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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 07:21

L'évocation du Caire qui suit se trouve dans le "Journal Britannique" de 1757 et présente une réédition de l'ouvrage de Frederick Ludwig Norden, Voyages en Egypte et en Nubie, par le docteur Peter Templeman, en 1757.

 

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Peter Templeman (1711-1769)

 

Frederick Ludwig Norden (1708-1742), Capitaine dans la Marine royale du Danemark, fit un voyage en Egypte en 1737-1738 à la demande du roi Christian VI du Danemark. Il ramène notes et dessins, et son ouvrage est publié après sa mort, en 1755, avec des gravures sur cuivre de l'allemand Marcus Tuscher. L'ouvrage eut un grand sucès et fut réédité une dizaine de fois entre 1755 et 1814. C'est un des premiers témoignages détaillés avant les recherches et expéditions du XIXe s. 

 

 

 

 

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Frederick Ludwig Norden, gravure de Marcus Tuscher pour l'édition de 1755.

 

« Comme la nouvelle Alexandrie ne nous offre rien d'intéressant, nous passons avec plaisir au Grand-Caire, Capitale de l'Egypte. Cette ville que les Arabes appellent Masser 1, est située à l'Orient du Nil, un peu au-dessus de l'endroit où cette Rivière se divise en deux branches lesquelles forment la Delta. Cette Ville est divisée en deux parties dont l'une est appellée le Petit-Caire & l'autre le Grand-Caire. (...) Mr. Templeman 2, persuadé que la description de cette grande Ville feroit plaisir à ses Lecteurs, a inséré dans son Edition, le détail que le Docteur Prococke 3 donne de toutes ses particularités, dont nous rapporterons quelques-unes.

Premièrement la Ville du Grand Caire est très considérable par son étenduë & par le nombre de ses habitans. Elle est composée de trois Villes, dont l'une s'appelle le Vieux-Caire, l'autre le Caire proprement dit, & la troisième le Port Bulac. L'ancienne Ville qui paroit avoir succédé à Babylone 4, & qui est bâtie près de cette fameuse Ville, n'a pas plus de deux-milles de circuit : elle a un petit port où les Barques qui viennent de la Haute-Egypte, débarquent leur Cargaison.

Le Grand-Caire que les Arabes appellent Caher 5, fut bâti, si l'on doit ajouter foi à leurs Historiens, par un Général du premier Calif des Fathmites 6 en l'an 973 de l'Ere Chrétienne.Cette Ville est située à un mille de la rivière & a environ sept-milles de circuit. Il y a plusieurs superbes Mosquées dans le Caire & aux environs ; mais la plus magnifique de toutes, soit pour la solidité soit pour la beauté & la grandeur, est celle du Sultan Hassen 7, bâtie au pied de la montagne. On ne peut rien voir de plus noble et de plus grand.

(...)

Nous ferons encore une ou deux remarques sur le petit Caire, avant de passer à la dernière partie. La plûpart des Maisons de cette Ville, sont des Maisons de plaisance où les personnes de distinction vont passer la belle saison. On y compte une demi-douzaine de belles Mosquées ; les Juifs y ont une Synagogue 8, les Catholiques-Romains un Hospice qui est habité par les Pères de la Terre sainte, & les Coptes ont un Contrade qui est une espèce de couvent, avec plusieurs Eglises. La plus remarquable est une grotte 9 dans laquelle on dit que la Vierge se reposa lorsqu'elle se retira en Egypte. Les Pères de la Terre Sainte paient une certaine somme tous les ans aux Coptes pour avoir la liberté de dire la messe dans cette grotte quand bon leur semble.

Les maisons de Campagne ne répondent point à l'idée que leur nom fait naître : ce sont de grands bâtimens, mais mal construits. »


in "Journal Britannique", par M. de Mauve, septembre-octobre 1757, imprimerie H. Scheurleer, La Haye, 1757. (pages 23-28)

 

 

 

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"Perspective du Vieux Caire" , gravure de Marcus Tuscher pour l'édition de 1755.

