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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 08:03

 

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A l'intérieur de la mosquée Ibn Tûlûn, au Caire, les décors de plâtre du IXe s., influencés par le style iraqien de Samara, comptent parmi les plus beaux exemples de cet art raffiné ; ils se développent sur les arcades, les chapiteaux des colonnes et les murs.

 

 

Les Arabes ont développé très tôt une technique très subtile des décors de plâtre à base de gypse. Le gypse se trouve en abondance au Mashreq et y est utilisé depuis la plus haute Antiquité, puisque les premiers décors de plâtre y remontent au Néolithique. Dans de nombreux pays musulmans, le plâtre de gypse servit à réaliser des motifs ornementaux sophistiqués pour les murs, les colonnes et leurs chapiteaux, les plafonds des mosquées et des palais. Nombreux sont ceux qui ont résisté au temps et qui constituent l'un des fleurons de l'art islamique. Les décors de plâtre des monuments du Caire comptent parmi les plus beaux de tout le monde musulman ; c'est pour cette raison que j'ai choisi d'illustrer cet article par un des plus beaux ensembles cairotes : les décors de la mosquée Ibn Tûlûn (876-879), qui est une de mes favorites.

 

 

tulunpl_15.jpgLorsque l'on sait toute la difficulté que représente cette technique, on ne peut qu'admirer la finesse de chefs-d'oeuvre comme ce superbe mihrâb tûlûnide.

 

 

On cuisait tout d'abord le gypse dans des fours bas en maçonnerie dont le sommet était ouvert ; on plaçait à l'intérieur les blocs de gypse, puis on maintenait un feu intense durant 12 à 24 heures. Ensuite, le gypse cuit était broyé dans un moulin à meule tournante verticale pour être réduit en poudre.

 

 

tulunpl_4.jpg Les chapiteaux des colonnes s'ornent de motifs végétaux sculptés au ciseau dans le plâtre frais.

 

 

Les décors de plâtre se retrouvent dans tout le monde musulman pour la réalisation de motifs décoratifs ou comme support pour les fresques. Durant des siècles, les plâtriers et stucateurs arabes affinèrent et développèrent les techniques et les mélanges. Additionné de chaux, le plâtre devenait très solide et durable, y compris exposé aux intempéries ; additionné de poudre de marbre ou d'albâtre, il prenait l'aspect poli de ces matériaux précieux. Le polissage des décors de plâtre nécessitait lui-même une grande habileté.

 

 

 

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Des bandeaux courent au sommet des murs, encadrent les baies, les motifs végétaux se développent à l'intérieur des arcs et les fenêtres sont pourvues de claustra de plâtre fins comme la dentelle.

 

 

C'est au Yémen que la tradition s'est aujourd'hui le mieux maintenue et est restée la plus proche des techniques anciennes. On réalise une poudre de marbre très fine, qui est mélangée au gypse et à la chaux ; on laisse le mélange fermenter durant une semaine avant de l'utiliser. On l'applique ensuite sur la surface à décorer couche après couche, chacune étant polie durant 3 jours avec une pierre avant l'application de la suivante. On applique ainsi 2 à 3 couches successives de plâtre. Ensuite, le plâtre est passé 3 fois au lait de chaux, puis poli 3 fois avec de la pierre ponce. Après avoir laissé reposer une semaine, l'enduit est brossé à l'eau, en utilisant une brosse très fine. La surface change alors de couleur et passe du blanc à un crème pâle. Ce travail est particulièrement délicat et fastidieux, et on ne peut réaliser au maximum que 6 m2 par jour ! Pour terminer, on applique avec une étoffe ou à la main de la moelle extraite d'os d'animaux afin de terminer le polissage et d'accentuer la richesse du coloris.

 

 

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Pour réaliser les motifs répétitifs, comme cette frise de rosaces qui se déploie tout autour de la cour, le maître plâtrier s'aidait de moules de bois.

 

 

De la même façon, la mise en oeuvre des décors de plâtre demandait une grande maîtrise technique. Il fallait tout d'abord tamiser soigneusement plusieurs fois la poudre de plâtre et les matériaux qui y étaient additionnés. Ensuite, après avoir ajouté de l'eau, il fallait malaxer très longuement le mélange de façon à stopper la prise rapide et obtenir une pâte que l'on pourrait modeler et sculpter pendant plusieurs jours. Comme expliqué ci-dessus, on superposait plusieurs couches successives, chacune devant prendre et être polie avant l'application de la suivante. C'est dans la dernière couche que le maître plâtrier réalisait le décor, soit en appliquant un moule de bois, soit en sculptant avec un couteau à plâtre. La finition était réalisée en frottant la surface avec un linge humide et une brosse fine ; on pouvait aussi appliquer sur la surface préalablement mouillée une poudre très fine faite d'un mélange de gypse et de talc, qui était polie après séchage pour obtenir un beau brillant.

 

 

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tulunpl_13-horz.jpgChacune des nombreuses arcades de la mosquée porte un motif différent, montrant à la fois la richesse du répertoire décoratif et la grande maîtrise technique des artistes.

 

 

Comme nous aurons l'occasion de le voir ultérieurement, les vitraux des monuments musulmans font également appel au plâtre ; et là encore, c'est au Yémen que la technique ancienne s'est le mieux conservée. Du monde musulman, cet art du plâtre est passé dans un certain nombre de régions d'Occident, dont la Provence où il est à l'origine de l'art subtil des gypseries dont nous parlerons bientôt. Nous reviendrons également sur ce véritable joyau du Caire qu'est la mosquée Ibn Tûlûn, dont je recommande la visite à tous ceux qui séjourneront dans la capitale égyptienne.

 

 

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Une des fenêtres de la courde la mosquée Ibn Tûlûn, avec ses colonnettes et son arcade en plâtre.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Mashreq et horizons arabes
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commentaires

Nue de Jean-Louis Toussaint 17/10/2013 14:05


Ces images sont fascinantes. C'était une très bonne idée de les avoir partagé!

michelle 07/01/2012 13:51


Bonjour, je te souhaite, ainsi qu'à tes proches une très heureuse année 2012, pleine de petits plaisirs et de grandes joies, d'amour de paix et de partages.
Bonne fin de semaine

gene 28/12/2011 22:51


c'est du très bel art et quelle maîtrise technique . bonne soirée

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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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