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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 06:56

La pipe à eau est appelée sous différents noms selon les régions du monde : en Arabie, en Egypte, en Libye et en Tunisie, on parle de shisha (ou shîsha) ; en Turquie, au Liban on l'appelle nargileh, un mot d'origine persane ; en Inde, hookah...

 

delacroix-femmes_alger_shisha.jpg

        La shîsha du tableau de Delacroix, Femmes d'Alger... (1844).

 

Son origine se trouverait en Inde, à partir de laquelle son usage va se répandre en Perse et dans certains pays arabes. Mais ce sont surtout les Turcs ottomans qui ont favorisé sa large diffusion dans tout le monde arabe, en particulier à partir de la fin du XVIIIe s. et au début du XIXe s. ; ce sont eux qui lui ont donné la forme que nous lui connaissons actuellement.

 

 

 

    sh_sha.jpg  

 

 

La shîsha se compose de 5 parties :

- le corps, ou vase, dans lequel on place l'eau qui va refroidir la fumée de tabac et filtrer la nicotine ; selon les pays et les régions, il peut être en verre (shîsha du Moyen-Orient en général), en céramique ou en métal (au Pakistan et en Inde, en particulier).

- dans ce corps, on va insérer la cheminée, généralement en cuivre ou en laiton : elle comporte un tube dont l'extrémité trempe dans l'eau et par lequel la fumée va passer du foyer dans l'eau. Elle est également dotée d'une ou plusieurs sorties qui permettent de fixer le ou les tuyaux. Elle est plus ou moins ornée selon les modèles.

- le tuyau, lui aussi plus ou moins orné, comporte une partie qui s'insère dans la cheminée et l'autre, l'embout, que le fumeur porte à sa bouche et par laquelle il aspire la fumée. Une même shîsha peut avoir plusieurs tuyaux. En général, les fumeurs possèdent leur propre embout, qu'ils transportent avec eux lorsqu'ils se rendent dans un café à shîsha, et qui peut être orné à leur goût. Aujourd'hui, l'usage des embouts en plastique jetables s'est également répandu.  

- le foyer est un élément en terre cuite, en faïence ou en métal, en forme de coupelle dont le fond est percé de trous ; il vient prendre place au sommet de la cheminée et reçoit la pâte de tabac sur laquelle on placera le charbon incandescent.

Parmi les ustensiles, on dispose d'une pince, plus ou moins ornée elle aussi, qui permet de saisir le charbon sans se brûler et de le déplacer sur le foyer tandis qu'on fume. Enfin, il existe aussi une sorte de couvercle de protection en forme de cloche qui vient se poser sur le sommet de la cheminée et recouvre le foyer pour pouvoir fumer en extérieur.

   

On fume avec la shîsha le mu'asel, un mélange de tabac, de mélasse obtenue à partir de la canne à sucre ou de miel, de glycérine et souvent d'arômes obtenus à partir d'huiles essentielles (pour les tabacs de qualité, les tabacs de qualité médiocre ont des arômes artificiels). Cela donne une pâte plus ou moins compacte que l'on place dans le foyer de la shîsha. A l'origine, les Turcs fumaient le "tombak", sorte de tabac cultivée en Turquie et en Iran mais dont les feuilles ne faisaient pas l'objet d'un tel mélange ; il existait déjà plusieurs qualités de tabac. Ce sont les Egyptiens qui auraient mis au point la technique du mélange du tabac avec la mélasse de canne à sucre, d'où la réputation des tabacs à shîsha égyptiens aujourd'hui encore ; ils comptent parmi les plus appréciés dans le monde arabe.

 

zaghlul.jpg  

 Zaghlul égyptien (à mon humble avis sans conteste le meilleur) ,  un délice corsé ; vous voyez les feuilles de tabac mélangées à la mélasse de canne à sucre. 


Il existe tout d'abord plusieurs variétés de tabac, depuis la plus douce, ou bahrayni, jusqu'à la plus forte, ou zaghlul. Ces tabacs peuvent être fumés purs, seulement mélangés à de la mélasse, sans adjonction d'arôme. Le zaghlul, très réputé et apprécié des connaisseurs, en particulier dans le Bassin méditerranéen ; attention, son goût, bien que savoureux, est fort ; pas autant toutefois que le tabac maure, car il est adouci par la mélasse.

 

 

mu__asel_pomme.jpg  

Mu'asel égyptien à la pomme ; notez la différence, le tabac étant mélangé

aux essences de fruits.  


Ensuite, on trouve les tabacs aromatisés aux fruits (pomme, abricot, raisin, fraise, noix de coco, fruits exotiques, etc.), à la menthe, à la rose, au jasmin... Les producteurs rivalisent de nouvelles saveurs, mais un grand classique reste le tabac à la pomme.

 

 

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  Au café Omm Khalsoum, au Caire (photos cites-du-monde ) . 

   

Bien que la shîsha puisse être fumée par les femmes, fumer est avant tout une affaire d'hommes. Fumer la shîsha, avec le rituel qui l'entoure, le glougloutement de l'eau dans le vase et la saveur délicate des tabacs, est un moment de calme et de sérénité ; on a pour coutume dire que la cigarette est synonyme de stress, alors que la shîsha évoque la torpeur orientale. C'est aussi un moment de convivialité, que ce soit dans les cafés ou chez soi avec des amis, ou encore dans la rue, devant sa maison ou sa boutique. Vous verrez souvent les hommes confortablement assis, fumant entre amis. Pour fumer la shîsha, il faut prendre le temps, savourer les arômes délicats et ne pas se presser...

