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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 08:00

C'est à la présence de leur caserne sur l'île de Roda, au Caire, que les Bahri Mamlûk doivent le nom de leur dynastie.


Celui qui devait être le dernier sultan ayyubide égyptien, es-Sâleh Nagm ed-Deen Ayyoob (1240-1249) avait épousé l'une de ses esclaves mamlûk d'origine arménienne, Shagarat ed-Dorr. C'est lui, plus encore que ses prédécesseurs, qui a favorisé le recours massif aux esclaves mamlûk, sans imaginer l'impact que cela allait avoir sur l'histoire égyptienne. En effet, il crée sa propre garde mamlûk composée essentiellement de turcophones, la Bahreyya es-Sâleheyya ; c'est leur caserne, installée sur l'île de Roda (en égyptien Rawda), au Caire, qui leur a valu leur nom de Bahri Mamlûk - en Egypte, " baHr ", qui signifie " mer ", désigne aussi le Nil . La plupart venaient de Russie et d'Ukraine méridionales, du Kipchak, et étaient, en dehors, des éléments chrétiens, des Turcs Koumans, des Petchenègues et des Turkmènes. Ils formaient la garde et le corps d'élite des souverains ayyubides d'Egypte.


Les Bahri Mamlûk sont pour l'essentiel des Petchenègues ( à gauche ) et des des Turcs Koumans du Kiptchak ( à droite).

 

Tout se joue en juin 1249, quand le roi de France Louis IX débarque à Damiette pour la VIIe croisade. Es-Sâleh Nagm ed-Deen Ayyoob, atteint de tuberculose, cherche d'abord à négocier, puis gagne Mansurah, où les Français se préparent à l'attaquer ; mais le sultan meurt en novembre 1249. Shagarat ed-Dorr ayant habilement pris les choses en main et obtenu l'appui des officiers, les Mamlûk parviennent à mettre en déroute l'armée des croisés au début de 1250, les obligeant à se replier sur Damiette, et finissent par capturer le roi de France. La croisade est pour les Français un échec cuisant et, après avoir dû verser une énorme rançon, Louis IX quitte l'Egypte avec ses troupes en mai 1250. C'est une grande victoire pour les Mamlûk, mais ils ne vont pas s'en tenir là...




Le roi de France Louis IX débarque à Damiette en 1249, espérant conquérir Le Caire ; d'abord victorieuse, l'armée française de la VIIe croisade connaît un revers cuisant à Mansourah, le roi étant même fait prisonnier, ce qui n'apparaît nullement dans les miniatures françaises médiévales qui glorifient celui qui est devenu " saint Louis "... Ce sera en tout cas l'élément déclencheur qui permettra aux Mamlûk, apparaissant désormais comme ceux qui ont sauvé l'Egypte de l'invasion, de renverser les Ayyubides et de s'emparer du pouvoir.

 

Le nouveau sultan, el-Mu‘adham, fait obstacle à leurs ambitions politiques et entre en conflit ouvert avec les principaux officiers mamlûk. Le 2 mai 1250, au cours d'un banquet, les Mamlûk se révoltent et assassinent tout simplement el-Muadham. Ils nomment sultane Shagarat ed-Dorr, qui ne règne personnellement que quelques mois, mais reste néanmoins la seule femme à avoir régné en nom propre sur l'Egypte musulmane. Sous la pression du calife, qui menace d'intervenir, elle est bientôt contrainte d'épouser le commandant en chef des Mamlûk‘Izz ed-Deen Aybak. Aybak fonde ainsi la dynastie Bahri Mamlûk, en 1250. C'est son fils el-Mansoor Noor ed-Deen ‘Ali ibn Aybak qui le premier prendra officiellement dans cette nouvelle dynastie le titre de sultan d'Egypte.


Les redoutables guerriers mamlûks, comme ces guerriers petchenègues, représentent une puissance turbulente avec laquelle les nouveaux sultans devront composer avec finesse. D'ailleurs, se méfiant des leurs, ils finiront par faire venir en masse des Mamlûk circassiens, qui pourtant les renverseront à leur tour... 
 


