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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 08:25

Le Caire, Egypte – décembre 2006

 

depart du caire

 

C'est au petit matin que nous quittons Le Caire pour ce qui sera notre toute dernière excursion, et pas des moindres, puisqu'il s'agit de gagner Amarna, lieu mythique que nous rêvions de voir. La journée sera sans doute une fois de plus éreintante, qu'importe : cela en vaut la peine. Officiellement, Amarna est classée en zone sensible et a depuis été largement désertée par les touristes, déprogrammée par les tour-opérateurs sauf sur demande particulière. Mais nous sommes bien résolus à nous y rendre et notre voyagiste égyptien nous a arrangé ça. En réalité, quoi qu'on lise ici et là, la Moyenne Egypte n'est ni hostile, ni dangereuse. A l'origine, nous devions aller en train du Caire à Minieh, puis en voiture de Minieh à Amarna : j'étais, je dois l'avouer, assez enthousiaste à l'idée de voyager en train en Egypte. Mais comme la distance est malgré tout relativement importante et que nous devions être de retour pour prendre l'avion au petit matin du lendemain, notre voyagiste préféré a opté pour un transport en véhicule privé depuis Le Caire. C'est donc avec notre guide, Amro, et un chauffeur que nous quittons la capitale pour la fabuleuse cité d'Akhetaton... Amro est aussi enthousiaste que nous, car il nous explique que cela fait bien longtemps qu'il ne s'y était pas rendu.

 

embouteillage

 

Une épaisse brume recouvre la capitale égyptienne et ses faubourgs, créant une atmosphère quelque peu irréelle qui convient parfaitement à l'état d'esprit d'une telle escapade. Nous n'avons pas encore la mélancolie de savoir que nous allons quitter l'Egypte le lendemain ; l'heure est à l'excitation de réaliser un vieux rêve de plus. Par la vitre de la voiture, je ne perds pas une miette de ce qui défile devant mes yeux ; je veux que chaque image, chaque seconde soient imprimées dans ma mémoire à jamais. Malheureusement, il faut bientôt sortir de la rêverie : parvenus à l'embranchement de la voie express que nous devions emprunter pour couper au plus rapide, embouteillage monstre et brume sur le désert. Tout le monde, camions chargés de denrées et véhicules privés, est bloqué sans qu'on sache exactement pourquoi. En France, ce serait l'énervement général ; ici, on sort tranquillement des voitures, on se salue, on discute, on prend même le temps dans la bonne humeur d'aider une voiture qui s'est ensablée en tentant de faire demi-tour. Après un peu d'attente et avoir discuté avec les autres voyageurs immobilisés, nous apprenons que la route a été fermée par les autorités pour des raisons de sécurité. Amro et le chauffeur parlementent quelques minutes, et nous prenons une décision : nous allons emprunter l'autre route, certes plus longue, mais préférable au fait d'attendre la réouverture de la première route... C'est cela aussi un voyage en Egypte, surtout en individuel : il faut savoir s'adapter aux contretemps et dire " ma3lesh ", prendre les choses du bon côté. Le chauffeur se débrouille on ne sait trop comment pour extraire notre véhicule de l'embouteillage, et en aussi peu de temps qu'il faut pour le dire nous roulons à nouveau dans une autre direction.

 

La campagne égyptienne s'éveille sous nos yeux, gravant dans notre coeur ces scènes admirables qui contribuent à la magie de l'Egypte... Poste de contrôle, deux Faransawîn déclarés aux policiers de service, et nous repartons. Puis nous arrivons à Minieh, où notre guide décide de s'arrêter pour acheter à manger et des pellicules pour son appareil photo – sacré Amro ! Pour la première fois, nous mangeons du foul comme les Egyptiens, acheté dans la rue à un marchand ambulant : cet en-cas, je l'ai baptisé " foul de rue "... Délicieux dans son pain baladi ! Amro nous soigne en vrai père, avec des boissons et des réserves de nourriture. Bientôt, nous apercevons dans une rue parallèle une voiture de police dont les occupants nous font de grands signes, passablement agacés ; ils nous cherchaient, car nous n'avions pas encore passé le check-point à la sortie de la ville ! S'ensuit une scène assez cocasse de chassé-croisé, les policiers nous rattrapent finalement, échangent quelques mots avec le chauffeur et le guide qu'ils sermonnent en arabe. Puis ils nous escortent jusqu'à la sortie de la ville. Amro nous explique entre temps ce qui vient exactement de se passer, et nous en rions ensemble en nous moquant gentiment des policiers qui nous coursaient dans les rues de Minieh. Nous traversons bientôt le Nil sur un pont qui nous conduit à un carrefour agrémenté d'une réplique du buste de Nefertiti, ces ronds-points délicieusement kitsch pour lesquels le Mashreq et le Khalîj ont une prédilection. Nous roulons en direction de Beni Hassan. La tentation de s'y arrêter est grande, Amro nous le propose ; j'avoue hésiter un instant, mais n'avons que peu de temps et la priorité du jour reste Amarna. Peu après, la route laisse place à quelque chose entre route et piste, le chauffeur est un peu perdu, nous demandons notre chemin. Les avis divergent, un vieil homme dit que nous pouvons rejoindre Amarna par une petite route, un autre dit que c'est impossible et qu'il faut prendre le bac sur l'autre rive. En fin de compte, Amro préfère faire demi-tour ; c'est parti pour prendre le bac sur la rive ouest.