 

 

Notes :


1 - Adaptation européenne de Masr, nom de la ville en arabe égyptien.

2 - Peter Templeman (1711-1769), docteur en médecine, homme aisé et cultivé qui s'intéressa à de très nombreux sujets ; en 1758, il sera responsable de la salle de lecture du British Museum.

3 - Richard Pococke (1704-1765), docteur en droit et ecclésiastique, il voyage en Egypte de 1737 à 1741, visitant la Vallée des Rois, et publie à son retour un récit de ce voyage en deux volumes.

4 - Babylone d'Egypte : nom traditionnel donné à la ville antique qui se trouvait à l'emplacement de l'actuel Vieux-Caire, avec son enceinte romaine et byzantine.

5 - Adaptation européenne d'al-Qâhira, le nom du Caire en arabe.

6 - Les Fâtimides, califes venus du Maghreb.

7 - Mosquée Sultan Hassan, construite de 1356 à 1360 au pied de la Citadelle, chef-d'oeuvre d'architecture mamelouk.

8 - La synagogue Ben Ezra, fondée au IXe s. , dans le quartier du Vieux Caire.

9 - Eglise St-Serge, construite à la fin du IVe s. dans le quartier du Vieux Caire.

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 07:00

champollion.jpg

 

Voici un texte intéressant et qui évoque la fascination que ressent le voyageur arrivant au Caire. Il s'agit d'un extrait d'une lettre écrite au Caire en 1828 et publiée dans un ouvrage par sa fille, Zoraïde Chéronnet-Champollion. C'est en effet en 1828 que Champollion réalise un grand rêve : il part enfin en Egypte pour une mission scientifique !

 

 

 

 

 


 

" Le Caire, 27 septembre 1828

(...)

On a dit beaucoup de mal du Caire : pour moi, je m’y trouve fort bien ; et ces rues de 8 à 10 pieds de largeur, si décriées, me paraissent parfaitement bien calculées pour éviter la trop grande chaleur. Sans être pavées, elles sont d’une propreté fort remarquable. Le Caire est une ville tout à fait monumentale ; la plus grande partie des maisons est en pierre, et à chaque instant on y remarque des portes sculptées dans le goût arabe ; une multitude de mosquées, plus élégantes les unes que les autres, couvertes d’arabesques du meilleur goût, et ornées de minarets admirables de richesse et de grâce, donnent à cette capitale un aspect imposant et très-varié. Je l’ai parcourue dans tous les sens, et je découvre chaque jour de nouveaux édifices que je n’avais pas encore soupçonnés. Grâces à la dynastie des Thouloumides, aux califes Fathimites, aux sultans Ayoubites et aux mamelouks Baharites, le Caire est encore une ville des Mille et une Nuits, quoique la barbarie ait détruit ou laissé détruire en très-grande partie les délicieux produits des arts et de la civilisation arabes. J’ai fait mes premières dévotions dans la mosquée de Thouloum, édifice du IXe siècle, modèle d’élégance et de grandeur, que je ne puis assez admirer, quoique à moitié ruiné. Pendant que j’en considérais la porte, un vieux cheïk me fit proposer d’entrer dans la mosquée : j’acceptai avec empressement, et, franchissant lestement la première porte, on m’arrêta tout court à la seconde : il fallait entrer dans le lieu saint sans chaussure ; j’avais des bottes, mais j’étais sans bas ; la difficulté était pressante. Je quitte mes bottes, j’emprunte un mouchoir à mon janissaire pour envelopper mon pied droit, un autre mouchoir à mon domestique nubien Mohammed, pour mon pied gauche, et me voilà sur le parquet en marbre de l’enceinte sacrée ; c’est sans contredit le plus beau monument arabe qui reste en Égypte. La délicatesse des sculptures est incroyable, et cette suite de portiques en arcades est d’un effet charmant. Je ne parlerai ici ni des autres mosquées, ni des tombeaux des califes et des sultans mamelouks, qui forment autour du Caire une seconde ville plus magnifique encore que la première ; cela me mènerait trop loin, et c’en est assez de la vieille Égypte, sans m’occuper de la nouvelle.

