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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 13:15

Au cours d'une promenade dans le vallon de Vallaury, un hameau de Solliès-Toucas qui est un de ces lieux magiques que j'adore dans " moun païs " - en français, cela n'a pas la même saveur - , je suis tombé en admiration devant une vieille oliveraie que des mains patientes avaient commencé à réhabiliter. Bien entendu, j'ai pris des photos pour partager ce moment avec vous, et je saisis l'occasion pour parler des restanques, qui sont un élément incontournable de nos paysages de Basse-Provence.

 

 

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La vieille oliveraie de Vallaury, avec ses arbres vénérables dressés sur leurs terrasses aux murs de pierres sèches...

 

La restanque est une terrasse de culture aménagée sur la pente d'une colline. Elle est faite d'un mur de pierres sèches, des pierres ramassées sur place donc le plus souvent du calcaire ; mais selon les terrains, on trouve aussi du basalte, du granit, etc. Les cultures en terrasses se retrouvent dans le monde entier, chacun ayant développé une technique adaptée à sa région et à son climat. Leur origine remonte à la nuit des temps et elles existaient déjà dans l'Antiquité. D'après ce qu'en disent les textes romains, il semblerait que déjà les Celto-Ligures d'avant la conquête pratiquaient la culture en terrasses.

 

 

 

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Sur cette restanque endommagée par le temps, on distingue très bien la structure de l'épais mur de pierre sèche qui retient la terrasse.

 

 

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Bloquée par son mur de pierre, la terrasse est plus ou moins large selon les besoins et la nature du terrain.

 

L'intérêt premier de la restanque est de pouvoir utiliser les pentes des collines, dans un pays où les grandes plaines sont rares - ceux qui connaissent la région le savent - et de conserver les terrains les plus riches, proches des points d'eau, pour les réserver de ce fait aux cultures qu'on ne peut pratiquer ailleurs. Sur les restanques, on pratiquait autrefois les cultures qu'on appelle " sèches ", c'est-à-dire celles nécessitant le moins d'arrosage possible. Pour assurer leur subsistance en exploitant au mieux le terrain, les paysans d'autrefois cultivaient sur ces terrasses vignes, oliviers, figuiers et autres arbres fruitiers nécessitant peu d'arrosage, mélangeant les cultures pour étaler sur toute l'année les récoltes autant que pour se mettre à l'abri des aléas climatiques. Il est fréquent de trouver aussi des ruches de pierre aménagées dans les murs de restanque, qu'on appelle " apié " en provençal.

 

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Les restanques en calcaire de Vallaury, d'autres en roches granitiques dans un quartier d'Ollioules, ou encore une extraordinaire restanques mêlant des roches de diverses natures et couleurs sur la colline du vieux Six-Fours pour former une véritable mosaïque aux tons savoureux.

 

 

Autre intérêt de la restanque, celui de retenir les eaux de pluie et surtout d'éviter le ravinement des terres des collines. Dans une région où les pluies sont rares durant des mois, mais où les orages sont violents, cela n'est pas inutile. Pour pouvoir palier au manque d'eau les années particulièrement sèches, on aménageait des bassins dans lequels était stockée l'eau de pluie, ou encore on faisait monter l'eau jusqu'aux terrasses par un ingénieux  système de norias.

 

dscn7758.jpgUne colline à Ollioules, au quartier du Plan, a été restaurée pour retrouver son oliveraie étagée jusqu'au sommet.

 

Le mot " restanque " est la forme francisée du mot provençal " restanco ", qui vient des verbes " restanca " (arrêter, bloquer, mais aussi retenir l'eau) et " tanca " (arrêter, étayer). On l'appelle aussi chez nous " bancau " (prononcé " bancaou " : gradin, plate-forme). Dans les textes anciens, on trouve en général le terme de " fayssa ", qui a ensuite évolué pour ne plus désigner en provençal moderne que les tables de culture. Celui qui bâtit les restanques, ou en dirige les travaux, est le " restancaire ".

 

 

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On pourrait penser qu'il est facile de construire une restanque, mais il n'en est rien : c'est tout un art que des siècles de pratique ont porté à la perfection. En l'absence de mortier, les pierres sont agencées avec précision, les petites venant bloquer les grosses et les grosses stabilisant le tout par leur poids.

 

 

imag1717A Ollioules, au sommet du Gros Cerveau, dans un endroit aujourd'hui sauvage, on devine encore les vieilles restanques qui défient le temps...

 

On est souvent étonné de deviner, sous la végétation d'une nature qui a repris ses droits et devant le recul de l'agriculture traditionnelle, des restanques se déployant jusqu'au sommet des collines ou dans les endroits aujourd'hui les plus isolés. Témoignages muets du dur labeur des paysans d'autrefois, qui avaient su dompter une nature souvent rude et tirer de leur terroir le meilleur parti au prix de leur effort et de leur ingéniosité. Lorsque vous voyez ces vieilles restanques qui ont défié le temps ou font le ventre, s'effondrent lentement dans l'indifférence de notre temps, ne manquez pas d'avoir une pensée pour ces hommes et ces femmes qui y ont travaillé sous le chaud soleil de Provence...

 

imag1901La vieille oliveraie de Vallaury, avec ses arbres plusieurs fois centenaires, a été peu à peu envahie par la pinède. Le souvenir des paysans d'autrefois s'endort à l'ombre des pins et des genévriers... 

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Mon Horizon de Provence
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commentaires

L.G. 11/11/2012 09:38


Bel article et beaux murs!


L.G. du http://pierreseche.over-blog.com

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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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