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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 08:00

" Damas n'est pas extraordinairement riche en bâtiments publics, mais elle possède un véritable trésor de merveilleuses maisons. » ( Stefan Weber )

 

 

b keenan damas2 

 

 

Brigid Keenan, Damas 

photographies de Tim Beddow, traduit de l'anglais par Denis-Armand Canal, éd. Place des Victoires, Paris, 2001, rééd. 2008. (223 pages)

 

 

  ( photo de couverture : 'ataba de la grande salle de réception de Beyt Nizâm, Damas )

 

 

 

 

 

   

La moderne Damas compte aujourd'hui environ quatre millions d'habitants et la Vieille Ville à l'intérieur de ses remparts n'est qu'une petite partie de l'immense agglomération qui s'est amplifiée ces cinquante dernières années. Mais elle reste le coeur et l'âme du lieu – unique, adamantine et infiniment fascinante. C'est la Vieille Ville qui fait que Damas est « Damas » et non l'une de ces villes comme on peut en trouver aujourd'hui partout sur la terre. " ( Brigid Keenan, Damas, p. 214 )

 

  

C'est aujourd'hui un superbe livre sur l'une des villes mythiques du Mashreq que je vous présente et vous recommande. Depuis des millénaires, Damas est une des grandes villes de la culture orientale, qui au fil des siècles a attiré et fasciné les voyageurs ; la vieille ville est d'ailleurs inscrite au Patrimoine Mondial par l'UNESCO. Journaliste et écrivain britannique, Brigid Keenan nous entraîne à travers son ouvrage à la découverte des magnifiques demeures anciennes de la ville. Une ville qu'elle connaît bien pour y avoir vécu plus de cinq ans, et dont elle est tombée amoureuse comme avant elle ses compatriotes Isabel Burton et l'extraordinaire Jane Digby. Elle commence par les situer dans le riche contexte historique et culturel de la capitale syrienne, en rappelant les grandes étapes et tous les noms illustres qui ont marqué l'histoire de cette cité d'Orient.

 

Puis elle nous introduit dans les plus belles de ces maisons, nous permettant par là même de comprendre les principes qui président à l'agencement d'une demeure damascène, la façon dont se sont élaborés les décors au fil des siècles. Un monde fascinant et raffiné, chargé de toute l'effervescence culturelle de cette partie du monde, où se rencontrent diverses influences. Un privilège, puisque certaines de ces demeures ne sont pas accessibles aux visiteurs, ou sont depuis gravemenent menacées - même si ces 20 dernières années ont vu émerger une conscience de la valeur inestimable de ce patrimoine architectural et que de riches et courageux mécènes, ainsi que le gouvernement syrien, ont entrepris des restaurations. On y apprend entre autres les noms et fonctions des différentes pièces, la différence entre salamlik et haramlik par exemple ; les techniques et éléments de décoration, comme la pâte de pierre, les plafonds ornés ou encore bien entendu les fameux carreaux émaillés de Damas. Le tout rendu vivant par des portions d'histoire des familles musulmanes, chrétiennes ou juives qui ont fait construire ou décorer ces maisons.

 

 

images damas

Quelques-unes des superbes illustrations de ce livre, avec de droite à gauche et de haut en bas : vue sur la cour du haramlik de Maktab 'Anbar ; l'extraordinaire plafond à poutres sous coffrage et muqarna de Beyt Shirâzi ; reflet dans un miroir de style damascène de l'une des salles de réception du palais Khâlid al-'Azem, aujourd'hui Musée National ; somptueux carreaux de Damas ajoutés au XVIIe s. pour orner le tombeau de Salah ed-Dîn.

 

 

L'ouvrage est magnifiquement illustré par les photographies de Tim Beddow, qui savent restituer la magie et la poésie de tous ces lieux,  ainsi que par des documents anciens. Un plan permet de situer les différentes demeures, avec un récapitulatif en fin d'ouvrage et une intéressante bibliographie pour poursuivre la découverte.