(...) "

 

 

in Lettres écrites d'Egypte et de Nubie en 1828 et 1829 par Champollion le Jeune, nouvelle édition, éditions Didier, Paris, 1868.

 

 

 

detail_ibn-tulun.jpg

 

Détail de la mosquée Ibn Touloun qu'évoque Champollion.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 07:13

يوم عسل و يوم بصل

 

yôm 3asal wa yôm basal

 

deco_orient.gif

 

 

 

Equivalent français :

Il y a des jours avec et des jours sans...


 

Littéralement : " jour de miel et jour d'oignon... " 

L'image est belle et bien choisie, non ?

 

 

3asal_basal.gif

 

 

 

Je vous souhaite donc à tous une semaine avec beaucoup de miel, et juste ce qu'il faut d'oignon pour pouvoir l'apprécier...

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 07:00

Nous ajouterons ce récit aux Citations des Horizons, car c'est souvent lui qui a servi de base aux artistes représentant ce sujet. Il nous sera donc utile dans notre promenade sur le thème de Cléopâtre à travers la peinture.

 

 

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Hans Makart, La Mort de Cléopâtre (1875-1876, huile sur toile, Staatliche Kunstsammlungen, Kassel)

 

 

" Après s'être ainsi lamentée, elle couronna de fleurs et embrassa la tombe1, puis elle se fit préparer un bain. Une fois baignée, elle se mit à table et prit un repas somptueux. Un homme arriva alors de la campagne, portant un panier. Comme les gardes lui demandaient ce qu'il contenait, il l'ouvrit, écarta les feuilles et leur montra qu'il était plein de figues. Les gardes admirant la beauté et la grosseur des fruits, l'homme sourit et les invita à en prendre ; ainsi mis en confiance, ils le laissèrent entrer avec ce qu'il portait. Après son déjeuner, Cléopâtre prit une tablette qu'elle avait écrite et cachetée, et l'envoya à César2, puis, ayant fait sortir tout le monde, à l'exception de ses deux femmes dont j'ai parlé, elle ferma la porte. Quand César eut décacheté la tablette et lu les prières et les supplications par lesquelles elle lui demandait de l'ensevelir avec Antoine, il comprit aussitôt ce qu'elle avait fait. Il songea à aller lui-même à son secours, puis il envoya en toute hâte des gens pour voir ce qui s'était passé. Le drame avait été rapide ; car, venus en courant, ils surprirent les gardes qui ne s'étaient aperçus de rien, et ouvrant la porte, ils trouvèrent Cléopâtre morte, couchée sur un lit d'or et vêtue de ses habits royaux. L'une de ses servantes, appelée Iras, expirait à ses pieds ; l'autre, Charmion, déjà chancelante et appesantie, arrangeait le diadème autour de la tête de la reine. Un des hommes lui dit avec colère :" Voilà qui est beau, Charmion !" " Très beau, fit-elle, et digne de la descendante de tant de rois." Elle n'en dit pas davantage et tomba sur place, près du lit.

L'aspic, dit-on, fut apporté à Cléopâtre avec ces figues et il avait été caché sous les feuilles, car elle l'avait ainsi ordonné, afin que l'animal l'attaquât sans même qu'elle le sût ; mais, en enlevant des figues, elle le vit et dit : "Le voilà donc ! ", puis elle dénuda son bras et l'offrit à la morsure. D'autres prétendent qu'elle gardait cet aspic enfermé dans un vase et que, Cléopâtre le provoquant et l'excitant avec un fuseau d'or, il bondit et s'attacha à son bras. Mais personne ne sait la vérité, car on a dit aussi qu'elle portait toujours du poison dans une épingle à cheveux creuse et qu'elle cachait cette épingle dans sa chevelure. Cependant aucune tache ni aucune autre marque de poison n'apparut sur son corps. On ne vit pas non plus de serpent à l'intérieur, mais on disait en avoir observé des traces le long de la mer, du côté où donnait sa chambre et où il y avait des fenêtres. Certains affirment que l'on aperçut sur le bras de Cléopâtre deux piqûres légères et peu distinctes, et c'est à ce rapport, semble-t-il, que César ajouta foi, car à son triomphe on porta une statue de Cléopâtre elle-même avec l'aspic attaché à son bras. Voilà donc ce que l'on raconte.


