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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 19:32

La signification de la palette :

 

Traditionnellement, on a vu dans cette palette l'expression de l'unification de la Haute- et de la Basse-Egypte par Narmer. Mais cette interprétation a été remise en question par un certain nombre de chercheurs, et il pourrait tout aussi bien ne s'agir que de l'une des victoires de Narmer, roi de Nekhen, sur ses adversaires de la région du Delta.

 

 

 

 

 

Par contre ce qui ne fait aucun doute, c'est que son intérêt dans l'histoire de l'iconographie égyptienne est capital : dès cette époque reculée, on voit se former et se fixer des thèmes et des formes qui subsisteront tout au long de l'art égyptien. On peut dire que c'est alors que se forme l'iconographie royale. Le thème du roi tenant l'ennemi vaincu par les cheveux et s'apprêtant à le frapper à mort, par exemple, subsistera jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne. De même que le canon de la représentation du corps dans les peintures et les reliefs.

 

 

 

 

 

Ramses II et les vaincus dans le temple principal d'Abou Simbel...

 

 

 

... ou encore Ptolémée sur le pylône du temple d'Edfou : malgré les évolutions stylistiques, on reconnaît bien le thème mis en place dès l'époque de Narmer. 

 

 


Les influences mésopotamiennes :

 

 

 

Fragment de stèle représentant une chasse au lion (diorite, période d'Uruk tardive, Uruk, v. 3300-3000 av. JC, Musée d'Iraq, Baghdad). 

 

 

 

 

Empreinte d'un sceau de la période de Jemdet Nasr, sur laquelle on peut reconnaître les rosettes et des similarités dans le traitement du personnage (vers 3200-3000 av. JC).

 

  

 

Des parentés apparaissent assez nettement, dans le style et l'iconographie, avec des productions mésopotamiennes contemporaines. Les relations entre l'Egypte et les civilisations mésopotamiennes sont attestées depuis les périodes les plus anciennes. Les parentés les plus évidentes sont celles avec les oeuvres de la période d'Uruk1, en particulier celles de Jemdet Nasr2. On y retrouve notamment les conventions dans la représentation du corps humain, avec la tête et la partie inférieure du corps de profil alors que le buste est figuré de face ; d'autres éléments, comme la rosette ou encore les léonidés à cou serpentiforme3, sont typiquement mésopotamiens. Enfin, des éléments stylistiques sont communs, dans le traitement des taureaux ou encore des visages. Ces échanges culturels et influences réciproques seront permanents entre l'Egypte et ses voisins d'Orient tout au long de son histoire.

 

 

 

 

Le motif des léonidés affrontés au cou serpentiforme sur un sceau de la période de Jemdet Nasr (à gauche, musée du Louvre) et sur la palette de Narmer ( à droite). 

  

 

Parallèlement, on peut dire que l'iconographie de la palette se rattache également à un fonds commun des civilisations les plus anciennes d'Orient et d'Afrique. Le taureau, par exemple, se retrouve dans nombre de civilisations de cette période et même antérieures, ainsi que l'assimilation entre le chef ou roi et l'animal.  



La palette dans son contexte :

 

 

 

La Palette de Narmer n'est que la plus célèbre d'un grand ensemble de palettes votives d'époque pré-dynastique, qui s'étendent sur toute la période de Naqada. Vous en trouverez un corpus sur le site de Francesco Raffaele indiqué dans les liens ci-dessous.  On peut citer ainsi parmi les plus proches de celle-ci :


 

La palette " libyenne " du Musée Egyptien du Caire (en réalité un fragment de palette) ...

 

  

 

 

 

... la " palette du taureau " du musée du Louvre ...

 

 

 

 

 

... ou encore la " petite palette d'Hierakonpolis " ou " des deux chiens " de l'Ashmolean Museum d'Oxford.

 


 

 

 

A travers cet exemple de la Palette de Narmer, nous avons vu combien une oeuvre, dans ses détails même les plus infimes, fourmille d'informations qui permettent de faire revivre toute une page d'histoire et de civilisation. Il est donc important de disposer de quelques clefs pour pouvoir les décrypter et pour que la rencontre soit d'autant plus passionnante.

 

 


 


 

Notes :

1- Uruk : ville de Mésopotamie méridionale , aujourd'hui Warka, dans le sud de l'Iraq, qui a donné son nom à une période, la période d'Uruk (env. 3800-3100 ou 2900 av. JC.).
2- Jemdet Nasr : site archéologique de l'Age du Bronze situé en Iraq, dans le governorat de Babil, qui a donné son nom à une période des cultures mésopotamiennes méridionales, dites " sumériennes ", vers 3100-2900 av. JC. ; on qualifie aussi parfois cette période d'Uruk III.
3- Qualifié de " serpopard " chez les auteurs anglo-saxons.



Liens :

 

Une oeuvre majeure comme la Palette de Narmer renvoie à de nombreux documents et sites qui lui ont été consacrés. Voici donc une sélection de ceux qui m'ont semblé les plus intéressants ; mais dans chacun vous trouverez des liens et des orientations bibliographiques. La plupart, comme souvent, sont en langue anglaise.

- un article en plusieurs pages dans Ancient Egypt est consacré à cette palette, avec de nombreuses références et des liens (anglais).

- également un très intéressant
article en 3 pages sur Egyptvoyager (anglais).

- pour la palette dans son contexte, sur le site passionnant de Francesco Raffaele consacré à l'Egypte de la fin de la période prédynastique et des premières dynasties (  " Late Predynastic and Early Dynastic Egypt " , lien direct vers la page d'accueil du site indiqué dans la Bibliothèque virtuelle de Beyt Kaaper), un corpus très bien conçu des
palettes prédynastiques, avec de nombreuses références (anglais).

