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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 00:46

Nous allons aborder dans nos promenades quelques petites notions d'architecture égyptienne, afin de mieux comprendre les monuments que nous rencontrerons. Vous l'avez sans doute remarqué, je suis un amoureux des colonnes, des chapiteaux et autres détails d'architecture. Je commencerai donc par le thème des colonnes dans l'architecture égyptienne antique. Il est important de connaître les différents types de colonnes, pas seulement pour le plaisir de les identifier, mais surtout parce qu'elles ont une fonction symbolique et permettent également de repérer l'époque d'un bâtiment.


 

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Les éléments constitutifs d'une colonne.

 

L'Egypte a été la première civilisation à développer ce qu'on appelle des ordres, c'est-à-dire une façon déterminée de réaliser et de décorer l'ensemble d'une colonne en fonction d'un certain nombre de règles. Une colonne est formée de quatre parties essentielles : la base, socle sur lequel repose la colonne ; le fût, ou corps cylindrique de la colonne ; le chapiteau, ou partie supérieure de la colonne ; l'abaque, sorte de tablette sur laquelle repose ce que soutient la colonne. Un ordre consiste à appliquer à cet ensemble des formes et un décor fixés par des règles. On compte dans l'Egypte antique 7 ordres : hathorique, papyriforme, lotiforme, palmiforme, protodorique, en piquet de tente et composite.

 

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Les colonnes monostyles de la cour du temple d'Edfou ; de gauche à droite : colonne papyriforme à corolle ouverte de tradition égyptienne, colonne lotiforme à corolle ouverte, colonne composite d'inspiration papyriforme, colonne palmiforme de tradition égyptienne, colonne composite d'inspiration lotiforme. La période tardive joue sur la combinaison entre les ordres et leur diversité. 

 

Pour décrire ou identifier une colonne, on s'appuie sur deux éléments majeurs : d'abord la forme et le décor de son chapiteau, qui souvent est l'élément le plus immédiatement visible de l'ordre auquel la colonne appartient ; puis la forme et le décor du fût.


En se basant sur les ordres, on distingue :  

La colonne hathorique est très facile à identifier, puisque son chapiteau est orné sur deux ou quatre faces d'une tête féminine à oreilles de vache, selon l'iconographie de la déesse Hathor. Elle est en particulier utilisée à partir du Moyen Empire dans des temples consacrés à des divinités féminines.

 

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Colonnes hathoriques du temple de Denderah.


La colonne papyriforme, c'est-à-dire en forme de papyrus, sera la colonne la plus répandue dans l'art égyptien, connue dès l'Ancien Empire et extrêmement courante à partir du Moyen Empire. Le fût de la colonne correspond souvent, mais pas toujours nous le verrons, à une gerbe de tiges de papyrus liées juste sous le chapiteau, lequel représente l'inflorescence de la plante. On trouve deux variantes de colonnes papyriformes, qui souvent cohabitent dans un même espace, comme à Karnak : la colonne papyriforme à corolle fermée et la colonne papyriforme à corolle ouverte, ou colonne campaniforme (à cause de la forme de cloche). Les colonnes de cet ordre symbolisent la forêt originelle de papyrus portant le ciel. La base est souvent simple et écrasée, formant un disque lisse ou un boudin.  

 

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    Colonnes papyriformes à corolle fermée, dans la grande salle hypostyle à Karnak. 

 

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Colonnes papyriformes à corolle ouverte, dans la grande salle hypostyle à Karnak. 

 

La colonne lotiforme, en forme de lotus, est très proche de la précédente. Elle aussi représente une gerbe de lotus, liés entre eux sous le chapiteau, dont les fleurs et boutons se développent sur le chapiteau. Là aussi, les fleurs peuvent être fermées ou ouvertes. Le lotus symbolise la naissance du soleil au-dessus des eaux. Utilisée surtout dans l'architecture funéraire sous l'Ancien Empire, elle sera par la suite beaucoup employée dans les temples.

 

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Colonne à chapiteau lotiforme à corolle ouverte à Edfou.


La colonne palmiforme, en forme de palmier, est également très répandue. Son chapiteau s'orne de 9 grandes palmes, légèrement recoubées vers l'extérieur dans leur partie haute. Le fût de la colonne, toujours lisse, représente bien sûr le tronc du palmier, mais celui-ci n'est pas figuré. Elle apparaît dès l'Ancien Empire. Le palmier est un symbole du ciel qui porte le soleil.

 

 

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Colonne à chapiteau palmiforme à Edfou.

 

La colonne en piquet de tente, transposition de cet élément dans la pierre, n'est connu que par un édifice, l'Akhmenu de Karnak datant de Thutmosis III, et n'aura pas semble-t-il de développement ultérieur.

 

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Colonne en piquet de tente dans l'Akhmenu de Karnak.

 

La colonne proto-dorique, dite aussi prismatique, ressemble un peu au dorique grec, d'où son nom. Le fût très massif, de diamètre décroissant, est cannelé, ne reposant en général pas sur une base, avec un chapiteau géométrique simple et très réduit. Elle apparaît dès l'Ancien Empire.

 

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Colonnes protodoriques de la chapelle d'Anubis au temple d'Hatshepsut, Deir el-Bahari.


La colonne composite est caractéristique de la fusion des civilisations à l'époque tardive. Elle mêle non seulement des éléments de plusieurs ordres égyptiens (par exemple hathorique et papyriforme), mais aussi des éléments égyptiens et des éléments grecs, puis romains. Cela donne lieu à une grande variété de chapiteaux et de colonnes qui, au-delà de l'unité apparente, rendent le monde des temples tardifs fascinant dans le détail.

 

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Chapiteau composite égypto-romain du Kiosque de Trajan à Philae. L'inspiration est celle des chapiteaux papyriformes égyptiens, mais les Romains y disposent les ombelles de papyrus comme les acanthes de leur ordre corinthien et y ajoutent les volutes et caulicoles de leur ordre composite. 


Il n'est pas toujours aisé, avouons le, de distinguer colonnes lotiformes et papyriformes tant elles sont proches. C'est le décor du chapiteau qui permet souvent de les distinguer.

 

Ensuite, on distingue deux grands types de fûts, qui sont parfois indépendants de l'ordre :


La colonne fasciculée présente un fût formé par la réunion de plusieurs tiges. On la trouve essentiellement dans les ordres papyriforme et lotiforme.

 

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Colonnes lotiformes fasciculées à corolle fermée, à Louqsor.

 

La colonne monostyle présente un fût lisse, qui peut être rehaussé de reliefs et de peintures. On la trouve dans la plupart des ordres, avec des variantes au niveau de la forme (plus ou moins étranglée en partie haute ou basse, bulbe plus ou moins important en partie basse, etc.).

 

  papyriforme-monostyle-corolle-fermee.JPG 

Colonnes papyriformes monostyles à corolle fermée, dans la grande salle hypostyle à Karnak.   


On peut donc avoir, par exemple, une colonne papyriforme fasciculée ou une colonne papyriforme monostyle ; en général, la colonne papyriforme fasciculée présente un chapiteau à corolle fermée.

 

 

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Colonne lotiforme fasciculée à corolle fermée à Karnak.

 

 

 

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Petit récapitulatif illustré...

