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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 19:18




Des nouvelles particlièrement riches en ce début d'année, en égyptologie comme dans les autres domaines de l'archéologie. La plupart du temps des chantiers déjà en cours en 2008, ou même avant. Certaines découvertes sont d'autant plus intéressantes qu'elles apportent des éléments qui amènent à revoir ce que l'on pensait jusqu'à présent.



2008, une année riche en événements archéologiques : Dans al-Ahram Weekly, Nevine el-Aref revient sur le bilan de l'année 2008, qui a été riche en découvertes et en restaurations pour les équipes égyptiennes. L'une des plus importantes découvertes fut sans doute celle de bains (cérémoniels ? ) d'époque ptolémaïque devant le temple de Karnak, comme nous y reviendrons ci-dessous ; un nouvel aspect du vaste complexe apparaît ainsi désormais, et les fouilles qui se poursuivent devraient révéler d'autres vestiges. Importantes également les recherches et tests ADN pratiqués sur les momies royales : entre autres la momie connue jusque là comme étant celle de Thoutmosis I (qui est en fait celle d'un inconnu plus jeune), ou encore sur les foetus de la tombe de Toutankhamon. Dans la Vallée des Rois, ce sont des découvertes inattendues dans le corridor de la tombe de Seti I (un oushebti en quartzite, le cartouche de Seti, fragments de poteries et de décor mural peint). Des fouilles subaquatiques dans le Nil à Aswan ont permis de retrouver un portique du temple de Khnoum, des décors de la XXVIe Dynastie, et de nombreuses céramiques. A Saqqarah, c'est bien entendu la pyramide de la reine Sesheshet, mère de Teti I. L'article cite encore des découvertes sur la côte nord d'Alexandrie, les vestiges d'une cité fortifiée du Nouvel Empire dans le nord du Sinaï, ainsi qu'une importante fabrique de vin dans le sud de la péninsule. Nous reviendrons prochainement sur les campagnes de restaurations opérées sur de monuments de toutes les périodes, évoquées dans ce bilan.

Des aménagements aussi. A Karnak, le projet de développement du site, dont le budget est de 85 millions de LE, se poursuit et a déjà permis de dégager les abords du complexe afin d'étendre les fouilles. Une galerie évoquant le travail des premiers archéologues français à avoir travaillé sur le site de Karnak (dont Mariette, Maspéro et Legrain) leur rend hommage. Sur le plateau de Gizeh, des remaniements visent à mieux maîtriser l'impact de l'afflux de visiteurs sur le site, ainsi qu'à revoir les aménagements qui défigurent ce lieu mythique et rationaliser le stationnement (qui était jusque là, il faut bien l'avouer, assez anarchique) ; un système de vidéo-surveillance permet en outre d'améliorer la sécurité, non seulement des visiteurs mais aussi du site lui-même en limitant les possibilités de pillage.

Retours d'oeuvres sorties illégalement d'Egypte, l'une des actions forte des autorités égyptiennes dont nous reparlerons également ultérieurement. Parmi les plus importants, une tête du roi Amenhotep III, un lot de 79 objets d'époque prédynastique volés dans un musée de Maadi (reliefs, récipients en céramique ou albâtre, bijoux de coquillages) et qui se trouvaient aux Etats-Unis, enfin l'oeil manquant de la statue de calcaire d'Amenhotep III trouvé à Louqsor en 1970 et qui était passé par plusieurs pays avant d'être retrouvé.

Enfin, une brève évocation des projets du SCA (Conseil Suprême des Antiquités) pour 2009 : Tell Basta, la colonne de Pompée et les catacombes de Kom el-Shokafa à Alexandrie, Abu Rowash, Saqqarah, Abu Sir, Edfu et Kom Ombo.
(Nevine el-Aref, al-Ahram Weekly n° 928 1-6 janvier 2009, angl.)




Fouilles de Aïn Sokhna : Les fouilles de l'équipe franco-égyptienne se poursuivent avec succès sur le site d'Ain Sokhna, à environ 120km au nord-est du Caire et 55km au sud de Suez, sur la côté de la mer Rouge. C'est en 1999 que l'on avait découvert un établissement du Moyen Empire, avec de nombreuses inscriptions sur les roches. Exploité dès les périodes les plus anciennes pour des gisements de cuivre, il se trouvait sur le point le plus court entre Memphis et la mer Rouge, permettant ainsi une étape pour les marchandises précieuses venant du Sinaï. Les fouilles menées récemment au pied du promontoire rocheux ont révélé la présence de 9 galeries servant de vastes entrepôts. Deux autres galeries servaient à entreposer les bateaux, où on a trouvé les éléments démontés d'un grand bateau en cèdre. Grâce à la découverte de poteries des IVe et Ve Dynasties, on sait maintenant que cet endroit était occupé depuis l'Ancien Empire. Un édifice carré semble avoir formé le centre de ce complexe, qui couvrait une superficie d'environ 600m2. Le site a également livré de nombreux ateliers métallurgiques pour l'exploitation du cuivre ; à ce jour, une 30aine ont déjà été étudiés.
(Nevine el-Aref, al-Ahram Weekly n° 930 15-21 janvier 2009 angl., voir aussi le site de Zahy Hawass pour des photos des vestiges)