-
Hierakonpolis Online est un site consacré à Nekhen-Hierakonpolis, dans lequel vous trouverez également de nombreuses informations sur le contexte (anglais).

- enfin, un
article intéressant également sur les influences mésopotamiennes en Egypte  (anglais).

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 19:24

La face arrière, ou verso :





Alors que le recto de la palette était divisé en trois registres, le verso n'en comporte que deux :

- un grand registre principal, qui occupe les deux tiers de la surface
- un registre inférieur réduit occupant la partie basse de la palette




1°) Le registre principal :








Il s'organise tout entier autour de la figure du roi, qui est placée au centre et occupe toute la hauteur. L'ensemble est beaucoup plus statique, hiératique, que sur l'autre face. Toutes les autres figures ont le regard tourné vers le roi.




Narmer
est représenté coiffé de la couronne blanche de Haute-Egypte ( hedjet ), saisissant par les cheveux l'ennemi vaincu agenouillé à ses pieds et le bras droit levé tenant la massue s'apprêtant à le frapper. De sa ceinture ouvragée pendent sur son pagne court arrivant à mi-cuisse des ornements géométriques, et à l'arrière la queue de taureau symbolisant sa puissance. Cette représentation du roi victorieux s'apprêtant à frapper à mort les vaincus est le prototype d'un modèle qui subsistera tout au long de l'histoire égyptienne.





Le vaincu est dénudé, vêtu seulement d'un cache-sexe ; le bandeau qui orne sa chevelure laisse à penser qu'il s'agit du souverain ou chef  vaincu. Il est agenouillé le corps vers l'avant, mais la tête tournée vers le vainqueur, les bras ouverts en signe de soumission. A sa droite, une inscription mentionne le nom de Wash (le harpon « wa » et le bassin « sh » ), sans que l'on sache avec certitude s'il s'agit de son nom ou de celui de la cité ou du peuple soumis.




Au-dessus du captif se trouve une représentation symbolique complexe qui donne le sens de cette scène. Eléments naturels et anthropomorphisme s'y mêlent. Le faucon Horus, à la fois divinité tutélaire de Nekhen et dieu monarchique, est posé sur une bande de terre à tête humaine de laquelle émergent six branches de papyrus ; alors que toutes les figures humaines sont orientées vers la droite, Horus est tourné vers la gauche. C'est par un bras que l'oiseau divin tient une corde qui entrave la tête émergeant de la bande de terre. La bande de terre plantée de papyrus et dotée d'une tête humaine symbolise la terre du Delta dont est originaire l'ennemi vaincu. Il y a donc une double interprétation : le roi, incarnation d'Horus, est victorieux de ses ennemis du Delta ; et il offre sa victoire à Horus en se préparant à mettre à mort le chef vaincu.







Derrière le roi, on retrouve le petit personnage porteur des sandales royales déjà rencontré sur l'autre face de la palette, surmonté du même signe. Le fait que le roi soit représenté pieds nus, un membre de sa suite tenant ses sandales, pourrait faire référence à la très ancienne tradition orientale de se présenter déchaussé devant les divinités, dans les lieux de culte.







2°) Le registre inférieur
:
 




Sous la scène principale, séparé par une ligne de sol, le registre inférieur présente deux ennemis nus terrassés, allongés à terre ou flottant sur les eaux, le regard levé vers le roi. Chacun est surmonté d'un signe, celui de gauche du signe représentant une enceinte fortifiée et celui de droite un noeud, ou un papyrus à la tige fendue ; il pourrait s'agir des noms des lieux conquis, mais ces signes ne peuvent être interprétés avec certitude.




Maintenant que nous avons décrypté les représentations figurant sur la palette de Narmer, nous verrons dans de prochains articles sa signification, tant du point de vue historique que de celui de la formation de l'iconographie égyptienne.

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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 22:08

Située en rive droite du Nil à environ 43km au nord de Thèbes, cette localité s'appelait pour les Egyptiens de l'Antiquité Gebtyu ; les Grecs la nommèrent Coptos, nom sous lequel elle demeure couramment connue, les Romains et Byzantins Justinianopolis, et son nom arabe est QifT 1. Coptos, dont les origines sont très anciennes 2, était la capitale du Ve nome de Haute-Egypte. Le site est souvent méconnu du grand public, car il est délaissé des circuits touristiques ; il est vrai que ses monuments sont très ruinés.




Carte montrant la localisation de Coptos, ainsi que les deux principales pistes caravanières vers la Mer Rouge qui ont fait sa prospérité.
 

Situé entre Thèbes et Denderah ( auj. gouvernorat de Qena ), ce port fluvial bénéficiait d'une situation géographique privilégiée, avecf un riche terroir donnant à la fois accès aux mines du désert arabique et à la Mer Rouge par le Wadi Hammamat ; cela assura la prospérité de la ville, mais conféra aussi au dieu Min le rôle de protecteur des caravanes du désert oriental, puis du désert lui-même. La ville était le point de départ de deux importantes pistes caravanières vers la Mer Rouge, l'une en direction du port de Tââou ( en grec Myos Hormos 3) et l'autre en direction du port de de Shashirît ( en grec Berenikè 4), et elle contrôlait donc le commerce entre la Mer Rouge et la vallée du Nil. Aux époques ptolémaïque, romaine puis byzantine, cette importance commerciale perdura et elle était un point de passage important des marchandises venant de la péninsule Arabique et même de l'Inde.

