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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 10:40

    complexe_qualawun.jpg

Le complexe de Qalâwûn, un des monuments marquants du Caire mamlûk.

 

Après la mort de Baybars, ses fils Sa'id en-Nâsir ed-Dîn Baraka (1277-1279) et 'Adel Badr ed-Dîn Sâlâmish (1279) furent rapidement déposés et c'est l'un de ses généraux, Qalâwûn, qui fut désigné comme sultan. Qalâwûn avait été l'esclave d'es-Sâleh, le sultan ayyubide, et avait été acheté pour la somme de 1000 dinars d'or, ce qui lui valait le surnom de « l'homme d'un millier ». Comme Baybars, il venait de Kipchak, en Russie. On raconte qu'il était fort bel homme. Qalâwûn fonda une véritable dynastie familiale qui régna sur l'Egypte durant un siècle. Il poursuivit largement la politique initiée par Baybars. Il parvint à maintenir en échec à la fois les Mongols et les croisés, passant même des traités avec l'empereur Rodolphe de Habsburg et d'autres princes européens. Il poursuivit la politique de construction entamée par Baybars, construisant entre autres un hôpital, une mosquée et un mausolée qui existent toujours au Caire et marquent l'un des sommets de l'architecture mamlûk. Nous l'avions déjà rencontré dans un article sur un dirhem d'argent de ma collection numismatique.

 

    mongols 2

Qalâwûn poursuit la lutte contre les Mongols.

 

Lorsque l'un de ses fils, Malik Sâleh, mourut de dysentrie, Qalâwûn en eut le coeur brisé et imposa le deuil à la cour, interdisant à quiconque de changer de vêtements ou de se couper les cheveux jusqu'à nouvel ordre !

 

citadelle-1

Méfiant envers ses congénères, Qalâwûn recrute des Mamlûk circassiens qu'il installe dans la Citadelle du Caire.


Qalâwûn préféra acheter des Mamlûk circassiens plutôt que des Mamlûk turcs, ce qui aura plus tard une influence décisive sur le destin de l'Egypte. Il les installa dans le grand donjon circulaire de la Citadelle du Caire.

 

prise_d__acre.jpg

El-Ashraf Sâlah ed-Dîn Khalîl, 2e sultan qalâwûnide, parvient à reprendre Acre aux croisés, mettant fin à la présence chrétienne.

 

Ce fut son fils el-Ashraf Sâlah ed-Dîn Khalîl (1290-1293) qui lui succéda en 1290. Khalîl parvint à prendre le port d'Acre, rasa les forteresses des croisés et les repoussa vers Chypre.

En-Nâsir Mohammed ibn Qalâwûn (1293-1294, puis 1298-1309 et 1310-1340), l'autre fils de Qalâwûn, succéda à son frère. Profitant de ce que le prince n'était âge que de 9 ans et de dissensions internes, l'émir Mansûr Hosâm ed-Dîn Lagîn gouverna l'Egypte en son nom ; il avait semble-t-il pris part à l'assassinat de Khalîl... Il finit même par usurper le titre de sultan (1296-1298), mais sera à son tour assassiné en 1299. En-Nâsir reprend provisoirement le pouvoir en 1298, mais doit à nouveau fuir en 1309 devant Muzaffar Rukn ed-Dîn Baybars, qui devient un sultan éphémère sous le nom de Baybars II. Quand en-Nâsir revint en 1310, il fit mettre à mort l'usurpateur Baybars II. Il fut un plus grand bâtisseur encore que son père. C'était un souverain absolu, qui régnait si nécessaire avec brutalité et tenait ses rivaux mamluk en respect. Envers les émirs, il se montrait méfiant et capricieux, étant capable de les couvrir de richesse comme de les faire exécuter.


ibn_qalawun.gif

Le casque d'en-Nâsir Mohammed ibn Qalâwûn.

 

La dernière partie de son règne sera marquée par un retour relatif de la sécurité et de la prospérité. Il signa des traités avec les Mongols et renforça les liens avec l'Europe. Le commerce extérieur prospéra et les frontières de l'Egypte ne furent plus discutées. La ville du Caire connut à cette époque une grande prospérité due au commerce qui transitait par son port fluvial. Le commerce avec Venise, dont l'importance s'affirmait en Italie, se développa par exemple. En 1311, en-Nâsir fit creuser un canal entre Alexandrie et le Nil pour favoriser le commerce avec la Méditerranée ; 100 000 ouvriers furent nécessaires à sa réalisation et le sultan le finança en prélevant un impôt sur toutes les marchandises vendues.

