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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 12:30


Il est de tradition en Egypte, comme dans une grande partie du Mashreq et du monde arabe, d'allumer des lanternes les soirs de Ramadhan : on les appelle fânoos ( arabe فانوس , pluriel fawânees فوانيس ). Dans la sourate an-Nûr1 du Coran, Dieu est comparé à une lampe allumée, c'est peut-être l'origine de cette tradition. Cette coutume remonterait à l'époque fatimide, mais il existe différentes versions : la plus courante est que le calife al-Hâkîm be-'Amr Allah a demandé que toutes les rues du Caire soient illuminées les nuits de Ramadhan, en particulier aux abords des mosquées. Une autre version dit que les habitants du Caire avaient accueilli l'un de ses prédécesseurs, le calife fatimide el-Mo'ezz le-Deen Allah, en plaçant des lanternes colorées sur le parcours menant au palais ; comme c'était une nuit de Ramadan, la tradition se serait imposée d'éclairer les rues de lanternes les nuits de Ramadan. On dit aussi que cette coutume vient de l'autorisation donnée par le calife al-Hâkîm aux femmes des harems de sortir dans la rue les soirs de Ramadan, mais précédées d'un enfant portant une lanterne pour que les hommes s'écartent de leur passage. Enfin, pour l'historien égyptien al-Maqrizi2, le fânoos dériverait des chandelles de Noël utilisées par les Coptes, d'où la parenté avec le copte « phanos » signifiant chandelle. Il en existe d'autres encore, y compris cherchant à la relier aux traditions antiques... Une chose est néanmoins certaine : c'est en Egypte que cette coutume est née et de là qu'elle s'est répandue dans le monde musulman.


Femmes égyptiennes achetant des fânoos pour Ramadhan.

On accroche les fânoos dans les rues, aux fenêtres et balcons des maisons, dans tous les lieux publics. On offre en particulier aux enfants3 des fânoos au moment de Ramadhan, avec lesquels ils vont se promener en chantant une chanson traditionnelle4.



Le fânoos traditionnel égyptien est fait en cuivre avec des plaques de verre colorées ( vert, bien entendu, mais aussi bleu foncé, rouge ou jaune ). Il reprend les formes des lanternes utilisées autrefois dans la vie quotidienne pour s'éclairer. Au fil du temps, les modèles se sont multipliés et font même l'objet de modes en fonction des périodes et de la fantaisie des fabricants. Il y en a de toutes les formes, parfois même assez cocasses ; traditionnelles dans lesquels on place une bougie, mais aussi électriques ou encore musicales. Ces dernières années, les fânoos made in China, de qualité médiocre mais aussi meilleur marché, avaient envahi les étals égyptiens ; mais il semblerait que la tendance s'inverse aujourd'hui et que les Egyptiens préfèrent revenir à des modèles proprement égyptiens, et de fabrication artisanale égyptienne.



Les fawanees que j'ai ramenés d'Egypte ; l'un est traditionnel en cuivre massif avec des morceaux de verre colorés en vert, l'autre est un modèle plus fantaisie.


Le fânoos de Ramadhan le plus traditionnel en Egypte est semble-t-il celui qu'on appelle «  Abû sham3a » 5, vers lequel de nombreux Egyptiens orientent à nouveau leur choix. Un autre modèle égyptien qui rencontre beaucoup de succès est celui nommé « Fârûq », du nom du roi d'Egypte à l'époque duquel il a été créé. On trouve également parmi les favoris « el-Battîkh » 6, formé de six faces protubérantes, souvent orné de versets coraniques. Enfin, un des plus populaires est « el-Negma » 7,  comme son nom l'indique en forme d'étoile, dont les branches sont sensées éloigner le mauvais oeil.



Un fanoos " negma ", modèle qui a toujours beaucoup de succès.

Les fânoos sont de toutes formes, mais aussi de toutes tailles. Ainsi, le modèle appelé « fusée » varie de 1,30m à 10m de haut ! Il est utilisé dans les hôtels, les grands restaurants ou les restaurants touristiques, les boutiques ou encore les tentes de Ramadhan. Les versions en cuivre et verre sont particulièrement onéreuses, entre 600 et 3500 LE8. « El-Borg » est également un modèle de grande taille, surmonté d'un minaret, voué à la même utilisation. Un autre modèle spectaculaire est le « Abû l-welad », un grand fânoos ( le « père » ), de forme quadrangulaire, auquel sont accrochés plusieurs autres plus petits ( les « fils » ), lesquels sont ensuite détachés et disposés au-dessus des convives.



Les fabricants de fânoos travaillent toute l'année pour produire ces ornements indispensables de Ramadhan, même si l'activité connaît des difficultés et que se fait ressentir la difficulté de trouver une main d'oeuvre ayant le savoir faire traditionnel. Au Caire, les principales fabriques, les plus renommées, se trouvent dans les quartiers de Taht el-Rab'e, Sayyeda Zeynab et Bâb el-Khalq ; les villes de Tanta, Mansoorah, El-Mahalla et Alexandrie ont également des fabriques réputées aux modèles originaux.



