C'est à la présence de leur caserne sur l'île de Roda, au Caire, que les Bahri Mamlûk doivent le nom de leur dynastie.
Celui qui devait être le dernier sultan ayyubide égyptien, es-Sâleh Nagm ed-Deen Ayyoob (1240-1249) avait épousé l'une de ses
esclaves mamlûk d'origine arménienne, Shagarat ed-Dorr. C'est lui, plus encore que
ses prédécesseurs, qui a favorisé le recours massif aux esclaves mamlûk, sans imaginer l'impact que cela allait avoir sur l'histoire égyptienne. En effet, il crée sa propre
garde mamlûk composée essentiellement de turcophones, la Bahreyya es-Sâleheyya ; c'est leur caserne, installée sur
l'île de Roda (en égyptien Rawda), au Caire, qui leur a valu leur nom de Bahri Mamlûk - en Egypte, "
baHr ", qui signifie " mer ", désigne aussi le Nil . La plupart venaient de Russie et d'Ukraine
méridionales, du Kipchak, et étaient, en dehors, des éléments chrétiens, des Turcs Koumans, des Petchenègues et des
Turkmènes. Ils formaient la garde et le corps d'élite des souverains ayyubides d'Egypte.
Les Bahri Mamlûk sont pour
l'essentiel des Petchenègues ( à gauche ) et des des Turcs Koumans du Kiptchak ( à droite).
Tout se joue en juin 1249, quand le roi de France Louis
IX débarque à Damiette pour la VIIe croisade. Es-Sâleh Nagm ed-Deen Ayyoob, atteint de tuberculose, cherche d'abord à négocier, puis gagne
Mansurah, où les Français se préparent à l'attaquer ; mais le sultan meurt en novembre 1249. Shagarat ed-Dorr ayant habilement pris les choses
en main et obtenu l'appui des officiers, les Mamlûk parviennent à mettre en déroute l'armée des croisés au début de 1250, les obligeant à se replier sur Damiette, et finissent
par capturer le roi de France. La croisade est pour les Français un échec cuisant et, après avoir dû verser une énorme rançon, Louis IX quitte
l'Egypte avec ses troupes en mai 1250. C'est une grande victoire pour les Mamlûk, mais ils ne vont pas s'en tenir là...
Le roi de France Louis IX débarque à
Damiette en 1249, espérant conquérir Le Caire ; d'abord victorieuse, l'armée française de la VIIe croisade connaît un revers cuisant à Mansourah, le roi étant même fait prisonnier, ce qui
n'apparaît nullement dans les miniatures françaises médiévales qui glorifient celui qui est devenu " saint Louis "... Ce sera en tout cas l'élément déclencheur qui permettra aux Mamlûk,
apparaissant désormais comme ceux qui ont sauvé l'Egypte de l'invasion, de renverser les Ayyubides et de s'emparer du pouvoir.
Le nouveau sultan, el-Mu‘adham, fait obstacle à
leurs ambitions politiques et entre en conflit ouvert avec les principaux officiers mamlûk. Le 2 mai 1250, au cours d'un banquet, les Mamlûk se révoltent et
assassinent tout simplement el-Mu‘adham. Ils nomment sultane Shagarat ed-Dorr, qui ne règne personnellement
que quelques mois, mais reste néanmoins la seule femme à avoir régné en nom propre sur l'Egypte musulmane. Sous la pression du calife, qui menace d'intervenir, elle est bientôt contrainte
d'épouser le commandant en chef des Mamlûk, ‘Izz ed-Deen Aybak. Aybak fonde ainsi la dynastie Bahri Mamlûk, en 1250. C'est
son fils el-Mansoor Noor ed-Deen ‘Ali ibn Aybak qui le premier prendra officiellement dans cette nouvelle dynastie le titre de sultan
d'Egypte.