 

Les mêmes principes et règles peuvent s'appliquer aux piliers, bien que ceux-ci soient souvent très sobres. La différence entre une colonne et un pilier est qu'une colonne a un fût cylindrique, alors que le pilier a un fût quadrangulaire (de section carrée ou rectangulaire). Dans le domaine des piliers s'ajoute un type qui n'existe pas pour les colonnes : le pilier osiriaque, dont le fût est composé ou est plaqué d'une représentation d'Osiris en semi-ronde-bosse.

 

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Piliers osiriaques à Karnak. 

 

Les colonnes ont une fonction architecturale : celle de porter les parties supérieures, comme les plafonds ou les étages. L'avantage d'une colonne par rapport à un mur de soutien, c'est qu'elle n'entrave pas la circulation à l'intérieur d'un bâtiment. Sa mise en place nécessite la prise en compte des poussées exercées par les parties hautes supportées ; si les colonnes égyptiennes sont aussi massives et impressionnantes par leurs dimensions, c'est entre autres parce que les plafonds étaient pour l'essentiel formés d'énormes blocs monolithes (formés d'une seule pierre) dont il fallait pouvoir supporter le poids et amortir les poussées.


Enfin, si les colonnes s'inspirent le plus souvent de la nature dans leur forme et leur ornementation, c'est qu'elles correspondent avant tout à une symbolique des végétaux ; et sans doute aussi qu'elles transposent dans la pierre des éléments qui étaient aux époques les plus anciennes réalisés en matières végétales (troncs d'arbres, gerbes de végétaux, piquets de bois, etc.).

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Kemet - Egypte antique
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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 07:20

La KV 14 est une tombe utilisée à l'origine par Taousert et réutilisée ensuite et agrandie par Sethnakht. Elle a été ouverte dès l'Antiquité, mais ne fut pas correctement décrite avant Hartwig Altenmüller, de 1983 à 1987.  

   

Située dans la Vallée des Rois, elle est la seule à avoir deux chambres funéraires, les extensions tardives en faisant l'une des plus grandes tombes royales, avec environ 112m de profondeur.

 

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Plan de la tombe.

 

La construction de la tombe commença en l'an 2 du règne de Seti II. Elle devint la sépulture de Taousert, et la momie du roi Seti II y fut elle-même déplacée depuis la tombe KV15. Il est intéressant de voir l'évolution du statut de la reine à mesure de la réalisation des travaux : d'abord représentée comme épouse royale, elle apparaît ensuite en tant que souverain. Après que la tombe ait été adoptée par Sethnakht, la momie de Seti II retourna dans sa première tombe. La momie de la reine Taousert alla dans la tombe-cache KV35 à l'époque du déplacement général des momies royales. Le sarcophage de Sethnakht a été brisé dans l'Antiquité. Le couvercle est très similaire à celui de Siptah, avec le roi entouré à gauche et à droite par les images d'Isis et Nephtys. La momie du roi fut trouvée parmi les momies royales dans la cache KV35.  

 

 

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Entrée de la tombe, au pied de la falaise.

 

 

L'entrée de la tombe s'ouvre au pied de la falaise située à l'extrémité de la branche occidentale du wadi principal.  

 

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Le premier corridor portait à l'origine les représentations de la reine Taousert accompagnée de différentes divinités et de Siptah, par la suite remplacé par Seti II. Certaines sont encore visibles, malgré le remplacement d'un certain nombre d'entre elles par des figures de Sethnakht lors de l'usurpation de celui-ci ; en effet, Sethnakht a fait recouvrir d'une nouvelle couche de plâtre les fresques de Taousert. A l'endroit où cette seconde couche est tombée, on voit le décor d'origine. A noter au passage qu'on voit encore dans les trois premiers corridors les trous qui avaient servi à fixer les cordes permettant de descendre le sarcophage royal dans la tombe.


 

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Osiris, d'une étonnante fraîcheur...

 

Le second corridor s'orne quant à lui de scènes du Livre des Morts, qui se poursuivent dans le 3e corridor. Ce dernier débouche sur le salle du puits, où sont représentées diverses divinités ; le sol de cette salle n'est pas creusée d'un puits, mais reprend la tradition avec la représentation d'Osiris trônant avec les quatre fils d'Horus ; les cartouches sont ceux de Sethnakht.

   

A son tour, le 1er vestibule, qui fait suite, présente des scènes du Livre des Morts : à l'origine, la salle s'ornait de la représentation de Taousert, accompagnée de Siptah, demandant aux gardiens des portes du monde souterrain de la laisser accéder à l'autre vie, ainsi que Taousert menée devant Osiris ; ces scènes ont été effacées par Sethnakht. Une rampe mène au 4e corridor, sur lequel s'ouvre une chambre latérale.


 

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L'antichambre de Taousert ; remarquer les inscriptions repeintes à l'époque de Sethnakht.

 

L'antichambre s'orne à nouveau de divinités, puis une nouvelle rampe donne accès à la splendide chambre funéraire de Taousert, dans laquelle on trouve des scènes du Livre des Portes et du Livre des Cavernes, ainsi qu'un plafond astronomique. Aux angles de cette chambre s'ouvrent 4 étroites chambres latérales.

 

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La chambre funéraire de Taousert ; l'un des intérêts de cette tombe est le fait que certains décors sont inachevés : ici, les figures de Sethnakht honorant les différentes divinités, peintes par-dessus celles qui représentaient à l'origine Taousert, n'ont pas été mises en couleur .

 

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A la base de la chambre de Taousert sont représentés éléments de mobilier et bijoux accompagnant la reine, d'un grand intérêt à observer en détail .

 

 

Flanqué à son départ de deux chambres latérales, le 5e corridor présente des scènes de l'Amduat, de même que le 6e corridor qui lui fait suite. On accède alors à la chambre funéraire de Sethnakht, de même conception que celle de la reine, ornée de scènes du Livre des Portes et d'un plafond astronomique ; le sarcophage de pierre de Sethnakht, qui avait été brisé, a été reconstitué. Comme la chambre de Taousert, celle de Sethnakht ouvre dans ses angles sur 4 petites chambres.


 

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Un décor inachevé de la chambre funéraire de Sethnakht. Passionnant pour observer les techniques de réalisations des fresques.

 

La tombe se termine par un dernier couloir, inachevé et en partie effondré.

 

Liens :

- sur le site du Theban Mapping Project : informations, plans et photos (en anglais).

- un lien de récit de voyage détaillant les décors.

- site d'Alain Guilleux avec des photos (en français).


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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 05:30

Je souhaiterais vous parler de cette superbe tombe peu connue du grand public, mais qui vaut la peine d'être vue lors d'une visite de la Vallée des Rois, ne serait-ce que parce qu'elle est peu fréquentée et que les conditions de visite s'en trouvent de ce fait très agréables. Elle est répertoriée sous le nom de KV14. Commençons par situer Taousert et Sethnakht dans leur époque.


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La reine Taousert visible sous les repeints réalisés lors de l'usurpation de la tombe par Sethnakht, dans le corridor de la tombe.


La reine Taousert


Taousert était reine d'Egypte et fut le dernier souverain de la XIXe dynastie, régnant à partir de 1188-1186 av. notre ère environ, selon la chronologie égyptienne traditionnelle. Elle succéda à Siptah, qui était de nature maladive.

