, Isma'il fut contraint de céder ses biens au pays et d'accepter une forme de gouvernement constitutionnel avec des ministres imposés par l'étranger : Nubar Pacha comme premier ministre, Charles Rivers Wilson comme ministre des Finances et de Blignières comme ministre des Travaux Publics.



Statue de Noubar Pacha à Alexandrie. Les Arméniens comme Noubar Pacha jouaient un rôle important dans la société égyptienne depuis l'époque mamlûk.


Cette ingérence des puissances étrangères dans les affaires du pays était inadmissible aux yeux de nombreux Egyptiens. Le colonel Ahmed 'Orabi rassembla les mécontents et mena une révolte à partir de 1879, qui inquiéta les Occidentaux. Ceux-ci firent pression auprès du Sultan ottoman pour qu'il renvoie le Khedive et Isma'il Pacha fut contraint d'abdiquer le 26 juin 1879.  On désigna son fils Tawfiq, plus maléable, pour lui succéder. Désormais, l'Egypte allait passer progressivement sous contrôle britannique.



Tawfiq Pacha succéda à son père Isma'il, à la demande des puissances étrangères.


D'abord parti en exil à Naples, Isma'il Pacha obtint finalement du Sultan la permission de se retirer dans son palais d'Emirgan, sur le Bosphore, où il vécut en résidence surveillée jusqu'à sa mort, le 2 mars 1895. Il fut malgré tout inhumé au Caire. Destin tragique que celui du Khedive Isma'il Pacha, dont on peut estimer qu'il fut trahi par ces puissances occidentales dont il avait favorisé l'influence...




Le parc du palais d'Emirgan, sur les rives du Bosphore, à Istanbul, où Isma'il finit ses jours en résidence surveillée. Il y fit élever des kiosques qu'il offrit à son cousin le sultan ottoman.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Masr - Egypte islamique & actuelle
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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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