 

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 Kaaper fumant la shîsha à Hurghada...      

 

La shîsha est devenue ces dernières années un phénomène de mode dans de nombreux pays occidentaux, en particulier chez les jeunes, et on avait assisté à l'ouverture de cafés à shîsha, où l'on pouvait fumer en dégustant un thé ou un café turc. Les lois sur le tabac en ont eu raison la plupart du temps... Déjà au XIXe s. et au début du XXe s., les Occidentaux qui avaient séjourné en Orient avaient ramené cette habitude et des fumeries existaient en particulier dans les villes portuaires en relation avec l'Orient ; c'était le cas de Marseille ou de Toulon, où les officiers de Marine fréquentaient des fumeries réservées aux seuls hommes... Elle était aussi à la mode dans les milieux de la " bohême " parisienne du XIXe s., sous le nom de "hookah" en général...

 

A consommer avec modération, bien entendu...

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 08:03

 

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A l'intérieur de la mosquée Ibn Tûlûn, au Caire, les décors de plâtre du IXe s., influencés par le style iraqien de Samara, comptent parmi les plus beaux exemples de cet art raffiné ; ils se développent sur les arcades, les chapiteaux des colonnes et les murs.

 

 

Les Arabes ont développé très tôt une technique très subtile des décors de plâtre à base de gypse. Le gypse se trouve en abondance au Mashreq et y est utilisé depuis la plus haute Antiquité, puisque les premiers décors de plâtre y remontent au Néolithique. Dans de nombreux pays musulmans, le plâtre de gypse servit à réaliser des motifs ornementaux sophistiqués pour les murs, les colonnes et leurs chapiteaux, les plafonds des mosquées et des palais. Nombreux sont ceux qui ont résisté au temps et qui constituent l'un des fleurons de l'art islamique. Les décors de plâtre des monuments du Caire comptent parmi les plus beaux de tout le monde musulman ; c'est pour cette raison que j'ai choisi d'illustrer cet article par un des plus beaux ensembles cairotes : les décors de la mosquée Ibn Tûlûn (876-879), qui est une de mes favorites.

 

 

tulunpl_15.jpgLorsque l'on sait toute la difficulté que représente cette technique, on ne peut qu'admirer la finesse de chefs-d'oeuvre comme ce superbe mihrâb tûlûnide.

 

 

On cuisait tout d'abord le gypse dans des fours bas en maçonnerie dont le sommet était ouvert ; on plaçait à l'intérieur les blocs de gypse, puis on maintenait un feu intense durant 12 à 24 heures. Ensuite, le gypse cuit était broyé dans un moulin à meule tournante verticale pour être réduit en poudre.

 

 

tulunpl_4.jpg Les chapiteaux des colonnes s'ornent de motifs végétaux sculptés au ciseau dans le plâtre frais.

 

 

Les décors de plâtre se retrouvent dans tout le monde musulman pour la réalisation de motifs décoratifs ou comme support pour les fresques. Durant des siècles, les plâtriers et stucateurs arabes affinèrent et développèrent les techniques et les mélanges. Additionné de chaux, le plâtre devenait très solide et durable, y compris exposé aux intempéries ; additionné de poudre de marbre ou d'albâtre, il prenait l'aspect poli de ces matériaux précieux. Le polissage des décors de plâtre nécessitait lui-même une grande habileté.

 

 

 

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Des bandeaux courent au sommet des murs, encadrent les baies, les motifs végétaux se développent à l'intérieur des arcs et les fenêtres sont pourvues de claustra de plâtre fins comme la dentelle.

 

 

C'est au Yémen que la tradition s'est aujourd'hui le mieux maintenue et est restée la plus proche des techniques anciennes. On réalise une poudre de marbre très fine, qui est mélangée au gypse et à la chaux ; on laisse le mélange fermenter durant une semaine avant de l'utiliser. On l'applique ensuite sur la surface à décorer couche après couche, chacune étant polie durant 3 jours avec une pierre avant l'application de la suivante. On applique ainsi 2 à 3 couches successives de plâtre. Ensuite, le plâtre est passé 3 fois au lait de chaux, puis poli 3 fois avec de la pierre ponce. Après avoir laissé reposer une semaine, l'enduit est brossé à l'eau, en utilisant une brosse très fine. La surface change alors de couleur et passe du blanc à un crème pâle. Ce travail est particulièrement délicat et fastidieux, et on ne peut réaliser au maximum que 6 m2 par jour ! Pour terminer, on applique avec une étoffe ou à la main de la moelle extraite d'os d'animaux afin de terminer le polissage et d'accentuer la richesse du coloris.

 

 

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Pour réaliser les motifs répétitifs, comme cette frise de rosaces qui se déploie tout autour de la cour, le maître plâtrier s'aidait de moules de bois.

