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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 20:00



Comme nous l'avons vu dans l'article qui lui est consacré, le naturaliste Pierre Belon fait partie de ces Français du XVIe s. qui nous ont laissé un témoignage écrit de leur séjour en Egypte. Il y accompagne un diplomate d'Henri II, le baron de Fumel, dans le double cadre d'une mission diplomatique et d'un pélerinage, et y reste environ deux mois, du début septembre à la fin octobre 1547.


Le trajet du voyage de Pierre Belon en Egypte, avec en pointillés l'excursion vers le mont Sinaï et le trajet de départ en direction de Jérusalem.


Comme avec tous les voyages anciens, la grande difficulté est d'identifier les lieux mentionnés  : selon un usage français, les noms de lieux sont en effet francisés, et souvent de façon très fantaisiste ; d'autre part, on se rend compte qu'il a parfois fait des erreurs de localisation. Fort heureusement, des cartes quasiment contemporaines du récit nous permettent de retracer son périple, au moins dans les grandes lignes. Les dates sont souvent difficiles à déterminer, Belon restant la plupart du temps très vague.


Une Carte de l'Egypte publiée par Abraham Ortelius en 1535, pratiquement contemporaine du voyage de Belon ; surlignés, les lieux que celui-ci mentionne d'Alexandrie au Caire.



Constantinople / Rhodes / Alexandrie (septembre 1547) :

Belon donne des détails sur la traversée, qui permettent d'imaginer le voyage par mer à l'époque :

« (...) lors un vent de Tremontane, c'est à dire septentrional, nous donna en pouppe moult favorable, et tournasmes la proue droict vers Alexandrie, choisissant nostre chemin de droict fil : et ayans le vent à propos, furent mis tous les adjoustemens à la voyle. C'est ce que les Italiens appellent naviguer à voyle Françoise (...). Le bon vent nous fut favorable toute la nuict : et quand il fut jour, nous estions desja si avant en la mer, que nous avions perdu l'isle de veue : lequel vent continua jusques à midy. Lequel ayant cessé (...) voulusmes sçavor en quel endroict pouvions estre. Nous congneusmes par la carte à naviguer que nous estions desja à la moytié du chemin : car lon va avec bon vent de Rhodes en Alexandrie en moins de trois jours, et de trois nuicts. »
(Livre II, chap. XV, p. 92)


Ils quittent Istanbul sans doute au début du mois de septembre, longent les côtes de l'ancienne Asie Mineure jusqu'à l'île de Rhodes, et de là gagnent directement l'Egypte en pleine mer. Belon nous apprend tout de même que le voyage de Rhodes à Alexandrie ne dure que trois jours.







Séjour à Alexandrie (septembre 1547) :

La Colonne de Pompée :

« Le jour d'apres allasmes veoir la haulte Colonne de Pompée, hors la ville, dessus un petit promontoire, à demy quart de lieue d'Alexandrie. La Colonne est d'admirable espoisseur, et desmesurée haulteur, plus grosse que nulle que j'aye jamais veu. Les Colonnes d'Agrippa au Pantheon de Rome n'approchent en rien de son espoisseur et grosseur. Toute la masse tant de la colonne, du chapiteau, que de la forme cubique, est de la pierre Thebaique, de la mesme pierre dont furent faictz tous les Obelisques qui ont esté tirez d'Egypte. Lon dict que Cesar la feit eriger là pour la victoire qu'il obtint contre Pompée. Ceste est si grosse qu'il seroit maintenant impossible de trouver un ouvrier qui par engins la peust transporter ailleurs. »
(Livre II, chap. XXI, p. 95)


Belon dit être resté à Alexandrie " quelques jours " , sans autre précision.  Il y a visité la colonne de Pompée et le lac Mareotis, les " aiguilles autrement appellées Obélisques " (ce qu'on appellera par la suites les " aiguilles de Cleopatre " ) et Pharus ( l'emplacement du phare antique, où se trouve le fort construit par Qayit Bey dont il donne une description ).




