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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 17:00

 


 


ألشيخ أحمد برين ـ إنشادات صوفية

 

al-Sheykh Ahmad Barrayn – Inshâdât1 sûfiyya



Dans nos Horizons musicaux du vendredi, nous allons aujourd'hui découvrir un autre aspect de la musique égyptienne : celui des chants sai'idi2 d'inspiration sûfi. A travers l'exemple de Sheikh Ahmad Barrayn, dont un excellent CD est disponible3 facilement. Le sûfisme a fortement marqué la culture musulmane égyptienne, comme nous aurons l'occasion d'en reparler de façon plus spécifique ; dans la mystique et la pratique sûfi, le chant et la musique occupent     une place particulière. Le chantre, ou munshid, est d'ailleurs traditionnellement associé à une confrérie sûfi dans laquelle il dirige les chants. 

 

Sheikh Ahmad Barrayn originaire de Deir, dans la région d'Esna, en Haute Egypte, est considéré comme le plus grand maddâh4 de cette région et même l'un des plus grands de toute l'Egypte. Aveugle de naissance et issu d'une famille de tradition sûfi, il a tout d'abord appris l'art de la psalmodie coranique, puis a étudié trois ans à la prestigieuse université islamique d'el-Azhar, au Caire. Ceci lui a donc permis d'acquérir des bases particulièrement solides. Il chante tour à tour, en fonction du type de répertoire, en arabe classique ou en sa'idi , le dialecte de Haute-Egypte.





Le madîh, ou madh, est un des genres chantés les plus anciens de la poésie arabe. Il est en général consacré à la louange du Prophète ou à des saints dont le culte est traditionnel. Mais cette louange peut aussi avoir un aspect profane, destiné par exemple aux invités d'une soirée pour les honorer. Selon la tradition sûfi, on trouve également dans le répertoire le ghazâl, poésie d'amour destinée à la bien-aimée.



Sheykh Ahmad Barrayn, s'accompagnant d'un daff.


Sheikh Ahmad Barrayn se réfère à la tradition ancienne, dite qadîm. Les maddahâhîn égyptiens expriment une religiosité d'inspiration populaire, et les chants qu'ils composent se réfèrent plus particulièrement aux légendes locales ou aux anecdotes traditionnelles, qui sont assorties d'une morale. Le genre a ceci de particulier qu'il laisse une large place à l'improvisation. Traditionnellement, le maddâh égyptien s'installait sur une place publique pour chanter, un peu à la façon d'un conteur. Des particuliers faisaient aussi appel à lui en l'invitant chez eux. Les représentations des maddahâhîn sont moins formelles que celles des munshidîn au cours des rites sûfi.



Enfin, la qasîdah est le genre poétique rythmé le plus prisé, riche en métaphores et proche de la psalmodie coranique par sa métrique. Elle est en général introduite par un mawwâl, forme poétique très ancienne5 qui est chantée en Egypte soit en langue populaire, soit en langue semi-classique.



Un reqq égyptien marqueté, avec ses dix cymbalettes groupées deux à deux.


Très peu d'instruments en principe pour accompagner ce type de chants : le gharb, longue flûte de roseau caractéristique de ce style ; le daff, grand tambour sur cadre d'origine persane ; le riqq, petit tambourin à cymbalettes ; le naqrazân ou naqayrat, timbale en cuivre sur laquelle est tendue une peau qu'on frappe avec deux baguettes en tiges de palmes, percussion caractéristique du chant religieux de Haute-Egypte.

 

 


C'est véritablement très beau, d'un dépouillement et d'une puissance extraordinaires... Un réel moment de sérénité, de plénitude, à savourer au calme, confortablement installé... Quelles que soient ses convictions et même si on ne comprend pas le texte, il faut se laisser emporter par la voix et la musique. Une occasion de partir à la rencontre de la musique traditionnelle sa'idi, de la musique religieuse égyptienne, mais aussi des traditions populaires qui perpétuent un art ancestral. Parmi les autres maddahâhîn égyptiens renommés, vous pourrez aussi découvrir Sheykh Ahmad al-Tûni et Sheykh Yasîn al-Tuhâmi, tous deux originaires de la région d'Assyut et considérés eux aussi comme des maîtres du genre6. La redécouverte de ce patrimoine musical a largement dépassé les frontières de l'Egypte. A découvrir pour les amoureux de l'Egypte, si vous ne connaissez pas déjà, très sincèrement...


Sheykh Ahmad al-Tûni, un autre maddâh égyptien très renommé.