Les redoutables guerriers mamlûks,
comme ces guerriers petchenègues, représentent une puissance turbulente avec laquelle les nouveaux sultans devront composer avec finesse. D'ailleurs, se méfiant des leurs, ils finiront par faire
venir en masse des Mamlûk circassiens, qui pourtant les renverseront à leur tour...
La dynastie des Bahri Mamlûk compte 24 sultans et règne sur l'Egypte et ses dépendances du milieu du XIIIe s. à la fin du
XIVe s. Le plus célèbre souverain, qui reste emblématique pour les Egyptiens aujourd'hui encore, est sans conteste Baybars, auquel restent liés de
nombreux récits et traditions. L'autre grande figure de la dynastie est le sultan Qalâwoon, dont les descendants constitueront l'essentiel
de la dynastie. Car la difficulté pour les souverains mamlûk est de transmettre le pouvoir à leur descendance, comme les sultans des dynasties précédentes :
d'une part cela entre en conflit avec les traditions mamlûk, et d'autre part les rivalités et intrigues sont nombreuses. Ainsi, l'un des fils de Qalâwoon, en-Nâsir Mohammed ibn
Qalâwoon, verra son règne interrompu par trois usurpateurs ! Cependant, Qalâwoon sera celui des sultans Bahri Mamlûk qui parviendra à établir une véritable
dynastie familiale, qu'on qualifie parfois de « Qalâwoonides ». En 1382, es-Sâleh Zeyn ed-Deen Hâggi, le
dernier sultan Bahri Mamlûk, sera renversé par les Mamlûk circassiens, qui fondent la dynastie des Burgi Mamlûk. Sa tentative de restauration,
en 1389, ne tiendra pas. Et c'est tout aussi en vain qu'un dernier prince Bahri, el-‘Âdel 'Alâ' ed-Deen Mintâsh (1390-1391), se rebellera contre le
Circassien Barqooq pour essayer de restaurer le pouvoir Bahri. Dès 1390, c'en est en réalité définitivement fini de la première dynastie mamlûk
d'Egypte. Ironie de l'histoire, comme autrefois le dernier sultan ayyubide, c'est Qalawoon lui-même qui avait favorisé l'apport en masse en Egypte de ces Mamlûk
circassiens, tant il se méfiait des autres Bahri Mamlûk ; et comme es-Sâleh Nagm ed-Deen Ayyoob, il était loin de se douter que cela mènerait sa dynastie à sa perte...
Baybars, ici représenté dans une vision romantique
au XIXe s., reste le plus célèbre des sultans Bahri Mamluk et jouit encore d'une grande renommée en Egypte.
La période des Bahri Mamlûk est très riche tant
du point de vue historique qu'artistique, surtout au Caire, comme nous le verrons dans de prochains articles. Nombreux sont les
monuments de la capitale égyptienne qui témoignent de cette époque où Le Caire est un des centres culturels importants du monde arabe.
La période Bahri marque l'un des âges
d'or de l'art égyptien, comme en témoigne ce superbe Coran ayant été commandé par le sultan Baybars ( enluminure avec feuille d'or, British Library ).
Les
souverains de la dynastie Bahri Mamlûk :
J'ai choisi de vous donner le nom complet des souverains, en
translittération égyptienne et en arabe ; leur nom d'usage est indiqué en gras, de façon à ce que vous les retrouviez plus
facilement si vous voulez vous renseigner sur eux.