 

Coptos connut une importance politique particulière sous la XIe Dynastie, avant d'être définitivement supplantée par Thèbes. La ville connut une nouvelle grande période de prospérité sous la dynastie romaine des Antonins. Au IIIe s. , elle se révolta et fut prise en 292 par l'empereur Dioclétien, qui la détruisit presque entièrement. Cela ne l'empêcha pas de se relever de ses ruines et de connaître une nouvelle ère de prospérité dans l'Antiquité tardive. A l'époque musulmane, Qift resta une ville importante de Haute-Egypte. En 1176, une révolte chrétienne fut sévèrement réprimée par el-3Adil 5, le frère de Salah ed-Dîn, qui fit exécuter plus de 3000 coptes. A partir de ce moment, l'importance de la ville décline au profit de Qus. La communauté chrétienne de Qift resta très importante durant la période médiévale, avec un certain nombre de monastères. La ville sera ravagée par les Ottomans au XVIe s.


 


Le dieu Min, dieu de la Fertilité et protecteur du désert oriental et des caravanes. 


On y vénérait plus particulièrement le dieu Min, qui y formait une triade avec Isis 6 et Horus. Mais on y trouvait aussi un temple de Geb. Selon une tradition rapportée par Plutarque, c'est à Coptos qu'Isis aurait appris la mort d'Osiris 7.

 

Les fouilles ont révélé à Coptos les vestiges de trois groupes de sanctuaires compris entre la XIIe Dynastie et l'époque gréco-romaine. Les premières fouilles importantes y furent menées par Flinders Petrie en 1893-1894. Un grand projet archéologique a été opéré sur le site par une équipe française de 2000 à 2004, avec en particulier la réalisation de la première cartographie complète du site.





Le roi Sesostris I célébrant le rituel de la fête Sed devant Min, sur un relief provenant de Coptos conservé au Flinders Petrie Museum de Londres. Min était associé à cette fête jubilaire afin qu'il confère au roi son pouvoir régénérateur.

 

 


Le temple nord de Min et Isis a été construit à l'époque ptolémaïque par Ptolémée II Philadelphe, puis agrandi par Ptolémée IV Philopator ; d'autres adjonctions furent réalisées à l'époque romaine, sous Caligula et Néron. Il avait été édifié sur le site d'un sanctuaire plus ancien remontant à Mentuhotep IV, Amenemhat I et Sesostris I,  modifié par Thoutmosis III. A proximité se trouve une chapelle d'Osiris datant du règne d'Amasis II.

 




Un fragment de relief provenant de Coptos et conservé au musée des Beaux-Arts de Lyon sur lequel on reconnaît la cartouche avec le nom de couronnement (Nesout Bity) de Sésostris I : Kheperkarê. Dans le détail à gauche, sous l'abeille et le jonc indiquant le titre de couronnement : kheper [le scarabée] + ka [les deux bras levés] + Rê [le disque solaire].


 

Le temple central actuel date lui aussi du règne de Ptolémée II, en réemployant des éléments antérieurs de l'époque de Sesostris I. On y trouve une porte remontant à Thoutmosis III, ainsi que des constructions réalisées sous Osorkon II. A l'époque romaine, des travaux furent réalisés par Caligula, Claude et Trajan.

 

Le temple sud présente en particulier les portes de Nectanebo II.





Fragment de relief provenant de la chapelle de Cleopatre VII à Coptos, conservé au musée des Beaux-Arts de Lyon, représentant le jeune roi Ptolémée XV, ou Césarion, fils de la reine et de César.
 

Une chapelle construite par Cleopatre VII et son fils Ptolémée XV a été découverte et remontée.

 

Sur le site de Coptos furent également retrouvées des stèles connues sous le nom de « Décrets de Coptos » ; il s'agit de retranscriptions de décrets royaux des VIe et VIIe Dynasties concernant le temple et ses desservants. Le site a livré de nombreuses stèles, dont une célèbre dédicace offerte par les marchands palmyréniens.

 

Non loin, au nord-est, à El-Qala'a, se trouvent les ruines d'un temple de l'empereur romain Claude dédié à la triade Min - Isis - Horus.




 

Notes :

1- Ou QufT, en arabe قفط .
2- Le site était déjà occupé à l'époque pré-dynastique.
3- Aujourd'hui el-QoSeyr el-Qadeem, en arabe القصير القديم .
4- Aujourd'hui Baranees, en arabe برنيس .
5- El-3Âdil Seyf ed-Deen Aboo Bakr ibn Ayyoob, frère du sultan SalaH ed-Deen pour lequel il gouvernait alors l'Egypte. Il deviendra lui-même sultan ayyoubide d'Egypte et de Syrie sous le nom d'el-3Adil I.
6- La parèdre d'origine de Min était Khentet-Iabet ( " Celle qui préside à l'Orient " ), divinité personnifiant la région orientale, mais elle fut rapidement assimilée par Isis.
7-  Une tradition veut d'ailleurs que l'une des parties du corps dispersé d'Osiris se soit trouvée à Coptos.


Liens
:

On trouve de nombreux liens concernant Coptos et les vestiges qui y furent trouvés. Voici deux liens en français particulièrement intéressants et illustrés :

- un
article de l'IFAO.
- un
article de la Mission Française pour Coptos pour la saison 2002-2004. 

Egalement à consulter, le site du Flinders Petrie Museum, avec une section sur Coptos comprenant de nombreuses photographies des vestiges trouvés lors de fouilles du XIXe s. 

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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 07:36

La face principale ou recto :




Elle se divise donc en 3 registres d'importance inégale :
- le registre supérieur, qui montre le roi triomphant de ses ennemis
- le registre médian, le plus développé, avec deux animaux fantastiques
- le registre inférieur, avec le roi combattant sous la forme du taureau


1°) Le registre supérieur :




Dans le registre supérieur, nous assistons à une procession durant laquelle le roi célèbre son triomphe sur les ennemis. La scène, qui occupe toute la largeur de la palette, se lit de gauche à droite.