 

 

De la même façon, la mise en oeuvre des décors de plâtre demandait une grande maîtrise technique. Il fallait tout d'abord tamiser soigneusement plusieurs fois la poudre de plâtre et les matériaux qui y étaient additionnés. Ensuite, après avoir ajouté de l'eau, il fallait malaxer très longuement le mélange de façon à stopper la prise rapide et obtenir une pâte que l'on pourrait modeler et sculpter pendant plusieurs jours. Comme expliqué ci-dessus, on superposait plusieurs couches successives, chacune devant prendre et être polie avant l'application de la suivante. C'est dans la dernière couche que le maître plâtrier réalisait le décor, soit en appliquant un moule de bois, soit en sculptant avec un couteau à plâtre. La finition était réalisée en frottant la surface avec un linge humide et une brosse fine ; on pouvait aussi appliquer sur la surface préalablement mouillée une poudre très fine faite d'un mélange de gypse et de talc, qui était polie après séchage pour obtenir un beau brillant.

 

 

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tulunpl_13-horz.jpgChacune des nombreuses arcades de la mosquée porte un motif différent, montrant à la fois la richesse du répertoire décoratif et la grande maîtrise technique des artistes.

 

 

Comme nous aurons l'occasion de le voir ultérieurement, les vitraux des monuments musulmans font également appel au plâtre ; et là encore, c'est au Yémen que la technique ancienne s'est le mieux conservée. Du monde musulman, cet art du plâtre est passé dans un certain nombre de régions d'Occident, dont la Provence où il est à l'origine de l'art subtil des gypseries dont nous parlerons bientôt. Nous reviendrons également sur ce véritable joyau du Caire qu'est la mosquée Ibn Tûlûn, dont je recommande la visite à tous ceux qui séjourneront dans la capitale égyptienne.

 

 

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Une des fenêtres de la courde la mosquée Ibn Tûlûn, avec ses colonnettes et son arcade en plâtre.

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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 19:00




C'est aujourd'hui en Egypte, comme pour les musulmans de nombreux pays du monde1, la fête de l'3ayd el-Fitr2 (arabe  عيد الفطر ), le plus souvent appelée en Egypte Petit Bayram3, qui marque la fin du jeûne de Ramadhân.  Le matin, la tradition veut que l'on prenne des dattes pour le petit déjeuner, que l'on mette ses plus beaux vêtements et que l'on se rende à la prière de rupture du jeûne, qui vient clore Ramadhân. En Egypte, la fête s'étale sur trois jours de réjouissances, durant lesquels on rend visite aux membres de sa famille et aux amis pour présenter ses voeux, on se promène dans les espaces verts des villes. C'est aussi une fête des enfants, qui reçoivent des cadeaux et de nouveaux vêtements, ou encore s'amusent dans les manèges montés pour l'occasion. Le gâteau égyptien traditionnel du Petit Bayram est le Kahk, dont la recette familiale se transmet de mère en fille et l'origine est controversée. Je vous invite à parcourir les blogs de nos amis vivant en Egypte pour découvrir des photos de cette fête.


L'3ayd el-Fitr était déjà l'occasion de réjouissances chez les princes égyptiens dès le Moyen Age.  A l'époque fatimide, le Petit Bayram était l'occasion de grands banquets et de la distribution de pâtisseries et autres friandises aux employés du souverain. Durant la période ottomane, la fête était l'occasion de cérémonies bien orchestrées : les princes et les hauts fonctionnaires se rendaient le matin en cortège pour la prière de rupture du jeûne à la mosquée d'en-Nâser Mohammed ibn Qalawoon, située dans l'enceinte de la Citadelle du Caire, et à l'issue présentaient leurs voeux au Pacha ; le 2e jour, le Pacha, placé sous un kiosque aménagé pour lui, recevait les voeux de sa cour à laquelle étaient servies des douceurs, en profitait pour distinguer certaines personnalités, et enfin grâciait des prisonniers.



illustration : voeux " 3ayd mubârak " ajoutés sur une carte postale colorisée du début du XXe s. montrant les minarets de la célèbre mosquée cairote el-Azhar ( coll. Kaaper ).


Notes :

1- Comme le début de Ramadhân, la date de la fête est déterminée par l'apparition du croissant de lune ; les deux grandes références sont les autorités religieuses saoudiennes et égyptiennes, bien que les autorités religieuses de chaque pays émettent leur avis. Mais dans certains pays, pour des raisons qui parfois peuvent nous échapper, la date diffère régulièrement. Certains pays musulmans ont ainsi célébré l'3ayd el-Fitr dès hier.
2- " fête de la rupture du jeûne ".
3- " bayram " est un mot turc qui signifie " fête ". J'avoue ignorer si cette dénomination remonte déjà aux sultans mamlûk turcophones, ou si elle date, plus vraisemblablement, de l'époque ottomane.
 

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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 08:00




Le Ramadhân, mois de jeûne ( en arabe صَوْم , sawm ), vient de commencer pour les musulmans du monde entier. L'occasion pour nous de chercher à comprendre ce à quoi il correspond, ce qu'il signifie et comment il se déroule ; car le fondement de la tolérance, c'est apprendre à connaître l'autre, et comprendre ses croyances et coutumes. Ces quelques informations de base n'ont pas d'autre but. Le jeûne est pratiqué par de nombreuses religions, sinon toutes, et est sans doute issu dans le cas présent de traditions antérieures à l'islam. La Bible, en particulier, évoque souvent les jeûnes rituels. En contexte chrétien, le jeûne qui a le plus longtemps subsisté est celui du Carême, précédant la fête de Pâques1. Les périodes de jeûne sont très nombreuses chez les coptes d'Egypte, qui ont conservé les jeûnes des anciennes traditions chrétiennes.