 

Un livre que je recommande vivement à tous, que vous soyez passionnés d'art et d'architecture du Mashreq ou que vous ayiez envie de vous évader parmi les beautés de ce patrimoine trop souvent méconnu. Un indispensable dans votre bibliothèque. Et un livre dont le pari est réussi, puisqu'il donne plus encore envie de découvrir cette ville surtout connue pour sa célèbre mosquée des Omeyyades.

 

Je terminerai par deux citations extraites de la préface rédigée par Wafiq Rida Saïd :

 

" J'ai été élevé dans une vieille maison de Damas, une maison arabe traditionnelle avec une cour intérieure, comme celles que l'on voit dans ce livre. Lorsque j'y songe, je comprends avec quelle ingéniosité son architecte l'avait étudiée pour faire face aux contrastes du climat damascène. En été, nous vivions en bas, dans des salles fraîches et ombreuses qui ouvraient sur le jardin du patio, permettant aux fragrances du jasmin et des plantes de baigner la maison, mêlées aux senteurs du café et de la cardamome. Les sons apaisants des fontaines et d'une roue à eau rehaussaient la tranquillité de ce lieu intime, refuge bienvenu contre les ardeurs du soleil d'été. En hiver, notre vie se déplaçait et gagnait le premier étage où les pièces étaient aménagées exactement comme en bas, mais chaudement isolées du froid par des lambris de bois richement décorés et par des tapis merveilleusement travaillés. "

 

" Damas est une ville pleine de fascination, autant pour ceux qui y vivent que pour les voyageurs de passage. Damas est la ville des souks et des routes historiques traditionnelles : brocarts et artisans en tout genre, montagnes et déserts, oasis et fleuve avec le Barada, portes monumentales et mosquée des Omeyades, épices et parfums emportés par la brise. Mais par-dessus tout, la vieille cité de Damas est celle des maisons de famille : elles sont ses trésors cachés. (...) Ces maisons de Damas – qui est la plus vieille capitale du monde habitée continûment – méritent un meilleur sort que d'être abandonnées. "

 

 

b keenan damascus2

 Couverture de l'édition anglaise (2000), avec un magnifique décor de porte de Beyt Tibi.

 

 

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 16:46

Le sevrage forcé d'internet le temps de mon déménagement a eu au moins un aspect positif : celui de me faire redécouvrir le plaisir de la lecture, en particulier le soir avant de dormir. Et parmi les livres que j'en ai profité pour lire durant cette période, je voudrais commencer par vous recommander un autre ouvrage de Naguib Mahfouz.


La première édition française chez Denoël (1989, traduction de France Douvier Meyer).



La Chanson des gueux, intitulé à l'origine en arabe MalHamat al-Harâfîsh1ملحمة الحرافيش ) , a été publié pour la première fois au Caire en 1977 mais n'a été traduit en français qu'en 1986 ; comme dans Récits de notre quartier, que nous avions rencontré dans un précédent article, Mahfouz choisit ici de nous parler du Caire de son enfance. A travers l'histoire de la dynastie familiale des an-Nagi, on suit la vie d'un quartier populaire de la capitale égyptienne, avec ses coutumes, ses traditions parfois déroutantes, ses personnages hauts en couleur. Car il ne s'agit pas seulement d'une saga familiale ; celle-ci n'est qu'un prétexte pour faire revivre Le Caire de la fin du XIXe s. et du début du XXe s., et nous faire entrer au coeur de la culture et des mentalités égyptiennes, au-delà des apparences.


Les Harâfîsh, en égyptien, ce sont les plus démunis de la société égyptienne, les petits métiers, ceux qui vivent de petits boulots ou n'ont ni toit ni travail. La traduction française par  " gueux  " est donc forcément réductrice2, mais il est toujours difficile de trouver un équivalent pour des termes qui n'en ont pas dans notre langue. Dans  Le Caire populaire de l'époque, chaque quartier est dirigé par un " clan " et ce sont les foutouwat, les chefs de clan, qui en assurent la protection, avec l'accord tacite des autorités3. Le chef de clan, c'est celui qui remporte une sorte de combat rituel, comme cela apparaît au cours du roman, ou celui qui est reconnu par tous pour sa force ou sa sagesse. Il doit trouver l'équilibre entre l'adhésion des notables et l'aide aux Harâfîsh. Libre à lui de se mettre au service des plus démunis, ou d'user de son pouvoir pour devenir lui-même un notable... A charge pour lui de défendre les intérêts du quartier, quitte à se battre contre les chefs de clan des quartiers voisins...



