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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 08:09

A l'occasion de ce long week-end de l'Assomption, je vous proposerais de parcourir la représentation de ce thème dans l'art à travers une série d'articles.

 

 

Philippe de Champaigne, L'Assomption, 1671 (huile sur toile).

 

Définissons d'abord ce qu'est l'Assomption : c'est l'élévation de la Vierge au Ciel après sa mort. Si on s'en tient au dogme catholique, la Vierge est portée au Ciel « corps et âme » ; on ne précise pas si la Vierge est morte ou pas, et ce flottement sur la fin de la vie de la Vierge est expliqué par les catholiques comme une façon d'éviter une dérive païenne. Cette fête est célébrée le 15 août par les catholiques depuis le VIIe s.

 

La notion de l'Assomption de la Vierge, sans aucune base dans les Ecritures, apparaît dès le VIe s. , avec Grégoire de Tours, mais est très lente à s'imposer. C'est d'Orient que la fête est importée à Rome au VIIe s., d'abord sous la forme de la célébration de la Dormition, puis de l'Assomption à partir du VIIIe s. La notion se développe en Occident entre les IXe et XIIe s. , puis est confirmée par de grands théologiens du XIIIe s. ( Thomas d'Aquin, Bonaventure, Albert le Grand ). La popularité de l'Assomption en contexte catholique se renforce avec le concile de Trente et la Contre-Réforme. Puis avec le voeu de consécration de la France à la Vierge par Louis XIII pour la naissance du futur Louis XIV, la fête revêt une importance particulière et au cours de laquelle le voeu du roi est rappelé. Même si l'idée s'en dessine dès le XIXe s., ce n'est qu'en 1950 que l 'Assomption de la Vierge est proclamée comme un dogme par le pape Pie XII.

 

 
Maison de la Vierge à Ephèse.

 

Aucune référence précise ne se trouve dans les Ecritures, les traditions liées à la vie de la Vierge après la Pentecôte ne se trouvant pas dans le Nouveau Testament. Selon la tradition la plus courante, tirée de l'apocryphe le « Livre de Jean  » (IVe s.), la scène se serait déroulée à Ephèse, dans la maison où la Vierge s'était retirée en compagnie de St Jean, auquel le Christ crucifié avait confié sa mère. Une autre tradition rapportée par Jean Damascène, moins courante, situe la scène à Jérusalem où se trouve également un tombeau de la Vierge. Beaucoup de représentations s'inspireront également de la Légende Dorée de Jacques de Voragine.

Pour les Eglises d'Orient, le 15 août est la Dormition de la Vierge ( « Koimêsis » en grec), où la mort de la Vierge est interprétée comme un « endormissement » et seule son âme s'élève vers le ciel. Comme le Christ, la Vierge ressuscite trois jours après sa mort et est portée au Ciel par des anges. Dans les Eglises d'Orient, c'est la Dormition de la Vierge que l'on représente. Elle y est célébrée depuis le VIe s.

C'est donc à travers des oeuvres d'Occident que nous parcourrons ce thème, celui de la Dormition en contexte oriental fera l'objet d'un article spécifique.


Iconographie et évolution :

 

L'art occidental choisit donc plutôt le moment de l'Assomption de la Vierge, lorsque son corps est élevé au ciel par des anges. Ce thème sera utilisé aussi bien en peinture ( fresques, enluminures ou tableaux ) qu'en sculpture.


 

Jacopo Torriti, La Dormition de la Vierge, 1288-1292 (mosaïque, abside de la basilique Ste Marie Majeure, Rome)

 

Les représentations médiévales reprennent souvent l'iconographie orientale de la Dormition, très rapidement en mélangeant les deux thèmes. Au Moyen Age, mais souvent encore aussi au début de la Renaissance, la Vierge est portée au ciel dans une mandorle, par la suite remplacée par les nuages.



 

Martino di Bartolomeo, Assomption de la Vierge, vers 1408 (tempera et or sur panneau, Musée Diocésain, Cortona)

 
Si c'est à partir des XIIIe-XIVe s. qu'on commence à trouver l'iconographie de la Vierge s'élevant seule parmi des anges, la représentation la plus fréquente figure les Apôtres réunis autour du tombeau vide assistant à l'élévation de la Vierge dans le ciel.

 

Au XVIe s. , après le concile de Trente, le thème de l'Assomption devient un des thèmes favoris de la Contre-Réforme, en particulier pour les retables.

 

 

Michel Sittow, Assomption de la Vierge ( détail, vous trouverez le tableau complet dans la galerie "Arts" ) , vers 1500 (huile sur panneau, provenant du château de Toro, National Gallery of Art, Washington)

 



Tintoret, L'Assomption (détail ) , 1555 (huile sur toile, église des Jésuites, Venise)

 
Les attributs spécifiques comme le front ceint de 12 étoiles et un croissant de lune sous les pieds sont une référence à a Femme de l'Apocalypse de Jean (chapitre 12) .

 

On peut dégager trois grandes familles de représentations, avec des variantes, que l'on retrouve à toutes les époques :

 

Nous laisserons dans notre série d'articles cette dernière volontairement de côté, non seulement parce qu'elle est celle à laquelle nous sommes le plus habitués, mais surtout parce qu'elle forme une variante simplifiée des représentations plus complexes.  

 

Références & liens :

- Le texte de la Constitution apostolique " Munificentissimus Deus " de 1950 définissant le dogme de l'Assomption.

- Un article très complet de Cybercure sur le thème de l'Assomption.

- Le récit de l'Assomption dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons des Arts
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commentaires

Catlyna 16/08/2008 10:47

Merci pour cet article ^^
Mais les symboles des 12 étoiles et le croissant de lune ne seraient-ils pas aussi des symboles païens ;) Une manière de les détourner pour la cause chrétienne en assimilant la Vierge à la Déesse.

Bisous

Kaaper Nefredkheperou 01/09/2008 08:04



Afwan. Bien entendu, ces symboles évoqués dans l'Apocalypse de Jean coïncident judicieusement avec des symboles de religions antérieures et ont été des éléments de christianisation. Le croissant
de lune, par exemple, fait de toute évidence référence également à Artemis / Diane, déesse vierge, mais aussi divinité de la fécondité (sous l'aspect d'Artemis d'Ephèse, ville liée, et ce n'est
pas un hasard, à l'histoire de la Vierge par la tradition) puisque c'est un très ancien symbole de fécondité dans l'Orient antique. Bisous. Kaaper



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