(Edit) Devant votre déception, et très déçu moi-même, j'ai fini par trouver le site Moussika Arabia sur lequel vous pourrez écouter l'album en intégralité : ana mabsoot 'awi *. J'ai également trouvé sur le site Bolingo des enregistrements que vous pouvez écouter librement et qui vous donneront une idée de l'art des maddahâhîn et des munshidîn, dans différents registres ; outre Sheykh Ahmad Barrayn, vous pourrez entendre également Sheykh Ahmad al-Tûni, Sheykh Yasîn al-Tuhâmi et Sheykh Amin al-Dishnawi ( un munshid de Dishna, près de Qena ). Vous y constaterez un fait caractéristique : souvent le public s'exprime lui aussi et interpelle le chanteur, ce qui est traditionnel en contexte sûfi.





Notes :

1- Inshâd désigne le répertoire des chants religieux du munshid, et par extension du maddâh.
2- Souvenez-vous, en égyptien l'adjectif  " sa'idi " signifie " de Haute-Egypte ".
3- Disponible en diverses éditions, par exemple sous le titre " Sufi songs"  (éd. Long Distance France, 1995).
4- Le maddâh ( pluriel maddahâhîn ) est pour simplifier un équivalent populaire du munshid.
5- Il remonterait au VIIIe s.
6- On surnomme parfois Sheykh Ahmad Tûni " le sultan des munshidîn ".


* je suis très content, en égyptien...

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Musiques des Horizons
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commentaires

Taidh 14/10/2009 12:53


Je ne suis guère plus avancée qu'avant. J'ai appris de nombreuses choses sur les chifres gothiques et l'étymologie des mots mais rien sur l'origine de "l'ordre" des chifres.Tant pis. Ce qui est sûr
est "Ziffer" vient bien de l'Arabe.

Je sais aussi d'une amie Tchèque que dans cette langue l'ordre est libre on peut dire d'abord l'unité ou d'abord la dizaine.

Taidh


Taidh 24/09/2009 22:05


Dans certaine langue une quantité modérée de ces sonorité ne me dérange pas (en néerlandais par exemple), mais bon tous les (dé)goûts sont dans la nature.

Je demanderai à ma mère pour les chiffres (jusqu'à présent j'ai toujours oublié parce que j'avais autre en tête). Au moins tu m'as appris que les arabes comptent bien à l'envers ;o) cela en tout
cas est juste.
Je ne te savais pas germaniste, intéressant.
Sur ce schönen Abend,
Taidh


Kaaper Nefredkheperou 05/10/2009 00:41



Comme tu le dis avec humour, chacun a sa sensibilité, y compris auditive ;) Parmi les langues que je rêve d'avoir le temps d'apprendre (et il y en a beaucoup...) figure le néerlandais...
Pour les chiffres en arabe (chiffre étant d'ailleurs un mot d'origine arabe : "sifr", qui signifie "zéro"), il y a même plus étonnant : alors que les mots s'écrivent de droite à gauche, les
nombres s'écrivent et se lisent de gauche à droite
Eh oui, j'ai commencé par des études d'allemand, une langue qui m'a passionné dès le collège (première langue).
Gute Nacht, und bis bald ;)
Kaaper



Taidh 24/09/2009 17:43


Tu as tout à fait raison, chaque langue est riche, chaque langue est facon de penser, chaque langue est reflet de l'esprit et symbole. Chaque langue à ses mots intraduisibles, ses images et ses
particularités gramaticales qui expriment si bien une chose.
Je pense aussi que chaque langue à l'intérieur de son sytème phonêtique réussit à exprimer certain mot par leur son (douceur, onomatopée...) ect.
Ma remarque ne concerne que mon sens de l'ouie. Quand j'entends de l'arabe ne trouve pas ces sons "beaux".

Cela m'amène à une question que je me pose depuis quelques temps : j'ai souvent entendu dire que les Allemands disait d'abord l'unité puis la dizaine parce qu'ils avaient repris cela des Arabes.
Dit-on en arabe, par exemple, trois-vingts ou vingt-trois pour 23 ? (En allemand dreiundzwanzig).

Séitima (Je te retourne tes amitiés),
Taidh


Kaaper Nefredkheperou 24/09/2009 20:54



C'est bien ainsi que je l'avais compris, chère Taidh, et je pense que c'est le cas aussi des lecteurs des Horizons. Il y a des langues dont les sonorités nous surprennent ou même ne nous sont pas
agréables à l'oreille. Les langues sémitiques contiennent beaucoup de sons gutturaux (avec des subtilités souvent difficiles quand on les apprend), ce qui heurte souvent l'oreille de ceux
pratiquant des langues dans lesquelles ces sons sont rares.


