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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 10:20

Parmi les plus anciens récits de voyages français en Egypte, on trouve celui du naturaliste Pierre Belon. Ce nom n'est guère connu du grand public, pourtant il fut un des plus grands savants de son temps et le précurseur de l'anatomie comparée, ainsi qu'un ami de Ronsard et des poètes de la Pléiade.



Portrait de Pierre Belon extrait de l'un de ses ouvrages d'histoire naturelle.


Pierre Belon est né à La Soultière, près du Mans, en 1517, dans une famille modeste. Il entre au service de René du Bellay (1500-1546), évêque du Mans, qui encourage son goût pour l'histoire naturelle et lui permet d'aller étudier la médecine à Paris. Ayant obtenu son doctorat, il part en 1540 en Allemagne, à Wittenberg, pour y étudier la botanique auprès de Valerius Cordus. De retour à Paris, il obtient la protection de puissants ecclésiastiques, comme l'évêque de Clermont 1 ou le cardinal de Lorraine 2, et surtout le cardinal François de Tournon 3. Ce dernier lui fournit un logement à l'abbaye de St-Germain-des-Prés 4, mais surtout lui permet de réaliser son voyage en Orient 5, qui durera de 1546 à 1549  ; parti de Venise, Belon se rend d'abord à Istanbul 6, puis de là en Egypte et en Terre Sainte avant de repartir vers la capitale ottomane. Revenu en France, Pierre Belon publie divers ouvrages, dont le récit de son voyage, et reçoit du roi Henri II en 1556 une pension pour la poursuite de ses recherches. Son successeur Charles IX octroie au savant un appartement au château de Madrid, dans le bois de Boulogne ; il y sera assassiné en 1564.




Mamlûk circassien du Caire, selon une gravure extraite de l'édition de 1555 de son récit de voyage.



Ses Observations de plusieurs singularitez et choses memorables (...) sont publiées pour la première fois à Paris en 1553 et dédicacées à son protecteur, le cardinal de Tournon 7 ; elles se divisent en trois livres, et c'est dans le second que nous trouvons le récit de son voyage en Egypte, qui nous intéressera ici ; il y séjourne deux mois, du début du mois de septembre au 29 octobre 1547. Dans l'esprit de la Renaissance, Belon s'intéresse non seulement aux plantes et animaux 8, son principal sujet d'intérêt, mais aussi aux monuments et aux moeurs des peuples qu'il rencontre. Son ouvrage est ainsi une mine d'informations sur l'Egypte du milieu du XVIe s. et pas seulement du point de vue de l'histoire naturelle.


Dans l'introduction du second livre, il dit « estre beaucoup redevable » à l'ambassadeur du roi de France 9, qui obtient l'autorisation du sultan de voyager à travers l'empire ottoman, « estant bien accompaigné d'honorables Gentilshommes François, & aussi de Genissaires 10, Chaoux 11, & Droguemants 12 », et qu'il accompagne. Il quitte ainsi Istanbul à bord d'un navire qui longe d'abord les côtes de l'ancienne Asie Mineure. Au passage, Belon nous apprend que les navires en partance pour Alexandrie quittent en général Istanbul vers la fin du mois d'août, afin de profiter des vents favorables ; la traversée entre les deux villes dure une quinzaine de jours, mais il note le caractère aléatoire de leur durée en fonction des vents. De Rhodes, le bateau fait voile directement vers Alexandrie, qu'il gagne en trois jours. La côte égyptienne est en vue à Rosette, mais c'est à Alexandrie que l'on débarque. Il séjourne d'abord dans cette ville, dont il laisse d'intéressantes descriptions, puis se rend au Caire après être allé à Rosette. De son séjour au Caire, il évoque entre autres les pyramides et le Sphinx de Gizeh, ou encore l'obélisque d'Héliopolis, mais note aussi de nombreux détails sur la vie et les coutumes dans la capitale égyptienne, d'une façon très vivante. Comme la plupart des voyageurs européens de son époque, il fait depuis Le Caire une excursion vers le mont Sinaï, qui lui permet de décrire le désert, Suez ou encore la mer Rouge. Il revient ensuite au Caire, d'où il repartira en direction de Jérusalem.







Femmes cairotes telles qu'elles sont vêtues à l'intérieur de leur maison, gravure de l'édition de 1555.



Nous aurons l'occasion de citer des passages de cet ouvrage étonnant, mais laissons Pierre Belon nous raconter son arrivée en Egypte :


« La chose qui nous apparut premiere en Egypte, fut le chasteau de Rosette, qui est une journée et demie au dessus d'Alexandrie. (...) Estant encor en plaine campaigne de mer, regardants quelle chose nous apparoistroit la premiere, ne voyions que les Palmiers et Sycomores, et la haulte colonne de Pompée, qui est sur le Promontoire, au dessus d'Alexandrie : car d'autant que la terre est si basse et sans montaigne, elle n'apparoist point de loing. Il estoit desja tard quand nous entrasmes au port, qui fut cause que nous ne sortismes point du navire pour ce jour là. »


Etonnante, pour un homme de la Renaissance imprégné de culture grecque et romaine, la remarque qu'il fait plus loin au sujet des pyramides de Gizeh :

" N'en desplaise aux ouvrages et antiquitez Romaines, elles ne tiennent rien de la grandeur et orgueil des Pyramides. "




La ville d'Alexandrie selon une gravure de l'édition de 1555 ; à droite est mentionnée la colonne de Pompée, première chose que vit Belon en arrivant à Alexandrie. Vous noterez aussi la représentation des palmiers, pour longtemps encore symboles d'exotisme.