|
el-Mu‘izz ‘Ezz ed-Deen Aybak المعز عز الدين أيبك (1250-1257) |
|
el-Mansoor Noor ed-Deen ‘Aly ibn Aybak المنصور نور الدين علي إبن أيب (1257-1259) |
|
el-Muzaffar Seyf ed-Deen Qutuz المظفر سيف الدين قطز (1259-1260) |
|
ez-Zâher Rukn ed-Deen Baybars el-Bunduqdâri الظاهر ركن الدين بيبرس البندقداري (1260-1277) |
|
es-Sa‘eed Nâser ed-Deen Baraka Khân ibn Baybars السعيد ناصر الدين بركة خان إبن بيبرس (1277-1280) |
|
el-‘Adel Badr ed-Deen Salâmish ez-Zâher Baybars العادل بدر الدين سلامش الظاهر بيبرس (1280) |
|
el-Mansoor Seyf ed-Deen Qalâwoon el-Alfa المنصور سيف الدين قلاوون الالفى (1280-1290) |
|
el-Ashraf Salâh ed-Deen Khaleel ibn Qalâwoon الأشرف صلاح الدين خليل إبن قلاوون (1290-1293) |
|
en-Nâser Mohammed ibn Qalâwoon
الناصر محمد إبن قلاوون |
|
el-‘Âdel Zeyn ed-Deen Katbughâ el-Mansoor العادل زين الدين كتبغا المنصور (1294-1296) (rival du précédent) |
|
el-Mansoor Hosâm ed-Deen Lageen المنصور حسام الدين لاجين (1296-1298) (usurpateur) |
|
en-Nâser Mohammed ibn Qalâwoon الناصر محمد إبن قلاوون (2e règne : 1298-1309) |
|
el-Muzaffar Rukn ed-Deen Baybars el-Gâshankeer المظفر ركن الدين بيبرس الجاشنكير (1309) (usurpateur) |
|
en-Nâser Mohammed ibn Qalâwoon الناصر محمد إبن قلاوون (3e règne : 1309-1340) |
|
el-Mansoor Seyf ed-Deen Aboo Bakr ibn en-Nâser Mohammed المنصور سيف الدين أبو بكر إبن الناصر محمد (1340-1341) |
|
el-Ashraf ‘Alâ' ed-Deen Kooguk ibn en-Nâser Mohammed الأشرف علاء الدين كوجك إبن الناصر محمد (1341-1342) |
|
en-Nâser Shahâb ed-Deen Ahmed ibn en-Nâser Mohammed الناصر شهاب الدين أحمد إبن الناصر محمد (1342) |
|
es-Sâleh Emâd ed-Deen Ismâ‘il ibn en-Nâser Mohammed الصالح عماد الدين اسماعيل إبن الناصر محمد (1342-1345) |
|
el-Kâmil Seyf ed-Deen Sha‘bân ibn en-Nâser Mohammed الكامل سيف الدين شعبان إبن الناصر محمد (1345-1346) |
|
el-Muzaffar Zeyn ed-Deen Hâggi ibn en-Nâser Mohammed المظفر زين الدين حاجي إبن الناصر محمد (1346-1347) |
|
en-Nâser Nâser ed-Deen el-Hasan ibn en-Nâser Mohammed الناصر ناصر الدين الحسن إبن الناصر محمد (1er règne : 1347-1351) |
|
es-Sâleh Salâh ed-Deen Sâleh ibn en-Nâser Mohammed |
|
en-Nâser Nâser ed-Deen el-Hasan ibn en-Nâser Mohammed الناصر ناصر الدين الحسن إبن الناصر محمد (2e règne : 1354-1361) |
|
el-Mansoor Sâleh ed-Deen Mohammed ibn Hâggi ibn Qalâwoon المنصور صلاح الدين محمد إبن حجي إبن قلاوون (1361-1363) |
|
el-Ashraf Zeyn ed-Deen Sha‘bân ibn Hasan ibn Qalâwoon الأشرف زين الدين شعبان إبن حسن إبن قلاوون (1363-1376) |
|
el-Mansoor ‘Alâ' ed-Deen ‘Ali ibn Sha‘bân المنصور علاء الدين علي إبن شعبان (1376-1381) |
|
es-Sâleh Zeyn ed-Deen Hâggi |
|
el-‘Âdel ‘Alâ' ed-Deen Mintâsh (prince rebelle 1390-1391) |
Palabres Récents