Taousert était la 2e épouse de Seti II,  auquel elle donna un fils, Seti-Merenptah, qui mourut avant son père. Après la mort de Seti II, elle devint régente pour son héritier Siptah, qui était soit son 2e fils soit le fils de la 3e épouse de Seti II, conjointement avec le chancelier Bay. A la mort de Siptah, à la faveur de querelles entre les héritiers de Siptah, Taousert s'empara elle-même du trône, assumant le rôle de roi et la titulature de reine (Epouse Royale).

Alors qu'il était communément admis qu'elle partagea le pouvoir avec le chancelier Bay, un document récent publié par Pierre Grandet montre que Bay a été exécuté sur les ordres de Siptah en l'an 5 de son règne. Ce document est un ostracon en hiératique contenant une annonce faite aux ouvriers de Deir El-Medineh sur les actions du roi. Aucune raison directe n'est donnée pour montrer ce qui amena Siptah à se retourner contre « le grand ennemi Bay », comme le dit l'ostracon. Le recto du document déclare ainsi : « L'an 5 III Shemu le 27. Ce jour, le scribe de la tombe Paser vint annoncer que Pharaon avait tué le grand ennemi Bay ». Cette date coïncide bien avec la dernière mention de Bay en public, en l'an 4 du règne de Siptah.

Taousert fut probablement détrônée par une rébellion initiée par Sethnakht, qui fonda la XXe dynastie. Elle eut le privilège insigne de recevoir une tombe dans la Vallée des Rois.  
 
 

Son nom de naissance est Ta-ousert Meren-Mout

Son nom d'intronisation est Sat-Ptah Meryen Imen

Son nom grec transmis par Maneton est : Tuoris.


 

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Le sarcophage de Sethnakht, dans la dernière chambre funéraire.

 

Sethnakht


Sethnakht fut le premier roi (1186-1183) de la XXe dynastie, sous le Nouvel Empire, et le père de Ramsès III. A l'origine, il était supposé n'avoir régné que 2 ans, à cause de la stèle d'Elephantine de l'an 2 de son règne ; mais récemment, on trouva la mention de l'an 3 de son règne sur une inscription du mont Sinaï. Etant donné que la date présumée de son avènement serait II Shemu 10, Sethnakht aurait régné environ 2 ans et 11 mois avant de mourir, soit presque 3 ans.

Si son règne est relativement bref, il fut assez long pour lui permettre d'asseoir son fils Ramsès III sur le trône d'Egypte. Sethnakht commença à faire réaliser une tombe, KV11 dans la Vallée des Rois, mais fit stopper les travaux quand les ouvriers creusant la tombe se heurtèrent à la tombe d'Amenemses, roi de la XIXe dynastie. Sethnakht s'appropria alors la tombe de la reine Taousert (KV14) pour son propre usage.

Les origines de Sethnakht ne sont pas connues, même si certains égyptologues pensent qu'il était lié à la dynastie précédente, la XIXe, et pourrait être un fils de Ramsès II. Son fils Ramsès III est considéré comme le dernier grand roi du Nouvel Empire.

Son nom de naissance est Sethnakht Merrerê Meryamon

Son nom de couronnement est  Ouserkhaou-Rê Setepenrê Meryamon 

 

Nous voici à présent parés pour parler dans un prochain article de la tombe en elle-même.  

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 15:17

Reprenons, il est grand temps, notre promenade avec le sphinx. Et quelle ne sera pas à cette occasion notre surprise ! En cherchant quelle est, en dehors du Sphinx monumental de Gizeh, le plus ancien sphinx actuellement connu, on découvre qu'il s'agit de celui d'une reine égyptienne de l'Ancien Empire, Hetepheres II 1 ! L'Egypte ne cesse décidément de nous étonner.

 

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Le sphinx en calcaire peint de la reine Hetepheres II ( Musée égyptien du Caire ).

 

La reine Hetepheres II vécut sous la IVe Dynastie de l'Ancien Empire, au IIIe millénaire avant notre ère. Quelques mots pour commencer sur ce qu'on connaît de sa biographie.

 

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Hetepheres II sur un relief de son mastaba (Gizeh).

 

Elle était la fille de Kheops et sans doute de Meritites I. Pendant le règne de son père, elle épousa son frère, le prince héritier Kawab, dont elle eut plusieurs enfants ; parmi lesquels la princesse Meresankh III, future épouse de Khephren. Veuve, elle épousa en secondes noces un autre de ses frères, Djedefre, qui devait succéder à leur père 2. Elle ne semble pas lui avoir donné d'héritier, puisqu'elle ne porte jamais le titre de Mère du Roi. Elle lui survécut et mourut très âgée, sous le règne de Shepseskaf, fils et successeur de Mykerinos, après avoir connu les règnes des plus grands pharaons de son temps. Imaginez plutôt : cette princesse a vu construire les trois plus fameuses pyramides d'Egypte, ainsi que le grand Sphinx !

 

 

Hetepheres-II.jpg

Hetepheres II et sa fille Meresankh III, épouse de Khephren. 

 

Elle fut sans doute inhumée dans la nécropole de Gizah, où elle avait d'abord eu un premier mastaba conjoint avec celui de son premier époux Kawab (G7110 -G7120) mais où sa chambre funéraire ne fut jamais terminée ; elle s'était ensuite fait aménager un superbe second mastaba (G7530-7540), qu'elle céda à sa fille Meresankh III, décédée avant elle ; elle se fera donc construire un 3e mastaba, plus petit et inachevé, ce qui fait émettre des doutes sur le fait qu'il soit véritablement sa sépulture : peut-être fut-elle inhumée près de son 2e époux à Abou Rowash 3. Les trois mastabas d'Hetepheres se trouvent dans la nécropole est de Gizah, en contrebas de la pyramide de Kheops.

 

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Le mastaba orné qu'Hetepheres II céda à sa fille à Gizeh (G7530-7540). 

 

Personnage important, elle porta comme toutes les princesses égyptiennes de haut rang de nombreux titres honorifiques : Fille du Roi de Haute et Basse Egypte Khufu ( sAt nswt bity Xwfw ), Fille aimée du Roi de son corps ( sAt nswt nt Xt.f mrt.f ), Epouse royale 4 ( Hmt nswt ), Epouse du Roi son Aimée ( Hmt nswt mrt.f ), Voyante d'Horus et Seth ( mAAt Hr-StX ), Suivante d'Horus ( xt Hr), Epouse de Celui qui est aimé des Deux Dames ( smAt mry Nbty ), Grande Favorite ( wrt Hts ), Prêtresse de Thot ( Hmt-ntr DHwty ), Prêtresse de Bapefy ( Hmt-ntr BA-(p)f ), Prêtresse de Tjasep ( Hmt-ntr TA-sp), etc.

 

 

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La tête de ce sphinx mêle éléments humains et léonins (détail du sphinx d'Hetepheres II). 

 

 

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Selon un motif qu'on retrouve sur le grand Sphinx de Gizeh et d'autres, la queue est repliée sur la cuisse droite (détail du sphinx d'Hetepheres II).

