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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 02:30

Nous verrons que le thème de Cleopâtre est un de ceux qui ont le plus tôt retenu l'attention des artistes, avec des visions très différentes selon les périodes. Nous commencerons avec la Renaissance. Il n'apparaît en effet que très rarement au Moyen Age ; c'est la Renaissance qui va s'en emparer, l'utilisant comme une figure dramatique de l'Antiquité, mais aussi comme prétexte à une représentation teintée de sensualité, voire d'érotisme.

   

Antoine-se-tue-a-la-vue-de-Cleopatre-morte-sur-son-tron.jpg    

" Antoine se tue à la vue de Cléopâtre morte sur son trône, deux aspics aux bras ",

traduction française de Boccace, De Claris muleribus, Paris, 1403.

 

 

suicide-antoine-et-cleopatre_msfr226.jpg

"Suicide d'Antoine et Cléopâtre" , traduction du De Casibus de Boccace par Laurent de Premierfait,

maître de Rohan, Paris, XVe s. (BNF, ms. fr. 226, f° 183 v°)

 

 

 

   

Aux XVIe et XVIIe s. , aucun élément égyptien n'intervient dans les scènes évoquant Cléopâtre. Au mieux elle est représentée comme une Romaine ; mais la plupart du temps, rien ne situe le personnage dans le temps, ce sont les symboles propres à la légende de Cléopatre qui permettent de l'identifier. Car le thème qu'on choisit alors, c'est invariablement le suicide de Cléopâtre, avec l'aspic figurant parmi les éléments essentiels, parfois aussi les figues – puisqu'elle se serait suicidée en plongeant la main dans un panier de figues contenant des aspics, comme on sait. Elle est à la fois un prétexte pour dénuder le corps féminin, une évocation de la sensualité, et l'aspect tragique du destin.

 

Andrea-Solario.jpg  

Andrea Solario (actif 1460-1524), La mort de Cléopâtre

(vers 1514, huile sur bois, coll. part. , Milan)

 

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Michel-Ange, Cléopâtre (1533-1534, dessin, Galerie des Offices, Florence).

 

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Jan Massys (1509-1573), Cléopâtre (1560-1570,

huile sur bois, Galleria Antiquaria l'Intrigo, Milan)

 

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Artemisia Gentileschi, Cléopâtre (vers 1620, huile sur toile).

 

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Guido Reni (1575-1642), Le Suicide de Cléopâtre

(1639-1640, huile sur toile, National Gallery of Ireland, Dublin).

 

Guido-Cagnacci.jpg  

Guido Cagnacci (1601-1663), La Mort de Cléopâtre

(vers 1659-1662, huile sur toile, Kunsthistorisches Museum, Vienne). 


La Cléopâtre d'Andrea Solario est vêtue à la romaine et tient l'aspic dans sa main, lui présentant son sein nu ; ce sera longtemps la représentation classique de cette scène, qu'on retrouve par exemple un siècle plus tard chez Guido Reni et même encore au XIXe s, chez Arnold Böcklin. Michel-Ange donne à sa Cléopâtre un visage négroïde, pour évoquer l'Afrique, alors que tous les autres la représentent comme une Européenne, souvent même blonde ; mais sa représentation reste en dehors de cela traditionnelle.Celle de Jan Massys est étrange, offerte à l'aspic qui la mort au sein, autre élément de l'iconographie traditionnelle ; les figues gisent éparses à ses côtés, avec la couronne radiée et le sceptre. Le pathétique est plus accentué chez Artemisia Gentilleschi, pour laquelle la scène est l'occasion de la représentation d'un nu féminin ; la souffrance du personnage est propre à l'art torturé d'Artemisia, pour ceux qui connaissent son histoire. Chez tous ces peintres, la reine d'Egypte est seule. Enfin, la vision de Guido Cagnacci conserve l'élément de la morsure de l'aspic, mais choisit un autre moment : sa Cleopâtre est assise sur un grand fauteuil du XVIIe s., entourée de servantes, et l'aspic est en train de la mordre mortellement. Ce n'est là qu'un choix parmi de nombreuses oeuvres traitant de ce sujet...

 

 

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Alessandro Turchi, La Mort de Cléopâtre ( vers 1640, huile sur toile).       