 

 


Le roi, plus grand que les autres personnages, est coiffé de la couronne rouge de Basse-Egypte ( desheret ) et porte des attributs qui resteront caractéristiques des représentations royales : la barbe droite, le flagellum ( nekhekh ) et la queue de taureau attachée à l'arrière de son pagne. Dans sa main gauche, il tient une massue piriforme ( hd ) qui rappelle le contexte guerrier de la scène. Devant lui, on retrouve son nom en caractères hiéroglyphiques déjà rencontré dans le serekh. Il est accompagné de deux personnages de sa cour.






Derrière lui, son porteur de sandales, rang qui était important dans l'entourage des souverains à ces époques anciennes ; si le roi avance pieds nus, c'est sans doute qu'il se rend vers le temple de la divinité tutélaire de sa capitale, Horus. Dans son autre main, le personnage tient un récipient, qui servait peut-être aux libations, ou encore à laver les pieds du roi. Au-dessus de lui, une rosette à 6 pétales.











Précédant le roi, un autre personnage que l'inscription placée devant lui qualifie de " tjet " ; il s'agit plus vraisemblablement de son titre que de son nom. Tous les auteurs ne s'accordent pas sur l'identité de ce personnage : s'agit-il d'un officier, d'un prêtre ? Il semble être vêtu d'un peau animale qui pourrait faire penser à la peau de félin portée plus tard par les prêtres. A remarquer également sa coiffure tressée tripartite.









Viennent ensuite quatre porte-enseignes, avec de gauche à droite :  une enseigne identifiée comme le placenta royal, une enseigne avec le chacal, Oupouaout, et deux enseignes à l'effigie du faucon Horus. Le placenta est une enseigne ancienne qui renvoie au symbolisme lunaire et à la notion de gestation et de régénération. Oupouaout est l'un des l'une des enseignes les plus anciennes associées à la royauté ; il semble qu'il fasse référence à un symbolisme pré- et protohistorique l'associant à la notion de chef, puis de pouvoir royal.






Enfin se trouvent 10 corps d'ennemis vaincus, couchés et ligotés, décapités et la tête placée entre leurs jambes. La mutilation des vaincus est l'un des traits qui perdurera également dans l'iconographie des victoires royales, attestant sans doute de coutumes guerrières très anciennes qui se retrouvent chez d'autres peuples d'Orient. Ils sont soigneusement placés les uns contre les autres ; certains ont les pieds rentrés vers l'intérieur, enserrant leur tête coupée. Au-dessus, on voit un faucon derrière une porte, ainsi qu'une barque surmontée d'un faucon perché sur ce qui évoque un harpon.





2°) Le registre médian :




Le registre le plus important de cette face de la palette comporte en son centre le creux circulaire destiné à recevoir le fard ; il est délimité par les longs cous entrelacés de deux figures animales fantastiques, félins à cou serpentiforme qu'on apparente aux chimères mésopotamiennes. Chacune de ces chimères est bridée au cou par une corde tenue par un petit personnage, qui semble tirer pour éloigner les têtes des deux animaux. On voit en général dans cette représentation une image symbolique de l'unification des deux parties de l'Egypte, mais cette interprétation ne fait pas l'unanimité chez tous les spécialistes. Cette scène garde encore une part de mystère.

 

 


Les deux animaux fantastiques affrontés sont des lionnes qui semblent disposées à se combattre, comme le suggèrent les babines retroussées, d'où le fait qu'elles soient entravées par deux personnages. Le motif est particulièrement élégant, avec un jeu sur les courbes et l'entrelacement des cous auquel répond la courbe des queues. Lionnes et félins en général jouent un rôle important dans de nombreuses civilisations protohistoriques de méditerranée orientale et d'Orient.










Les personnages qui tiennent entravées les deux lionnes sont penchés en avant ; ils semblent ainsi forcer pour tenir les têtes des deux félins éloignées l'une de l'autre. Ils portent la chevelure courte, la barbe droite et un pagne rehaussé sur le devant d'un motif décoratif qui pourrait indiquer un rang particulier ou une fonction ; dans la partie basse, cet ornement porte ce qui pourrait évoquer le croissant lunaire, ou encore les cornes de bovidé.







3°) Le registre inférieur :




Le registre inférieur, plus étroit, est plus aisé à décrypter. On y voit un taureau piétinant un ennemi vaincu et détruisant la muraille d'une forteresse. Il s'agit du roi sous les traits du taureau, qui est symbole de puissance et de victoire ; cette association du roi et de la force du taureau sera constante dans la civilisation égyptienne, comme par exemple à travers la queue de taureau pendue au pagne royal. Les cornes du bovidé sont identiques à celles de la déesse figurée dans la partie supérieure, épaisses et très recourbées vers l'intérieur. L'ennemi est entièrement nu, ce qui indique qu'il est prisonnier et vaincu ; il tombe à terre en ouvrant les bras dans un geste de soumission. Sa coiffure et sa barbe évoquent l'iconographie des peuples sémitiques que les Egyptiens représentent dans leurs scènes de batailles. Le taureau pose un sabot sur le bras de l'ennemi, mais détruit aussi de ses cornes le rempart d'un forteresse au tracé circulaire et renforcée de tours ou de contreforts ; à l'intérieur des fortifications, on distingue une habitation qui indique sans doute qu'il s'agit d'une ville fortifiée.


Dans le prochain article, nous passerons à l'examen du verso de la palette.

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 09:21

La palette de Narmer fait partie des oeuvres maîtresses conservées au Musée Egyptien du Caire, de par sa qualité et son ancienneté, mais aussi pour le témoignage historique majeur qu'elle représente pour la civilisation égyptienne. Cette palette votive de schiste vert a été découverte en 1898 lors des fouilles de J. Quibell1 dans le temple d'Horus à Hierakonpolis2. La série de quatre articles qui lui sont consacrés n'a pas pour objectif de redire tout ce qui a déjà été écrit sur le sujet, et beaucoup mieux écrit que ce que je ne pourrais le faire, mais de montrer comment lire et décrypter les informations que nous fournit une oeuvre telle que celle-ci, et comment elle nous permet d'aborder des aspects de la civilisation égyptienne, son iconographie, ses liens avec d'autres civilisations.