César, tout fâché qu'il était de la mort de cette femme, admira sa grandeur d'âme, et la fit ensevelir avec une magnificence royale auprès d'Antoine. Il fit faire aussi à ses suivantes des obsèques honorables. "

Plutarque, Vie d'Antoine, 85-86, 1-7

 

 

Notes :

1- Le tombeau d'Antoine, dans lequel elle avait obtenu l'autorisation de se rendre.

2- C'est-à-dire Octave.

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 00:25

 citation ruth schumann antelme

 

 

( Ruth Schumann-Antelme, Lecture illustrée des hiéroglyphes - L'écriture sacrée de l'Egypte,

coll. Champollion, éd. du Rocher, Paris, 1998, p. 9 )

 

 

papyrus-cobra.png 

 

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 20:40

" Je suis arrivé ici hier au soir en parfaite santé, mon cher ami, et après un voyage moins pénible que la saison d'été et le ciel de Provence ne pouvaient le faire supposer. Partis d'Aix à trois heures du matin, nous étions à Toulon sur les six heures du soir ; je me suis à peine aperçu de la chaleur pendant la route, grâce aux fourrures en laine dont je me suis couvert ; ce qui me fait croire que le proverbe vulgaire, Qui pare le froid pare le chaud, doit être émané comme tant d'autres de la sagesse des nations. " 

 

( Lettre de Champollion à Champollion-Figeac, de Toulon, 25 juillet 1828 )

 

 

On ne peut s'empêcher de sourire en imaginant Champollion emmitouflé en plein mois de juillet !

 

 

petite-rade-toulon.jpg

Vincent Courdouan, La petite rade de Toulon ( huile sur toile, 1882, musée d'Art de Toulon )

 

 

 

" La mer promet d'être excellente. J'ai déjà essayé mon estomac, et je le crois assez bien amariné, ayant couru la rade en barque par une mer assez grosse... Cherubini, Duchesne et Bertin ont tenté une semblable promenade et s'en sont tirés à leur honneur... Je suis allé nager trois fois dans la rade et cet exercice m'a fait un bien infini. Je profiterai du remède tant que je me trouverai dans ce voisinage de l'eau salée. "

 

(Lettre de Champollion à Champollion-Figeac, de Toulon, 29 juillet 1828 )

 

 

Champollion s'est ainsi acclimaté à la navigation dans la rade de Toulon, et s'y est également baigné, ce qui est peu courant à cette époque ( on attribuait cependant de longue date des vertus thérapeutiques aux bains de mer ) ; malheureusement, il ne précise pas où. J'ai donc illustré cet article par un tableau du peintre toulonnais Vincent Courdouan, dont nous reparlerons prochainement puisqu'il est au centre d'une exposition orientaliste au musée d'Art de Toulon.

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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 08:30






"  C'est un désert brûlé, et entre les deux chaînes de montagnes qu'il forme s'étend un paysage merveilleux. A l'ouest, cette chaîne a l'aspect d'une suite de collines de sable ; à l'est, elle ressemble au ventre d'un cheval maigre ou au dos d'un chameau. Cela, ô Commandeur des croyants1, c'est l'Egypte ; toute sa richesse vient du fleuve béni qui la traverse avec la dignité d'un calife. Il augmente et diminue avec la régularité du soleil et de la lune. "

( 'Amr ibn el-'As au calife 'Omar, au lendemain de la conquête de l'Egypte )



1- En arabe أمير ألمؤمنين ,  amîr al-mû'minîn. 'Omar ibn al-Khattab est le premier à porter ce titre.