 

 

Ce sphinx en calcaire stuqué et peint provient du complexe de la pyramide de Djedefre à Abou Rowash et est actuellement conservé au Musée égyptien du Caire. Il présente des caractéristiques qui perdureront dans l'art égyptien, comme la position du félin, avec la queue repliée sur la cuisse droite. Ici, la tête mêle éléments animaux et humains : si le visage est celui de la reine, elle porte des oreilles de lion et sa coiffure se confond avec la crinière de l'animal. C'est un trait que l'on retrouvera régulièrement dans l'art égyptien, de l'Ancien Empire aux périodes plus récentes. Le lion est depuis la période prédynastique à la fois un symbole royal et un symbole solaire. Il était donc naturel que le roi apparaisse sous la forme d'un lion. Mais on peut être étonné que ce soit aussi le cas pour une reine qui n'a pas régné personnellement. La sculpture est recouverte d'une épaisse couche d'enduit sur lequel était posée la polychromie dont subsistent de beaux vestiges. Il est intéressant de la comparer non seulement au grand Sphinx de Gizeh, dont Hetepheres fut contemporaine, mais aussi à d'autres sphinx plus tardifs présentant des caractéristiques proches, comme ceux d'Amenemhat III et bien sûr d'Hatshepsout.

 

 

hetepheres-II_amenhemhat-III.jpg 

 Comparaison entre le sphinx d'Hetepheres II et celui d'Amenemhat III (Tanis, XIIe Dynastie, Moyen Empire).

 

 

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Deux sphinx de la reine Hatshepsout : l'un à dominante léonine, comme celui d'Hetepheres (en haut), et l'autre avec une tête entièrement humaine sur un corps de lion, comme le grand sphinx de Gizeh (en bas). 

 

 

 

Notes :

 

1- A ne pas confondre avec sa grand-mère, Hetepheres I, la mère de Kheops, dont on a découvert le célèbre mobilier.

2- On se pose la question de savoir si Kawab est mort de mort naturelle ou a été assassiné par son frère.

3- Contrairement à l'usage dynastique familial, Djedefre fit en effet contruire sa pyramide à Abou Rowash, au nord de Gizeh.

4- Sous le règne de Djedefre.

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 17:39

La   dernière fois, nous avions évoqué la graphie du nom Kaaper, ou plus exactement Ka-Aper, en égyptien antique. Avec cette découverte étonnante de l'existence d'un autre Kaaper de l'Ancien Empire. Nous allons nous intéresser aujourd'hui à ce personnage et à sa sépulture de la nécropole sud d'Abousir.

 

 

carte mastaba kaaper abousir

 

Localisation du mastaba de Ka-Aper dans la nécropole d'Abousir sud.

1) Zone du mastaba de Ka-Aper ; 2) Pyramide de Neferefrê à Abousir ; 3) Complexe de Djoser à Saqqara. 

 

 

Déjà au milieu du XIXe s. , Lepsius avait identifié à cet endroit d'Abousir une nécropole privée, mais n'y avait pas entrepris de fouilles. C'est dans les années 1950 que l’égyptologue américain Henry George Fischer fit le rapprochement entre plusieurs fragments récemment entrés dans les collections de musées américains, de provenance incertaine. En les étudiant, il se rendit compte qu'ils appartenaient à un même mastaba pillé par des trafiquants d'antiquités ; ce mastaba était, d'après les inscriptions, celui d'un certain Ka-Aper et pouvait être daté du début de la Ve Dynastie. Les recherches de Fischer, publiées en 1959, attirèrent donc à nouveau l'attention sur ce mastaba, dont on ignorait encore la provenance exacte. C'est lors de la campagne de fouilles de l'équipe tchèque dirigée par Miroslav Verner, au début des années 1990, que le mastaba de Ka-Aper fut enfin dégagé. Mais voyons d'abord qui était ce Ka-Aper, que beaucoup confondent encore avec le Sheykh el-Beled du musée du Caire.

 

 

mastaba Ka-Aper Detroit-art

 

Le scribe Ka-Aper (détail de la partie supérieure de la fausse porte du mastaba, Institute of Art, Detroit).

 

 

Ce Ka-Aper là occupait de hautes fonctions, étant à la fois scribe des armées, militaire et prêtre de Heqet. Miroslav Bárta, l'un des archéologues tchèques qui ont fouillé le site, nous apprend que ce fonctionnaire servit en tant que scribe militaire dans plusieurs garnisons au début de la Ve Dynastie, sans doute le long des Chemins d'Horus. Il était « Scribe de l'armée du roi à Wenet, Serer, Tepa, Ida » mais aussi « dans les Terrasses de Turquoise et les pays étrangers de l'ouest et de l'est »1. Des jarres à vin syro-palestiniennes trouvées dans la chambre funéraire semblent d'ailleurs confirmer qu'il occupait des fonctions à la frontière nord-est de l'Egypte, zone militairement et économiquement importante.

 

 

Ka-Aper -Nelson Atkins

 

Relief représentant Ka-Aper et son épouse ( Nelson Atkins Museum of Arts, Kansas City).

 

 

 

Kaaper porte aussi deux autres titres assez inhabituels : « gardien (de troupeau) du bétail tacheté » et « Scribe des pâturages du bétail tacheté », ce qui montre qu'il était également employé à l'administration de pâturages sans doute localisés dans le Delta oriental.

 

 

Le mastaba de Kaaper se trouve au sommet d'une butte, à l'extrême limite sud d'Abusir, environ 500m au nord du célèbre mastaba de Ti. Adjacent à l'est se trouve le mastaba d'Ity, « contremaître des deux greniers de la Résidence ». La zone ayant été largement pillée, des fouilles systématiques furent décidées sous la responsabilité d'une équipe tchèque dirigée par Miroslav Verner. Avant même que les fouilles du mastaba de Kaaper ne commencent, 10 blocs abandonnés sur place par les pillards furent en toute hâte déplacés vers un magasin.

 

 

plan mastaba Kaaper M Verner

 

Plan du mastaba de Ka-Aper (d'après Miroslav Verner). A l'est se trouve le mastaba d'Ity.

 

 

La campagne de fouilles de 1991-1992 à Abousir sud permit de retrouver le site de ce mastaba et de plusieurs autres. Le mastaba de Ka-Aper, malheureusement sérieusement endommagé par les pillages, avait pour sa structure extérieure une longueur de 41m sur une largeur de 19m ; il devait avoir une hauteur estimée à environ 5m. Il disposait d'une petite cour et présentait à l'intérieur les aménagements caractéristiques : chapelle funéraire dans l'angle sud-est, serdab destiné à la statue du défunt et puits au fond duquel était creusée la chambre funéraire. Il ne restait que peu d'éléments en place, la plupart des reliefs ayant été endommagés ou pillés. Devant l'ancienne fausse-porte se trouvait encore une table à libations en granit rose.

 

 

mastaba Ka-Aper Detroit art

 Vue d'ensemble de la partie supérieure de la fausse porte du mastaba (Institute of Art, Detroit).

  

La partie inférieure de la tombe, composée d'un puits et d'une chambre funéraire, a dû être pillée au moins deux fois dès l'Antiquité, à la fin de l'Ancien Empire et à l'époque romaine. Parmi le peu de vestiges de cette tombe, une oreille en calcaire qui devait appartenir à ce qu'on appelle une « tête de réserve » ; ce serait la seconde tête de réserve trouvée à Abousir.

 

La partie supérieure de la fausse-porte se trouve aujourd'hui à l'Institute of Art de Detroit. Au Nelson Atkins Museum of Arts de Kansas City se trouve un fragment de relief avec Ka-Aper accompagné de son épouse. Enfin, le Metropolitan Museum de New-York possède un fragment d'une scène de pêche comme on peut en voir dans d'autres mastabas de l'Ancien Empire.