Bien qu'étant germaniste, je ne saurais pas te dire si le fait que les Allemands donnent l'unité avant la dizaine vient de l'arabe (qu'ils sont loin mes cours d'allemand médiéval !
 ). En tout cas, il est vrai que c'est également le cas en arabe : 23 se dit talata (3) w (et)
3eshrîn (20). Ceci dit, c'est un phénomène qu'on rencontre dans d'autres langues, comme le tchèque par exemple.

Amitiés,
Kaaper



Taidh 22/09/2009 16:26


Mieux vaut un tourisme de qualité qu'un tourisme de masse.

J'ai aprécié ma promenade même si je ne peux m'empècher de trouver l'arabe une langue disgracieuse. Ce n'est pas un jugement de valeur mais bien un jugement de goût. La musique perd de son charme à
mes oreilles parce que les paroles sont dans une langue que je n'aime pas spécialement entendre.
Sinon j'ai constaté que c'est une musique assez riche et pouvant véhiculer des émotions variées.
J'ai envoyé les liens à une amie qui aime la musique orientale, je crois que cela lui plaira.

Taidh


Kaaper Nefredkheperou 23/09/2009 16:53


Vaste débat que le choix entre tourisme de qualité et tourisme de masse ; même les Seychelles, qui ont longtemps pratiqué un tourisme restrictif, se sont ouvertes au tourisme de masse...

Ah, la difficulté avec la langue arabe ! Je concède que le sa'idi est plus guttural que le dialecte cairote. Après, c'est une question de sensibilité, pour ma part je trouve du charme à toutes
les langues du monde, chacune est un reflet de l'aventure humaine ; mais c'est sans doute ma formation linguistique qui veut ça. ;)

Les chants sûfi mettent l'émotion au premier plan, car il y a une dimension mystique à cette musique. De plus, avec la musique sa'idi se rencontrent les traditions musicales orientales et
africaines, c'est une de ses caractéristiques.

Amitiés,
Kaaper


Taidh 15/09/2009 15:00

Bonjour,

Comme je l'ai évoqué dans mon couriel j'ai moi aussi eu des problèmes pour poster des commentaires. J'espère que ca marchera cette fois-ci.

Avec mon poème je suis encore assez loin de pouvoir concurencer Esope ou La Fontaine, mais contente qu'il t'ai plu ;o)
J'ai hésité à me mettre moi-même à la recherche d'extraits musicaux, mais Manque de temps est la petite soeur de Paresse. Ta réponse me réjouie donc et j'ai hâte de partir vers ce nouvel horizon.
Mon père m'a fait découvrir la cora, c'est un instrument magnifique (qui est en effet beaucoup joué au Sénégal). Je te conseille vivement Ali Farka Touré si la nostalgie te prends. Je vais à des concerts de musique africaine dès que j'apercois cet instrument dans la présentation même si ce sont rarement de très grands musiciens (l'ambiance estt toujours bonne).

En ce qui concerne le tourisme, je n'ai rien contre un développement du tourisme.J'aime être touriste et je pense qu'un essor de ce domaine est bon pour l'économie. Toutefois, il ne faut pas abuser et dans certain cas plus n'est pas mieux. Il y aurait des choix moins coûteux mais plus judicieux à faire. Sans oublier que les tourisme concurence d'autre secteur tel que l'accés à l'eau (le niveau de vie des populations locales en général).

Taidh

Kaaper Nefredkheperou 20/09/2009 20:18


Bonjour, chère Taidh,
Cela arrive quelquefois les problèmes pour poster des commentaires ; la dernière fois, un de mes commentaires sur le blog d'Anne-Marie ne voulait pas passer, et finalement a été publié
deux fois !
J'espère que tu auras pris plaisir à la promenade à travers les chants de Sheykh Ahmad Barrayn.
Merci pour l'info sur la cora, je vais me mettre en quête pour retrouver ce son magique associé à de précieux souvenirs. ;)
Je suis d'accord avec toi sur les débordements du tourisme de masse. L'Egypte fait quand même des efforts, malgré des choix parfois criticables en matière de tourisme (je suis un farouche opposant
à l'aseptisation occidentalisante des souq sur les sites touristiques, par exemple) ; à Hurghada ou sur les bateaux de croisière, j'ai pu voir par exemple des panneaux d'information invitant
les touristes à ne pas gaspiller l'eau, ou encore à Hurghada des éoliennes produisant l'électricité pour les hôtels.

Amitiés,
Kaaper


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