Fouilles du temple d'Herishef et de la nécropole à Ehnasiya el-Madina (Beni Suef) : Le site de Ehnasiya el-Madina, l'ancienne Herakleopolis Magna, présente une série de temples et nécropoles compris entre la Première Période Intermédiaire / le début du Moyen Empire et l'époque romaine ; on y vénérait en particulier le dieu bélier Herishef et les rois des IXe et Xe Dynasties en étaient originaires. Les fouilles du temple, agrandi sous Ramsès II, ont été initiées pour la première fois en 1891 par Edouard Naville et le comte Riamo d'Hulst ; puis le site fut à nouveau fouillé par Flinders Petrie, en 1904, qui avait retrouvé une fameuse statue en or d'Herishef. Depuis les années 1960-1970, des fouilles ont été conduites par des missions archéologiques espagnoles, en particulier sur la nécropole de la Première Période Intermédiaire ; cette nécropole, incendiée pour des raisons inconnues, avait été le théâtre en 2000 de la découverte de la tombe de Wadjet-Hetep, avec un décor peint d'une scène de fête funéraire.

Cette année, la campagne de fouilles s'est concentrée sur la cour du temple d'Herishef, où on a retrouvé des pavements du premier état de l'édifice, un tambour de colonne orné et un relief portant des inscriptions des titres de Ramses II ; dans la salle hypostyle, il a été possible de localiser des inscriptions ramessides jusqu'à présent inaccessibles en raison des remontées d'eau souterraine. Dans la nécropole, deux nouvelles tombes à voûte de brique ont été trouvées dans la partie occidentale ; elles ont livré des fragments de fausse porte, une porte complète, des fragments d'une table d'offrande en calcaire, des squelettes humains, mais surtout deux dépôts de poteries et des bols de Meidoum en argile fine d'un type connu dès la Ie Dynastie.
(Nevine el-Aref, al-Ahram Weekly n° 930 15-21 janvier 2009, angl.)






Les fragments très endommagés de momie mis au jour dans le sarcophage de la pyramide qu'on suppose être celle de la reine Sesheshet, à Saqqarah.


Des nouvelles de la pyramide de Sesheshet à Saqqarah : La nouvelle de la découverte, en novembre dernier, de la pyramide supposée de la mère de Teti I à Saqqarah avait fait sensation. On attendait impatiemment les résultats de l'examen de l'intérieur de l'édifice, et peut-être des réponses. Les travaux se sont poursuivis pour atteindre la chambre funéraire, qui mesure 16m2 : elle contenait encore le sarcophage de la défunte, près duquel gisaient des fragments de céramiques de l'Ancien Empire. Mais surtout, à l'intérieur du sarcophage de granit se trouvait encore une partie du corps momifié de la reine. Malheureusement, aucune inscription n'est venue confirmer qu'il s'agissait bien de Sesheshet, même si cela est fort probable. La tombe, comme on le savait par le passage pratiqué depuis le sommet de la pyramide, avait été anciennement pillée. Les archéologues égyptiens ont quand même trouvé des ornements de doigt en or provenant de la momie. Les murs de la chambre funéraire ne comprenaient pas d'inscriptions, alors qu'elles sont présentes dans les sépultures féminines du règne de Pepi I, le successeur de Teti I.
(Nevine el-Aref, al-Ahram Weekly n° 930 15-21 janvier 2009 ; Jonathan Wright, Reuters 8 janvier 2009 ; Andrew Bossone, National Geographic News, 14 janvier 2009 ; tous en angl.)






Cobras en ivoire d'hippotame provenant des fouilles de Tell el-Farkha, d'époque prédynastique.