 

ka-Aper Met Mus art

 

Fragment d'un grand relief, en majeure partie disparu, représentant une scène de pêche dans la chapelle du mastaba (Metropolitan Museum of Art, New York).

 

 

Merci encore à mon ami Ghani pour cette passionnante découverte, et la rencontre avec cet autre Kaaper.

 

 

 

Notes explicatives :

 

1- Wenet, Serer, Tepa et Ida devaient être des camps militaires fortifiés avec des troupes égyptiennes situés sur la frontière nord-est de l'Egypte. Il est vraisemblable de les localiser le long de la côte nord du Sinai reliant le Delta oriental et l'Asie. «  Les Terrasses de Turquoise », ou carrières du Wadi Maghara dans le sud-ouest du Sinai, dont il est également fait mention chez Kaaper rendent cela d'autant plus plausible. (cf. Fischer 1959, 260-65 ; Fischer 1963, 50 ; Helck 1962, 16-17 ; Jones 2000, 854-55 ; Barta 2001).

 

 

Références et liens :

Voici quelques références bibliographiques et liens sur le sujet.

 

BÁRTA (M.), Borderland's Dynamics in Egypt, in I. William Zartman,  Understanding life in the borderlands: boundaries in depth and in motion, , 2010 (pp. 28-29).

FISCHER (H.G.), A scribe of the army in a Saqqara mastaba of the early fifth dynasty, dans Journal of Near Eastern Studies, v. 18, 1959.

LECLANT (J.), CLERC (G.), Abousir, dans Fouilles et travaux en Égypte et au Soudan, 1992-1993, dans Orientalia, v. 63, f. 3, 1994, p. 376-377.

VERNER (M.), The Mastaba of Kaaper, dans Zeitschrift für Ägyptische Sprache und Altertumskunde, b. 120, 1993, p. 84-105.

VERNER (M.), Abusir : realm of Osiris, (2002).

 

Je vous recommande vivement le très intéressant article de Richard LEJEUNE, sur son blog Egyptomusée.

 

Un article succint de Sébastien POLET donne des informations générales et a été le point de départ de ces quelques recherches.

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 07:44

 

Depuis le temps que le personnage me fascine, je ne connaissais toujours pas la graphie du nom de Kaaper en égyptien antique. J'ai donc fait appel à mon ami Ghani, et à ses connaissances en égyptien hiéroglyphique, pour pallier cette impardonnable lacune. Et il a fait mieux : non seulement il m'a appris à écrire ce nom en hiéroglyphes, mais il m'a permis de découvrir l'existence d'un autre Kaaper grâce à un article sur le sujet qui accompagnait sa réponse. Ce Kaaper-là, dont le mastaba se trouve dans la nécropole d'Abousir, au nord de Saqqara, est parfois confondu avec mon cher « Sheykh el-Beled » du musée du Caire. Si tous deux ont vécu à la même époque, au début de la Ve Dynastie, le Kaaper dont la statue se trouve au musée du Caire avait pour sa part son mastaba à Saqqara, fouillé par Mariette. Comme vous vous en doutez, je me suis aussitôt mis en quête d'informations au sujet de cet homonyme de la formidable statue à laquelle j'ai emprunté mon pseudonyme. Nous commencerons dans ce premier article par la graphie du nom Kaaper en égyptien hiéroglyphique. Et dans le prochain article, nous ferons connaissance avec cet autre Kaaper et son mastaba.

 


nom kaaper

 

Le nom de Kaaper en caractères hiéroglyphiques. En haut, son nom tel qu'il figure sculpté sur le fragment de fausse-porte provenant de son mastaba d'Abousir, aujourd'hui conservé à l'Institute of Art de Detroit. Ici, les signes sont à lire de droite à gauche, puisque l'inscription dont l'exemple est tiré est rédigée dans ce sens. Ce qui nous l'indique ? Le sens dans lequel le bras est dirigé : la main se trouvant vers la droite signifie que le texte doit être lu de droite à gauche ; en égyptien hiéroglyphique, l'orientation des êtres vivants ou parties d'êtres vivants indiquent le sens de lecture horizontal. Vous pourrez voir ci-dessous d'autres mises en forme du nom.

 

En-dessous, la graphie hiéroglyphique et la translittération. A l'écrit, le nom de compose du signe bilitère « k3 » ( deux bras levés, D28 selon la classification conventionnelle des hiéroglyphes égyptiens ) et du signe trilitère « apr » ( sac à tissus, Aa20 ), avec deux signes unilitères superposés servant de complément phonétique : le « a » ( bras, prononcé comme le 3ayn arabe, D36 ) et le « r » ( bouche, D21 ). Ces signes complémentaires sont une sorte d'aide, mais ils ne se prononçaient pas et ne se translittèrent pas. En transcription, cela nous donne : KA-apr.

 

 

 

nom kaaper kansas city

 

Un autre exemple de la graphie du nom de Kaaper, cette fois sur un fragment de relief provenant lui aussi du mastaba d'Abousir et représentant le scribe et son épouse ( Nelson Atkins Museum of Arts de Kansas City ). Le nom y est répété deux fois : à droite, aucun problème, les signes sont superposés de haut en bas et lisent naturellement dans cet ordre ; à gauche par contre, on remarque qu'ils se lisent de haut en bas et de droite à gauche. Etonnante souplesse de l'écriture égyptienne, qui lui a permis de s'adapter à tous les supports.

 

 

 

Gagné par le virus des hiéroglyphes, Kaaperku, le vôtre ? Lentement mais sûrement, le forum de l'Oudjat, dont nous parlions dans un précédent article et partenaire des Horizons, m'y incite en effet !

 

 

 

2 kaaper

 

Dans le prochain article, Kaaper « Sheykh el-Beled » ( à gauche ) rencontrera son homonyme d'Abousir ( à droite) ...

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 12:00

Même si beaucoup ont été victimes de pillages dès l'Antiquité, de superbes bijoux égyptiens de toutes époques nous sont parvenus et permettent d'appréhender le degré de raffinement et de maîtrise technique atteint par l'orfèvrerie égyptienne. Les plus connus de ces bijoux sont sans conteste ceux du fameux trésor de Toutankhamon, ou encore ceux découverts à Tanis. Mais c'est un pectoral du Moyen Empire que j'ai préféré choisir pour cet article. Pour les anciens Egyptiens, les bijoux n'avaient pas seulement valeur de parure, même quand ils étaient destinés à être portés par les vivants ; ils répondaient à une fonction protectrice et utilisaient un répertoire de symboles non seulement dans leur iconographie, mais aussi dans le choix des couleurs.


Pectoral portant les noms de Sesostris II , découvert dans la tombe de la princesse Sathathor1 du complexe funéraire de Sesostris III à Dahshûr, lors des fouilles de J. de Morgan en 1894 ( Moyen Empire, XIIe Dynastie, XIXe s. av. JC ; or avec incrustations de pierres semi-précieuses : cornaline, turquoise, lapis-lazuli 2 ; hauteur : 4,9 cm ; Musée Egyptien du Caire ) .



Dans les manques, on peut voir la façon dont était réalisé le cloisonné par les joailliers égyptiens.