Des désordres contre les chrétiens intervinrent également sous son règne, qui semblent en fait dirigés contre lui. En effet, il avait fait appel à des conseillers chrétiens qui furent accusés d'avoir promulgué des lois et levé des impôts impopulaires.

 

sultan-hasan.jpg

La mosquée Sultan Hasan, un des joyaux de l'architecture mamlûk du Caire.


En-Nâsir meurt en 1341 ; Le Caire, qui a prospéré sous son règne, entre après sa mort dans une période des plus sombres. Les désordres s'amplifièrent sous les fils et les successeurs d'en-Nâsir, en grande partie à cause de leur incompétence. Le seul de ses 10 fils qui lui succédèrent comme sultans à parvenir à se maintenir et à laisser quelque chose derrière lui fut en-Nâsir Hasan ibn Mohammed (1347-1351 et 1354-1361), connu sous le nom de Sultan Hasan ; il construisit en particulier une mosquée-madrasa qui est sans doute l'un des plus beaux monuments du Caire : la mosquée Sultan Hasan, considérée comme l'un des joyaux de l'architecture égyptienne.

En dehors d'Hassan, aucun des fils d'en-Nâsir ne régna longtemps. Les émirs mamlûk faisaient assassiner les sultans au gré de la montée en puissance de telle ou telle faction. Faute d'un sultan assez puissant pour les contrôler, les Bahri Mamlûk et les Burgi Mamlûk, les Circassiens installés par Qalâwûn à la Citadelle, ne cessaient de s'affronter, profitant des conflits les opposant pour rançonner la population civile. Puis en 1382, un esclave circassien, Barqûq, renversa la dynastie, s'empara du trône et fit passer l'Egypte sous le contrôle des Burgi Mamlûk.

qalawun_minaret.jpg

 Merveilleuse richesse du décor du minaret du complexe de Qalâwûn, qui montre bien le degré de qualité qu'atteint alors l'architecture égyptienne.  

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Masr - Egypte islamique & actuelle
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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 19:23

Vous avez pu être surpris de ne pas me voir m'exprimer sur le sujet durant les récents événements en Egypte, me contentant de placer le drapeau égyptien en signe de sympathie. En dehors du fait que ce que j'aurais pu écrire n'aurait rien apporté de nouveau que les médias ne vous aient déjà raconté avec force commentaires plus ou moins pertinents, il ne m'a pas semblé à propos d'intervenir ici auparavant, malgré l'inquiétude. A présent que le peuple égyptien écrit une nouvelle page de son histoire, tous ceux qui sont amoureux de ce pays se doivent de lui témoigner leur amitié et leurs voeux de se construire un avenir meilleur. Tous les espoirs sont ouverts, et il faut se garder de donner des leçons depuis l'étranger ou d'entretenir des fantasmes alarmistes. L'avenir de l'Egypte appartient aux seuls Egyptiens, aucune puissance extérieure ne doit faire autre chose qu'apporter de l'aide à cette démocratie naissante.

 

masr el gedida

(Masr el-gedida / la nouvelle Egypte) 

 

 

Contrairement aux rumeurs qui allaient bon train et aux spéculations les plus sombres, l'armée égyptienne, qui assure l'intérim dans l'attente d'élections libres, a réaffirmé que tous les accords internationaux, y compris ceux avec Israël, seraient respectés. La Constitution est en cours de révision afin de permettre les changements attendus, et surtout l'organisation d'élections dans les prochains mois. Quant au Parlement, il a été dissout afin de marquer la rupture avec le régime antérieur. Des aides internationales ont été sollicitées pour parer à l'urgence de la situation en matière économique.

 

 

Que les médias occidentaux cessent de brandir à tout bout de champ la menace islamiste, ce qui d'ailleurs est récurrent dès que l'on parle du monde arabe. Les Egyptiens, dans leur immense majorité, ne souhaitent pas remplacer l'ancien régime par un Etat religieux. Les Frères Musulmans, même s'ils seront effectivement présents sur le terrain politique, ne représentent pas une menace aussi importante qu'on le dit pour cette nouvelle démocratie. Là encore, toute diabolisation depuis l'étranger ne peut qu'avoir un impact néfaste. Le peuple égyptien a eu le courage de vaincre sa peur et de braver tous les dangers pour obtenir sa liberté, il a ainsi montré assez de maturité pour décider de son avenir en toute conscience.