                           Palette de Narmer
(schiste vert ; dim. : haut. 64cm, larg. 42cm ; découverte à Hiéraconpolis en 1898 ; règne de Narmer, " Dynastie 0 ", vers 3200 av. notre ère ; Musée Egyptien du Caire, rez-de-chaussée salle 43)




La Palette de Narmer est est une palette votive qui appartient à une série de palettes prédynastiques dont elle est la plus célèbre et sans doute la plus fascinante. La  face principale3 se décompose en 3 registres séparés par des lignes horizontales. La face arrière, pour sa part,  ne comporte que 2 registres, le registre principal occupant à lui seul les 3/4 de la palette. Les deux faces sont couronnées du même motif.

Les représentations illustrent le thème de la victoire du roi Narmer sur ses ennemis. On considère traditionnellement qu'il s'agit d'un document consacrant l'unification de la Haute- et Basse-Egypte ; mais certains chercheurs mettent en doute cette interprétation4.

Ce qui est fascinant et certain, en revanche, c'est que dès cette période prédynastique, on voit se mettre en place des caractéristiques qui perdureront tout au long de la longue évolution de la civilisation égyptienne5.

Egalement sensible, comme nous le verrons, l'influence mésopotamienne, qui montre que les contacts culturels existent déjà dès cette époque reculée et que l'Egypte est loin d'être repliée sur elle-même ; la civilisation égyptienne, contrairement à ce qu'on pense souvent, ne naît pas ex-nihilo, mais bien dans un contexte. Un certain nombre d'éléments, comme l'importance du bovidé, renvoient d'ailleurs à des traits communs qu'on retrouve dans de nombreuses cultures pré- et protohistoriques. 

Enfin, on trouve sur cette palette les plus anciennes inscriptions hiéroglyphiques.




 

 

Le sommet de la palette :

 

 

 Les deux faces présentent au sommet le même motif : le nom du roi dans un serekh flanqué de chaque côté d'une tête de bovidé à visage humain.

 


Au centre se trouve le nom royal dans ce qu'on appelle le serekh, cadre quadrangulaire qui constitue l'ancêtre du cartouche dans la première forme de titulature royale6 ; symboliquement, le nom figure au-dessus de la façade du palais royal. A l'intérieur, le nom du roi apparaît sous une forme phonétique, le poisson-chat correspondant au son " n3r " et le burin au son " mr ". Le nom de Narmer se retrouve sur le recto de la palette, devant la figure royale dans le registre supérieur, mais cette fois sans le serekh.



 

 




Les têtes de bovidé à visage humain font immédiatement penser aux représentations ultérieures d'Hathor ; mais cette déesse, si elle compte effectivement parmi les plus anciennes du panthéon égyptien, ne s'impose en association avec la personne royale qu'à partir de l'Ancien Empire. Il s'agit en fait plus vraisemblablement de la déesse primitive Bat7, qui sera par la suite assimilée par Hathor, d'où la ressemblance avec l'iconographie de celle-ci qui nous est familière. Cette déesse était parfois appelée " Celle aux deux visages " , ce qui, en dehors de l'aspect esthétique, pourrait expliquer la présence des deux représentations de chaque côté de la palette.  Certains y voient par ailleurs le roi assimilé au taureau, mais cette hyptohèse est moins vraisemblable, même si cette assimilation apparaît ailleurs sur la palette. Les bovins occupent une place importante dans les croyances des peuples néolithiques et protohistoriques, aussi bien en Afrique8 qu'en Mésopotamie, en Anatolie9, mais aussi dans l'Europe néolithique,  et  perdureront longtemps dans de nombreuses civilisations ; on les retrouve par exemple dans la civilisation minoenne, en Crète. En Afrique même, l'importance symbolique des bovidés subsiste chez des peuples comme les Masaï d'Afrique orientale.



Trois autres articles sont à suivre pour continuer d'explorer ce que contient cette oeuvre passionnante :
- La face principale, ou recto, de la palette
- La face arrière, ou verso
- La palette de Narmer et l'iconographie égyptienne

Liens et références seront fournis à la fin du dernier article de la série.







Notes et remarques :

1- James Edward Quibell (1867-1935), égyptologue britannique, il fut l'assistant de Petrie lors des fouilles sur un certain nombre de sites. Il pratiqua lui-même des fouilles sur le site de Nekhen.

2- Hierakonpolis est le nom grec de la ville égyptienne de Nekhen en Haute-Egypte (en arabe Kôm el-aHmar) , face à el-Kab, entre Esna et Edfou ; lieu principal de culte du faucon Horus dès les époques les plus reculées, c'est un des sites majeurs de la période prédynastique. 

3- Celle sur laquelle se trouve l'espace circulaire destiné au fard.

4- En particulier en soulignant le faciès non-égyptien des ennemis représentés, dont l'iconographie rappelle plutôt celle ultérieure des peuples sémitiques étrangers.

5- Comme nous l'évoquerons dans le dernier article de la série.

6- Le serekh apparaît dès l'époque protodynastique et sera le premier nom à apparaître dans la titulature royale jusque sous l'Ancien Empire ; les titulatures des premiers souverains se limitent au nom d'Horus contenu dans un serekh. Par la suite, le serekh subsistera pour marquer le premier des 5 noms de la titulature royale, ou nom d'Horus.

7- Bat est une très ancienne déesse céleste de la fertilité, personnification de la Voie Lactée. Son lieu de culte principal se trouvait à Sesesh, en Haute-Egypte. En tant que nourricière, elle devint la protectrice du souverain. Il fallut beaucoup de temps avant qu'Hathor, dont elle fut bientôt considérée comme l'un des aspects, ne l'assimile totalement, sous le Moyen Empire.

