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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 16:23

Au Moyen Age, l'Assomption est très souvent associée à d'autres scènes de la vie de la Vierge, mais surtout regroupée avec les autres thèmes forts de la fin de sa vie : la Dormition, à laquelle l'art d'Occident préfère cependant la mise au tombeau, et le Couronnement. Nous le verrons dans cet article à travers trois exemples italiens, de périodes et techniques différentes : un vitrail du XIIIe s., un relief du XIVe s. et une fresque du XVe s.


 

 

 

Duccio di Buoninsegna, Mise au tombeau, Assomption et Couronnement de la Vierge, 1286-1288 (vitrail, Duomo de Sienne)

 

La façade de la cathédrale de Sienne, consacrée justement à ND de l'Assomption, est commencée à partir de 1284 et le dessin de la grande rose en vitrail est commandé à Duccio en 1286. Dans la partie centrale, Duccio traite sur trois registres superposés les épisodes de la fin de la vie de la Vierge. De bas en haut, selon le sens de lecture :

 

- la mise au tombeau dans le registre inférieur, en présence des Apôtres. Deux Apôtres portent le corps, mais sans le toucher et en saisissant les quatre coins du suaire selon un détail rapporté par St Côme 1 ; l'apocryphe de Jean nous apprend que les deux Apôtres qui mettent la Vierge au tombeau sont Pierre et Paul. En haut à gauche, on voit aussi l'archange Michel et le Christ ressuscité que l'on reconnaît au nimbe crucifère ; ce détail est conforme au récit du Livre apocryphe de Jean, qui est mentionné par la Légende Dorée 2. Ce sont donc deux scènes successives qui sont représentées en une seule : la mise au tombeau de la Vierge et, trois jours plus tard, le Christ et l'archange Michel venant chercher la Vierge pour l'emmener au ciel ; ce sera quasiment une constante dans l'iconographie de cette scène. 






- l'Assomption de la Vierge, dans le registre central. La Vierge en majesté, vêtue du manteau bleu symbolisant le ciel, est placée dans une mandorle portée par quatre anges ; la mandorle signifie que la Vierge a déjà quitté l'espace terrestre, et la présence de quatre anges fait écho aux représentations du Christ en majesté dans une mandorle entourée des symboles des quatre évangélistes. La Vierge ou le Christ en majesté sont des thèmes importants dans l'iconographie médiévale et leur origine est à rechercher dans les modèles byzantins introduit en Occident par l'intermédiaire de l'Italie. Dans ce type de version de l'Assomption, la Vierge est assise sur un trône, se préparant à son couronnement céleste.


- le Couronnement de la Vierge par le Christ, dans le registre supérieur, qui est indissociable de l'Assomption dans les récits apocryphes et les textes médiévaux. Ce thème du Couronnement tendra ensuite à être indépendant de celui de l'Assomption, alors que ceux de la Dormition ou de la mise au tombeau lui resteront d'abord associés, avant de disparaître.

 

 

 

 

Andrea Orcagna, Mise au tombeau et Assomption de la Vierge, 1349-1359 (marbre avec incrustations de lapis lazuli, or et verre , tabernacle d'Orsanmichele, Florence)

 

Ce superbe tabernacle de style gothique international a été commandé à Andrea Orcagna pour recevoir le panneau de la Vierge à l'Enfant de Bernardo Daddi, qui occupe la face principale. Le relief, quant à lui, orne la face arrière du tabernacle. Sur deux registres superposés, Orcagna représente la mise au tombeau et l'Assomption de la Vierge, dans une iconographie que nous avons déjà rencontrée chez Duccio, conforme aux textes et traditions.

 

La mise au tombeau occupe tout naturellement le registre inférieur. La scène se déroule à l'intérieur du sépulcre, dont la voûte rocheuse sert à séparer les deux registres. On retrouve les apôtres Pierre et Paul portant le corps de la Vierge par les coins du suaire, les autres étant réunis autour du tombeau. Mais ici ils sont accompagnés d'autres personnages, comme deux des trois vierges portant des flambeaux dont parle le récit de st Côme. A gauche, on voit également un diacre tenant un encensoir. Mais surtout se trouve au centre le Christ qui tient une petite figure symbolisant l'âme de la Vierge. Selon le récit de l'apocryphe de Jean, le Christ avait emporté l'âme de la Vierge au moment de la Dormition ; trois jours après l'ensevelissement de son corps dans le sépulcre, il revient pour réunir l'âme et le corps de la Vierge, afin que tous deux s'élèvent au ciel 3. Ainsi, une transition est opérée entre les deux registres, et là encore deux épisodes sont représentés simultanément.

 

Dans le registre supérieur, qui traite de l'Assomption, on retrouve la Vierge en majesté dans une mandorle portée par quatre anges. Deux autres anges musiciens l'accompagnent, celui de gauche jouant du hautbois et celui de droite de la cornemuse, et la base de la mandorle repose sur des nuages. Les anges musiciens sont les Puissances, dont le récit de st Gérard 4 dit qu'ils accompagnent l'Assomption de leurs instruments de musique. La Vierge est assise sur un trône circulaire de tradition byzantine et l'intérieur de la mandorle est rehaussé d'étoiles d'or qui confirment que l'on se trouve dans l'espace céleste. En bas à gauche, dans l'espace terrestre, se trouve une figure agenouillée qui est vraisemblablement st Thomas auquel la Vierge remet sa ceinture ( épisode sur lequel nous reviendrons au sujet des variantes de l'Assomption en compagnie des Apôtres ).