Le Ramadhân (en arabe رَمَضان ) fait partie de ce qu'on appelle les Cinq Piliers de l'Islam, c'est-à-dire les cinq obligations fondamentales pour tout musulman. Il intervient le 9e mois de l'année musulmane2 et a été instauré dans la 2e année de l'Hégire. Il est une période de grande ferveur, au symbolisme fort3, qui culmine avec la célébration de la révélation du Coran.



L'ange Jibrîl révèle le Coran au Prophète Muhammad, ce que commémore la nuit de leylat el-qadr durant le Ramadhân ( miniature persane illustrant le Jami3 at-tawarikh de Rashîd ad-Dîn, Tabriz, 1307 AD, Bibliothèque de l'Université d'Edinburgh, Ecosse ).


Ce sont les autorités religieuses qui fixent le début du Ramadhân, qui commence lorsque apparaît le premier croissant ( en arabe هِلال , hilâl ) de la nouvelle lune ; d'où souvent des divergences4. Pour cette année 20095, il a commencé ce samedi 22 août et se terminera le 21 septembre au plus tard. Au cours des dix dernières nuits de jeûne6 aura lieu ce qu'on appelle laylat al-qadr ( en arabe ليلة القَدْر ), qu'on traduit par la Nuit du Destin  et qui commémore, comme nous y reviendrons, la révélation du Coran au Prophète Muhammad. L'3aîd al-fitr7 (en arabe عيد الفطر ) , fête de la fin du jeûne sur laquelle nous reviendrons également, marquera la fin de ce mois.



C'est à partir de la nouvelle lune que sont calculées les dates du Ramadhân. La lune a depuis toujours une importance particulière dans les civilisations orientales.


Les journées du Ramadhân se déroulent comme suit, rythmées par les 5 prières quotidiennes8 :


- Avant l'aube, on prend un repas, le sahur, qui précède le fajr (en arabe فَجر ) ou prière du lever du jour.


- Du lever au coucher du soleil, on doit pratiquer le jeûne qui consiste à s'abstenir de toute nourriture et boisson, et également de fumer.


- Après le coucher du soleil, on prend l'iftar, ou repas de rupture du jeûne, dont le signal est donné par la mosquée ; c'est souvent l'occasion de se retrouver en famille ou entre amis.

- Le soir ou la nuit, on pratique le tarâwîH (en arabe تَراويح ) , séance de prière quotidienne du soir qui consiste essentiellement en récitations du Coran.



Le Ramadhân est une période très importante de l'année, de recueillement, de partage et aussi d'attentions envers les plus pauvres. Certaines personnes, comme les personnes âgées, les enfants et les malades sont dispensées du jeûne ; dans certains cas, le jeûne peut être interrompu pour des raisons de santé et repris ensuite. Des repas collectifs sont offerts par les fidèles qui en ont les moyens, et on pratique l'aumône ( en arabe زكاة الفِطر , zakat al-fitr) sous différentes formes, toujours selon ses moyens. La journée, chacun vaque à ses occupations habituelles, et le soir on se retrouve en famille pour la rupture du jeûne.



Mes fanoos égyptiens ramenés d'Aswân ; il en existe de nombreuses variantes, comme nous le verrons dans un prochain article.


De nombreuses traditions sont attachées au Ramadhân, qui varient selon les régions du monde musulman. La vie nocturne est particulièrement intense dans de nombreux pays. En Egypte et dans de nombreux pays du Mashreq, on allume après la tombée de la nuit des lanternes ( en arabeفَنوس , fanoos ), dont nous reparlerons. Certains aliments sont également traditionnels des repas de cette période, variant eux aussi selon les pays. Je vous invite à aller sur les blogs de nos amis vivant en Egypte, en particulier celui d'Anne-Marie, pour en découvrir plus sur le Ramadhân en Egypte.





Pour terminer, profitons-en pour apprendre quelques expressions arabes attachées au Ramadhân. On a pour habitude de s'échanger des voeux durant ce mois de jeûne, soit dès le début du Ramadhân, soit au moment de l'3aîd el-fitr.


La formule traditionnelle est :

ramadhân karîm ( Ramadhân est généreux )


à laquelle on répond de façon codifiée : Allah akram ( Dieu est le plus généreux )


On trouve aussi la formule :

ramadhân mubârak ( Ramadhân est béni )

 

et au moment de l'3aîd el-fitr :
3aîd mubârak


En Egypte, on échange en particulier au moment de l'3aîd el-fitr des voeux de bonne année :

kolle sana w enta tayyeb ( à un homme)

kolle sana w enti tayyeba ( à une femme )

kolle sana w entu tayyebîn ( à plusieurs personnes )


à laquelle on répond de façon codifiée :

w enta tayyeb ( à un homme)

w enti tayyeba ( à une femme )

w entu tayyebîn ( à plusieurs personnes )





Notes :


1-  Le jeûne strict des origines s'est très vite assoupli en contexte chrétien, en particulier catholique.

2-  C'est le mois qui porte d'ailleurs le nom de Ramadhân.

3-  De nombreux sites en expliquent la symbolique et la portée spirituelle, pour ceux qui voudraient les découvrir plus avant.

4-  Rappelons que l'islam n'a pas de structure centralisée comparable à celle du catholicisme, par exemple. Il y a selon les courants et les pays différentes autorités religieuses auxquelles on se réfère. Chez les Sunnites, certaines autorités religieuses égyptiennes sont très respectées.