8- En particulier les gravures rupestres néolithiques du Sahara, comme celles de Libye ou d'Algérie.

9- Par exemple des sites néolithiques tels que Catal Höyük, en Turquie.
 

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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 07:28


La pyramide à degrés de Djoser, symbole de la nécropole de Saqqarah.



Du complexe funéraire de Djoser1 à Saqqarah, chacun a en tête les vestiges extraordinaires auxquels Jean-Philippe Lauer2 a consacré toute une vie, la célèbre pyramide à degrés en particulier. Les amateurs d'égyptologie penseront également aussitôt à la magnifique statue grandeur nature du roi, qui se trouvait dans son serdab. Mais ce serdab, justement, on ne le voit que plus rarement. D'où l'idée de cet article à partir de photos prises en 2006 à Saqqarah.




Le serdab dans le plan du complexe funéraire de Djoser à Saqqarah : 1- la pyramide à degrés ; 2- le temple funéraire nord ; 3- le serdab et sa cour.



Tout d'abord, qu'est-ce précisément qu'un " serdab " ? Le mot n'appartient pas à la langue égyptienne antique, mais vient du persan signifiant " cave " ; les anciens égyptiens l'appelaient per-twt ( " maison pour la statue " ). Dans les mastabas ou les complexes funéraires de l'Ancien Empire, on appelle serdab une petite pièce entièrement close derrière laquelle se trouve une statue représentant le Ka3 du défunt et qui communique par une étroite ouverture avec la chapelle où étaient déposées les offrandes ; très souvent, c'est une fausse porte, motif qui perdurera, qui assure cette transition entre le serdab et la chapelle funéraire. Cet aménagement disparaîtra par la suite, mais la tradition de l'image représentant le Ka du défunt survivra. Selon la croyance égyptienne, le Ka du défunt survit dans l'au-delà et continue d'observer le monde des vivants et d'en recevoir les offrandes, qui assurent sa pérénité. Le serdab est là pour le rappeler.



Il faut contourner la pyramide à degrés pour accéder au serdab qui se trouve sur sa face nord.



La façade principale du serdab de Djoser, avec les deux orifices permettant au Ka du roi de recevoir les offrandes.Aujourd'hui encore, l'effet est saisissant...




Le serdab de Djoser se trouve à l'arrière de la pyramide à degrés, au pied de celle-ci du côté nord, et était attenant au temple funéraire. Il fut découvert en 1924 par Cecil Firth (1878-1931), archéologue britannique qui a précédé Lauer sur le site de Saqqarah4. Il s'agit d'une petite construction quadrangulaire, de pierres soigneusement appareillées, qui intrigue par les deux trous circulaires percés dans sa façade avant : placés à la hauteur des yeux de la statue royale contenue dans le serdab, ils permettaient au Ka du roi défunt d'assister aux cérémonies célébrées en son honneur et de recevoir les offrandes. La statue qui se trouve aujourd'hui à l'intérieur est une copie, l'original ayant été transféré par Firth au Musée Egyptien du Caire. Mais elle a le mérite de nous donner une idée de l'installation d'origine ; une ouverture a été pratiquée sur le côté de façon à ce qu'on puisse voir la statue à l'intérieur, bien que le plus impressionnant reste de la rergarder à travers les deux trous qui sont en façade ses yeux sur l'extérieur. Un texte trouvé dans le serdab attribuait à Imhotep la conception de la pyramide à degrés.




La statue du Ka de Djoser dans son serdab, vue à travers l'un des orifices de la façade.



Une vue latérale de la statue du Ka, par l'ouverture laissée sur le côté lors des restaurations ; on distingue bien le némès court qui laisse voir largement la perruque.



Le serdab lors de sa découverte durant la campagne de fouilles de 1924, avec à l'intérieur la statue de Djoser.






La statue originale de Djoser au Musée Egyptien du Caire




( calcaire rehaussé de couleur ; haut. 142cm ; fouilles du Service des Antiquités 1924-1925 ; Saqqarah, serdab du complexe funéraire de Djoser ; Ancien Empire, IIIe Dynastie, règne de Djoser ; Musée Egyptien du Caire, rez-de-chaussée salle 48 )



Ce fut la première statue grandeur nature d'un grand pharaon de l'Ancien Empire à avoir été découverte. Elle impressionne particulièrement le visiteur du musée cairote, en particulier par son ancienneté et sa perfection. Déjà au IIIe millénaire avant notre ère, le sculpteur a su donner à l'image royale cette expression de puissance et de force qui inspire le respect.


Le détail du visage, dans lequel on peut voir un véritable portrait du roi défunt.



Selon le style de cette époque, la figure se détache à peine du trône sur lequel elle est assise, formant avec lui une masse imposante. Le corps est enserré dans un vêtement gainant, il s'agit du roi défunt mais toujours vivant ; sa main droite est posée à plat sur le genou, le bras gauche replié avec le poing fermé sur la poitrine, dans un geste duquel se dégage à la fois majesté et sentiment d'éternité. Le visage est personnalisé, sans doute presque un portrait du roi ; il a des pommettes saillantes, des lèvres charnues, avec une moustache au-dessus de la lèvre supérieure comme c'est fréquent sous l'Ancien Empire. Il faut imaginer que les yeux aujourd'hui creux étaient à l'origine incrustés de façon à donner l'illusion de la vie, cette illusion qui est si frappante dans les sculptures de cette période. L'idéalisation des traits se limite à donner une expression d'intemporalité.



 


L'inscription du socle et sa lecture : le nom d'Horus d'Or du roi ( Nebw ), le nom de couronnement ( Netjerikhet ), le titre de Nebty ( avec Ouadjet et Nekhbet ) et le titre de Nesout-bity (avec l'abeille et le jonc ).



