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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 08:00



Cap pour ce week-end dans nos Horizons musicaux sur les instruments traditionnels égyptiens. Les instruments utilisés dans la musique égyptienne aujourd'hui encore sont souvent d'origine très ancienne ; certains même remontent à la période antique. Malgré l'apport d'instruments occidentaux, ils restent très présents dans la musique actuelle, jeel ou sha3abi, aussi bien que dans la musique traditionnelle ou classique. Aussi avez-vous déjà pu entendre certains d'entre eux dans les Musiques des Horizons. Nous disposons sur la musique égyptienne du début du XIXe s. d'un précieux document avec l'ouvrage d'Edward Lane, qui traite en deux volumes d'une variété d'aspects de la vie en Egypte à cette époque. C'est à travers ses gravures, de façon succinte, que nous commencerons à aborder la question. Certains de ces instruments mériteront des informations plus détaillées par la suite. Pourquoi les " instruments de musique égyptiens " ? Il est vrai qu'on retrouve la plupart d'entre eux dans tout le Mashreq, au Maghreb, dans le monde persan et turc, et même parfois bien au-delà. Comme nous aurons l'occasion de le voir plus tard,  il existe des variantes locales d'un pays à l'autre, non seulement dans le nom mais aussi dans la forme ou la sonorité des instruments ; et quelques instruments sont propres à la culture égyptienne. Je ne conserverai pas l'ordre adopté par Lane, mais classerai les instruments par catégories. Nous commencerons aujourd'hui par les instruments à cordes.




Edward Lane nous dit qu'à l'époque où il est allé en Egypte, un ensemble pour un concert privé était composé d'un joueur de kemângeh, d'un joueur de qânoon, d'un joueur de 3ood et d'un joueur de nây ; à partir des gravures de son livre et des explications qu'il donne, ce montage montre comment ils étaient disposés. Ce sont là les quatre instruments de base, auxquels pouvaient s'en adjoindre d'autres, comme des percussions. Très souvent, il y avait également deux chanteurs. De tels ensembles se produisaient devant les hommes dans les demeures aisées, dans la cour ou dans cet ensemble de réception des hommes qu'on appelle salâmlik ; les femmes pouvaient parfois y assister depuis l'étage, dissimulées derrière des mashrabeyyât. Les femmes elles-mêmes pouvaient faire venir des musiciennes professionnelles dans les harem.

Autres lieux privilégiés de la musique : les cérémonies et processions des sûfi, chez lesquels la musique a un rôle particulier, les grandes processions religieuses comme celle du départ du Hagg, et enfin les processions de mariage ou de circoncision.


Instruments à cordes :


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La kemângeh est une sorte de viole qui se joue avec un archet. Celle représentée sur la gravure a une longueur totale de 97 cm et l'archet 90 cm. Elle n'a que deux cordes, qui étaient faites à l'époque chacune d'une soixantaine de crins de cheval, ainsi que celle de l'archet, et de boyau d'agneau. Comme on le voit sur la seconde gravure, la kemângeh est tenue verticalement, posée sur son pied métallique ; le musicien fait varier l'inclinaison en fonction des sonorités voulues.










Le qânoon est une sorte de cithare sur table présentant 23 groupes de trois cordes, soit 72 cordes au total ; à l'époque, elles étaient en boyau d'agneau. L'exemple de la gravure de Lane mesure 1m dans sa partie la plus longue, 40 cm de large et 5 cm d'épaisseur. On joue de cet instrument en plaçant un plectre ( reesheh, n°3 de la gravure ) de corne de buffle sous chacun des index par l'intermédiaire d'une bague ( kishtiwân, n°2 de la gravure ). Le musicien pose l'instrument sur ses genoux et le petit côté qui fait face au public est orné d'incrustations de nacre. C'est un instrument complexe qui requiert une grande maîtrise.































Le 3ood est le luth oriental, dont les cordes de boyau d'agneau sont assemblées en sept groupes de deux et pincées à l'aide d'un plectre à l'époque en plume de vautour. Il y a différents formats de 3ood. Exigeant là encore une grande maîtrise, il appartient lui aussi plutôt à la musique "savante".


 

Le rabâb est une sorte de viole populaire à archet. Lane en mentionne deux types : le rabâb el-moghonny ( " rabâb du chanteur " ), doté de deux cordes, et le rabâb esh-shâ3er ( " rabâb du poète " ), à une seule corde. La gravure représente ce dernier, d'une longueur de 82 cm. Comme pour la kemângeh, les cordes sont en crin de cheval. Le rabâb était souvent utilisé par les chanteurs de rue et les chanteurs pauvres ; le chanteur jouait lui-même du rabâb et était en général accompagné d'un second joueur de rabâb.


Lane mentionne encore, mais sans en fournir de gravure, le tambûr, une sorte de luth à long manche dont il précise qu'il est surtout joué par les étrangers ( en particulier les Grecs ), et le sunteer, un instrument proche du qânoon mais avec deux côtés obliques de même inclinaison au lieu d'un seul et des cordes métalliques au lieu des cordes de boyau ; et les cordes du sunteer sont frappées avec des baguettes et non pincées avec des plectres.

Dans le prochain article, nous verrons les instruments à vent et les percussions.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Musiques des Horizons
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commentaires

gene 21/11/2009 00:39


sperbes gravures . Je suis en plein dans le sujet puisque je me documente pour pouvoir réaliser mon tableau . J'ai déjà l'idée du fond , lla méditerrannée et les instruments posés sur le sable , ne
me manque plus qu'à les choisir , assez différents les uns des autres , en fonction de leur esthétisme et leur réprésentativité . Il y aura 1 instrument égyptien , incontournable. Quel est celui
qui vous semble le plus représentatif ? je me suis basée sur la grèce , l'égypte , la turquie , les berbères , l'italie et l'occitanie au sens large . Je pense que c'est un bon panel . Maintenant
il faut que je fasse le montage. Vos articles vont m'aider . bonne nuit


Kaaper Nefredkheperou 28/11/2009 07:57


Difficile de dire quel est l'instrument égyptien le plus incontournable, étant donné qu'on les retrouve pour la plupart sous d'autres noms, avec quelques variantes dans les formes, tout autour de
la Méditerranée. Le 3ood est très beau dans ses formes, et il a essaimé dans les cultures méditerranéennes, puisqu'il a donné le luth européen, la mandoline italienne... Pareil pour le zemr (dans
l'article suivant), qu'on retrouve un peu partout. En Grèce et Turquie, vous allez retrouver quasiment les mêmes instruments, avec de légères variantes, les Turcs ayant emprunté aux Grecs et les
Grecs aux Turcs. Je crois que le mieux est de vous laisser guider par ceux qui vous attirent le plus esthétiquement parlant. Ou alors de choisir ceux qui appartiennent au patrimoine commun, c'est
aussi un point de vue qui peut être intéressant.
Bonne journée,
Kaaper


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