   


Le XVIIIe s. voit apparaître un changement. D'abord, dans le choix du sujet. Ce sont les amours de Cléopâtre et d'Antoine qui retiennent désormais l'attention, occasion de scènes de genre plus légères conformes au goût de l'époque, ou encore la rencontre entre Cléopâtre et Auguste. Cléopâtre est à la fois l'image de la sensualité et du luxe oriental, celle de la séduction et de ses dangers. Si le décor romain y est plus présent que jamais, on voit apparaître timidement quelques éléments « égyptiens » qui montrent le nouvel intérêt pour les antiquités égyptiennes.

   

Voyons d'abord le thème du banquet de Cléopâtre et Antoine. Chez Natoire, peintre ornemaniste, la scène est résolument romaine, dans le décor, les vêtements des personnages, les objets ; rien n'y évoque l'Egypte ; on est là dans la tradition des tapisseries à sujets antiques. Giovanni Battista Tiepolo, traitant le même thème, nous en a laissé deux versions : une toile et une fresque ; dans les deux, la scène est curieusement transposée à la Renaissance, comme le montrent les costumes des personnages : le palais dans lequel la scène se déroule est un palais Renaissance inspiré de l'antique. Dans la toile, seuls deux personnages vêtus à l'orientale évoquent le fait qu'on se situe hors d'Europe ; mais on remarque tout de même, dans le fond à droite, une niche contenant une statue coiffée d'un némès et portant un pectoral à l'égyptienne, allusion certes très discrète. Dans la fresque, on retrouve les personnages vêtus à l'orientale, mais aussi deux éléments « égyptisants » plus présents : au centre, à l'arrière-plan, une pyramide très pointue, et à droite, derrière la reine et le personnage vêtu à la turque, une statue de Sérapis.

 

Charles-Joseph-Natoire.jpg

Charles Joseph Natoire (1700-1777), Le Repas de Cléopâtre et Marc Antoine (1741-1745, St-Etienne).

 

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Giovanni Battista Tiepolo, Le Banquet de Cléopâtre

(1743-1744, huile sur toile, National Gallery of Victoria, Melbourne)

 

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Giovanni Battista Tiepolo, Le Banquet de Cléopâtre

(1746-1747, fresque, palazzo Labia, Venise).

 

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Détail : la pyramide.

 

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Détail : Cléopatre et son Turc devant la statue de Serapis (reconnaissable au mortier qu'il porte sur la tête).

 

Mengs et Gauffier choisissent quant à eux la rencontre entre Auguste et Cléopâtre, autre aspect du mythe de la reine égyptienne : celui de la tentative de séduction, de la dernière chance avant la défaite, la rencontre des deux adversaires, sous l'oeil du défunt César. Pour tous deux, le décor reste romain. Mais les allusions à l'Egypte se font plus précises. Dans la toile de Mengs, Cléopâtre est vêtue non plus à la romaine mais à la grecque – elle appartient à la dynastie grecque des Ptolémées - , mais surtout elle est accompagnée d'un personnage coiffé du némès qui est intégré à la scène. Les choses sont plus nettes encore chez Gauffier : la scène est très néoclassique, avec un souci pointilleux du rendu archéologique des détails pour l'essentiel romains ; ce sont surtout les niches à l'arrière-plan qui introduisent l'élément égyptien : celle de gauche évoque le monde grec oriental avec l'Artémis d'Ephèse, mais les deux autres contiennent des statues égyptiennes, un personnage portant le némès et une figure d'Anubis. Ainsi, avant même l'expédition d'Egypte, l'antiquité égyptienne fait son entrée dans les représentations, même si c'est encore de façon approximative et timide. Nous sommes bien loin des premières représentations plus "réalistes".


Anton-Raphael-Mengs.jpg

Anton Raphael Mengs (1728-1779), Auguste et Cléopâtre

(1759, huile sur toile, Städtische Sammlungen, Augsburg)

 

21 2Anton Raphael Mengs

Détail : le personnage au némès.

 


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Louis Gauffier (1762-1801, L'Entrevue d'Auguste et Cléopâtre après la bataille

d'Actium (1788, huile sur toile, National Gallery of Scotland, Edimburg)

 

23_2Louis-Gauffier.jpg

Détail : les niches, avec au centre le personnage au némès et à droite Anubis.

 

Dans un prochain article, nous poursuivrons notre promenade à travers ce thème avec les peintres du XIXe s.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons des Arts
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