 

 

Un mot, pour terminer, sur la question du patrimoine égyptien. Nous avons été nombreux à nous émouvoir des pillages qui ont été rapportés au Musée du Caire et sur divers sites archéologiques. Difficile, au milieu des informations contradictoires ou confuses, de se faire une idée précise des dégâts. Nous en reparlerons donc lorsque des informations plus sûres seront disponibles. On aurait pu penser à l'origine à des débordements malheureusement  inévitables en de telles circonstances ; on a également parlé de manipulations de l'ancien régime pour discréditer le mouvement de protestation. Concernant le Musée du Caire, au vu de la nature des oeuvres déclarées disparues, il se pourrait fort que le vol ait été commandité par des filières privées de trafic d'art. Ce qui serait dramatique et signifierait leur disparition dans des collections privées pour de longues années. La grande crainte est que ces mêmes filières, qui réclament depuis des années la levée des interdictions concernant la sortie d'oeuvres relevant du patrimoine égyptien (tant antique que chrétien ou islamique, d'ailleurs), ne profitent de cette période de transition. Une sévère vigilance internationale s'impose dans ce domaine.

 

 

Régulièrement, vous trouverez dans les infos des Horizons des liens pour vous tenir au courant de l'évolution de la situation. Plus que jamais, mon coeur est aux côtés de ce peuple égyptien auquel je souhaite le meilleur dans les mois et les années à venir. Bahebbak yâ Masr ! *

 

 

 

* Je t'aime, Egypte !

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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 08:00

C'est à la présence de leur caserne sur l'île de Roda, au Caire, que les Bahri Mamlûk doivent le nom de leur dynastie.


Celui qui devait être le dernier sultan ayyubide égyptien, es-Sâleh Nagm ed-Deen Ayyoob (1240-1249) avait épousé l'une de ses esclaves mamlûk d'origine arménienne, Shagarat ed-Dorr. C'est lui, plus encore que ses prédécesseurs, qui a favorisé le recours massif aux esclaves mamlûk, sans imaginer l'impact que cela allait avoir sur l'histoire égyptienne. En effet, il crée sa propre garde mamlûk composée essentiellement de turcophones, la Bahreyya es-Sâleheyya ; c'est leur caserne, installée sur l'île de Roda (en égyptien Rawda), au Caire, qui leur a valu leur nom de Bahri Mamlûk - en Egypte, " baHr ", qui signifie " mer ", désigne aussi le Nil . La plupart venaient de Russie et d'Ukraine méridionales, du Kipchak, et étaient, en dehors, des éléments chrétiens, des Turcs Koumans, des Petchenègues et des Turkmènes. Ils formaient la garde et le corps d'élite des souverains ayyubides d'Egypte.


Les Bahri Mamlûk sont pour l'essentiel des Petchenègues ( à gauche ) et des des Turcs Koumans du Kiptchak ( à droite).

 

Tout se joue en juin 1249, quand le roi de France Louis IX débarque à Damiette pour la VIIe croisade. Es-Sâleh Nagm ed-Deen Ayyoob, atteint de tuberculose, cherche d'abord à négocier, puis gagne Mansurah, où les Français se préparent à l'attaquer ; mais le sultan meurt en novembre 1249. Shagarat ed-Dorr ayant habilement pris les choses en main et obtenu l'appui des officiers, les Mamlûk parviennent à mettre en déroute l'armée des croisés au début de 1250, les obligeant à se replier sur Damiette, et finissent par capturer le roi de France. La croisade est pour les Français un échec cuisant et, après avoir dû verser une énorme rançon, Louis IX quitte l'Egypte avec ses troupes en mai 1250. C'est une grande victoire pour les Mamlûk, mais ils ne vont pas s'en tenir là...




Le roi de France Louis IX débarque à Damiette en 1249, espérant conquérir Le Caire ; d'abord victorieuse, l'armée française de la VIIe croisade connaît un revers cuisant à Mansourah, le roi étant même fait prisonnier, ce qui n'apparaît nullement dans les miniatures françaises médiévales qui glorifient celui qui est devenu " saint Louis "... Ce sera en tout cas l'élément déclencheur qui permettra aux Mamlûk, apparaissant désormais comme ceux qui ont sauvé l'Egypte de l'invasion, de renverser les Ayyubides et de s'emparer du pouvoir.