Je terminerai en citant les propos de Hanaa Khashaba dans l'article du Progrès Egyptien mentionné en références, et où j'ai puisé nombre d'informations :


« En dépit de cette palette de couleurs vivaces et ces multiples formes, le fanous égyptien en cuivre est de retour en force sur scène. Omniprésent, ce fanous est étroitement lié aux coutumes et aux habitudes égyptiennes. C'est pourquoi, nous, population extrêmement affectueuse, optons plutôt pour l'achat de la lanterne égyptienne typique. Non seulement elle est le trait marquant de Ramadan, mais elle évoque aussi en nous les senteurs de nos aïeux et les beaux souvenirs de naguère. »







Références :

- Je vous rappelle que pour consulter les articles du Progrès Egyptien, vous devez rentrer l'année, le mois, le jour et la page sur le
site :

* article de Hanaa Khashaba, « Au mois de Ramadan, le fanous, joujou de luxe pour les enfants », in Le Progrès Egyptien du 2 septembre 2008, franç.

* article de Ghada Shoucri, « Ramadan / Le fanous de la belle époque... gagne du terrain », in Le Progrès Egyptien du 21 septembre 2007 page 4, franç.

- article de Heba Fatteen Bizzari, « Ramadan Lanterns » in Tour Egypt, angl.

- article de Giovanna Montalbetti dans Al-Ahram Weekly n°961, 20-26 août 2009, angl.

- des images sur le site Ballade Egyptienne de mon amie Josiane.



Notes :


1- an-Nûr : la Lumière.

2- In Kitab al-Mawa’iz wa al-I’tibar Bi Dhikr al-Khitat wa al-Athar

3- Ramadan est une période durant laquelle, un peu comme dans le Noël chrétien, on fait des cadeaux aux enfants ; ils reçoivent surtout des cadeaux au moment de l'3aid el-Fitr, en particulier de nouveaux vêtements.
4- « Wahawy, ya wahawy » ou « Ramadhân gana » sont des chants traditionnels de cette période en Egypte.

5- sham3 : la cire. > sham3a : bougie. Son nom signifie donc « père de la bougie ».

6- battîkh : melon, pastèque.

7- negma : étoile.
8- Inaccessibles, bien sûr, à la plupart des Egyptiens. Un fânoos courant coûte, pour donner un ordre d'idée, entre 5 et 30 LE. 

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Masr - Egypte islamique & actuelle
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commentaires

Corinne 12/09/2009 13:24

J'étais en Egypte en Novembre 2000,en plein Ramadan, et c'est vrai qu'à la nuit tombée, toutes les rues illuminées par les fanoos donnent une autre atmosphère à la ville!! Quand raisonne l'appel à la prière du soir, c'est magique....
Merveilleux souvenirs de mon premier voyage!!

Polla filia!!

Corinne

Kaaper Nefredkheperou 20/09/2009 19:11


Ca doit être totalement magique, j'imagine que ce doivent être de beaux souvenirs.
Pola filia,
Kaaper


gene 11/09/2009 16:08

j'en ai 3 , mais ils sont marocains , c'est un très bel objet à condition qu'il soit authentique et du pays , les copies chinoises , j'ai horreur de ça . Par contre je ne savais pas que c'était une tradition égyptienne .

Kaaper Nefredkheperou 20/09/2009 19:08



Je suis tout à fait d'accord avec vous, les copies chinoises kitchissimes je n'aime pas du tout moi non plus. La tradition est née en Egypte, mais les Fatimides sous lesquels elle est apparue
sont venus du Maghreb, d'où le fait qu'on la retrouve aussi au Maghreb.
Amitiés,
Kaaper



Catlyna 11/09/2009 14:40

J'adore les fânoos. On en trouve de superbes au Maroc aussi ;)
J'espère pouvoir en trouver de sympas un jour pour les mettre à la maison. Merci pour les explications.
J'en profite pour te dire que je serais dans le sud entre le 24 et le 30 septembre avec un ou deux jours prévus sur Aix.

Poutoux haut-savoyards

Kaaper Nefredkheperou 20/09/2009 19:02



On en trouve effectivement avec de multiples variantes dans de nombreux pays musulmans.
Génial cette nouvelle de ta venue au païs !!!  J'espère que tu auras le temps de venir jusqu'à Toulon.


Gros poutoun provençaux,


Kaaperek



Tifet 11/09/2009 10:07

Cette tradition est très jolie et tant mieux si les Egyptiens reviennent au fanous fabriqué par les artisans du pays plutôt que les imitations chinoises ! bonne journée; Tifet

Kaaper Nefredkheperou 20/09/2009 18:58


C'est vrai que ce doit être extraordinaire de voir ces illuminations de fanoos. Et je suis bien entendu d'accord avec toi, c'est une bonne chose que les Egyptiens reviennent aux fanoos fabriqués
sur place, il serait dommage que ce savoir-faire, comme tant d'autres, disparaisse.
Amitiés,
Kaaper


pier paolo 10/09/2009 16:12

Merci beaucoup de nous avoir fait partager cette très belle tradition de l'Egypte éternelle.

Kaaper Nefredkheperou 10/09/2009 20:16


'afwan, j'avoue en avoir appris beaucoup en faisant des recherches pour cet article, parti du fait que j'aime beaucoup les fânoos et rêve de me trouver un jour en Egypte au moment de Ramadan.
Etonnante, en particulier, cette incertitude sur les origines exactes de cette coutume, sinon qu'elle remonte à l'époque fatimide ; je pensais, comme la plupart, que l'origine des fânoos était due
à la volonté du calife el-Hâkeem d'illuminer les rues du Caire pour Ramadan. 
Merci à toi de ta visite, et à bientôt.
Amitiés,
Kaaper

PS : j'ai corrigé l'intutilé du lien vers ton blog, c'est en effet plus précis. Je recommande d'ailleurs vivement à nos amis de Beyt Kaaper d'aller le consulter, car il est
passionnant. 


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