Les éditions dans la collection folio, chez Gallimard (1992, et la dernière réédition en 2007, traduction de France Douvier Meyer relue par Selma Fakhry Fourcassié et Bernard Wallet).


L'histoire commence avec Ashur, un enfant abandonné devant la tekkiyya, où habitent les mystérieux derviches dont on n'entend que les chants4. Rien ne le prédispose au destin qui sera le sien quand il est adopté par le sheykh Ufra Zaydan et son épouse Sakina, dans le quartier d'el-Husayn, à l'orée de la Cité des Morts... Par les hasards de la vie, celui qui était un orphelin anonyme deviendra chef de clan du quartier et sera considéré comme un saint homme. Il reçoit le surnom d'an-Nagi5, que garderont ses descendants, dont on suit le destin à travers le roman. Dix livres6, ou chapitres, palpitants, chacun consacré à une génération des an-Nagi.


C'est toute la complexité de la société égyptienne traditionnelle que La Chanson des gueux nous permet d'approcher, avec ses contrastes qui parfois surprennent notre méconnaissance occidentale, sa hiérarchisation et ses rapports sociaux qui souvent nous échappent. Naguib Mahfouz évoque avec sa poésie coutumière, qui fait regretter de ne pouvoir goûter le roman dans sa langue d'origine, le quotidien d'une ruelle et de ses habitants : les marchands qui font figure de notables, le sheykh du quartier et celui de la zawiya7 fondée par Ashur, le tenancier du tripot, les divers petits métiers ; les femmes ne sont pas en reste, avec des caractères étonnants souvent très éloignés de l'image de l'Egyptienne soumise.


Sans doute pas le plus connu des romans de Naguib Mahfouz, mais si prenant qu'on le lit d'une traite, qu'on a du mal à s'en détacher. Les inconditionnels de Mahfouz y retrouveront l'excellence de son style et son sens du récit, mais aussi de la justesse des dialogues ; les amoureux de l'Egypte et du Caire en découvriront des clefs et d'autres facettes. A lire absolument si ce n'est déjà fait. Vous le trouverez en diverses éditions, en particulier les éditions de poche indiquées dans l'article.


Difficile de choisir un extrait dans ce livre remarquable ; j'ai donc opté pour le premier paragraphe, qui je l'espère vous donnera envie de poursuivre le voyage :

" Dans l'ardente obscurité de l'aube, sur l'étroit sentier menant de la mort à la vie, à la lueur ténue des ultimes étoiles luisant au firmament, la nuit vibrant déjà de beaux et nébuleux cantiques, une complainte égrenait les souffrances et les joies promises au petit monde de notre ruelle. "


نجيب محفوظ    ـ     ملحمة الحرافيش


Notes :

1- Dans la littérature arabe, le terme " malHama " ( ملحمة ) désigne un récit épique mettant en scène des héros ; il y a donc dans le titre original quelque chose qui échappe forcément à la traduction, même si le choix de traduire par " chanson " fait bien entendu allusion à nos " chansons de geste " médiévales. En leur consacrant cette " malHama ", Mahfouz fait des Harâfîsh, ces gens modestes, des héros dignes des anciennes épopées.
2- Dans les traductions en anglais, le titre retenu est d'ailleurs The Harafish. En français, on a préféré recourir au contraste entre " chanson ", dans le sens de " chanson de geste ", et " gueux " selon le même registre de vocabulaire à référence historique.
3- Cela apparaît dans le récit en particulier avec le personnage du policier.
4- Comme souvent chez Mahfouz, la tekiyya est pour ainsi dire un personnage, ne serait-ce qu'en tant que lieu où l'histoire a commencé. 
5- Le Victorieux.
6- Reprenant à travers cette forme la tradition du récit épique.
7- Petit lieu de culte lié au soufisme.