 

Le nouveau sultan, el-Mu‘adham, fait obstacle à leurs ambitions politiques et entre en conflit ouvert avec les principaux officiers mamlûk. Le 2 mai 1250, au cours d'un banquet, les Mamlûk se révoltent et assassinent tout simplement el-Muadham. Ils nomment sultane Shagarat ed-Dorr, qui ne règne personnellement que quelques mois, mais reste néanmoins la seule femme à avoir régné en nom propre sur l'Egypte musulmane. Sous la pression du calife, qui menace d'intervenir, elle est bientôt contrainte d'épouser le commandant en chef des Mamlûk‘Izz ed-Deen Aybak. Aybak fonde ainsi la dynastie Bahri Mamlûk, en 1250. C'est son fils el-Mansoor Noor ed-Deen ‘Ali ibn Aybak qui le premier prendra officiellement dans cette nouvelle dynastie le titre de sultan d'Egypte.


Les redoutables guerriers mamlûks, comme ces guerriers petchenègues, représentent une puissance turbulente avec laquelle les nouveaux sultans devront composer avec finesse. D'ailleurs, se méfiant des leurs, ils finiront par faire venir en masse des Mamlûk circassiens, qui pourtant les renverseront à leur tour... 
 


La dynastie des Bahri Mamlûk compte 24 sultans et règne sur l'Egypte et ses dépendances du milieu du XIIIe s. à la fin du XIVe s. Le plus célèbre souverain, qui reste emblématique pour les Egyptiens aujourd'hui encore, est sans conteste Baybars, auquel restent liés de nombreux récits et traditions. L'autre grande figure de la dynastie est le sultan Qalâwoon, dont les descendants constitueront l'essentiel de la dynastie. Car la difficulté pour les souverains mamlûk est de transmettre le pouvoir à leur descendance, comme les sultans des dynasties précédentes : d'une part cela entre en conflit avec les traditions mamlûk, et d'autre part les rivalités et intrigues sont nombreuses. Ainsi, l'un des fils de Qalâwoon, en-Nâsir Mohammed ibn Qalâwoon, verra son règne interrompu par trois usurpateurs ! Cependant, Qalâwoon sera celui des sultans Bahri Mamlûk qui parviendra à établir une véritable dynastie familiale, qu'on qualifie parfois de « Qalâwoonides ». En 1382, es-Sâleh Zeyn ed-Deen Hâggi, le dernier sultan Bahri Mamlûk, sera renversé par les Mamlûk circassiens, qui fondent la dynastie des Burgi Mamlûk. Sa tentative de restauration, en 1389, ne tiendra pas. Et c'est tout aussi en vain qu'un dernier prince Bahri, el-
Âdel 'Alâ' ed-Deen Mintâsh (1390-1391), se rebellera contre le Circassien Barqooq pour essayer de restaurer le pouvoir Bahri. Dès 1390, c'en est en réalité définitivement fini de la première dynastie mamlûk d'Egypte. Ironie de l'histoire, comme autrefois le dernier sultan ayyubide, c'est Qalawoon lui-même qui avait favorisé l'apport en masse en Egypte de ces Mamlûk circassiens, tant il se méfiait des autres Bahri Mamlûk ; et comme es-Sâleh Nagm ed-Deen Ayyoob, il était loin de se douter que cela mènerait sa dynastie à sa perte...


Baybars, ici représenté dans une vision romantique au XIXe s., reste le plus célèbre des sultans Bahri Mamluk et jouit encore d'une grande renommée en Egypte.

 

La période des Bahri Mamlûk est très riche tant du point de vue historique qu'artistique, surtout au Caire, comme nous le verrons dans de prochains articles. Nombreux sont les monuments de la capitale égyptienne qui témoignent de cette époque où Le Caire est un des centres culturels importants du monde arabe.


La période Bahri marque l'un des âges d'or de l'art égyptien, comme en témoigne ce superbe Coran ayant été commandé par le sultan Baybars ( enluminure avec feuille d'or, British Library ).