La dynastie des Bahri Mamlûk compte 24 sultans et règne sur l'Egypte et ses dépendances du milieu du XIIIe s. à la fin du XIVe s. Le plus célèbre souverain, qui reste emblématique pour les Egyptiens aujourd'hui encore, est sans conteste Baybars, auquel restent liés de nombreux récits et traditions. L'autre grande figure de la dynastie est le sultan Qalâwoon, dont les descendants constitueront l'essentiel de la dynastie. Car la difficulté pour les souverains mamlûk est de transmettre le pouvoir à leur descendance, comme les sultans des dynasties précédentes : d'une part cela entre en conflit avec les traditions mamlûk, et d'autre part les rivalités et intrigues sont nombreuses. Ainsi, l'un des fils de Qalâwoon, en-Nâsir Mohammed ibn Qalâwoon, verra son règne interrompu par trois usurpateurs ! Cependant, Qalâwoon sera celui des sultans Bahri Mamlûk qui parviendra à établir une véritable dynastie familiale, qu'on qualifie parfois de « Qalâwoonides ». En 1382, es-Sâleh Zeyn ed-Deen Hâggi, le dernier sultan Bahri Mamlûk, sera renversé par les Mamlûk circassiens, qui fondent la dynastie des Burgi Mamlûk. Sa tentative de restauration, en 1389, ne tiendra pas. Et c'est tout aussi en vain qu'un dernier prince Bahri, el-
Âdel 'Alâ' ed-Deen Mintâsh (1390-1391), se rebellera contre le Circassien Barqooq pour essayer de restaurer le pouvoir Bahri. Dès 1390, c'en est en réalité définitivement fini de la première dynastie mamlûk d'Egypte. Ironie de l'histoire, comme autrefois le dernier sultan ayyubide, c'est Qalawoon lui-même qui avait favorisé l'apport en masse en Egypte de ces Mamlûk circassiens, tant il se méfiait des autres Bahri Mamlûk ; et comme es-Sâleh Nagm ed-Deen Ayyoob, il était loin de se douter que cela mènerait sa dynastie à sa perte...


Baybars, ici représenté dans une vision romantique au XIXe s., reste le plus célèbre des sultans Bahri Mamluk et jouit encore d'une grande renommée en Egypte.

 

La période des Bahri Mamlûk est très riche tant du point de vue historique qu'artistique, surtout au Caire, comme nous le verrons dans de prochains articles. Nombreux sont les monuments de la capitale égyptienne qui témoignent de cette époque où Le Caire est un des centres culturels importants du monde arabe.


La période Bahri marque l'un des âges d'or de l'art égyptien, comme en témoigne ce superbe Coran ayant été commandé par le sultan Baybars ( enluminure avec feuille d'or, British Library ).

 

Les souverains de la dynastie Bahri Mamlûk :


J'ai choisi de vous donner le nom complet des souverains, en translittération égyptienne et en arabe ; leur nom d'usage est indiqué en gras, de façon à ce que vous les retrouviez plus facilement si vous voulez vous renseigner sur eux.


el-Mu‘izz ‘Ezz ed-Deen Aybak

المعز عز الدين أيبك

(1250-1257)

el-Mansoor Noor ed-Deen ‘Aly ibn Aybak 

المنصور نور الدين علي إبن أيب

(1257-1259)

el-Muzaffar Seyf ed-Deen Qutuz 

المظفر سيف الدين قطز

(1259-1260)

ez-Zâher Rukn ed-Deen Baybars el-Bunduqdâri 

الظاهر ركن الدين بيبرس البندقداري

(1260-1277)

es-Sa‘eed Nâser ed-Deen Baraka Khân ibn Baybars 

السعيد ناصر الدين بركة خان إبن بيبرس

(1277-1280)

el-‘Adel Badr ed-Deen Salâmish ez-Zâher Baybars 

العادل بدر الدين سلامش الظاهر بيبرس

(1280)

el-Mansoor Seyf ed-Deen Qalâwoon el-Alfa 

المنصور سيف الدين قلاوون الالفى

(1280-1290)

el-Ashraf Salâh ed-Deen Khaleel ibn Qalâwoon 

الأشرف صلاح الدين خليل إبن قلاوون

(1290-1293)

en-Nâser Mohammed ibn Qalâwoon

الناصر محمد إبن قلاوون
(1er règne : 1293-1294)

el-‘Âdel Zeyn ed-Deen Katbughâ el-Mansoor 

العادل زين الدين كتبغا المنصور

(1294-1296) (rival du précédent)

el-Mansoor Hosâm ed-Deen Lageen 

المنصور حسام الدين لاجين

(1296-1298) (usurpateur)

en-Nâser Mohammed ibn Qalâwoon 

الناصر محمد إبن قلاوون

(2e règne : 1298-1309)

el-Muzaffar Rukn ed-Deen Baybars el-Gâshankeer 

المظفر ركن الدين بيبرس الجاشنكير

(1309) (usurpateur)