Une équipe polonaise fait de passionnantes découvertes sur la période prédynastique dans le Delta : C'est dans le nord-est du Delta, à Tell el-Farkha, à environ 120 km au nord-est du Caire, qu'une équipe d'archéologues polonais a fait des découvertes qui amènent à revoir notre vision de l'Egypte prédynastique et montrent que la Haute- et la Basse-Egypte bénéficiaient déjà alors d'une unité culturelle avant Narmer, même s'il y avait des rivalités entre souverains locaux. Le matériel révélé par les fouilles est remarquable, comme de nombreuses statuettes, des amulettes taillées dans de l'ivoire d'hippopotame et de nombreux fragments de plaques d'or, permettant de reconstituer des figurines d'une grande beauté, hautes d'environ 60cm, avec des yeux incrustés de lapis lazuli. En 2006-2007 déjà, la mission polonaise avait mis au jour une occupation contenant de grandes poteries datables de la « Dynastie 0 » et de la Ie Dynastie.

L'une des figurines, représentant un homme vêtu d'un manteau, est particulièrement intéressante car elle pourrait être la plus ancienne représentation d'un dirigeant vêtu pour la cérémonie du Heb-Sed, dont on sait qu'elle est d'origine très ancienne. On trouve aussi des nains remarquablement sculptés qui rappellent des découvertes similaires d'époque prédynastique faites à Aswan. On peut encore signaler des vases miniatures en faïence, en céramique ou en pierre, des cobras et babouins, ce qui semble être la figurine d'un captif, des têtes de massue piriformes, des perles de faïence et des pièces de jeu. Les couches les plus anciennes attestent d'une occupation dès 3600-3300. Tell el-Farkha devrait permettre de mieux connaître cette période de formation de la civilisation égyptienne.
(Jill Kamil, al-Ahram Weekly n° 931 22-28 janvier 2009, avec quelques photos, angl.)





Le quai de Taharqa mis au jour à Karnak, avec ses deux escaliers.



Nouvelles découvertes importantes à Karnak : Les archéologues égyptiens ont achevé d'exhumer à l'entrée nord du complexe de Karnak, en avant du premier pylône, un nouveau quai, découvert fin 2008 et qui permettait d'accéder au complexe à la saison où le Nil était bas ; Karnak est ainsi le seul temple à bénéficier de deux quais. Le rivage avait été consolidé par un appareillage de pierre dégagé à présent sur 250m de long, pour empêcher l'érosion par le fleuve et protéger la zone de la montée des eaux ; le quai est associé à ces aménagements. Cet aménagement du rivage avait déjà été repéré en d'autres portions. Le quai est composé d'une plateforme de 2,5m sur 5m, donc de dimensions beaucoup plus réduites que le quai principal utilisé à l'époque de l'inondation. Il comporte également deux escaliers se faisant face et menant à une rampe longue de 5m faite de blocs de grès provenant des carrières de Silsila à Aswan. Comme la rampe était très inclinée vers le Nil, le roi Taharqa, à la XXVe Dynastie, fit construire un petit quai royal au milieu de celle-ci. En examinant les aménagements de l'ancienne rive, les archéologues ont retrouvé des trous dans lesquels on attachait les bateaux accostés. Dans la même zone ont été dégagés deux villages, l'un d'époque ptolémaïque et l'autre d'époque romaine, qui témoignent des variations des rivages du Nil au cours des siècles.



Les bains ptolémaïques découverts à Karnak, sans doute à vocation rituelle.

 
D'autre part, l'équipe égyptienne a aussi mis au jour d'exceptionnels bains d'époque ptolémaïque, avec une salle circulaire caractéristique, à l'origine couverte d'un dôme et garnie d'un bassin ovale avec des sièges individuels sur le pourtour, le tout en briques cuites recouvertes d'un enduit au plâtre. C'est le second bain de ce type découvert dans cette zone. Il remonterait à une période comprise entre le IIIe s. et le début du IIe s. av. JC. Enfin, les fouilles ont permis de retrouver de la vaisselle ptolémaïque et une grande jarre contenant 360 monnaies de bronze allant de l'époque ptolémaïque à la période byzantine.

Ces travaux s'inscrivent dans le cadre du projet de développement du complexe de Karnak et celui de mettre au jour les structures de l'ancien port ainsi que le canal supposé relier le temple au Nil. Les nouvelles découvertes de la consolidation des rives confirme que contrairement à ce que l'on pensait jusqu'à présent, il semblerait que les aménagements montrent que les eaux du Nil venaient directement aux abords du temple, et non que celui-ci était relié au fleuve par un canal et un bassin.
(Reuters Africa, 26 janvier 2009, angl. ; Nevine el-Aref, al-Ahram Weekly n° 932 29 janvier- 4 février 2009, angl.)

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons archéologiques
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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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