 




 

Domenico Ghirlandaio, Mise au tombeau et Assomption de la Vierge, 1486-1490 (fresque, chapelle Tornabuoni de Santa Maria Novella, Florence)

 

Pour la famille Tornabuoni, Domenico Ghirlandaio réalise de 1486 à 1490, avec son frère Davide, une série de fresques qui comptent parmi les plus belles réalisations du Quattrocento. Les scènes de la Vie de la Vierge occupent la partie gauche de la chapelle et celle qui nous intéresse prend naturellement place dans le tympan, l'architecture étant utilisée pour évoquer le passage vers l'espace céleste.




 

Comme Orcagna, il associe la Vierge au tombeau et l'Assomption de la Vierge , mais cette fois en une seule scène. On retrouve des éléments devenus traditionnels que nous avons déjà rencontrés chez les deux précédents artistes et sur lesquels nous ne reviendrons donc pas. Par contre, un certain nombre d'éléments nouveaux ainsi que d'éléments non encore rencontrés issus des traditions écrites sont intéressants à évoquer. La scène se déroule dans un paysage unique, près d'une ville qui s'étend sur plusieurs collines : il s'agit à l'évidence de Jérusalem. En bas à gauche se tient un groupe de personnages vêtus à l'orientale qui font allusion à l'hostilité des prêtres juifs lors des funérailles de la Vierge dont on trouve l'allusion dans la Légende Dorée. Autre élément issu de l'apocryphe de Jean et de la Légende Dorée que nous n'avions pas encore rencontré, la grande palme tenue par l'un des Apôtres isolé à droite du tombeau : cette palme avait été amenée par un ange et la Vierge avait demandé à Jean de la porter en avant du cortège la menant au tombeau.

 





L'Assomption est traitée de façon nouvelle et originale : si la forme s'en dessine encore, la mandorle médiévale a disparu. Au lieu de cela, les nuages du ciel s'écartent pour laisser apparaître l'espace doré symbole d'espace mystique. Le nuage sur lequel se dresse la Vierge est soutenu par trois têtes de chérubins. Se tenant debout, et non plus assise en majesté, elle est vêtue de blanc, conformément au texte, et non des habituelles couleurs mariales. Comme dans les représentations précédentes, elle est accompagnée de quatre anges. Au-dessus d'elle, le ciel s'entrouvre et laisse apparaître le Christ qui s'apprête à l'accueillir, les bras ouverts.

 

Par la représentation des deux épisodes se mêlant en une seule scène, cette fresque de Ghirlandaio montre que se préfigure déjà le type d'Assomption qui se développera par la suite : d'une Vierge hiératique assise en majesté dans une mandorle on passera à une Vierge debout parmi les nuages et les anges, associée aux Apôtres réunis autour du tombeau vide. La mise de la Vierge au tombeau va en effet disparaître des représentations. Quant à la mort de la Vierge, ou sa Dormition, elle tendra à devenir un sujet indépendant dont l'importance est moindre dans l'art occidental, qui lui prfère la scène du Couronnement.



Notes :

1 - St Côme fait partie des auteurs que Jacques de Voragine cite dans son chapitre consacré à l'Assomption dans la Légende Dorée. Il écrit : "  (...) les apôtres (...) déposèrent le corps avec beaucoup de respect, sans oser toucher au très saint vaisseau de Dieu, mais ils le prirent par les coins du suaire et le placèrent dans le sépulcre. "


2 - Jacques de Voragine commence la rédaction de la Légende Dorée en 1250, une première publication est faite en 1260, mais il y retravaillera jusqu'à sa mort en 1298. Même si elle n'est peut-être pas encore connue de Duccio et de ses commanditaires, les textes et traditions sur lesquels elle s'appuie sont quant à eux connus.


3 - Au moment de la Dormition, l'apocryphe de Jean dit : "  C'est ainsi que l’âme de  Marie sortit de son corps et s'envola dans les bras de son Fils." Puis après les trois jours ayant suivie les funérailles de la Vierge, lorsque le Christ revient : " l’archange Michel se présenta aussitôt et présenta l’âme de Marie devant le Seigneur. Le Sauveur lui parla ainsi: « Levez-vous, ma mère, ma colombe, tabernacle de gloire, vase de vie, temple céleste ; et de même que, lors de ma conception, vous n'avez pas été souillée par la tache du crime, de même, dans le sépulcre, vous ne subirez aucune dissolution du corps. » Et aussitôt l’âme de Marie s'approcha de son corps qui sortit glorieux du tombeau. "


4 - St Gérard, évêque et martyr, fait également partie des sources mentionnées par Jacques de Voragine. Il évoque en particulier les différents membres de la hiérarchie céleste accompagnant ou accueillant la Vierge lors de son Assomption.
  

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons des Arts
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