5-  Ou plus exactement l'année 1430 du calendrier musulman.

6-  Il y a dans le calcul de cette date une divergence entre les traditions sunnite et shi'ite, ainsi que des signes qui peuvent la faire varier ; cette année, elle devrait se situer aux alentours du 15 septembre.

7-  Appelée souvent en Egypte Petit Baïram, selon un terme d'origine ottomane.

8-  Les 5 prières quotidiennes sont : al-fajr, à l'aube ; ad-duhr, à la mi-journée ; al-3asr, dans l'après-midi ; al-maghrib, au coucher du soleil ; al-3ishâ', prière de la nuit.

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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 06:12

comprendre-islam.gif

Aujourd'hui, dans beaucoup de pays musulman a lieu la commémoration de la naissance du Prophète, appelée Mawlid an-Nabî, ou simplement Mawlid, qui fait partie des fêtes qui ponctuent l'année musulmane, aussi bien en contexte sunnite que shi'ite. Dans la plupart des pays musulmans, ce jour est férié.  Cette fête ne fait pas partie des grandes fêtes religieuses, même si elle est pratiquée par de nombreux musulmans à travers le monde ; en Arabie Saoudite, les autorités religieuses la tolèrent, mais ne la reconnaissent pas comme inhérente à l'Islam. Les musulmans les plus rigoristes la considèrent comme une innovation (bid3a) étrangère à l'Islam. Revenons sur l'histoire de cette fête.

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La naissance du Prophète n'était pas commémorée, ni ne faisait l'objet d'aucune fête particulière, dans les premiers siècles de l'Islam. Ce sont les Fâtimides, d'obédience shi'ite, qui créeront cette fête au Maghreb et en Egypte aux Xe- XIe s. AD. Ils célébraient ainsi chaque année plusieurs anniversaires, avec en plus de celui du Prophète ceux de son gendre Alî  et de sa fille Fâtima Zahra, ainsi que celui du souverain. A cette époque, cela donne lieu à des festivités dans le palais royal et à trois sermons (khutba) devant les fidèles en présence du calife.  Le vizir Malik al-Afdal, très attaché à la Sunnah, fait interdire le Mawlid comme non conforme à l'Islam autour de 1095 AD.

Dans le même temps, le sheykh 3Umar ibn MuHammad al-Mullâ célèbre lui aussi cette fête à Mossoul, en Iraq. La tradition en est reprise au début du XIIIe s. AD par le roi al-Mudaffar Abû Sa3îd ed-Dîn Gökburi à Irbil, également en Iraq. C'est à cette époque que l'érudit Ibn DiHyah rédige " at-Tanwîr fî Mawlid al-Bashîr an-Nadhîr " ( " Eclairage sur la naissance du Porteur de la bonne nouvelle et  l'Avertisseur " ), qui reprend le récit de la naissance du Prophète

Cette fête est particulièrement importante dans les zones anciennement liées aux Fâtimides, en particulier au Maroc, où elle est célébrée depuis le XIIIe s. AD, et en Tunisie, où elle est l'occasion d'un repas familial traditionnel à l'issue duquel on déguste l'Assidat Zgougou, un dessert à base de pignons de pin.


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L'assidat zgougou tunisien, caractéristique du Mawlid dans ce pays.


D'après les sources historiques, le Prophète MuHammad est né vers 570 AD dans la ville de La Mecque, en Arabie. La fête du Mawlid est fixée au 12 du mois de Rabî3 al-Awwal, 3e mois de l'année musulmane.

Notons au passage que le Mawlid a donné naissance en Egypte, à travers  le terme dialectal mooled (ou mouled), à des fêtes commémorant un saint homme local, en général des sages sufi, comme nous en verrons des exemples à propos de l'Egypte d'aujourd'hui ; type de fête qui n'est pas non plus reconnu comme inhérent à l'Islam.


Principales sources & liens
 : un article de Wikipedia, ainsi qu'un autre sur Islamophile.

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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 17:34

Vous entendez souvent, en particulier ici, parler de Mashreq et Maghreb concernant le monde arabe. Vous entendez aussi souvent dans les médias parler de Proche- ou Moyen-Orient. Mais il n'est pas toujours évident de savoir ce que recouvrent ces termes et quels sont les pays qui appartiennent à l'un ou à l'autre. Cet article se propose donc d'expliquer brièvement ce que sont ces entités qui subdivisent le monde arabe.


المشرق و المغرب



Le Mashreq (al-Mashreq en arabe, de ash-sharq = " l'est " ) pourrait se traduire par " le Levant " - nom d'ailleurs donné autrefois en Occident à cette partie du monde. Il se compose des pays situés en Méditerranée orientale et dans la Péninsule Arabique. On peut donc dire que le terme correspond à ce qu'on appelle en français " Proche-Orient ", mais en débordant sur le " Moyen-Orient ". Les pays du Mashreq sont :

- l'Egypte (en arabe Misr)
- la Palestine (en arabe Filistîn)
- le Liban (en arabe Lubnân)
- la Syrie (en arabe Sûryâ)
- la Jordanie (en arabe al-Urdun)
- l'Iraq (en arabe al-3Irâq)