La technique utilisée pour la réalisation de ce bijou est la forme ancienne de cloisonné 3, que les orfèvres égyptiens ont porté à un haut degré de sophistication. Sur une plaque d'or qui était ajourée pour former le motif, on soudait de minces cloisons d'or dans lesquelles venaient s'incruster des éléments colorés : pierres semi-précieuses pour les bijoux les plus luxueux, mais aussi souvent ce matériau moins coûteux qu'on qualifie de " pâte de verre ".


On retrouve le motif de l'entablement du pectoral sur nombre d'édifices, comme ici sur le portail tardif du temple d'Edfou, encore rehaussé de polychromie.

Le motif du pectoral s'insère dans un cadre en forme de sanctuaire, comme c'est très souvent le cas pour ce type de bijou : l'entablement est plus étroit que la ligne de sol, et les pans latéraux sont donc inclinés comme les pylônes des temples. La frise de l'entablement alterne le rouge de la cornaline, le bleu profond du lapis-lazuli et le bleu plus clair de la turquoise ; sur les côtés, c'est une alternance entre lapis-lazuli et turquoise, et pour la ligne de sol cornaline et turquoise séparées par de fines bandes de lapis-lazuli.



La composition, équilibrée et élégante, s'organise de façon symétrique autour des noms royaux placés au centre. On trouve ici en effet deux des noms de la titulature4 de Sesostris II : son nom de couronnement placé dans un cartouche supporte son nom d'Horus d'Or. Le nom de couronnement de Sesostris II est Khâ-kheper-rê ( " la Manifestation de Rê apparaît " ) ; et son nom d'Horus d'Or est Hotep-netjerou ( " les dieux sont en paix " ).



Les noms royaux sont flanqués de chaque côté par un faucon portant la double couronne et juché sur le signe hiéroglyphique de l'or ( nebou ). Il s'agit bien entendu d'Horus, en tant que symbole royal : le roi régnant est l'incarnation d'Horus, l'Horus vivant. Mais le nom d'Horus d'Or, que nous avons vu au centre, était également précédé d'un faucon juché sur le hiéroglyphe de l'or : deux éléments se regroupent donc dans cette représentation. Derrière chacun des faucons se dresse un autre symbole royal, un cobra dont le corps en or ciselé vient s'enrouler autour du disque solaire. A la base du cou du cobra est suspendue une croix ankh, symbole de vie éternelle.


Ce collier a été découvert à Dahshûr, dans le complexe funéraire de Sesostris III, fils et successeur de Sesostris II. Il se trouvait dans la tombe de l'une des filles de Sesostris III, la princesse Sathathor, parmi d'autres bijoux ayant miraculeusement échappé aux pillards. Par son iconographie, le pectoral semble faire référence à la fonction royale de Sesostris.


Un autre pectoral, conservé au Metropolitan Museum de New York, porte lui aussi le nom de Sesostris II et présente une composition assez similaire. Il a pour sa part été retrouvé par Flinders Petrie en 1914 dans le complexe funéraire de Sesostris II, à el-Lahûn5 et provient de la tombe de la princesse Sathathor-Iounet, quant à elle fille de Sesostris II.


Pectoral portant le cartouche de Sesostris II ( Moyen Empire, XIIe Dynastie, XIXe s. av. JC ; tombe n°8 d'el-Lâhûn ; or avec incrustations de cornaline, feldspath, grenat, turquoise et lapis-lazuli ; hauteur : 4,5 cm, largeur : 8,3 cm ; Metropolitan Museum, New York ).


Ici, pas d'encadrement en forme de façade de temple, bien que le corps des faucons en suggère l'inclinaison. On retrouve en haut au centre le nom de couronnement de Sesostris II dans son cartouche, flanqué des faucons d'Horus et des cobras enroulés autour du disque solaire et tenant la croix ankh. Mais la composition est différente : les faucons reposent directement sur la ligne de sol et sont coiffés du disque solaire autour duquel s'enroule le corps du cobra ; celui-ci se dresse contre le cartouche et les bras de la croix ankh suspendue à son cou prennent appui sur le faucon et sur la base du cartouche. Le nom de Nesout-Bity du roi est associé non pas à son nom d'Horus d'Or, mais une représentation du dieu Heh6, surnommé le " génie des millions d'années " : en effet, en tant que hiéroglyphe, la figure de ce dieu aux bras levés signifie " million ". Ce pectoral semble donc faire plutôt allusion à l'éternité du roi. Il compte plus de 300 petites pièces de pierre semi-précieuse !


On ignore comment et pourquoi ces bijoux au nom de Sesostris II se trouvaient dans les tombes de sa fille et de sa petite-fille ; on peut simplement supposer qu'il leur en avait fait don de son vivant. Le contexte dans lequel ils se trouvaient laisse à penser que ce furent vraisemblablement des bijoux destinés à être portés, et non des créations funéraires, bien qu'on ne puisse en être certain.


Le dieu Heh du pectoral du Metropolitan Museum, avec ses palmes courbées pour simuler la voûte céleste et, pendu à son bras, le tétard.

Notes :

1- Deux princesses de cette famille portent le même nom, ce qui entraîne parfois des erreurs : Sathathor est la fille de Sesostris III et sa tombe se trouve dans le complexe funéraire de son père à Dahshûr ; Sathathor-Iounet est la fille de Sesostris II et sa tombe se trouve dans le complexe funéraire de son père à el-Lâhûn. La confusion est renforcée par le fait que les tombes des deux princesses ont livré des bijoux
2- La cornaline était extraite par les Egyptiens dans le désert Arabique et la turquoise dans le Sinaï ; par contre, le lapis-lazuli était importé depuis l'actuel Afghanistan.
3- La technique du cloisonné est née en Orient dès la haute Antiquité et s'est répandue dans de nombreuses civilisations, l'émail remplaçant assez rapidement les coûteuses pierres semi-précieuses. On la retrouve aussi bien chez les peuples nomades d'Europe et d'Asie centrales, que dans l'art byzantin ou médiéval d'Occident, et bien entendu en Chine où elle a été portée à un haut degré de raffinement. 
4- Voir à ce sujet l'
article consacré dans les Horizons à la titulature des rois égyptiens. Sesostris / Senousert est son nom de naissance, selon l'usage que nous avons de désigner les souverains égyptiens par leur nom de naissance.
5- Dans le Fayyûm, où Sesostris II avait lancé de grands travaux de mise en valeur et d'irrigation et qu'il choisit pour y établir sa pyramide.
6- Heh est l'un des dieux de l'Ogdoade hermopolitaine, symbole d'espace infini et d'éternité ; les palmes qu'il tient font référence aux millions d'années, formule utilisée par les Egyptiens pour signifier l'éternité, et le tétard renvoie à son rôle au sein de l'Ogdoade. Vous pourrez trouver une explication plus détaillée de ce second pectoral dans un
article du blog " Famous Pharaohs " ( en anglais ). 

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 08:00

Nos horizons de l'Egypte antique rejoignent avec cet article ceux qui nous font parcourir la musique. Comme l'ont fait remarquer de nombreux auteurs, la musique a toujours tenu une grande place en Egypte, à toutes les époques.


Vue latérale d'ensemble du temple d'Hathor à Philae depuis le Kiosque de Trajan.


