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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 19:08

Nous avons rencontré lors des voeux de Pâques une icône copte représentant la Résurrection. L'occasion pour nous, dans les Horizons des Arts, d'apprendre à décrypter une peinture copte. Il s'agit d'une icône contemporaine. La peinture copte est encore très vivace et intègre des éléments de modernité, comme l'accentuation de la géométrisation déjà présente dès l'époque byzantine ; mais elle respecte aujourd'hui encore un certain nombre de règles correspondant à la tradition, dans la façon de composer les scènes comme dans la représentation du décor et des personnages.

 

 

Icone copte Résurrection

 La scène, issue des Evangiles1, se situe au matin de ce qui deviendra Pâques. Des femmes se rendent au tombeau pour oindre le corps de Jésus avec des baumes et des aromates, selon la tradition juive de l'époque. La composition se divise en deux registres : le registre terrestre, en bas, et le registre céleste, en haut. Mais au lieu que ces deux registres soient disposés horizontalement, on trouve au centre le Christ ressuscité de chaque côté duquel le registre supérieur se déploie en forme de triangle inversé : il s'agit ici de suggérer une dynamique faisant le lien entre les deux espaces, terrestre et céleste. Comme si le Christ s'élevait au-dessus du tombeau.

 

Icone copte Résurrection : les Saintes Femmes

Pour lire correctement la scène, il faut donc partir du bas à gauche. On y trouve trois femmes, dont deux portent les onguents et aromates, et la troisième ( celle tout à fait à gauche ) a les bras croisés sur la poitrine. Traditionnellement, on représente effectivement trois femmes, les Saintes Femmes, que l'on identifie le plus souvent comme étant la Vierge ( ici celle qui a les bras croisés ) ou une autre Marie, Marie Salomé et Marie Madeleine ( ici celle qui marche en tête ). Pourtant, les Evangiles diffèrent sur ce point : chez Matthieu, il y a deux femmes, Marie de Magdala et une autre Marie ; chez Marc, il y a trois femmes, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques et Marie Salomé ; chez Luc, le nombre de femmes n'est pas précisé ; chez Jean, enfin, Marie de Magdala se rend seule au tombeau. Il est logique en contexte copte que l'on suive la version du récit de Marc. Marie Madeleine marche en tête, car selon les Evangiles c'est elle qui la première a constaté que le tombeau était vide. Les femmes ont les yeux levés vers le Christ central, bien que tous les Evangiles ne s'accordent pas sur le fait qu'il leur soit apparu : ici; il s'agit de faire pendant au geste de l'ange situé à droite et d'attirer le regard vers le personnage central de l'icône.

 

Icone copte Résurrection : l'ange

Il faut ensuite passer en bas à droite. Nous y voyons un ange vêtu de blanc, avec par-dessus sa tunique un vêtement liturgique de couleur rouge ; de son bras droit, il fait un geste invitant le regard à se diriger vers le Christ placé au centre. Là encore, cela correspond aux textes et à la tradition iconographique : lorsque les femmes arrivent au tombeau, un tremblement de terre se produit et un ange descend du ciel pour ouvrir le tombeau, selon la version de Matthieu, la plus détaillée sur le sujet ; chez Marc, la pierre est déjà roulée quand elles arrivent, et on ne précise pas la nature de l'homme vêtu d'une robe blanche qui leur délivre un message dans le tombeau ; chez Luc, le tombeau est déjà ouvert quand elles arrivent et il y a deux anges et non un seul ; chez Jean, le tombeau est également ouvert mais il n'y a pas d'ange quand Marie de Magdala arrive. Selon les trois, premiers Evangiles, c'est l'ange qui annonce aux femmes que le Christ est ressuscité et qu'il attend ses disciples en Galilée.

 

Icone copte Résurrection : le ChristLe tombeau est ici représenté au centre de façon très schématique, avec une ouverture circulaire. Au-dessus se tient debout le Christ ressuscité, le plus grand des personnages de cette scène, avec son grand nimbe crucifère2. Il est drapé d'un linge blanc, son linceul, mais également d'un manteau rouge. Le rouge évoque évidemment le sang, mais surtout il a été associé par les chrétiens à la Résurrection par emprunt à la civilisation romaine, la pourpre du manteau impérial étant reprise pour signifier la victoire du Christ et sa qualité royale. L'idée de victoire sur la mort se retrouve dans la bannière ornée d'une croix que tient le Christ dans sa main gauche. On voit les stigmates de son supplice, aux poignets, aux pieds et sur le côté ; mais les plaies ne saignent pas, puisqu'il s'agit du Christ qui a vaincu la mort. Il se détache sur un fond d'or : dans la tradition byzantine, le fond d'or symbolise l'espace céleste, divin. Le traitement des personnages, en particulier des visages, s'inscrit d'ailleurs lui aussi dans la tradition byzantine. De chaque côté de sa tête se déploie une inscription en caractères coptes :  Crysvus Anesti  ( " Khristos Anestê " ) , " Christ est ressuscité ", formule traditionnelle de Pâque chez les coptes.

 

Icone copte Résurrection

Un mot pour finir sur le superbe encadrement. Il est constitué de ces marqueteries d'ivoire et d'ébène dans l'art desquels les Egyptiens sont passés maîtres de longue date ; on les retrouve aussi bien en contexte chrétien que musulman. Vous remarquerez la présence d'une croix copte au centre de chacun des côtés. De fines colonnettes encadrent la scène et soutiennent une arcade symbolisant la voûte céleste ; là encore, nous sommes dans la tradition de la symbolique byzantine. Les écoinçons sont ornés d'une croix inscrite dans un cercle et de grappes de raisins de style typiquement copte ; le raisin est bien évidemment associé symboliquement à l'eucharistie.

 

A travers cet exemple, nous voyons combien la peinture copte, même contemporaine, a conservé l'essentiel de ses traditions stylistiques et iconographiques. Comme dans la peinture byzantine dont elle est issue, il n'y a quasiment pas de perspective ni de réalisme dans la composition ou les proportions. C'est le symbolisme qui prime. Jamais la peinture religieuse ne sert de prétexte à une scène de genre ou à un paysage comme on peut en trouver dans la peinture occidentale ; cela est entre autres dû à la dévotion attachée aux icônes en contexte copte, et orthodoxe en général.

 

 

 

Notes :

 

1- Puisque c'est lui qui fournit de cet épisode le récit le plus détaillé, c'est l'Evangile de Matthieu qui a surtout servi de référence pour l'élaboration de l'iconographie traditionnellement la plus répandue.

2- Le nimbe crucifère, c'est-à-dire rehaussé d'une croix, est exclusivement réservé au Christ dans l'iconographie chrétienne.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons des Arts
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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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