Comme pour les autres voyageurs évoqués dans Beyt Kaaper, un article récapitulera ce voyage et vous en donnera les grandes lignes, ainsi que le contenu du récit. Vous pouvez consulter et même télécharger sur Gallica, le site de la BNF, trois éditions de l'ouvrage de Pierre Belon, dont l'originale :

Les Observations de plusieurs singularitez et choses memorables, trouvées en Grece, Asie, Judée, Egypte, Arabie, & autres pays estranges, redigées en trois livres, par Pierre Belon, du Mans (1553, Paris, chez Gilles Corrozet)

et deux éditions de 1555 publiées l'une à Paris, l'autre à Anvers, avec des caractères d'imprimeries plus faciles à déchiffrer et agrémentées de gravures.



Notes :

1- Guillaume Duprat (1507-1560), évêque de Clermont.
2- Charles de Guise (1524-1574), cardinal de Lorraine.
3- François de Tournon (1489-1562), cardinal de Tournon, archevêque de Lyon en 1551.
4- C'est d'ailleurs de St-Germain-des-Prés qu'est datée la dédicace de son ouvrage : " De vostre maison en l'Abbaye de Sainct Germain des prez lez Paris. 1553.
5- Ce qu'il écrit à ce sujet dans son Epître dédicatoire : " apres qu'eustes congneu le desir que j'avoye de parvenir à l'intelligence des choses concernantes la matiere des medicaments & des plantes (laquelle je ne pouvoye bonnement acquerir sinon par une loingtaine peregrination) il vous pleut me commander les aller veoir es regions loingtaines (...), chose que je n'eusse peu ny osé entreprendre sans vostre aide, sachant que la diffculté eust esté es frais & despens, qu'il m'y a conveneu faire. Parquoy aiant, avec l'aide de Dieu, & par le moyen de vostre liberalité, achevé le voyage (...). " Le Cardinal de Tournon a dû user de son influence à la cour pour permettre à Belon d'accompagner à Istanbul le nouvel ambassadeur, le comte d'Aramon.
6- Que les auteurs français appellent toujours Constantinople.
7- L'Epître dédicatoire commence en ces termes : " A tres-illustre & reverendissime seigneur, François Cardinal de Tournon, singulier & liberal Mecenas des hommes studieux de vertu, Pierre Belon son tres-humble domestique serviteur salut, et entiere prosperité. "
8- Il est le premier à avoir décrit de façon scientifique certains animaux et certaines plantes, ou rectifie après observation des idées fausses.
9- Dans l'introduction du Livre II, où se trouve le récit du voyage en Egypte, il se dit " beaucoup redevable " à " monsieur de Fumet, gentilhomme de la chambre du roy, (...) estant pour lors Ambassadeur pour le roy Henri deuxiesme (...) " . Pourtant à cette époque, en 1547, c'est Gabriel de Luelz, comte d'Aramon, qui est ambassadeur en titre du roi France auprès du Sultan ; Pierre Belon s'est d'ailleurs joint au comte Gabriel d'Aramon parti rejoindre son poste d'ambassadeur de François Ier à Constantinople, où ils se présentent au sultan en avril 1547. Mais le personnage avec lequel Belon voyage en Egypte est un autre diplomate français, le baron de Fumel, envoyé par le nouveau roi Henri II pour porter des lettres au Sultan, et qui entrera en rivalité avec le comte d'Aramon.
10- Janissaires : corps d'élite de l'infanterie ottomane, composé d'esclaves d'origine chrétienne formant en particulier la garde du sultan.
11- Huissier turc, ou conducteur de caravane.
12- Déjà le fameux drogman, incontournable des voyages en Orient, à la fois interprète et guide, attaché au service des ambassades et consulats.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Voyages en Egypte
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commentaires

@nne marie:0010: 09/09/2008 12:18

Coucou,
Merci pour ce bel article ! !
Je découvre cet homme avec fascination !
Bien ta page d'accueil , je vais tenter de faire pareil: ce sera beaucoup moins lourd à ouvrir ! !
Bisous de la mer rouge

Kaaper Nefredkheperou 10/09/2008 06:55


Afwan, yâ ukhty. Etonnant personnage, n'est-ce pas ? Tu verras, j'ai sélectionné quelques passages qui seront publiés dans Beyt Kaaper, en particulier sur cette ville du Caire que nous aimons tant.
Content que la page d'accueil te plaise, je trouve aussi à l'usage que cela lui donne une dimension intéressante permettant de choisir ce qu'on a envie de lire en entier. Ah que les bisous de la
mer Rouge font du bien ! Gros gros bisous de Méditerranée, que je dépose pour toi sur les flots et qui viendront te retrouver sur les côtes égyptiennes, Kaaperek


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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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