Les pays de la Péninsule Arabique en font en principe partie, bien que certains ne les englobent pas dans le Mashreq, mais en font une 3e entité à part. En ce qui nous concerne, nous les engloberons dans le Mashreq. Ce sont  : 

- l'Arabie Saoudite  (en arabe al-Sa3udiyya)
- le Yémen (en arabe al-Yaman)
- Oman (en arabe 3Umân)
- les Emirats Arabes Unis (en arabe al-Imârât al-3arabiyya l-muttaHida)
- le Qatar (en arabe Qatar)
- Bahrein (en arabe al-BaHrayn)
- le Koweit (en arabe al-Kuwayt)

On rattache parfois au Mashreq la partie orientale de la Libye, l'ancienne province romaine de Cyrénaïque, ainsi que le Soudan (en arabe as-Sudân).



mashreq-maghreb.jpg

Mashreq (vert foncé) et Maghreb (vert clair) selon la dénomination arabe.
 

Le Maghreb (al-Maghrib en arabe, de al-gharb = " l'ouest " ) pourrait se traduire par "le Couchant". Autrefois, on trouvait aussi le terme arabe d' Ifriqiya (Afrique). Il correspond aux pays arabes d'Afrique du Nord, moins l'Egypte. Les pays du Maghreb sont :

- le Maroc (en arabe al-Maghrib)
- la Mauritanie (en arabe Mûritânyâ)
- l'Algérie (en arabe al-Jazâyir)
- la Tunisie (en arabe Tûnis)
- la Libye (en arabe Lîbya)

On ne rattache parfois au Maghreb que la partie occidentale de la Libye, l'ancienne province romaine de Tripolitaine. Au Moyen Age, l'Espagne musulmane, Malte et la Sicile faisaient partie du Maghreb. 





proche-orient.jpg

Le Proche-Orient.



Pour les Occidentaux, et plus particulièrement les Français, le terme de Proche-Orient recouvre à peu près la même zone géographique que la notion arabe de Mashreq, mais y englobe aussi la Turquie et Israel, et n'y comprend souvent pas l'Egypte, dont la position est pour ainsi dire flottante : parfois rattachée au Proche-Orient, mais le plus souvent à l'Afrique du Nord. Il n'englobe pas non plus la Péninsule Arabique. Ce terme tend à être actuellement remplacé par celui de "Moyen-Orient".





moyen-orient.jpg

Le Moyen-Orient.


Le terme de Moyen-Orient est d'origine anglo-saxonne (Middle East). Il comprend ce que les Arabes qualifient de Mashreq, auquel s'ajoutent la Turquie et l'Iran



Pour les Occidentaux, le Maghreb se limite souvent au Maroc, l'Algérie et la Tunisie. Et on regroupe sous le terme d'Afrique du Nord Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Egypte. Eventuellement aussi la Mauritanie.



On s'en rend compte, difficile de s'y retrouver parmi toutes ces dénominations, dont on ne sait pas toujours ce qu'elles recouvrent exactement. Il apparaît cependant que la dénomination arabe est plus adaptée que les notions de Proche- et Moyen-Orient, Maghreb et Afrique du Nord.


En effet, les termes arabes recouvrent une réalité linguistique : Mashreq et Maghreb englobent les pays arabophones, d'où le fait que la Turquie (de langue turque, non arabe) et l'Iran (de langue persane, non arabe elle non plus) en soient exclus, et que la Mauritanie et le Soudan y soient au contraire inclus. De même, la distinction entre Mashreq et Maghreb recouvre également des réalités linguistiques : à chacune correspond une série de dialectes qui sont apparentés. Enfin, la notion arabe de Mashreq et Maghreb correspond mieux que les divisions occidentales à des réalités historiques et culturelles, dont les termes de Proche- et Moyen-Orient, Maghreb selon la définition occidentale et Afrique du Nord ne rendent pas ou mal compte.


C'est pourquoi je choisis dans ce blog d'adopter le terme de Mashreq de préférence à ceux de Proche- ou Moyen-Orient, non par fantaisie, mais parce que cela me semble mieux correspondre aux réalités culturelles. De même, lorsque je vous parlerai de Maghreb, ce sera selon la dénomination arabe.

 

 

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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 16:15

Après l'architecture religieuse, poursuivons notre petit lexique de base avec l'architecture funéraire, qui y est étroitement liée, bien entendu, et dans laquelle on utilisera aussi une grande partie du vocabulaire rencontré dans l'architecture religieuse.


- darîh : tombeau.

- jabâna : nécropole, cimetière. Synonyme : maqbara.

- madfan : mausolée.


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Maqsûra du tombeau du Prophète dans la mosquée de Médine.



- maqsûra : grille ouvragée entourant le tombeau d'un personnage important dans un mausolée.

- musallâ : oratoire ou chapelle funéraire dans un cimetière.


qubba.jpg



- qubba : littéralement "coupole" ; ici, mausolée, les mausolées étant généralement signalés par une coupole.

- suffa : plateforme de pierre qui sert d'assise à une tombe.


Comme nous serons amenés à le voir, les grands personnages sont souvent inhumés dans des mosquées ou des complexes qu'ils ont fondé, le mausolée venant s'adjoindre à un ensemble de bâtiments.


Pour l'architecture civile, nous n'aurons besoin que de quelques termes n'ayant souvent pas d'équivalent absolu en français.

- bâb : porte, aussi bien celle d'une maison que celle d'une ville.