Le naturaliste qu'est Belon note scrupuleusement la description des animaux qu'il voit en Egypte et les informations qu'il observe à leur sujet ; cela lui permet de rectifier au passage certaines idées erronées véhiculées sur la seule foi des auteurs antiques. Il s'intéresse aussi bien aux animaux domestiques, comme le buffle, qu'aux animaux étranges comme la girafe et surtout le caméléon, dont il parle à plusieurs reprises.




Voyage d'Alexandrie au Caire :


L'étape à Foua et la campagne égyptienne :

« (...) nous vinsmes loger à une grande ville nommée Foua, c'estoit anciennement une ville grande comme le Caire : et encore pour le jourd'huy il n'y a aucune ville en terre ferme d'Egypte apres le Caire qui soit plus grande que Foua : Elle est beaucoup plus grande que Rosette. A l'opposite de laquelle y a une grande isle cultivée de cannes de saccre, de Sycomores, Palmiers, Colocasses, et toutes sortes de legumes et bleds, et de riz, qui entre autres choses est de grand revenu à Egypte. »
(Livre II, chap. XIX, p. 103)


Pour se rendre d'Alexandrie au Caire, ils longent d'abord la côte  jusqu'à Rosette : c'est là qu'on embarque sur l'un des bras du Nil jusqu'au port de la capitale. De Rosette à Boulaq, il mentionne un certain nombre de villages et villes, dont il n'est pas toujours évident de retrouver les équivalents actuels mais qui sont mentionnés sur les cartes de l'époque : Anguidie, Mahatelimie, Dibi, Nantubes ( actuelle Mutûbis, en réalité située au sud de Birimbal ), Elminie, Berimbal ( aujourd'hui Birimbal ), Diuruth ( auj. Dairût ), Foua ( auj. Fuwa ), Sindon ( sans doute Sindiyûn ) et enfin Boulaq, le port du Caire.







Séjour au Caire :

Le Caire :

«  Les bastimens du chasteau du Caire, les belles chambres et sales, et les peinctures qui y sont, rendent tesmoignage de la magnificence des Sercasses, qui dominoient n'ha pas longtemps à l'Egypte, devant que le Turc les eust vaincuz en bataille. Les murailles y sont revestues de marbre à la haulteur d'un homme tout à l'entour des portes et fenestres, sçavoir est une lisiere de plus d'un pied de large, faicte de marqueterie à la Damasquine, avec des Nacres de perles, d'Ebene, de Cristal, de Marbre, de Coral, et verre coloré. On veoit aussi de pareils ouvrages en quelques maisons du Caire. La plupart des maisons sont couvertes en terrasses à double estage. Ils font faire les portes de leurs logis si petites et basses, qu'un cheval n'y peult entrer, qui est cause qu'il se fault courber quand on entre léans. »
(Livre II, chap. XXXVI, p. 107)



C'est au Caire, que Belon passera l'essentiel de son séjour égyptien - ce qui est naturel, puisqu'il accompagne, ne l'oublions pas, un diplomate et que l'administration ottomane se trouve au Caire. Il y visite : le nilomètre, la Citadelle, " Babylone " ( c'est-à-dire le Vieux-Caire ) et l'église Abu Serga, l'aqueduc, le jardin de Materée ( Matariyeh / Héliopolis ) et l'obélisque d'Héliopolis. Il fait également une excursion à Gizeh, où il visite les pyramides ( avec un récit pittoresque de la visite de l'intérieur de la grande pyramide ), le Sphinx et quelques mastabas. Il raconte également de savoureuses anecdotes.








Excursion du Caire au mont Sinaï :

Comme tous les chrétiens occidentaux qui se rendent alors en Egypte, le baron de Fumel et Belon se rendent au mont Sinaï. Le voyage aller se fait par " Le Sues " ( auj. Suez, en arabe es-Suways ), les Fontaines de Moïse ( auj. Uyun Musa ), Pharangon ( sans doute Feiran, qui permet d'aborder le mont Sinaï par le nord ). Ils visitent le monastère Ste-Catherine et celui qu'il nomme " Saranda Pateres" ou " Quarentapadri ", le mont Sinaï et le mont Oreb.
Le retour se fait par le sud du Sinaï, par Le Tor ( auj. et-Tur ) en remontant le long de la côte vers Suez, et de là retour au Caire.