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 06:50

Il y a longtemps que nous n'avons pas ajouté de livre à notre bibliothèque. Cette fois, je proposerai une agréable lecture aux amateurs de romans historiques et aux amoureux du XVIIe s. ou des destins des femmes d'exception. " La Marquise des Ombres ", rassurez-vous, n'a rien à voir avec la série des " Angélique " portée à l'écran. Le roman est sous-titré " La vie de Marie-Madeleine d'Aubray, marquise de Brinvilliers " : c'est en effet un ouvrage consacré à celle que l'histoire a retenue sous le nom de " la Brinvilliers " et dont nous avons tous l'image d'une terrible criminelle de l'époque de la fameuse affaire des poisons, sous Louis XIV. Beaucoup d'entre nous qui s'intéressent à l'histoire auront aussi en tête l'image de son supplice, après son arrestation.




Nous avons tous en tête l'image de " la Brinvilliers " empoisonneuse subissant la " question "...


Catherine Hermary-Vieille
nous propose une autre vision du destin de Mme de Brinvilliers, celui d'une femme entraînée par la tourmente de l'amour dans les pires excès, jusqu'au drame final ; on a beau connaître les grands traits de l'histoire, et surtout sa chute, le roman est passionnant et se lit avec plaisir. L'histoire débute dans une bastide de Provence, où le père de Marie-Madeleine, Antoine Dreux d'Aubray, est en poste, avec cette très belle description :


" La campagne était déjà rousse. Au-delà des murs du jardin, l'ocre, le gris bleuté succédant aux verts sombres, aux feuilles argentées et aux taches vives des massifs groupés autour de la bastide. Accroupie au pied du mur du potager,  là où le soleil chauffait le plus fort, le menton posé sur ses genoux repliés, la petite fille rêvait lorsque la voix de sa nourrice la fit sursauter. D'instinct elle se leva et essuya son visage avec un coin de son tablier... "



Déjà le destin de la petite Marie-Madeleine, âgée de 5 ou 6 ans, se noue, sous les traits de son maître de dessin... Son rapport avec les hommes est désormais scellé : il sera fait de sensualité et de dégoût, de faiblesse et de révolte. Et elle sera partagée entre la recherche de l'amour de son père et les reproches qu'elle lui fait... On suit ainsi son histoire, qui se poursuit à Paris où son père est nommé lieutenant-civil au Châtelet. Elle rêve d'une vie brillante, parmi la noblesse parisienne . Mais elle est mariée par devoir à un homme médiocre, Antoine Gobelin, et sa vie prend un tournant qui ne lui conviend pas. Il lui apporte le confort matériel, et bientôt le titre de marquise de Brinvilliers, mais il lui manque l'essentiel. Alors elle dépense, se grise de futilités. Et puis elle rencontre la passion en la personne de M. de Sainte-Croix. Sainte-Croix est à la fois celui qui lui fera vivre ses plus beaux moments et qui la tourmentera le plus, jusqu'à l'entraîner vers l'irréparable. Devant lui, elle sera faible, elle lui sacrifiera tout, jusqu'à y perdre son rang, et au final sa vie. L'autre facette de ses rapports avec les hommes, c'est le trésorier Penautier, qui l'entraîne dans des placements hasardeux et entretient ses chimères de vie luxueuse. Mais je vous laisse découvrir ces personnages et leur histoire...

 

 

... ou encore celle de la malheureuse conduite au supplice, condamnée à avoir la tête tranchée, car elle est noble, puis son corps dévoré par les flammes.



Sous la plume de l'auteur, c'est d'abord toute une époque qui revit et dont elle restitue la réalité sans concession, mais sans non plus les préjugés habituels. Mais surtout, c'est le destin exceptionnel d'une femme que l'on découvre et qui repose sur de longues recherches. On ne s'attend pas à se prendre de tendresse et de compassion pour " la Brinvilliers ", tant l'idée qu'on a d'elle est noircie à l'excès. Et pourtant ce roman, même s'il s'agit d'une fiction, replace les choses sur le plan humain et nous permet de voir sous un autre jour le drame de cette femme ; alors que l'histoire la regarde habituellement au jour des aveux obtenus sous la torture, des dénonciations plus ou moins crédibles et des dires de langues de vipère comme Mme de Sévigné. Aujourd'hui encore, on est moins indulgent envers les erreurs et les faiblesses d'une femme qu'envers celles d'un homme, et on a tôt fait de les diaboliser... Ce n'est plus " la Brinvilliers " que l'on considère après avoir lu ce roman, mais Marie-Madeleine d'Aubray. Toutes celles et tous ceux qui auront un jour dans leur vie croisé le chemin de leur propre " Sainte-Croix " ne pourront que la comprendre ; et les autres frémir à l'idée de le rencontrer un jour...