 

Les souverains de la dynastie Bahri Mamlûk :


J'ai choisi de vous donner le nom complet des souverains, en translittération égyptienne et en arabe ; leur nom d'usage est indiqué en gras, de façon à ce que vous les retrouviez plus facilement si vous voulez vous renseigner sur eux.


el-Mu‘izz ‘Ezz ed-Deen Aybak

المعز عز الدين أيبك

(1250-1257)

el-Mansoor Noor ed-Deen ‘Aly ibn Aybak 

المنصور نور الدين علي إبن أيب

(1257-1259)

el-Muzaffar Seyf ed-Deen Qutuz 

المظفر سيف الدين قطز

(1259-1260)

ez-Zâher Rukn ed-Deen Baybars el-Bunduqdâri 

الظاهر ركن الدين بيبرس البندقداري

(1260-1277)

es-Sa‘eed Nâser ed-Deen Baraka Khân ibn Baybars 

السعيد ناصر الدين بركة خان إبن بيبرس

(1277-1280)

el-‘Adel Badr ed-Deen Salâmish ez-Zâher Baybars 

العادل بدر الدين سلامش الظاهر بيبرس

(1280)

el-Mansoor Seyf ed-Deen Qalâwoon el-Alfa 

المنصور سيف الدين قلاوون الالفى

(1280-1290)

el-Ashraf Salâh ed-Deen Khaleel ibn Qalâwoon 

الأشرف صلاح الدين خليل إبن قلاوون

(1290-1293)

en-Nâser Mohammed ibn Qalâwoon

الناصر محمد إبن قلاوون
(1er règne : 1293-1294)

el-‘Âdel Zeyn ed-Deen Katbughâ el-Mansoor 

العادل زين الدين كتبغا المنصور

(1294-1296) (rival du précédent)

el-Mansoor Hosâm ed-Deen Lageen 

المنصور حسام الدين لاجين

(1296-1298) (usurpateur)

en-Nâser Mohammed ibn Qalâwoon 

الناصر محمد إبن قلاوون

(2e règne : 1298-1309)

el-Muzaffar Rukn ed-Deen Baybars el-Gâshankeer 

المظفر ركن الدين بيبرس الجاشنكير

(1309) (usurpateur)

en-Nâser Mohammed ibn Qalâwoon 

الناصر محمد إبن قلاوون

(3e règne : 1309-1340)

el-Mansoor Seyf ed-Deen Aboo Bakr ibn en-Nâser Mohammed 

المنصور سيف الدين أبو بكر إبن الناصر محمد

(1340-1341)

el-Ashraf ‘Alâ' ed-Deen Kooguk ibn en-Nâser Mohammed 

الأشرف علاء الدين كوجك إبن الناصر محمد

(1341-1342)

en-Nâser Shahâb ed-Deen Ahmed ibn en-Nâser Mohammed 

الناصر شهاب الدين أحمد إبن الناصر محمد

(1342)

es-Sâleh Emâd ed-Deen Ismâ‘il ibn en-Nâser Mohammed 

الصالح عماد الدين اسماعيل إبن الناصر محمد

(1342-1345)

el-Kâmil Seyf ed-Deen Sha‘bân ibn en-Nâser Mohammed 

الكامل سيف الدين شعبان إبن الناصر محمد

(1345-1346)

el-Muzaffar Zeyn ed-Deen Hâggi ibn en-Nâser Mohammed 

المظفر زين الدين حاجي إبن الناصر محمد

(1346-1347)

en-Nâser Nâser ed-Deen el-Hasan ibn en-Nâser Mohammed 

الناصر ناصر الدين الحسن إبن الناصر محمد

(1er règne : 1347-1351)

es-Sâleh Salâh ed-Deen Sâleh ibn en-Nâser Mohammed
الصالح صلاح الدين صالح إبن الناصر محمد
(1351-1354)

en-Nâser Nâser ed-Deen el-Hasan ibn en-Nâser Mohammed 

الناصر ناصر الدين الحسن إبن الناصر محمد

(2e règne : 1354-1361)

el-Mansoor Sâleh ed-Deen Mohammed ibn Hâggi ibn Qalâwoon 

المنصور صلاح الدين محمد إبن حجي إبن قلاوون

(1361-1363)

el-Ashraf Zeyn ed-Deen Sha‘bân ibn Hasan ibn Qalâwoon 

الأشرف زين الدين شعبان إبن حسن إبن قلاوون

(1363-1376)

el-Mansoor ‘Alâ' ed-Deen ‘Ali ibn Sha‘bân 

المنصور علاء الدين علي إبن شعبان

(1376-1381)

es-Sâleh Zeyn ed-Deen Hâggi
الصالح زين الدين حاجي
(1381-1382, restauré sur le trône en 1389-1390)

el-‘Âdel ‘Alâ' ed-Deen Mintâsh
العادل علاء الدين منتاش

(prince rebelle 1390-1391)