 

nefertiti bac arrivee

 

Pas de chance, le premier bac auquel nous présentons est hors-service. Il faut aller un peu plus bas au sud. L'après-midi est déjà bien avancé, comment va se terminer cette aventure ? Nous avons tout loisir, en tout cas, de voir la vie de la campagne égyptienne, cette Egypte encore épargnée par les effets pervers du tourisme de masse ; une Egypte que j'aime et que je rêverais de prendre le temps de découvrir plus longuement. Enfin nous trouvons, dans un petit village dont j'ai oublié le nom, un bac qui fonctionne ; mais l'heure de la dernière rotation est proche. Amarna est là en face, à portée de regard. Un des policiers que nous avons rencontrés en entrant dans la localité traverse le Nil sur une petite embarcation pour aller chercher le bac de l'autre côté. Ce traitement de faveur est un peu embarrassant... Nous embarquons, l'instant est magique. Nous sommes seuls parmi les Egyptiens au coeur de l'Egypte, traversant le fleuve avec cette luminosité de fin d'après-midi qui est d'une beauté grandiose. Notre escorte nous accompagne à vive allure vers le site des tombes Nord, seule partie du site que nous pourrons finalement visiter. C'est un peu frustrant, mais j'ai appris la leçon égyptienne : il faut prendre ce que nous offre le présent, et espérer que le reste viendra plus tard. Nous ne ferons qu'apercevoir furtivement les vestiges du petit temple d'Aton. Nous passons les villages d'el-Hagg Qandil et sa nécropole musulmane, et et-Till Beni Amran, puis gagnons le point de vente des tickets. Nous visiterons donc ce qu'on appelle les tombes Nord. Nous nous lançons à la suite du gardien et d'Amro à l'ascension du chemin qui gravit la colline jusqu'aux sépultures amarniennes, dont je vous parlerai dans un prochain article, car elles valent qu'on s'y attardent plus longuement. Nous ne sommes pas déçus, loin de là ; nous retrouvons notre cher couple royal, ces scènes que nous ne connaissions jusqu'à présent que par photos et livres interposés.

 

amarna tombes et soleil

 

Mais surtout, Akhenaton nous offre un beau cadeau : depuis le chemin qui serpente le long de la falaise, la vue sur la plaine d'Akhetaton est fabuleuse dans ces soirs flamboyants comme l'Egypte en a le secret. Quelques larmes me montent aux yeux, je n'ai aucune honte de le dire : un lieu d'une majesté incroyable, entouré de collines désertes, parcouru de chemins dont certains sont ceux qu'empruntaient les habitants de l'Antiquité... Un silence complice qui change des sites sur-fréquentés. Et surtout, un formidable coucher de soleil sur le Nil et l'Horizon de l'Ouest, jetant sur le paysage alentour des couleurs d'une beauté à couper le souffle. On se sent tout à coup emporté par la grandeur du spectacle, et conscient de ce qu'il a engendré dans l'esprit des anciens Egyptiens ; c'est comme une communion à travers les siècles... Le disque solaire est inexorablement happé par l'horizon, il faut déjà redescendre, l'escorte s'impatiente. La rencontre est brève, mais véritablement magique. Nous avons atteint l'un des buts importants de ce voyage et vécu une journée qui restera gravée dans mon coeur comme une très belle aventure. D'autant que l'aventure est inachevée et appelle une suite : je reviendrai, insha'a l-llah...

 

retour chevres nil

 

Tandis que nous retraversons les villages pour regagner Le Caire, des villageois veulent nous inviter à boire le thé avec eux ; malheureusement, nous n'avons pas le temps... Les fellah rentrent des champs, on rentre les chèvres, on se prépare pour le repas du soir et la nuit. Voilà encore des images très présentes à mon esprit. L'escorte file à vive allure car le dernier bac nous attend. Je présente mes excuses, dans mon arabe approximatif, aux Egyptiens que du coup nous avons fait attendre. Dernières images du roi des fleuves, et dernier regard en direction de l'Horizon d'Aton. Nous roulons vers Le Caire dans la nuit, apercevant au passage Tuna el-Gebel illuminé. Nous faisons une brève halte dans un "rest", l'une de ces étapes qui jalonnent les routes désertiques et où on vend aux voyageurs de quoi boire et se restaurer. Là encore, Amro nous bichonne comme un père, nous achète de quoi boire et manger ; nous échangeons nos impressions alors que nous étions restés silencieux jusqu'à présent, peut-être pour ne pas risquer de briser la fragile féérie du moment. Je reviendrai en ces lieux, insha'a l-llah, pour une découverte plus approfondie, en prenant le temps de voir aussi Tuna el-Gebel et Beni Hassan... C'est décidé, la prochaine fois il faudra prévoir de séjourner à Minieh pour pouvoir prendre le temps – car quand on tombe amoureux de l'Egypte, on ne peut s'empêcher d'envisager toujours une prochaine fois...

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Voyages en Egypte
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commentaires

sophie 06/03/2011 21:33


Tr es beau recit, on attend donc la prochaine fois
Bises egyptienne


Kaaper Nefredkheperou 09/03/2011 06:39



Merci, la prochaine fois nous parlerons des fameuses tombes Nord. Quant à la prochaine visite à Amarna, je l'espère avec impatience.


Bises égyptiennes,


Kaaper Nefreedkheperou



Tifet 06/03/2011 20:31


Bonsoir Kaaper et ravie de retrouver tes articles, j'ai hâte de lire la suite sur Amarna, c'est une région que nous n'avons pas encore découverte mais j'aimerais beaucoup m'y rendre lors d'un
prochain voyage; Amicalement; Tifet


Kaaper Nefredkheperou 09/03/2011 06:41



Bonjour, chère Tifet !


Très heureux aussi de te retrouver, merci de ta fidélité. Je te souhaite de te rendre à Amarna, c'est réellement un endroit magique.


Amicalement,


Kaaperek



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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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