Un excellent roman historique qui vous fera passer de très agréables moments en compagnie d'un personnage qu'on connaît au final bien mal.

Un autre extrait, que j'aime beaucoup, pour terminer et pour le plaisir :

Marie-Madeleine serra les mains l'une contre l'autre pour en dominer le tremblement. Sa voix était étranglée.
- Tu me resteras, Jean-Baptiste !
Sainte-Croix se mit à rire, d'un rire qui fit peur à la jeune femme car elle ne l'avait point encore entendu.
- Pour vous aller visiter rue du Bouloi, et réciter des patenôtres en la compagnie de François ! Peut-être pourrions-nous prendre un peu d'air en nous promenant en bourgeois sur les remparts ? ou aller visiter les malades de l'Hôtel-Dieu et leur porter quelques douceurs ? Je vous escorterais à la messe où nous remercierions ensemble un Dieu auquel nous ne croyons pas de nous avoir ôté le bonheur et d'avoir fait de nous des êtres misérables et grotesques. Tout le monde nous tournera le dos, la pauvreté est pire que la peste, et moi je vous quitterai car la femme que j'ai aimée ne sera plus.
Marie-Madeleine s'était avancée vers Sainte-Croix et levait la tête pour le regarder.
- Taisez-vous, je vous en prie...
Elle pleurait. Sainte-Croix souriait à nouveau.
- Luttez, madame, battez-vous. Triomphez de votre peur et de votre faiblesse, votre père ne vous aime point, Dieu n'existe pas.
La jeune femme posa son visage entre ses mains. De longs sanglots la secouaient. Jean-Baptiste hésita, puis il l'entoura de ses bras.
- Ne pleure pas, mon coeur. Tu seras heureuse et je t'aimerai longtemps. Riche, tu feras ce que tu voudras et mes désirs seront les tiens. Nous voyagerons si tu le veux, nous irons en Italie, à Venise, à Rome, à Florence. Là-bas Paris ne sera plus qu'un souvenir et chaque jour deviendra l'aurore d'un bonheur nouveau. Nous ne jouerons plus, nous ne nous ferons plus souffrir, ce sera une autre existence dans une jeunesse revenue. Nous ne sommes point semblables aux autres, Marie-Madeleine, ne cherche pas à t'identifier à eux, ils sont vils et médiocres. Tu es la vie, avance comme elle, ne t'embarrasse de rien, le monde sera à toi et je t'aimerai toujours.
Sainte-Croix écarta les mains de la jeune femme, contempla son visage et doucement, tendrement, la baisa sur les tempes, les joues, la bouche. Il répétait :
- Je t'aime, je t'aime...
Marie-Madeleine n'avait plus de pensées. Aucune des promesses faites par Sainte-Croix ne se réaliserait, mais elle devait faire semblant d'y croire.
"


Catherine HERMARY-VIEILLE, La Marquise des Ombres, 1983.
Disponible en diverses éditions, y compris en format poche.

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31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 19:11

Je viens de faire aujourd'hui même l'acquisition, chez mon bouquiniste favori de Toulon, d'une véritable merveille : j'avais du mal à y croire en l'ayant entre les mains, et j'ai encore du mal à y croire maintenant que l'ouvrage a gagné ma bibliothèque. Et je m'empresse de partager avec vous cette découverte.



nil_du-camp_reed.jpg











Un voyageur en Egypte vers 1850 - "Le Nil" de Maxime Du Camp
, présenté par Michel Dewachter et Daniel Oster, préface de Jean Leclant, éd. Sand / Conti, 1987 (245 p.).