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Masr - Egypte islamique & actuelle
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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 12:30


Il est de tradition en Egypte, comme dans une grande partie du Mashreq et du monde arabe, d'allumer des lanternes les soirs de Ramadhan : on les appelle fânoos ( arabe فانوس , pluriel fawânees فوانيس ). Dans la sourate an-Nûr1 du Coran, Dieu est comparé à une lampe allumée, c'est peut-être l'origine de cette tradition. Cette coutume remonterait à l'époque fatimide, mais il existe différentes versions : la plus courante est que le calife al-Hâkîm be-'Amr Allah a demandé que toutes les rues du Caire soient illuminées les nuits de Ramadhan, en particulier aux abords des mosquées. Une autre version dit que les habitants du Caire avaient accueilli l'un de ses prédécesseurs, le calife fatimide el-Mo'ezz le-Deen Allah, en plaçant des lanternes colorées sur le parcours menant au palais ; comme c'était une nuit de Ramadan, la tradition se serait imposée d'éclairer les rues de lanternes les nuits de Ramadan. On dit aussi que cette coutume vient de l'autorisation donnée par le calife al-Hâkîm aux femmes des harems de sortir dans la rue les soirs de Ramadan, mais précédées d'un enfant portant une lanterne pour que les hommes s'écartent de leur passage. Enfin, pour l'historien égyptien al-Maqrizi2, le fânoos dériverait des chandelles de Noël utilisées par les Coptes, d'où la parenté avec le copte « phanos » signifiant chandelle. Il en existe d'autres encore, y compris cherchant à la relier aux traditions antiques... Une chose est néanmoins certaine : c'est en Egypte que cette coutume est née et de là qu'elle s'est répandue dans le monde musulman.


Femmes égyptiennes achetant des fânoos pour Ramadhan.

On accroche les fânoos dans les rues, aux fenêtres et balcons des maisons, dans tous les lieux publics. On offre en particulier aux enfants3 des fânoos au moment de Ramadhan, avec lesquels ils vont se promener en chantant une chanson traditionnelle4.



Le fânoos traditionnel égyptien est fait en cuivre avec des plaques de verre colorées ( vert, bien entendu, mais aussi bleu foncé, rouge ou jaune ). Il reprend les formes des lanternes utilisées autrefois dans la vie quotidienne pour s'éclairer. Au fil du temps, les modèles se sont multipliés et font même l'objet de modes en fonction des périodes et de la fantaisie des fabricants. Il y en a de toutes les formes, parfois même assez cocasses ; traditionnelles dans lesquels on place une bougie, mais aussi électriques ou encore musicales. Ces dernières années, les fânoos made in China, de qualité médiocre mais aussi meilleur marché, avaient envahi les étals égyptiens ; mais il semblerait que la tendance s'inverse aujourd'hui et que les Egyptiens préfèrent revenir à des modèles proprement égyptiens, et de fabrication artisanale égyptienne.



Les fawanees que j'ai ramenés d'Egypte ; l'un est traditionnel en cuivre massif avec des morceaux de verre colorés en vert, l'autre est un modèle plus fantaisie.


Le fânoos de Ramadhan le plus traditionnel en Egypte est semble-t-il celui qu'on appelle «  Abû sham3a » 5, vers lequel de nombreux Egyptiens orientent à nouveau leur choix. Un autre modèle égyptien qui rencontre beaucoup de succès est celui nommé « Fârûq », du nom du roi d'Egypte à l'époque duquel il a été créé. On trouve également parmi les favoris « el-Battîkh » 6, formé de six faces protubérantes, souvent orné de versets coraniques. Enfin, un des plus populaires est « el-Negma » 7,  comme son nom l'indique en forme d'étoile, dont les branches sont sensées éloigner le mauvais oeil.



Un fanoos " negma ", modèle qui a toujours beaucoup de succès.

Les fânoos sont de toutes formes, mais aussi de toutes tailles. Ainsi, le modèle appelé « fusée » varie de 1,30m à 10m de haut ! Il est utilisé dans les hôtels, les grands restaurants ou les restaurants touristiques, les boutiques ou encore les tentes de Ramadhan. Les versions en cuivre et verre sont particulièrement onéreuses, entre 600 et 3500 LE8. « El-Borg » est également un modèle de grande taille, surmonté d'un minaret, voué à la même utilisation. Un autre modèle spectaculaire est le « Abû l-welad », un grand fânoos ( le « père » ), de forme quadrangulaire, auquel sont accrochés plusieurs autres plus petits ( les « fils » ), lesquels sont ensuite détachés et disposés au-dessus des convives.