Le petit temple d'Hathor du complexe de Philae se trouve à l'est du grand temple d'Isis, au niveau du 2e pylône, et au nord du kiosque de Trajan. Il a été construit par Ptolémée VI Philometor au IIe s. av. JC ; puis Ptolémée VIII Evergete et l'empereur romain Auguste y feront ajouter des reliefs. En général, le visiteur ne prête guère d'attention aux vestiges de ce modeste édifice, et pourtant il présente des éléments très intéressants.

Une remarque rapide pour expliquer en partie la présence ici de ce sanctuaire. Il ne faut pas s'étonner de voir cohabiter dans ce complexe les deux déesses : Hathor et Isis finiront même, en vertu de la tendance syncrétiste de la religion égyptienne, par prendre le même aspect iconographique - à tel point qu'il faut parfois se référer au contexte ou aux inscriptions pour savoir de laquelle des deux il s'agit. Tout comme on trouve à Philae, principal lieu de culte d'Isis, un petit temple d'Hathor, on trouve à Denderah, principal lieu de culte d'Hathor, un petit temple d'Isis.



 


Mais ce qui retiendra aujourd'hui notre attention dans ce petit sanctuaire, ce seront les représentations de musiciens et d'instruments de musique. Ils se trouvent sur les colonnes engagées situées dans la partie ouest du temple, à l'intérieur. Bien que d'époque tardive, ce sont encore ceux que l'on rencontre aux époques plus anciennes et, comme nous aurons bientôt l'occasion de le voir lorsque nous parlerons des instruments de musique égyptiens modernes, certains sont les ancêtres d'instruments encore utilisés de nos jours en Egypte. Parmi ses attributions, Hathor est la déesse de la musique et de la danse ; il est donc naturel qu'on trouve de telles représentations dans un sanctuaire qui lui est dédié.

 


Babouin jouant d'un instrument à cordes à long manche, ancêtre du 3ood et donc du luth. On a retrouvé des exemplaires antiques de ce type d'instrument, comme un splendide luth de la XVIIIe Dynastie conservé au Musée Egyptien du Caire très ressemblant à celui-ci, ou encore un autre se trouvant au Louvre à Paris. Le babouin est un animal associé traditionnellement  au dieu Thot ; selon une légende, Thot aurait enivré Hathor, qui s'était retirée en Nubie, pour l'amener auprès de Rê et un cortège joyeux se serait ainsi mis en route. C'est sans doute à cet épisode que le choix du babouin fait allusion. L'instrument à cordes pincées fait beaucoup penser au tambûr arabo-persan, peut-être d'origine mésopotamienne, qui s'est de là répandu sous des variantes diverses des Balkans jusqu'à l'Inde et la Chine.



Sur un autre fût de colonne, c'est le dieu Bès dansant et jouant de la harpe ; vous remarquerez qu'il s'agit d'une harpe rudimentaire et que le dieu tient en même temps, au-dessus, la massue qui fait partie de ses attributs à cette époque. Bès est étroitement associé à Hathor, avec laquelle il a des attributions communes liées à la fécondité et la protection des naissances ( d'où leur présence dans les mammisi ), mais aussi comme ici en tant que dieu de la musique et de la danse. Selon une tradition, Bès aurait également fait partie du joyeux cortège d'Hathor rejoignant Rê après l'intervention de Thot.



Sur une autre colonne, nous retrouvons Bès jouant du tambourin, instrument dont plusieurs exemplaires antiques sont également conservés dans divers musées. Hathor elle-même est représentée jouant du tambourin à l'intérieur du temple d'Isis de Philae. Il existe également des statuettes de Bès au tambourin. Fait inhabituel dans son iconographie, le dieu est ici représenté de profil, alors qu'en principe il est toujours figuré de face. Ce tambourin est l'ancêtre du târ et du reqq.



Ici, un prêtre jouant de la flûte double. Cet instrument, dont existent également des exemplaires antiques, était courant dans les civilisations antiques orientales et méditerranéennes (on en voit représentés chez les Grecs, les Etrusques ou les Romains). En Egypte même, il existe encore deux instruments de ce type, la zommârah et l'arghûl.


Enfin, un prêtre jouant de la lyre, d'un grand format. Ce type d'instrument a été introduit d'Asie sous le Moyen Empire, mais s'est surtout généralisé sous le Nouvel Empire. Malgré l'endommagement du relief au niveau de la caisse, on distingue bien qu'il s'agit d'une grande lyre à 18 cordes, qui se jouait debout, et non d'une harpe comme on peut le lire parfois.


Il est troublant de voir déjà réunis, dès l'Antiquité, des instruments qui forment aujourd'hui encore la base incontournable des ensembles de musique traditionnelle égyptienne : un à deux instruments à cordes ( le qânoon ayant remplacé la harpe ou la lyre ), un instrument à vent et des percussions ( le tambourin, de dimensions variables, étant plus fréquent dans la musique "savante" que la darabokkeh )... 

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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 08:00

La religion égyptienne antique est extrêmement complexe et déroutante, et de ce fait pas toujours évidente à comprendre. Comme la plupart des religions dites " polythéistes ", elle a une tendance au syncrétisme, c'est-à-dire à réunir plusieurs divinités en une seule, ou réunir plusieurs divinités en une divinité aux aspects multiples ; d'autre part, là encore comme d'autres religions " polythéistes ", elle comporte en réalité, dans les croyances des lettrés et initiés, une sorte de monothéisme de fond, puisque les divinités ne sont conçues que comme les divers aspects d'une réalité inaccessible à l'esprit humain qu'on pourrait qualifier de " Divin ". Tout au long de l'histoire égyptienne, les divinités se sont réunies et combinées, et ce jusqu'à l'époque tardive. Certaines divinités anciennes ont ainsi parfois été totalement assimilées pour ne devenir que l'un des aspects d'une autre divinité prédominante.

A l'époque tardive, loin de connaître un déclin, la religion égyptienne connaît une effervescence au contact des religions étrangères et, selon sa vieille habitude, c'est par le syncrétisme qu'elle évolue dans la continuité. Un bon exemple en est fourni par le type de statuettes que j'ai choisi de vous montrer aujourd'hui et que l'on qualifie de " panthées ", c'est-à-dire réunissant en une seule figure les aspects de différentes divinités. Elles présentent l'avantage de réunir en une seule figure les attributs et pouvoirs protecteurs de plusieurs divinités. Au premier abord, la complexité des éléments rassemblés dans ces statuettes en font des représentations curieuses et surprenantes, qu'on a du mal d'emblée à identifier. L'exemple que nous retiendrons est celui d'Amon-Rê panthée, mais il existe d'autres divinités qui ont fait l'objet de telles représentations à l'époque tardive.

Amon-Rê panthée ( statuette de bronze, haut. 45 cm, Epoque tardive, fouilles de J. E. Quibell à Saqqarah en 1912, Musée Egyptien, Le Caire ).

D'emblée, si on ne considère que les éléments de base de cette statuette, on reconnaît le dieu Amon-Rê, avec sa couronne caractéristique formée de deux hautes plumes sur les cornes de bélier, les cobras et le disque solaire. Mais un certain nombre d'éléments sont déroutants et inhabituels, comme la seconde paire de bras ouverte et ailée, ou des détails placés sur le corps nu du dieu.


De nombreux détails font référence à diverses autres divinités sur la statuette quand on l'examine de plus près. Les bras aux ailes déployées sont en principe caractéristiques de la déesse Isis dans son rôle de magicienne et de protectrice ; Isis et sa soeur Nephtys déploient ainsi souvent leurs ailes en contexte funéraire pour protéger le défunt. On pense également aux ailes déployées de la déesse vautour Nekhbet, également dans un rôle protecteur.