en-Nâser Mohammed ibn Qalâwoon 

الناصر محمد إبن قلاوون

(3e règne : 1309-1340)

el-Mansoor Seyf ed-Deen Aboo Bakr ibn en-Nâser Mohammed 

المنصور سيف الدين أبو بكر إبن الناصر محمد

(1340-1341)

el-Ashraf ‘Alâ' ed-Deen Kooguk ibn en-Nâser Mohammed 

الأشرف علاء الدين كوجك إبن الناصر محمد

(1341-1342)

en-Nâser Shahâb ed-Deen Ahmed ibn en-Nâser Mohammed 

الناصر شهاب الدين أحمد إبن الناصر محمد

(1342)

es-Sâleh Emâd ed-Deen Ismâ‘il ibn en-Nâser Mohammed 

الصالح عماد الدين اسماعيل إبن الناصر محمد

(1342-1345)

el-Kâmil Seyf ed-Deen Sha‘bân ibn en-Nâser Mohammed 

الكامل سيف الدين شعبان إبن الناصر محمد

(1345-1346)

el-Muzaffar Zeyn ed-Deen Hâggi ibn en-Nâser Mohammed 

المظفر زين الدين حاجي إبن الناصر محمد

(1346-1347)

en-Nâser Nâser ed-Deen el-Hasan ibn en-Nâser Mohammed 

الناصر ناصر الدين الحسن إبن الناصر محمد

(1er règne : 1347-1351)

es-Sâleh Salâh ed-Deen Sâleh ibn en-Nâser Mohammed
الصالح صلاح الدين صالح إبن الناصر محمد
(1351-1354)

en-Nâser Nâser ed-Deen el-Hasan ibn en-Nâser Mohammed 

الناصر ناصر الدين الحسن إبن الناصر محمد

(2e règne : 1354-1361)

el-Mansoor Sâleh ed-Deen Mohammed ibn Hâggi ibn Qalâwoon 

المنصور صلاح الدين محمد إبن حجي إبن قلاوون

(1361-1363)

el-Ashraf Zeyn ed-Deen Sha‘bân ibn Hasan ibn Qalâwoon 

الأشرف زين الدين شعبان إبن حسن إبن قلاوون

(1363-1376)

el-Mansoor ‘Alâ' ed-Deen ‘Ali ibn Sha‘bân 

المنصور علاء الدين علي إبن شعبان

(1376-1381)

es-Sâleh Zeyn ed-Deen Hâggi
الصالح زين الدين حاجي
(1381-1382, restauré sur le trône en 1389-1390)

el-‘Âdel ‘Alâ' ed-Deen Mintâsh
العادل علاء الدين منتاش

(prince rebelle 1390-1391)

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Masr - Egypte islamique & actuelle
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commentaires

Ramabro 05/10/2009 22:00


Elle est très belle cette photo de la mosquée! à bientôt gros bisous Ramabro


Pier 25/09/2009 09:05


Bonjour Kaaper,
Cette dynastie a joué d'une manière générale un rôle fondamentale pour l'Islam. Elle a arrêté les mongols à Ayn Djalout en leur infligeant leur première défaite depuis Gengis Khan et a
définitivement bouter les Croisés hors de la Terre Sainte avec notamment l'action conquérante d'al-Ashraf al-Khalil qui sera surnommé l'Alexandre de son temps. Très belles illustrations
accompagnant le texte.


Kaaper Nefredkheperou 05/10/2009 00:56


Bonsoir Pier,
Tu as raison de souligner la résonnance qu'a eu cette dynastie bien au-delà des frontières de l'Egypte. Dans de prochains articles, nous aurons l'occasion de rencontrer certains souverains bahri,
ainsi que leurs monuments.
Amitiés,
Kaaper


gene 24/09/2009 23:12


une période de l'histoire égyptienne que je ne connais pas bien , j'apprends. bonne soirée


Kaaper Nefredkheperou 05/10/2009 00:46


Vous verrez, c'est une époque pasionnante.
Amitiés,
Kaaper


Ramabro 24/09/2009 22:22


Bonsoir et bonne soirée à toi Kaaper! Merci d'être venu voir mes articles et en particulier celui avec la Mosquée Abu I-Haggag! je ne me rappellais plus son nom ! à bientôt gros bisous Ramabro


Kaaper Nefredkheperou 05/10/2009 00:44


Bonsoir, Ramabro ;)
J'ai adoré ta photo du temple avec la mosquée Abu l-Haggag ;)
Gros bisous, et à bientôt,
Kaaper


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