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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 06:45

Je voudrais aujourd'hui vous parler d'une oeuvre que j'apprécie beaucoup : la toile de Rubens représentant "Marie de Médicis débarquant au Port de Marseille" (1623-1625). Elle fait partie de la suite de grandes toiles commandées au peintre pour le palais du Luxembourg et illustrant la vie de la seconde épouse d'Henri IV.

 

 

Peter Paul Rubens - The Landing of Marie de Médicis at Mar


 

Petit rappel historique, pour situer l'oeuvre. Henri IV s'est séparé de sa première épouse, Marguerite de Valois, la fameuse reine Margot. Afin d'asseoir sa légitimité sur la scène internationale, il décide d'épouser en secondes noces une princesse italienne, Marie de Médicis. Un mariage par procuration est célébré à Florence, puis la future reine de France se met en route avec sa suite à bord d'une somptueuse galère en direction de la Provence. Elle débarque à Marseille à la fin de l'année 1600, puis de là gagne Lyon où elle va retrouver et épouser Henri IV.

 

 

 

 

marie medicis marseille registres 

 Division de la toile en deux registres inégaux.

 

La toile se divise en deux registres principaux, délimités par la ligne oblique matérialisée par la passerelle reliant la galère princière au quai : des personnages marins d'une grande vigueur dans le registre inférieur, qui amarrent la galère au quai, la reine débarquant dans le registre supérieur, dans un style beaucoup plus hiératique. Un fort contraste existe entre les figures mythologiques et les personnages historiques, à tel point que l'oeil hésite à définir ce qui forme le sujet principal. Rubens a trouvé dans les figures marines un prétexte à une expression de son talent baroque.


marie-medicis-registre-inferieur.jpg

Les figures marines qui expriment toute la vigueur baroque de Rubens : les trois néréides qui saisissent le cordage pour amarrer la galère au quai, avec leur peau blanche éclairée d'une lumière puissante et leur formes généreuses, prennent un relief particulier ; à gauche, leur père Nérée, avec sa longue barbe blanche, veille à la manoeuvre, tandis que Neptune, armé de son trident, les aide en poussant la galère, et qu'un triton souffle dans une conque, répondant à la renommée soufflant dans sa trompe dans le ciel du registre supérieur. Le jeu entre ombre et lumière est parfaitement maîtrisé.

 

 

La galère princière est d'une grande richesse, donnant une idée de la beauté de ces navires caractéristiques de Méditerranée. Rubens s'est attaché à montrer le raffinement des bois dorés reprenant des motifs architecturaux à l'antique. Des éléments conservés dans les musées  donnent une idée de la richesse de ce type de décoration navale. Au-dessus de l'habitacle se trouvent les armoiries des Médicis surmontées de la couronne de duc. Sur la galère, on aperçoit des trompettes de la suite de la princesse, quelques membres d'équipage, des captifs au crâne rasé en signe d'infâmie, qui procèdent aux manoeuvres, et surtout un chevalier de Malte en cuirasse qui regarde Marie débarquer.

 

 

 

marie-medicis-chevlier-de-malte.jpg

La riche galère ornée de bois dorés dans laquelle la princesse a voyagé depuis l'Italie, avec le chevalier de Malte.

 

 

 

 

marie-medicis-blason-medicis.jpg

Les armoiries des Médicis, avec la couronne de duc car ils sont grands ducs de Toscane, surmontent l'habitacle de la galère.

 

 

 

 

 

armes_20jules.gif

Les armoiries familiales des Médicis : "d'or à 6 tourteaux mis en orle, 5 de gueule (= rouges), celui en chef d'azur (=bleu) chargé de trois fleurs de lys d'or".

 


Marie apparaît sur la passerelle, accompagnée de trois suivantes. Elle est vêtue d'une robe de soie richement brodée d'or à col de dentelle tuyauté. Un gentilhomme de sa suite lui saisit le bras et semble la soutenir ; elle a une attitude très digne, hiératique même, mais paraît quelque peu impressionnée, comme il sied à une fiancée. Devant elle s'incline la France, vêtue et casquée à l'antique, avec un grand manteau bleu fleurdelysé. Elle se prépare à remettre à ses pieds le sceptre qui signifie son alliance royale. Derrière la France, la ville de Marseille, sous les traits d'une femme drapée à l'antique et coiffée de la couronne à tourelles qui permet de l'identifier ; d'un geste délicat et respectueux, la main sur son coeur, elle l'invite à descendre. Enfin, on présente un dais blanc brodé de fleurs de lys d'or pour abriter la princesse ; la fleur de lys, c'est bien entendu celle du royaume de France, mais aussi celle de Florence, la ville des Médicis.

 

 

 

 

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Marie apparaît sur la passerelle, digne mais intimidée, et le regard dans la lointain, vers son futur époux qui l'attend à Lyon.

 

 

marie-medicis-france-et-marseille.jpg


La France s'incline devant sa future souveraine, accompagnée de la ville de Marseille, sous un dais fleurdelysé ; à l'arrière, une architecture à l'antique qui évoque tout autant la ville que les décors provisoires à l'antique que l'on dressait pour les entrées royales et princières.

 

Petite anecdote historique, pour terminer. Lorsqu'elles apprennent que Marie de Médicis doit gagner Marseille par voie de mer, les villes provençales de la côte sont en ébullition ; chacun prépare des réjouissances et des cadeaux à offrir à la princesse. En effet, à cette époque, on voyage le long des côtes et par petites étapes. Les Toulonnais se préparent à recevoir la future reine de France, d'autant qu'Henri IV a commencé à faire de la ville un port de guerre royal en y créant le premier arsenal. Malheureusement, si la galère princière fait bien étape dans la rade de Toulon avant de gagner Marseille, Marie de Médicis ne descendra pas à terre, décevant les notables toulonnais. C'est à bord de sa galère qu'on lui fera porter les cadeaux d'usage : eau de fleur d'oranger et de nerte, friandises, et nourriture pour sa suite... Puis le navire reprend la mer sans tarder... Grande déception de nos bourgeois et nobles toulonnais, qui s'étaient mis en frais pour la circonstance !

 

 

 

marie-medicis-renommee.jpg

Dans le ciel, une renommée ailée, d'une facture remarquable de vigueur et de spontanéité toute baroque, souffle de la double trompe pour célébrer l'événement.

 

Tout le talent de Rubens est ici de parvenir à transformer une commande officielle en un véritable chef-d'oeuvre qui laisse s'exprimer sa maîtrise de la peinture et un baroque exquis qui vient tempérer le caractère rigide des scènes d'histoire.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons des Arts
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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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