Sur les bras ailés, on voit à l'avant posées la tête de babouin du dieu Thot, sur le bras droit, et celle de vache de la déesse Hathor, sur le bras gauche. A l'arrière, ce sont la tête de vautour de la déesse Nekhbet sur le bras droit et celle de lionne de la déesse Sekhmet sur le gauche. Sur la poitrine du dieu se trouve le scarabée du dieu Khepri, ce qui rappelle les coutumes funéraires : une amulette de scarabée était placée sur la poitrine de la momie.


Sur le ventre, au-dessus des parties génitales, et sur les deux genoux sont placées des têtes de lionnes, attribut de la déesse Sekhmet.


On retrouve sur la face arrière de la statuette d'autres détails qui suivent le même schéma syncrétiste.

A l'arrière de la tête se trouve le bélier d'Amon aux cornes recourbées, coiffé du disque solaire et du cobra. A la base des plumes de la couronne, au centre des cornes horizontales, prend place une tête du dieu Bès, là encore une divinité protectrice, associée aux naissances royales dans les mammisi des temples. Au-dessus, un cobra coiffé de la couronne atef, attribut d'Osiris à l'origine, surmontée du disque solaire.


Enfin, dans le dos du dieu se trouve un faucon aux ailes déployées, Horus lui aussi fréquent dans un rôle protecteur en contexte funéraire royal ; ses pattes enserrent la taille du dieu.

On le voit, ce type de statuette a une fonction apotropaïque, réunissant les pouvoirs de différentes divinités dans un rôle protecteur pour éloigner les influences néfastes. Les allusions aux pratiques magiques des rites funéraires y sont particulièrement évidentes, faisant penser aux nombreuses amulettes placées sur le corps du défunt au cours de l'embaumement.


Voici un autre exemple de statuette d'Amon-Rê panthée ( bronze, haut. 23,2 cm , Epoque tardive, provenance inconnue, Musée Egyptien, Le Caire ). Ici, le dieu est identifié par l'inscription en caractères démotiques qui figure sur le socle. S'il a bien la tête de bélier du dieu Amon, son corps adopte la posture caractéristique du dieu Bès.


Ici le dieu Amon à tête de bélier est coiffé de la couronne atef surmontée du disque solaire. Traditionnellement, c'était plutôt le dieu bélier Khnoum qui portait la couronne atef, ce qui montre sans doute un rapprochement entre les deux divinités. De chaque côté des pieds du dieu, sur le socle, se trouvent deux crocodiles, attributs du dieu Sobek qui est lui aussi un dieu protecteur. Sur les genoux, on retrouve les deux têtes de lionnes ( Sekhmet ) observées sur la statuette précédente.

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 10:44

Je me rends compte que depuis le début de notre promenade dans les Horizons, nous n'avons encore jamais parlé du dieu Aton dont le nom figure pourtant dans le titre. Il est vrai aussi que nous avons très peu abordé les questions concernant la religion égyptienne antique. Le destin de ce concept religieux qu'est Aton est très intéressant, bien que tous les spécialistes ne soient pas encore unanimes sur l'interprétation qu'il faut en donner, en particulier pour l'époque amarnienne.


Le nom hiéroglyphique d'Aton, Iten (itn en translittération).


Cette notion religieuse est d'origine très ancienne, puisque Aton est mentionné dès les Textes des Pyramides, à la fin de l'Ancien Empire, comme principe visible du dieu Atoum-Rê. Mais ce n'est que bien plus tardivement qu'il deviendra une divinité solaire à part entière. A l'origine, c'est un des aspects du soleil : il est le disque solaire, c'est-à-dire le soleil sous son apparence visible. Il ne fait pas l'objet d'un culte particulier et est conçu comme le corps de Rê.



Le Disque solaire Aton portant l'uraeus auquel est suspendue une croix ankh, selon l'iconographie amarnienne (détail d'une célèbre dalle en calcaire peint trouvée dans les tombes royales lors des fouilles de 1891 à Amarna, époque d'Amenhotep IV-Akhenaton, Musée Egyptien du Caire).


Aton, contrairement aux autres divinités ou principes divins, ne dispose à l'origine d'aucune représentation réellement cultuelle. Il était parfois représenté sous la forme d'un homme à tête de faucon, proche de Rê-Horakhty. Ce n'est que sous Amenhotep IV - Akhenaton que sera imposée la forme du disque solaire portant l'uraeus à croix ankh, avec des rayons munis de mains tendant le symbole de vie ankh au roi et à la reine. La symbolique de cette forme d'Aton est rendue claire par les fameux Hymnes : les rayons solaires embrassent le monde entier et dispensent la vie. L'uraeus, symbole royal, rappelle que le roi est l'intermédiaire entre le dieu et les hommes, mais aussi que c'est d'Aton qu'émane la royauté.


C'est progressivement qu'Aton devient dieu à part entière. A l'époque de Thoutmosis IV émerge à Héliopolis l'idée que l'apparence visible du Soleil, le Disque Aton, constitue l'essence même du divin. Son successeur Amenhotep III développe la théologie atonienne et commence à lui donner une certaine importance.




Stèle représentant Aton et la famille royale (calcaire peint, trouvée à Amarna lors des fouilles de Borchardt en 1912, règne d'Amenhotep IV-Akhenaton, Musée Egyptien du Caire).


Mais c'est le fils et successeur d' Amenhotep III, Amenhotep IV-Akhenaton, qui va procéder à une véritable révolution religieuse en en faisant la divinité suprême au détriment des autres dieux, en particulier d'Amon.



La question de ce qu'on qualifie souvent d' « hérésie amarnienne » est complexe et fait encore l'objet de débats passionnés.  S'agit-il d'un monothéisme véritable qui rompt totalement avec le polythéisme égyptien ? Il semblerait plus exact d'y voir ce qu'on appelle un hénothéisme, c'est-à-dire une forme de polythéisme où l'une des divinités est nettement prédominante sur les autres, sans pour autant les exclure totalement ; en effet, tous les autres cultes n'ont pas été abandonnés à l'époque amarnienne et la religion égyptienne avait depuis longtemps une tendance au syncrétisme. Quelle est la dimension politique ? La puissance acquise par le clergé d'Amon semble avoir eu dans cette affaire un rôle non négligeable. Certains y voient l'origine de la notion de monothéisme ; quelques-uns y placent ainsi la question de l'origine du judaïsme, ou de l'influence entre l'Egypte antique et le judaïsme, et vice-versa. Enfin, faut-il voir dans Akhenaton un visionnaire, un idéaliste ou un fanatique religieux ?




Uraeus de bronze portant les cartouches contenant le nom d'Aton, dont vous trouverez la signification et le détail dans l'article indiqué en lien (bronze avec des incrustations dorées, fouilles de Ayrton dans la Vallée des Rois en 1907, KV55, Musée Egyptien du Caire).


Dans de prochains articles, nous profiterons de l'occasion pour évoquer les divinités solaires de la religion égyptienne antique, ainsi que l'intéressante question de sa nature polythéiste.




Liens :

- parmi les nombreux documents traitant du sujet sur le net, un chapitre très intéressant et complet est consacré à Aton et à la période amarnienne sur Osirisnet.

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