Illustration : " LUXOR - General View of the Thebans Hills "
( carte postale n & b, vers 1930, éd. Gaddis à Luxor, coll. Kaaper )

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 08:00

La scène se déroule un soir d'octobre 1869, à bord du paquebot « Le Moeris », qui fait route vers l'Egypte, avec à son bord nombre de voyageurs illustres s'y rendant pour les fêtes de l'inauguration du Canal de Suez. Au large de l'Italie, une tempête se déchaîne...






«  (...) Théophile Gautier, affaissé sur un tas de coussins, était d'une pâleur morbide ; au gonflement des paupières et à la boursouflure des traits, on eût dit un masque de cire ; il n'écrivait point, il ne parlait pas, et ses lèvres semblaient ne plus avoir la force de tenir son cigare ; tout à coup il se leva sans se plaindre, et, avec cette marche lente et cette sobriété de mouvement qui le caractérisaient, il marcha vers l'escalier conduisant aux cabines. « Je vais dormir, » dit-il en passant près de quelques amis.

(...) Tout à coup les clameurs de plusieurs voix montèrent vers nous du côté de l'entrée du salon qui conduisait aux cabines. M. Florian-Pharaon1 accourait en nous disant, effaré, et pourtant gaiement : - Vous êtes là bien tranquilles ; vous ne savez donc pas ce qui est arrivé ! Théophile Gautier vient de se démettre la clavicule !

- Et vous riez, repartis-je, de ce triste accident ?

- Je le déplore, reprit-il, mais un détail tellement burlesque s'y trouve mêlé, qu'il est impossible de ne pas en être égayé. C'est un tableau tragi-comique, jugez plutôt. En nous quittant tantôt, poursuivit-il, Gautier a été renversé par le roulis sur l'escalier qui mène aux cabines ; il s'est relevé sans sentir d'abord sa blessure, et avant d'aller dormir il est entré dans un certain cabinet. Mais quand il a voulu rajuster cette partie de notre habillement que ne nomment pas les Anglaises, il lui a été impossible de mouvoir le bras.
Je passais en ce moment près de la porte du cabinet, je l'entendis crier : - A moi, Lambert ! Eh ! Lambert !
Je crus qu'il répétait la plaisanterie populaire dont tout Paris a retenti2. Eh Gautier ! lui ai-je crié, qu'avez-vous donc à rire ? - Mais je ne ris pas, je suis blessé ; j'appelle Lambert ! Entrez donc !
Je compris qu'il s'agissait du Lambert du Moniteur, et j'envoyai à sa recherche tout en aidant Gautier à se reboutonner et à se remettre debout. En ce moment le docteur Broca3 bistourise notre grand poëte.

En apprenant ce fâcheux accident, nous quittâmes tous le salon pour aller savoir des nouvelles du blessé. Le docteur Broca venait de lui poser un premier appareil ; un peu de fièvre s'était déclarée, compliquée du mal de mer. Le docteur opinait qu'il faudrait débarquer le poëte à Messine.

- J'y débarquerai aussi, gémissait le gros Tarbé4, pris tout à coup de vomissement.

La bourrasque éclatait. Nous chancelions tous ! Les garçons de chambre ne savaient à qui répondre et tendaient aux plus malades les vases opportuns.

- J'en ai assez de la terre d'Egypte ! criait une voix entrecoupée d'un hoquet.
- Eh ! Les Pyramides ! exclama Darjou5.
- Quarante cuvettes nous regardent ! exclama Tarbé.

Les plus atteints cherchaient à s'étourdir par des bouffonneries. A grand' peine, en m'étayant aux parois du couloir, j'étais arrivée dans ma cabine. »



( Louise Colet, Les Pays lumineux - Voyage en Orient, éd. E. Dentu, Paris, 1879, pp. 29-30 )





Je n'ai pas résisté à l'envie de partager sans attendre avec vous cet amusant passage du récit de voyage de Louise Colet, sur lequel je suis en train de préparer un article. Pour un peu, on croirait à une scène tirée de quelque pièce de Labiche. Voici en tout cas un aperçu de ce à quoi il faut s'attendre avec cette femme pour le moins étonnante.