Le naturaliste décrit aussi les plantes observées en Egypte, ainsi que la façon dont elles sont utilisées ou la forme sous laquelle on les connaît éventuellement en Europe ; comme pour les animaux, il en fera réaliser des bois gravés pour illustrer son ouvrage.


Le départ du Caire vers Jérusalem a lieu le 29 octobre 1547, et l'itinéraire pour gagner la Terre Sainte est difficile à retracer avec précision.






Il est intéressant de donner le sommaire des chapitres de l'ouvrage concernant ce séjour en Egypte ; on y voit que Belon note une foule de détails dans divers domaines, préfigurant le relevé qui sera fait plus tard par les scientifiques de l'expédition d'Egypte. Son livre est ainsi une mine d'informations sur l'Egypte du milieu du XVIe s.



Table du Livre II  :

Chap. I - Que les voyages faicts par mer sont de temps incertain, et le voyage de Constantinople en Alexandrie.

(du chapitre II au chapitre XIV inclus, il évoque le voyage de Constantinople à Rhodes)

Chap. XV - Voyage de Rhodes en Alexandrie.
Chap. XVI - Que les mariniers navigoient anciennement sans l'aiguille et quadran, et sans avoir usage de la pierre d'Aimant.
Chap. XVII - Qu'il n'y a que deux grandes bouches du Nil navigables, ou les grands vaisseaux ronds puissent entrer.
Chap. XVIII - Sommaire du chemin de Constantinoble en Alexandrie.
Chap. XIX - Des deux villes d'Alexandrie, une en Egypte, et l'autre qui estoit Colonie des Romains en Phrygie.
Chap. XX - De la beste anciennement nommée Hyena, et maintenant civette.
Chap. XXI - Discours de diverses choses d'Alexandrie et des Obelisque et gros colosses des Egyptiens.
Chap. XXII - Que Ichneumon est encor pour le jourd'huy gardé privé en plusieurs maisons d'Egypte, et le combat d'un autre qui est aussi nommé Ichneumon Vespa, avec le Phalangion.
Chap. XXIII - Des moeurs des Alexandrins et des déserts de sainct Macario, et de plusieurs autres choses d'Alexandrie.
Chap. XXIV - Voyage de la ville d'Alexandrie au grand Caire.
Chap. XXV - Des choses singulieres trouvées entre la ville d'Alexandrie et la ville de Rosette.
Chap. XXVI - De la ville de Rosette à la bouche du Nil nommée Ostium Canopitum.
Chap. XXVII - Des pescheurs du Nil.
Chap. XXVIII - Voyage par eau de Rosette au Caire, et de plusieurs choses qui sont sur le Nil.
Chap. XXIX - Des grandes villes et villages situées sur le Nil le long des rivages cherchants la commodité de l'eau.
Chap. XXX - Que le Nil mis en comparaison est quasi semblable à la riviere du Pau.
Chap. XXXI - Quelques particularitez de l'Egypte et des Egyptiens.
Chap. XXXII - Description de plusieurs oyseaux et autres animaulx observez le long du Nil.
Chap. XXXIII - De la difference des bateaux qui naviguent sur le Nil, et les arbres les plus communs qui sont es jardins du Caire.
Chap. XXXIV - Que plusieurs ayent mal pensé que les Cameleons vesqussent du seul vent sans rien manger.
Chap. XXXV - De nostre arrivée au Caire, et de ce que nous y avons veu.
Chap. XXXVI - Des maisons du Caire, des jardinages, et de la tour qui enseigne la crue du Nil pour sçavoir la fertilité de l'année.
Chap. XXXVII - Description de la ville du Caire et de son chasteau.
Chap. XXXVIII - D'un grand conduict d'eau qui est entre les ruines de Babylon et la ville du Caire qui porte l'eau du Nil la hault pour abbreuver le chasteau.
Chap. XXXIX - Description du Baume.
Chap. XL - D'un grand Obelisque tout droict aupres du Caire, et des arbres naissans dedens le jardin de la Materée.
Chap. XLI - Que telle maniere de gens ramassée que nommons Egyptiens, sont aussi bien trouvés en Egypte que es autres pays.
Chap. XLII - Observations des Pyramides.
Chap. XLIII - Observation de la seconde Pyramide.
