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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 13:02






Histoire de faire rêver un peu ceux qui ont déjà retrouvé la grisaille, et de partager ce genre d'endroits qui réservent des instants magiques que l'on peut fixer en partie grâce à la photographie, une image de ce genre de paysages de la région toulonnaise qui me porte au rêve depuis l'enfance ; comme il a toujours porté au rêve, depuis des siècles, et donné aux hommes envie d'aller voir ce qu'il y a au-delà de cet horizon...

Nous sommes là sur la presqu'île de Saint-Mandrier, vestige d'un vieux continent en grande partie englouti et ancienne île faisant partie des antiques Stoechades des marins grecs, dans le prolongement naturel des îles d'Hyères. Au lieu des calcaires omniprésents dans la région, on y trouve des roches métamorphiques remontant à l'ère Primaire, avec de ce côté, tourné vers la haute mer à l'opposé de la rade, des falaises abruptes qui témoignent des bouleversements géologiques. Il en résulte une débauche de couleurs, changeantes en fonction des heures du jour et des saisons. Ces couleurs, cette lumière, qui ont attiré les peintres dans notre région...

Au loin, le massif de Sicié, et les rochers jumeaux des Deux Frères. Sicié, qui nous rappelle que la mer fut longtemps non seulement le rêve d'ailleurs et l'espoir de faire fortune dans des contrées lointaines, mais également une permanente source d'inquiétude. Une mer longtemps dominée par les fameux navires " barbaresques ", pour se protéger desquels on avait dressé sur les sommets les " farots ", ces postes de garde permettant de signaler l'arriver de navires potentiellement hostiles ; un système bien rodé, qui permettait dès le Moyen Age de donner très rapidement l'alerte, et dont on retrouve régulièrement les évocations dans les archives locales...

Saint-Mandrier, saint martyr local, ancien soldat dont le casque et la lance figurent sur les armes de la ville, que l'on retrouve sur la porte sculptés de la sacristie de la cathédrale de Toulon. Compagnon du premier évêque et saint patron de Toulon, Saint Cyprien, il se serait retiré en ce lieu alors désert avec Saint Flavien. Mandrianus et Flavianus étaient deux soldats au service d'Alaric, roi des Wisigoths, que Cyprien convertit au catholicisme - comme la plupart des Wisigoths, ils pratiquaient auparavant l'arianisme. Ils suivirent l'évêque à Toulon et se retirèrent dans un ermitage situé sur ce qui était encore une île. Selon la tradition, Mandrianus, Flavianus et Cyprianus subirent le martyre vers le milieu du VIe s. lors de persécutions des ariens contre les catholiques. Et Mandrianus finit par donner son nom à la presqu'île actuelle...

Des rêves de terres lointaines, des peurs ancestrales et les souvenirs de temps troublés, des légendes... Mais aussi un paysage d'une beauté saisissante, jusqu'à présent encore relativement épargné par l'urbanisation, contrairement au côté rade.  Majestueux, ces grands pins penchés par les vents puissants qui viennent régulièrement balayer la côte ; les racines ancrées solidement dans la roche. Le chaos coloré de ces roches arrachées par l'érosion aux falaises, ces plages intactes qui n'ont pas été, comme d'autres, aménagées avec du sable pour satisfaire ce besoin des migrateurs estivaux de se reconstituer des lieux conformes à leur idée du confort balnéaire... Car la réalité de ce pays est ainsi : une nature souvent rude, toute en contrastes violents, façonnée par les remous de la terre dans les temps reculés et perpétuellement changeante au gré de l'érosion ; une lutte permanente entre la terre, la mer et le vent...

Les dernières cigales, celles qui n'ont pas encore trouvé de partenaire pour ce rituel millénaire qui leur sera fatal, tapies sur l'écorce des arbres dont elles épousent à merveille les couleurs, poussent encore ce chant strident qui est synonyme d'été. Un chant de séduction, mais aussi d'amour : l'amour de cette saison bénie où le soleil réveille à la fois les splendeurs antiques ancrées dans notre mémoire et donne au " païs " des allures d'Orient qui ont forgé sa culture.

J'aime rêver sur ces rivages, depuis que je suis " minot ", comme on dit ici... Comme ces rochers, comme ces arbres, comme ces cigales, mon esprit a été façonné par la magie de lieux tels que celui-ci. D'un côté le refuge rassurant des collines qui forment un décor de théâtre grandiose, et de l'autre l'immensité de la mer qui ouvre une porte sur tous les possibles. Le rêve qui s'est glissé dans mes veines à l'aurore de ma vie ne s'est jamais tari. Et lorsque la réalité est trop banale ou pénible, l'amour de cette terre me remplit à nouveau de cette énergie faite d'espoir, de vagabondage de l'âme et de l'idée rassurante que l'ailleurs est toujours là, à portée de main, pour des escapades qui ramèneront toujours à la terre natale...

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Mon Horizon de Provence
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commentaires

valérie 05/02/2009 18:36

très jolies photos :)

Kaaper Nefredkheperou 19/02/2009 18:46


Heureux qu'elles te plaisent. Amitiés, Kaaper


Catlyna 14/08/2008 21:46

Merci pour la photo Kaaper et toujours autant d'infos intéressantes.
J'espère que tu vas bien, ça fait un moment que je n'ai pas eu de nouvelles :(

Bisous

Kaaper Nefredkheperou 01/09/2008 07:59


Afwan. Heureux que tu aimes les promenades dans Beyt Kaaper. Gros gros bisous ;) Kaaper


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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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