Le roi porte les symboles de son pouvoir : la barbe postiche et le némès ; un némès particulier, si on l'observe avec attention, qui ne couvre pas encore totalement la lourde perruque tripartite. Sur la base du socle, à l'avant, on peut lire des titres de la titulature de Djoser : son nom de NebtyNetjerikhet5 ( " la Chair est divine " ) , et le titre de Nesout-bity ( roi de Haute- et Basse-Egypte ).





Notes

 
1 - Djoser ou Djeser, selon les transcriptions, puisque Dsr  n'est pas vocalisé en ancien égyptien. C'est le nom de naissance ( Sa-Rê ) du roi.
2- Jean-Philippe Lauer, archéologue français dont le nom est indisociable de celui de Saqqarah, puiqu'il y consacra toute sa vie de 1926 à sa mort en 2001.
3- Ka : selon les croyances égyptiennes, le Ka est la force vitale de la personne, son double porteur de sa personnalité ; il est modelé par Khnoum en même temps que le corps et naît donc en même temps que l'individu ; après la mort, c'est le Ka qui reçoit les offrandes funéraires. 
4- C'est d'ailleurs Firth qui accueille Lauer à Saqqarah en 1926.
5- Netjerikhet est également son titre d'Horus.



 

Liens :

Ils sont très nombreux, mais très peu montrent le serdab.

- un
article sur cette zone du complexe de Djoser sur Touregypt (angl.).
- un court
article et quelques photos sur Insecula (franç.).

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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 07:33

Tous s'accordent à le dire : la Vallée des Rois est encore loin d'avoir livré tous ses secrets. La preuve en est l'extraordinaire découverte faite lors de la remise en valeur et de nouvelles fouilles dans la tombe de Sethi Ier, l'un des joyaux de la nécropole thébaine.



Localisation de la sépulture de Sethi Ier (KV17) dans la Vallée des Rois, dans un wadi latéral.




La tombe de Sethi Ier (KV17) a été découverte en 1817 par le célèbre aventurier-archéologue Belzoni. Elle est fermée au public depuis 1991, en raison d'éboulements dans la salle du sarcophage et dans une salle annexe. Décorée de peintures d'une extrême finesse qui rappellent l'art délicat du temple d'Abydos, elle est l'une des sépultures les plus importantes de la Vallée, tant par ses dimensions que par la qualité et la richesse de ses fresques et reliefs.



Sethi Ier sur l'une des fresques de sa célèbre tombe.



Le 10 avril dernier, le dr. Zahi Hawass annonçait la découverte dans cette tombe d'un oushebti de quartzite et de vases de céramique, ainsi que de fragments de peintures murales. Mais surtout, il fit part d'une surprise de taille sur cette sépulture royale dont on croyait tout savoir : elle ne fait pas 100m de profondeur comme on l'affirmait depuis Belzoni, mais 136m ; c'est ce qu'ont révélé les travaux de déblaiement. Le dr Hawass précise que l'on n'a pas encore trouvé le fond exact de la tombe, qui pourrait réserver d'autres surprises.



Le non moins célèbre plafond astronomique de la tombe, sans doute l'un des plus beaux.



Redécouvrir des éléments nouveaux sur une tombe déjà fouillée et aussi connue est extrêmement rare. Il est à souligner que c'est la première fois qu'une équipe entièrement égyptienne fait une découverte aussi importante dans un lieu qui jusque là avait été fouillé par des équipes étrangères. Cette équipe égyptienne est composée de 5 archéologues et d'un géologue. Elle a également annoncé qu'elle était à la recherche de la possible sépulture de Ramsès VIII près de la tombe de Merenptah (KV8), car des graffiti indiqueraient la présence d'une tombe dans ce secteur... Décidément, l'heure est aux découvertes de taille sur le sol égyptien, avec un suspense insoutenable.







Sources
:

- article  sur le site de l'Egypt State Information Service en date du 11 avril dernier (angl.).
-
article d'Andrew Bossone dans le National Geographic News en date du 17 avril dernier, avec une photo de l'oushebti (angl.).


Liens :

Ils ne manquent pas sur le net, en voici deux parmi les plus pertinents :

Pour la célèbre tombe de Sethi Ier, je vous recommande la
partie qui lui est consacrée sur l'excellent Theban Mapping Project, un article détaillé et précis, avec les dimensions, une description salle par salle, un historique, des plans et coupes (en version pdf imprimable) mis à jour, une video explicative avec une visite virtuelle et 213 photos auxquelles on accède d'un simple clic (angl.).

Egalement un
article très bien fait dans Touregypt (angl.).

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 07:05

Je fais cesser le suspense, et je vous donne la solution de notre petite devinette sur les cartouches royaux avec la fameuse inscription d'Abydos.




Comme nous l'avions vu dans les indices, il s'agissait de deux noms de couronnement. A quelques exceptions près, un roi n'avait qu'un nom de couronnement : il s'agissait donc aussi de deux rois.



Le premier nom, celui du haut, nous l'avions déjà rencontré dans l'article sur les cartouches royaux, avec un exemple pris à Abu Simbel ( mais orienté dans un autre sens, il est vrai : un peu machiavélique Kaaper ? ) : il s'agit du nom de couronnement de Ramsès II.




Cartouches du nom de naissance ( à gauche ) et du nom de couronnement ( à droite ) de Merenptah sur une sculpture du musée du Louvre.




Quant au second nom, il n'est autre que le nom de couronnement de Merenptah, 13e fils et successeur de Ramsès II ; l'orientation de l'abeille nous indique dans quel sens le lire : elle est tournée vers la gauche, il faut donc lire de droite à gauche : le bélier ( ba ) + un filet d'eau ( n ) + Rê assis coiffé du disque solaire ( ) + Amon assis ( Imen ) + une houe ( mr ), ce qui donne Ba-en-Rê Mery-Imen ( " Le Bélier de Rê, bien-aimé d'Amon " ).