Chap. XLIV - De la troisiesme petite Pyramide d'Egypte.
Chap. XLV - De plusieurs autres Pyramides d'Egypte.
Chap. XLVI - Du grand Colosse nommé par Herodote Androsphinx, et par Pline Sphinge, qui est sculpture devant les Pyramides.
Chap. XLVII - De la Mumie et de l'ancienne maniere de confire ou embaumer et ensevelir les corps en Egypte.
Chap. XLVIII - Des violes des Egyptiens.
Chap. XLIX - De la Giraphe que les Arabes nomment Zurnapa, et les Grecs et Latins Camelopardalis.
Chap. L - D'un moult beau petit boeuf d'Aphrique que les anciens grecs nommerent Bubalus.
Chap. LI - D'une autre maniere de Cerf resemblant a un Daing anciennement nommé Axis, et de la Gaselle anciennement nommée Oryx.
Chap. LII - Des bastelleries qu'on faict au Caire, et d'une espece de Guenon nommée Calitriches.
Chap. LIII - De l'apprest que font ceux qui vont en voyage du Caire a la Mecque.
Chap. LIV - La description de nostre voyage du Caire au mont Sinai avec une recepte singuliere pour apprester la chair a gents qui vont en voyages loingtains.
Chap. LV - La description d'un pays tres profond en l'Arabie déserte.
Chap. LVI - Des plantes qui croissent par les sablons autour du Sues.
Chap. LVII - De douze fontaines ameres dont Pline a faict mention.
Chap. LVIII - Du Canal de la mer rouge.
Chap. LIX - D'un arbre de Rhamnus qui croist aux rivages de la mer rouge.
Chap. LX - De plusieurs arbres d'Arabie, et de ceulx qui portent la laine et des Cameleons.
Chap. LXI - Du premier village que trouvasmes allants au mont Sinai.
Chap. LXII - Du mont de Sinai.
Chap. LXIII - Description du mont Sinai et du mont Oreb.
Chap. LXIV - D'un autre monastere situé au pied du mont Oreb, et du rocher dont issist l'eau aux enfants d'Israel.
Chap. LXV - Des places et lieux saincts en la montaigne de Sinai.
Chap. LXVI - Voyage du mont de Sinai au Tor.
Chap. LXVII - Description de la ville et chasteau de Tor, et des singularitez du rivage de la mer rouge.
Chap. LXVIII - Des bateaux et barques de la mer rouge.
Chap. LXIX - Computation du chemin par journées du Tor au Caire.
Chap. LXX - Du port de Sues au rivage de mer rouge.
Chap. LXXI - Des vases de Porcelaine que lon vent au Caire et du Nitre.
Chap. LXXII - Que l'Ambre jaune n'est minéral comme plusieurs ont estimé, ains est gomme d'arbre.
Chap. LXXIII - De nostre depart du Caire pour aller en Jerusalem.
Chap. LXXIV - D'un petit arbre d'Egypte tousjours verd, qui teinct en couleur rouge.
Chap. LXXV - De plusieurs bourgades en Egypte, sur le chemin de Jerusalem.
Chap. LXXVI - De l'estrange et difficille chemin qui est entre le Caire et Jerusalem.

La suite du Livre raconte le voyage en Palestine et en Syrie, et le retour vers Constantinople.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Voyages en Egypte
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commentaires

fabienne 27/02/2009 21:51

article très intéressant que j'ai pris plaisir à lire , étant passionnée par l'egypte ancienne.
Amitiés du 76, fabienne

Kaaper Nefredkheperou 01/03/2009 16:16


Allah yekhallîki (formule de remerciement en égyptien), très heureux que l'article vous aie plu. D'autres du même type sont en préparation, je finalise en ce moment celui sur le récit de voyage de
Jacques de Villamont, à la fin du XVIe s. Et puis nous allons aussi partir de photos prises en Egypte pour évoquer des oeuvres ou des lieux de la civilisation antique.
La Normandie, en particulier votre département, que de beaux souvenirs humains et de visites de sites remarquables ; il va falloir que je retrouve quelques photos et documents pour évoquer cet
Horizon là.
Amitiés de Provence,
Kaaper


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