Théophile Gautier, qui avait rêvé de l'Egypte à travers les récits d'amis comme Flaubert6 et Du Camp, et écrit son Roman de la Momie (1852) sans jamais y être allé, ne sera finalement pas débarqué à Messine. Il pourra réaliser son rêve, même si cette blessure l'obligea à écouter son séjour.






Notes :

1- Florian Pharaon (1827-1887), écrivain qui fit office d'interprète lors de l'inauguration du Canal de Suez car il parlait arabe. Il a laissé un récit de son voyage en Egypte, Le Caire et la Haute-Egypte, illustré par Alfred Darjou.
2- « Ohé Lambert ! », plaisanterie populaire qui avait circulé dans Paris en 1864.
3- Pierre Paul Broca (1824-1880), médecin et chirurgien.
4- Eugène  Tarbé des Sablons (1846-1876), pour l'occasion correspondant du journal Le Gaulois fondé par son frère aîné.
5-  Alfred Darjou (1832-1874), peintre et dessinateur.
6- Flaubert avec lequel Louise Colet eut d'ailleurs une liaison orageuse...

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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 18:52

" La poésie en Palestine est un combat pour «désoccuper» la langue. On me reproche parfois de ne plus être un poète de la résistance, un militant. Mais la vraie défaite serait que notre langue même soit vaincue par l'occupation. L'occupant s'attend à ce que nous ne parlions que de notre souffrance. Etre palestinien, ce n'est pas une profession, c'est aussi affirmer qu'un être humain, même dans le malheur, peut aimer l'aube et les amandiers en fleur. Ecrire un poème d'amour sous l'occupation est une forme de résistance. Le rôle de la poésie, c'est aussi de rendre les choses obscures pour qu'elles donnent de la lumière. Elle rend l'invisible visible et le visible invisible. La poésie est l'art du clair-obscur. Une lumière trop crue, trop violente efface tout.

L'espoir est la maladie incurable des Palestiniens. Notre fardeau. Je refuse l'esprit de défaite et m'accroche à l'espoir fou que la vie, l'histoire, la justice ont encore un sens. J'ai choisi d'être malade d'espoir. La poésie est fragile. C'est ce qui en fait sa puissance. Si elle tentait d'affronter les tanks, elle serait écrasée. La poésie a la fragilité de l'herbe. L'herbe paraît si vulnérable, mais il suffit d'un peu d'eau et d'un rayon de soleil pour qu'elle repousse. "


(MaHmood Darwish, in " Le Nouvel Observateur  "  n°2154, 16 février 2006)








Un grand homme de la littérature arabe contemporaine qui vient de nous quitter, et dont cette citation sur la poésie et son pays me semble remarquable.

Nous reparlerons de ce poète palestinien qui vivait en exil. La Palestine lui rend hommage en ayant décrété un deuil national de 3 jours et ses funérailles auront lieu mercredi à Ramallah
.

Liens :

Un lien vers un excellent article qui lui est consacré sur le blog de notre amie Josiane, Ballade Egyptienne.

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 16:32

 




" Ah ! cruel, tu m'as trop entendue.
Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.
Hé bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.
J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,
Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même ;
Ni que du fol amour qui trouble ma raison
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Les Dieux m'en sont témoins, ces Dieux qui dans mon flanc
Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;
Ces Dieux qui se sont fait une gloire cruelle
De séduire le coeur d'une faible mortelle.
Toi-même en ton esprit rappelle le passé.
C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé ;
J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine ;
Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.
De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?
Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.
Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.
J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes.
Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,
Si tes yeux un moment pouvaient me regarder. "


 



(Racine, Phèdre acte II scène V, 1677)







Je n'ai pas résisté à vous proposer cet extrait de l'une de mes tragédies favorites du Grand Siècle, époque qui a fait de l'amour un art porté à son sommet... Au-delà de ce qui peut sembler désuet se profile l'éternel des sentiments humains, un écho de ce que nous ressentons nous aussi. Ce sentiment violent qu'on appelle la passion, celles et ceux qui l'ont connu en reconnaîtront ici toutes les contradictions, ce mélange déconcertant de plaisir et de douleur...

 

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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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