En 1849-1850, Maxime Du Camp et son ami Flaubert font un voyage en Egypte, nous l'avons déjà évoqué. Durant ce voyage, Du Camp réalise un certain nombre de photographies, des "calotypes", qui sont pour l'historien autant que pour l'amoureux de l'Egypte des documents exceptionnels. En 1853, il publie "Le Nil", qu'il dédie à son autre ami écrivain Théophile Gautier*, et dans lequel il raconte son voyage. Nous reparlerons de tous ces personnages dans "Les Voyages en Egypte ".

Pour la première fois, cet ouvrage de 1987 rassemble à la fois la réédition intégrale du "Nil" de Du Camp, mais aussi 70 des calotypes qu'il a réalisés en Egypte. Ce qui en fait un ouvrage exceptionnel que tout amoureux de l'Egypte rêve d'ajouter à sa bibliothèque. On y trouve en outre 20 documents d'archives concernant Du Camp et 15 superbes aquarelles d'un autre de ses amis qui a visité et aimé l'Egypte, Prisse d'Avennes.

Le rédacteur de la préface, Jean Leclant, n'est autre qu'un professeur d'égyptologie au Collège de France, rappelle le trésor que constitue cette collection de calotypes de Du Camp conservée dans la bilbiothèque de l'Institut de France.

Michel Dewachter présente le voyage et le situe dans son époque, en soulignant sa signification, sous le titre "Une étape de l'orientalisme " (pp. 9 à 37 ). Daniel Oster, quant à lui, brosse le portrait du personnage de Du Camp, et le situe dans son contexte intellectuel et littéraire, sous le titre "Un curieux bédouin " (pp. 39 à 66 ). 

Le reste de l'ouvrage est la réédition intégrale de l'ouvrage de Du Camp, y compris avec la carte de l'Egypte dressée par Sagansan qui accompagnait l'édition de 1853. Outre la saveur du récit par une grande plume, hélas méconnue, du XIXe s., on a l'émotion de découvrir les lieux tels qu'ils se présentaient à l'époque.

On peut encore le trouver chez les bouquinistes ou sur le Net, pour un prix qui tourne autour de 50 euros - et en plus, je réalise que j'ai fait une sacrée affaire, car je suis loin de l'avoir payé ce prix là. En tout cas, je vous le recommande vivement, car c'est non seulement un document passionnant, mais également un très bel ouvrage réalisé avec une grande qualité.

* qui fera lui-même le voyage en Egypte, d'ailleurs.

Un article du blog est consacré au programme très riche de ce voyage de 8 mois d'Alexandrie à Wadi Halfa.

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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 07:10

Pour tous les amoureux du Caire, ou ceux que la curiosité pousserait à vouloir découvrir une autre Egypte, je vous conseillerai aujourd'hui un livre que je ne me lasse pas de regarder.


le-caire-dailleux.jpg

Denis DAILLEUX, Le Caire, préface de Gamal GHITABY, Coll. "Errances - Le regard d'un photographe sur une ville ", éd. du Chêne, Paris, 2001
.









C'est un livre qui présente une série de photographies que ce photographe consacre à une ville qu'il a découverte en 1992 et qui est devenue pour lui un sujet de prédilection. Des photos en couleur ou en noir et blanc qui saisissent un moment, racontent une histoire, dans lesquelles on se plonge pour retrouver cette Egypte du quotidien qui fait que l'on tombe amoureux du pays après avoir été attiré par ses monuments. Une Egypte hors des clichés touristiques, une Egypte sans fard sans être impudique pour autant, avec ses contrastes forts. Une Egypte que l'on devine aussi, dans laquelle on n'entre que si l'on y est introduit. Une Egypte populaire, avec ses réalités parfois dures, mais aussi sa poésie naturelle, ses extraordinaires sourires, son hospitalité et son humanité. Une Egypte telle que j'ai pu commencer à la découvrir grâce à mes amies françaises vivant là-bas, et Le Caire authentique dont Josiane, photographe elle aussi, m'a entrouvert les portes et que j'ai hâte de découvrir un peu plus, insha'a l-llah... et que je vous souhaite à tous de rencontrer aussi. Bref, pour ceux qui connaissent déjà cette ville et ceux qui l'habitent, c'est un plaisir de retrouver, au fil des pages, ce qui fascine et qui fait que l'on ne rêve que d'une chose : revenir au Caire. Pour ceux qui ne la connaissent pas, assurément une excellente clef pour avoir envie de la découvrir, d'aller à sa rencontre. Il est vrai qu'en tant qu'amoureux du Caire, je ne peux pas être totalement impartial... 