- bayt (égyptien beyt ou bêt) : maison, de façon générale.

- dîwân : salle de réception dans un palais. Ce mot d'origine persane a donné en français "divan"... Synonyme :  majlis.

- fawâra : fontaine à jet d'eau placée dans une cour intérieure ou un jardin.

- fundûq : entrepôt, magasin (d'où l'appellation de "fondouq" des comptoirs commerciaux établis par les Européens dès le Moyen Age dans les pays arabes) ; taverne.

- hammâm : bains, publics ou privés.

- khân : caravansérail, en particulier urbain.

- kula : maison urbaine fortifiée.

- kuttab : école coranique.

- madina (égyptien medina) : ville, en particulier partie de la ville englobée dans une enceinte fortifiée.

- madrasa : école, université, souvent associée à une mosquée importante ou à un complexe.

- mafraj : pièce de réception.

- manzil : demeure urbaine dotée d'une cour intérieure.

- mâristân : hôpital ; il est souvent associé à un complexe ou à une fondation pieuse.


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Mashrabeyyât du musée Gayer-Anderson au Caire (fenêtres et terrasse).


- masharabiyya (égyptien mashrabeyya) : "moucharabieh", écran de bois sculpté et touorné à claire-voie garnissant les fenêtres et autres baies, y compris à l'intérieur des maisons.

- maydân (égyptien mîdân) : place, vaste espace en plein air.

- qasaba : citadelle ; capitale, métropole. Synonyme : qal3a.

- qasr : château-fort, forteresse ; palais fortifié.

- sabîl : fontaine publique, souvent associée à une école coranique (sabîl-kuttab) en Egypte.


sabilkuttab.jpg

Un sabîl-kuttab cairote : la fontaine est au rez-de-chaussée, l'école au 1er étage.


- shâri3 : rue.

- sûq : rue, en général couverte,  d'un marché ; par extension, le marché lui-même. 

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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 14:36

Chaque civilisation, en développant sa propre culture et ses formes d'art, établit en parallèle un vocabulaire spécifique. La plupart du temps, il est possible de traduire ces mots dans n'importe quelle autre langue, car on peut trouver des équivalences ou ressemblances ; mais parfois la traduction fait perdre une partie du sens, voir est impossible, tant le terme est particulier. C'est le cas pour un certain nombre de termes architecturaux dans le domaine islamique, que l'on conserve en arabe et qu'il vaut mieux connaître pour mieux comprendre les monuments et leur symbolique. Je vous propose donc, en préalable à notre promenade dans ce domaine, de faire le point sur les termes que nous rencontrerons le plus souvent. Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas très compliqué. Puisque la grande passion de ce blog, c'est quand même l'Egypte, je vous donnerait chaque fois que nécessaire ou possible entre parenthèses le terme dialectal égyptien équivalent au terme arabe littéral.


Nous allons commencer par l'architecture religieuse, car c'est là que nous rencontrerons le plus de termes spécifiques.



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Il y en arabe deux termes pour dire "mosquée"  :  jâmi3 (égypt. gâmi3) et masjid, le second étant semble-t-il le terme le plus ancien. Il y a cependant une nuance : 

- le terme de masjid désigne en principe une mosquée de quartier utilisée pour les prières quotidiennes, de dimensions plus ou moins modestes ; 

- celui de jâmi3 désigne quant à lui ce qu'on traduit souvent par " Grande Mosquée " et que les Anglo-Saxons appellent " Friday Mosque " (" mosquée du Vendredi "), destinée à la prière du vendredi et de dimensions importantes. 

On pourrait encore y ajouter un 3e type, l' 3îdgâh, littéralement " place de prière ", qui ne se constitue que d'un vaste espace à ciel ouvert fermé seulement par un mur de qibla avec son mihrâb ; elle sert aux grandes cérémonies.


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Fontaine aux ablutions de la mosquée de Mohammed Ali, au Caire.


- birka : fontaine aux ablutions dans un édifice religieux. On trouve aussi : fisqîya ou hanafiyya. La fontaine aux ablutions placée au centre de la cour dans un édicule spécifique est appelée hawd.

- dikka (égypt. dekka) : plate-forme maçonnée ou en bois, placée au milieu ou sur l'arrière de la salle de prière, qui servait à la personne chargée de relayer les paroles de l'imâm pour les fidèles situés à l'arrière lors des grandes prières ; on l'utilisait aussi pour l'enseignement.

 

dekka-sultan-hasan.jpgDikka de la mosquée Sultan Hasan, au Caire.


- iwân : espace ouvrant sur le cour centrale non par un portique mais par un un grand arc ; ce motif est d'origine persane.

- kursî : lutrin, de façon générale. Le kursî (e)s-Sûra est réservé à la lecture du Coran ( nous en verrons de beaux exemples égyptiens ).


kursi--qayit-bay.jpg

Kursi du mausolée de Qayit Bay, dans le cimetière Nord du Caire.


- manâra : minaret. Synonyme : ma'addana.

- mashhad : mosquée qui vaut l'objet d'un pélerinage par la présence d'un tombeau saint.


mihrab-el-ghori.jpg

Mihrâb du mausolée d'el-Ghori, au Caire.


- mihrâb : niche percée dans le mur de qibla, servant à la fois à indiquer la direction de La Mecque et de caisse de résonnance pour diffuser la voix de l'imâm qui conduit la prière.