Les fabricants de fânoos travaillent toute l'année pour produire ces ornements indispensables de Ramadhan, même si l'activité connaît des difficultés et que se fait ressentir la difficulté de trouver une main d'oeuvre ayant le savoir faire traditionnel. Au Caire, les principales fabriques, les plus renommées, se trouvent dans les quartiers de Taht el-Rab'e, Sayyeda Zeynab et Bâb el-Khalq ; les villes de Tanta, Mansoorah, El-Mahalla et Alexandrie ont également des fabriques réputées aux modèles originaux.



Je terminerai en citant les propos de Hanaa Khashaba dans l'article du Progrès Egyptien mentionné en références, et où j'ai puisé nombre d'informations :


« En dépit de cette palette de couleurs vivaces et ces multiples formes, le fanous égyptien en cuivre est de retour en force sur scène. Omniprésent, ce fanous est étroitement lié aux coutumes et aux habitudes égyptiennes. C'est pourquoi, nous, population extrêmement affectueuse, optons plutôt pour l'achat de la lanterne égyptienne typique. Non seulement elle est le trait marquant de Ramadan, mais elle évoque aussi en nous les senteurs de nos aïeux et les beaux souvenirs de naguère. »







Références :

- Je vous rappelle que pour consulter les articles du Progrès Egyptien, vous devez rentrer l'année, le mois, le jour et la page sur le
site :

* article de Hanaa Khashaba, « Au mois de Ramadan, le fanous, joujou de luxe pour les enfants », in Le Progrès Egyptien du 2 septembre 2008, franç.

* article de Ghada Shoucri, « Ramadan / Le fanous de la belle époque... gagne du terrain », in Le Progrès Egyptien du 21 septembre 2007 page 4, franç.

- article de Heba Fatteen Bizzari, « Ramadan Lanterns » in Tour Egypt, angl.

- article de Giovanna Montalbetti dans Al-Ahram Weekly n°961, 20-26 août 2009, angl.

- des images sur le site Ballade Egyptienne de mon amie Josiane.



Notes :


1- an-Nûr : la Lumière.

2- In Kitab al-Mawa’iz wa al-I’tibar Bi Dhikr al-Khitat wa al-Athar

3- Ramadan est une période durant laquelle, un peu comme dans le Noël chrétien, on fait des cadeaux aux enfants ; ils reçoivent surtout des cadeaux au moment de l'3aid el-Fitr, en particulier de nouveaux vêtements.
4- « Wahawy, ya wahawy » ou « Ramadhân gana » sont des chants traditionnels de cette période en Egypte.

5- sham3 : la cire. > sham3a : bougie. Son nom signifie donc « père de la bougie ».

6- battîkh : melon, pastèque.

7- negma : étoile.
8- Inaccessibles, bien sûr, à la plupart des Egyptiens. Un fânoos courant coûte, pour donner un ordre d'idée, entre 5 et 30 LE. 

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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 08:00

On ne peut s'intéresser à l'histoire et au patrimoine de l'Egypte musulmane sans rencontrer très vite la période Mamlûk. En dehors des vestiges coptes et fatimides, c'est elle qui marque le plus le paysage architectural du Caire ancien aujourd'hui ; ce sont principalement des monuments de cette période que vous rencontrerez au cours de vos visites de la capitale égyptienne, et ce sont ceux que vous reconnaîtrez le plus rapidement. C'est une époque de l'histoire égyptienne qui se révèle passionnante dès qu'on prend le temps de s'y intéresser. Dans ce premier article d'introduction, il va nous falloir d'abord définir ce à quoi renvoie exactement ce qu'on appelle un " Mamlûk " 1. Ensuite, nous parcourerons l'histoire des deux dynasties mamlûk qui ont régné sur l'Egypte, et nous attarderons à l'occasion d'autres articles sur certains personnages ou épisodes marquants. Enfin, bien entendu, nous évoquerons aussi l'art mamlûk, dont nous avons déjà rencontré quelques beaux exemples.


