Je vous avais promis de vous montrer un monument toulonnais en rapport avec la
commémoration du 14 juillet, le voici : il s'agit de la Fontaine de la Fédération, située au coeur de la ville, sur la place de la Liberté.
Cette place, créée en 1858 lors de l'agrandissement de la ville décidé par Napoléon III et donnant sur l'artère principale qui traverse Toulon,
le boulevard de Strasbourg, fait la jonction entre ce que l'on appelle la ville haute, créée au XIXe s., et la basse ville, qui correspond à la
ville ancienne. Quasiment contemporaine de la Tour Eiffel de Paris, cette fontaine fut construite en 1889 par la ville de Toulon et la Fédération républicaine du
Var à l'occasion du centenaire de la Révolution française. Elle est consacrée à la Fédération, car c'est rappelons-le la commémoration de la fête de la
Fédération ( Paris, 14 juillet 1790 ) qui avait été choisie comme fête nationale française en 1880.
Cette fontaine monumentale se dresse devant le
Grand Hôtel, achevé en 1870 ; un groupe sculpté se dresse au centre d'un grand bassin ovale agrémenté de
cascades et de jets d'eau. L'ensemble est réalisé en pierre de Calissane, matériau typiquement provençal. Le projet a été conçu par l'architecte
Gaudensi Allar et sculpté par André Allar, artiste toulonnais qui a été grand prix de Rome et a travaillé à cette époque sur de nombreux projets dans la
ville.
Le groupe central est formé de trois figures
principales à l'antique : la Liberté, dressée sur un piédestal marqué des initiales RF ; elle est flanquée à gauche d'un
personnage masculin symbolisant la Force ; et à droite d'un personnage féminin représentant la Justice. Tous trois prennent place sur une
proue de navire à l'antique, dont le rostre est orné d'une guirlande de fleurs. Aux extrémités, des chevaux marins jaillissent
des flots, chevauchés par des putti.
La Liberté est casquée et une épée est attachée à sa ceinture ; c'est une liberté combattante, qui lève fièrement
un flambeau et tient dans l'autre main la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. La Force, au lieu de l'habituelle massue faisant
référence à l'Hercule antique, tient ici un faisceau de licteur, l'un des symboles révolutionnaires. Par contre, la Justice tient ses symboles habituels,
l'épée et la balance ; mais au lieu d'être pointée vers le bas comme c'est souvent le cas, son épée est levée et posée sur son épaule : encore une allusion à la
Révolution.
Le groupe sculpté central prend place sur une série de bassins
semi-circulaires formant cascades, et de chaque côté un mascaron fantastique déverse de l'eau dans une vasque en forme de coquille.
L'arrière du monument, qui est tourné vers le
boulevard de Strasbourg, comporte au centre un édicule classique dans lequel sont placées les plaques commémoratives. Dans le médaillon central
prenaient place les armoiries de la ville, surmontées de tours et créneaux. Les côtés s'incurvent de façon élégante, pour rappeler les courbes du bassin.
L'arrière lui aussi fourmille de détails, puisque l'ensemble est conçu pour être vu sur toutes les faces...
... Ainsi, le putto situé à gauche du groupe central
porte le bonnet phrygien et on peut voir derrière lui une pierre sur laquelle est représentée la Bastille, allusion aux événements du 14
juillet 1789. Vous remarquerez aussi les éléments aquatiques, de gauche à droite : un murex ( le coquillage typique de Toulon ), une
anguille et une grenouille.
L'inscription sur marbre blanc rappelle que le
monument a été érigé en 1889 et qu'il a été inauguré officiellement le 20 avril 1890 en présence du président de la République Sadi
Carnot.
Au-dessus de la plaque dédicatoire se trouve un bas-relief sur
bronze représentant la Fête de la Fédération, qui fut célébrée au Champs de Mars à Paris le 14 juillet 1790. Le sculpteur s'est inspiré des représentations sur
toile. Malheureusement, des vandales stupides, insconscients sans doute de la notion même de patrimoine, ont endommagé cette sculpture âgée de plus d'un siècle...
Pour le plaisir des yeux, la fontaine vue de côté, avec ses jets d'eau.
A l'arrière-plan, à gauche, la " maison aux citrons ", dont nous reparlerons, car elle est une des plus belles maisons art Nouveau de Toulon.
Une autre vue latérale du monument, avec les palmiers
qui bordent la place et les immeubles haussmanniens épargnés par les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale.
Palabres Récents