Listes royales du temple d'Abydos (photo prise lors de la visite en 2006).


Le temple d'Abydos est connu pour ses fameuses listes royales, placées dans le couloir menant au cénotaphe d'Osiris. Dans la cour qui précède le temple, les princes et princesses sont associés à Ramsès.



Les princesses associées au roi dans la cour précédant le temple d'Abydos, portant des offrandes (photo prise lors de la visite du site en 2006).


Vous avez été timides et n'avez pas osé répondre : vous êtes pardonnés pour cette fois-ci, je vous comprends. Mais il ne faut pas hésiter, le blog se veut aussi un lieu d'échanges ; peu importe si on se trompe, chacun apporte sa pierre à l'édifice. Régulièrement, nous mettrons ainsi de petits défis et énigmes, avec la création d'une nouvelle rubrique spécifique : l'Antre d'Abou l-houl. Et si vous en avez à proposer, n'hésitez pas me contacter.

 

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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 16:40

Pour vous aider un peu dans la recherche de la solution de notre devinette hiéroglyphique sur les cartouches royaux, voici deux indices, car Kaaper n'est pas cruel :




On distingue devant les deux cartouches superposés les hiéroglyphes du jonc et de l'abeille, qui indiquent un titre de Nesout-bity : il s'agit donc de deux noms de couronnement, et non du nom de couronnement et du nom de naissance.

 

Pour le premier cartouche, celui du haut, il appartient à un roi que nous avons vu en exemple photo en illustration de l'article, le " Louis XIV  "égyptien... 




N'ayez pas peur de répondre, et fouillez bien dans vos listes de noms royaux : bon courage, la solution viendra dans les jours prochains - là, Kaaper est égyptiquement cruel...

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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 07:13

Les rois de l'ancienne Egypte portaient traditionnellement un ensemble de 5 noms, qui forment ce qu'on appelle la titulature royale. Celle-ci s'est mise en place dès l'Ancien Empire et comprend :



- le nom d'Horus ( Her ), précédé du hiéroglyphe d'Horus et placé dans un serekh, ou cadre rectangulaire ; ce titre est le premier à apparaître, dès l'époque protodynastique, les autres s'étant ajoutés sous l'Ancien Empire



- le nom de Nebty, ou " des deux Maîtresses ", précédé des deux déesses Nekhbet et Ouadjet, protectrices respectivement de la Haute- et Basse-Egypte, plaçant ainsi le roi sous leur protection



- le nom d'Horus d'Or ( Her Nebou ), précédé d'un Horus juché sur le hiéroglyphe de l'or, qui associe le roi à la divinité solaire et à sa prospérité



- le nom de couronnement ( Nesout-Bity ), dit aussi de roi de Haute- et Basse-Egypte, précédé d'un jonc ( Sout ) et d'une abeille ( Bity ) symboles de la Haute- et de la Basse-Egypte ; c'est le nom que prend le roi en montant sur le trône





- le nom de naissance ( Sa-Rê , " Fils de Rê " ), précédé d'un canard ( Sa ) et du disque solaire ( ), qui montre la filiation divine du roi avec le dieu solaire et que le souverain reçoit à sa naissance ; c'est en général sous ce nom que l'histoire a retenu les souverains égyptiens de l'Antiquité.






Seuls les deux derniers noms sont placés dans un cartouche, et ce sont d'ailleurs les plus courants, ceux sous lesquels le roi apparaît dans les inscriptions. Le cartouche est un lien ovale qui symbolise l'univers, tout ce qui est englobé par la course du soleil ; en plaçant le nom royal à l'intérieur, on indique ainsi que le souverain est le maître du monde connu.


Le cartouche est aisé à repérer dans les inscriptions. En mémorisant certains d'entre eux, vous pourrez identifier le souverain dont il s'agit. Vous trouverez prochainement dans les pages consacrées à l'Egypte antique des exemples de noms de couronnement et de naissance pour quelques souverains parmi les plus connus. En attendant, quelques exemples en photo, et en bonus une petite devinette pour clore l'article :


Cartouches de Ramsès II sur la façade du grand spéos d'Abu Simbel :
- Nom de couronnement ( à gauche ) : Ouser-maât-Rê Setepen-Rê ( " la Justice de Rê est puissante, l'Elu de Rê " )
- Nom de naissance ( à droite ) : Ramessou Mery-Imen ou Sesou ( " c'est Rê qui l'a engendré, Bien-Aimé d'Amon " ).


Cartouches de Sethi II à Karnak :
- Nom de couronnement ( en haut ) : Ouser-Kheperou-Rê Setepen-Rê Mery-Imen ( " les Manifestations de Rê sont puissantes, l'Elu de Rê, Bien-Aimé d'Amon " )
- Nom de naissance ( en bas ) : Sethy-meren-Ptah Mery-Imen ( " né de Seth, Bien-Aimé de Ptah, Bien-Aimé d'Amon " ).


Cartouches de Sethi Ier dans le temple d'Abydos :
- Nom de couronnement ( à gauche ) : Men-Maât-Rê ( " la Justice de Rê demeure " )
- Nom de naissance ( à droite ) : Sethy-meren-Ptah ( " né de Seth, Bien-Aimé de Ptah " ).




Et maintenant, la devinette :




Sur cette pierre portant des inscriptions que Théti et moi avons photographiée dans la cour du temple d'Abydos, on voit deux cartouches. S'agit-il d'une titulature royale ( noms de couronnement + de naissance ) ? Reconnaissez-vous le nom ? Il y a un piège, bien entendu...

 

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