- minbar : grande chaire depuis laquelle l'imâm prononce le sermon ; il est en général placé à gauche du mihrâb.


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Minbar marqueté du khanqâh d'el-Ashraf Barsbay, dans le cimetière Nord du Caire.


- mu3allaq (égypt. mo3allaq) : littéralement "suspendu" ; c'est un type spécifique de mosquée qui se dresse au-dessus d'un rez-de-chaussée occupé par des espaces civils, comme des boutiques.

- riwâq :portique situé en général sur les côtés de la cour d'une mosquée.

- sahn : cour intérieure de la mosquée.

- qibla : mur qui sert d'orientation à toute le mosquée, puisqu'il se trouve perpendiculaire à la direction dans laquelle se fait la prière.


minaret-complexe-qala-un.jpg

Minaret du complexe de Qala'un, dans la partie médiévale du Caire.



En dehors des mosquées, on trouve d'autres édifices religieux qu'on qualifie souvent de "monastères ", même si le terme est assez impropre car il ne correspond pas à ce qu'englobe la notion de monastère en Occident. C'est pourquoi il est souvent préférable de conserver le terme arabe. Ce sont en particulier les Sufi qui se réunissaient dans de tels édifices.


- hujra : cellule, chambre dans un de ces monastères.

- khânaqâh (égypt. khanqâh) : sorte de monastère, fondation pieuse qui servait à la formation des frères sufi ; il comprend en général le mausolée du fondateur, qui était en même temps desservi par les Sufi vivant sur place.



khanqah-Farag-ibn-Barquq.jpg

Khanqâh de Farag ibn Barqooq dans le cimetière Nord du Caire.


- ribât : monastère fortifié.

- takkiyya ( égypt. tekkiya ): monastère servant aussi d'hospice.

- zâwiya : petit monastère.


 
La prochaine fois, nous verrons le vocabulaire spécifique pour les édifices civils, publics et privés, l'architecture funéraire et les termes liés aux décors.

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 13:34

C'est sans doute au Mashreq que se sont développés l'agriculture des céréales  et l'élevage au cours du Néolithique, en tout cas c'est ici qu'on en a trouvé les plus anciennes traces. Les chasseurs-cueilleurs se sédentarisent et apprennent à maîtriser leur environnement en pratiquant l'agriculture mais aussi en élaborant la maîtrise de l'eau. Jericho, en Cisjordanie, est actuellement considérée comme la plus ancienne ville au monde. Mais j'ai choisi de vous parler d'un site beaucoup moins connu et presque contemporain de la célèbre ville biblique, situé en Jordanie : Beidha, à quelques kilomètres au nord du non moins célèbre site archéologique de Petra, au bord du Siq el-Barid .






Dès le Néolithique, les habitants de la région comprennent l'intérêt stratégique de la région, avec ses profondes gorges assurant une protection naturelle. C'est au Néolithique pré-céramique qu'est fondée Beidha, qui sera occupée d'environ 9000 - 7200 av. notre ère à environ 6500 av. notre ère. Le village est établi sur une terrasse. Cette zone est alors différente de ce que nous connaissons aujourd'hui : elle est boisée de chênes, genévriers et arbustes fruitiers, et très giboyeuse (on y chasse en particulier les gazelles). A proximité, le ravin formant un wadi était régulièrement alimenté en eaux de pluie, que les habitants de Beidha apprirent à maîtriser pour les besoins de leurs cultures.







Ce qui est particulièrement intéressant sur ce site, c'est que l'on peut y suivre l'évolution des premiers habitats groupés : aux premières structures en matériaux périssables succèdent bientôt des habitations rondes appuyées les unes contre les autres et à demi enterrées, puis des habitations rectangulaires. Des essais de reconstitution, issus des recherches de l'archéologie expérimentale, permettent d'ailleurs sur place de voir ces différents types d'habitations néolithiques.



beidha-4.jpg



S'ils pratiquent l'agriculture, les habitants de Beidha connaissent aussi l'élevage des chèvres, bien que  l'apport en viande provienne aussi toujours de la chasse. Il cultivent l'épeautre, ancêtre du blé, et l'orge, et ils continuent à procéder à la cueillette de fruits sauvages. Par contre, ils ne connaissent pas encore la poterie, aucune céramique n'ayant été retrouvée sur le site.
 Le matériel trouvé lors des fouilles consiste surtout en outils de silex ou d'obsidienne, en meules et outils à broyer les céréales.


Beidha-3.jpg

A - Maison circulaire à toit conique de bois et végétaux ; B - Maison circulaire à toit plat de bois et végétaux ; C - Maison rectangulaire à toiture plate formée de bois et végétaux enduits d'argile.



Le site est abandonné pour des raisons encore inconnues vers 6500 av. notre ère, et ne sera plus jamais réoccupé. Certains y voient l'un des premiers exemple d'impact de l'homme sur son environnement, avec une désertification progressive due à une surexploitation des terres et des ressources, alliée à des modifications climatiques. Beidha est  fouillée depuis les années 1950. La Grande-Bretagne et l'Union Européenne ont mis en place un programme d'archéologie expérimentale afin de proposer une présentation au public, en particulier avec les reconstitutions d'habitations néolithiques, ceci dans le cadre d'un tourisme à échelle réduite dont les profits pourraient aller directement aux populations locales.

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