Denis Dailleux est un photographe qui a reçu de nombreux prix et appartient à l'Agence Vu, ce qui l'amène à travailler pour de grands journaux et magazines français. Il s'est orienté très tôt vers le portrait, avec une sensibilité qui donne la priorité à l'humain  et dans des registres subtils.

Le texte d'introduction fait un excellent pendant à ces photographies ; il est une invitation à ce voyage vers Le Caire au-delà des apparences furtives du voyageur qui ne fait que passer. Gamal Ghitany, originaire de Haute-Egypte mais installé au Caire depuis l'enfance, est un écrivain égyptien qui apparaît comme l'héritier de Naguib Mahfouz, dont il a été proche. Il dirige l'hebdomadaire Akhbâr el-Adab (  " Les Nouvelles littéraires " ). Il nous fait découvrir l'ibn el-balad, le Cairote que l'on retrouve dans les photographies.

Enfin, quelques citations apparaissent au hasard des pages, et à la fin de l'ouvrage se trouve un poème de l'Alexandrin Constantin Cavafy. C'est le seul petit reproche que je ferais ; j'aurais préféré de loin, même si le poème de Cavafy est très beau, un texte du Cairote Naguib Mahfouz...



ln-lotus2.gif


Liens : 

- Quelques photos de Denis Dailleux sur le site de Libération.
- Un article dans
Actuphoto sur sa dernière expo
- Un article du
Courrier de l'Unesco (2000), avec des photos.

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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 10:56

mahfouz.jpg


Je suis, je l'avoue, un inconditionnel de ce grand écrivain égyptien qui nous a quittés il y a peu ; malgré la traduction et la frustration de ne pas pouvoir lire ses ouvrages en arabe, il y a chez Mahfouz un génie des mots, un talent incomparable pour évoquer son pays et son peuple, saisir des instants, brosser des portraits et nous faire découvrir sa ville natale, Le Caire, avec un autre regard, à la fois avec tendresse et sans concession. Nous serons amenés à parler de plusieurs de ses livres.




J'ai choisi de vous recommander d'abord ce petit livre, "Récits de notre quartier", publié en 1975 sous le titre original "Hikâyât Hâritmâ", et traduit en français seulement en 1988. Je l'ai choisi car il est très facile d'accès et se lit très vite. Il prend la forme de 78 récits qui nous plongent dans la vie quotidienne du quartier dans lequel Naguib Mahfouz a grandi au Caire, dans les années 1920. Ce sont des anecdotes, des moments de vie, des portraits hauts en couleur que propose un auteur qui passe de l'enfance à l'adolescence. On y découvre l'Egypte de cette époque, avec ses coutumes, ses traditions, ses petits métiers, mais aussi une Egypte éternelle qu'on retrouve aujourd'hui encore et que l'on comprend mieux en la voyant ainsi décrite de l'intérieur. La joyeuse et touchante Oumm Zaki, les premiers émois avec Darwicha, l'histoire avec Saad et les prémices de révolte, l'étonnante Sett Naguia, Hachim Zayed que la richesse transforme, et tant d'autres que je vous laisse découvrir... Il évoque aussi avec pudeur certaines traditions, comme sa propre circoncision, la visite aux défunts dans l'enclos funéraire ou encore le "zar", étrange cérémonie pratiquée par les femmes pour conjurer le sort.


grav-rue-caire.gif


Comme toujours avec Naguib Mahfouz, les mots sont justes, sobres mais d'une résonnance efficace, les images étonnantes de vie. A lire sans hésiter pour découvrir cette autre Egypte, et peut-être aussi cet auteur si ce n'est déjà fait.


Vous le trouverez facilement en diverses éditions, y compris en édition de poche. Personnellement, j'ai opté pour l'édition de la collection Babel, aux éditions Actes Sud (rééd. Paris, 1999), avec une excellente traduction de Khaled Osman.



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Papyrus D'identité

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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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