 
 

Le mot Mamlûk  viendrait de l'arabe  " malaka " ( arabe مَلَكَ ) , qui signifie " posséder  ", ce qui est lié à la nature même des Mamlûk.  Les Mamlûk sont en effet des esclaves que les gouverneurs représentant les califes, puis plus tard les sultans  et les princes d'Egypte achetaient par l'intermédiaire de marchands, souvent en Syrie, et faisaient venir au Caire. Les premiers Mamlûk seraient apparus au IXe s. ,  dès l'époque abbasside ; mais ils se sont réellement développés au XIIIe s. , devant la menace des invasions mongoles. Leur nombre devient très important en Egypte sous la dynastie Ayyoubide. Ce seront toujours des esclaves non musulmans : des chrétiens d'Europe orientale ( Slaves et Grecs ), mais surtout des turcophones d'Asie Centrale ( Turkestan actuel, entre autres ), du Caucase ( Circassiens ) et d'Ukraine méridionale ( plaine du Kipchak ).



Carte montrant schématiquement les régions d'origine des Mamlûk, avec en plus foncé celle de provenance des Mamlûk dits " circassiens ", les plus appréciés.

 

Enlevés encore enfants lors de razzias  ou achetés, ils étaient convertis à l'Islam, recevaient une éducation religieuse et un entraînement militaire très complet ( forooseyya ), puis étaient enrôlés dans l'armée. Ces enfants étaient semble-t-il choisis en fonction de leurs qualités physiques, de leur endurance et de leur absence de liens familiaux. Le sultan se réservait les meilleurs éléments, qui formaient ses troupes d'élite ; les émirs2 disposaient de troupes de Mamlûk moins prestigieuses. Les Mamlûk, grâce à la qualité de leur formation militaire, constituaient une des armées les plus puissantes de leur époque. Beaucoup parvenaient à faire carrière dans l'armée et, quand ils avaient atteint un grade ou un âge suffisant, ils pouvaient obtenir d'être affranchis par leurs maîtres auxquels ils prêtaient un serment de loyauté à vie. Beaucoup accédèrent ainsi à de hautes fonctions après leur affranchissement et accumulèrent les richesses. Cet avancement dépendait des qualités personnelles du Mamlûk et était strictement encadré du point de vue juridique. A terme, les Mamlûk réussirent à organiser leurs propres armées privées en important eux-mêmes de nouveaux Mamlûk, jouant de la sorte un rôle de plus en plus important dans la vie politique égyptienne, jusqu'à s'emparer du pouvoir.



Les Mamlûk étaient avant tout de redoutables cavaliers, l'équitation tenant une place primordiale dans leur entraînement militaire ( enluminure du " Nihayat as-sul " , XIVe s. ).


Une maison mamlûk ( en arabe بيت , beyt ) se constitue autour d'un Mamlûk fondateur,  affranchi ou pas, qu'on appelle ab ( père ), ostaz ou sayyed ( monsieur ), ou encore mawla. Il est en général déjà parvenu à de grands honneurs et dispose d'une grande richesse, qui lui permet de s'assurer la fidélité de sa maison. Elle se compose des esclaves mamlûk dont il fait lui-même l'acquisition, mais aussi d'autres Mamlûk ayant suivi leur formation en même temps que lui ou ayant servi le même maître, ce qu'on appelle selon un terme difficilement traduisible la khoshdâsheyya ( ar. خشداشية ). Les Mamlûk ont un esprit de corps, qu'on appelle l'asabeyya, laquelle les lie de façon indissoluble à leur ancien maître et aux autres Mamlûk formés en même temps qu'eux, ce qui a également son importance dans leur histoire. Les femmes mamlûk jouent un rôle important dans la constitution de maisons et dans le jeu de relations : la plupart des filles de Mamlûk ne peuvent épouser des Egyptiens de souche et sont mariées à des Mamlûk ; ces unions matrimoniales, très importantes dans le système mamlûk, servent à resserrer les liens.



Un fals mamlûk frappé en 740 AH sous le sultan en-Naser ed-Deen Mohammed, de la dynastie égyptienne des Bahri Mamlûk ( monnaie de bronze, diam. 20 mm, poids 2.2g , frappée à Hamâh en Syrie, XIVe s. , coll. Kaaper ).


Le statut de Mamlûk est très particulier et perdurera jusqu'à ce que Mohammed 'Ali fasse massacrer les chefs mamlûk en 1811. Le Mamlûk est obligatoirement d'extraction servile et non musulman d'origine ; ce qui fait que l'état de Mamlûk ne se transmet pas à leurs enfants, qui naissent musulmans et peuvent se fondre à la population, en tout cas pour les garçons. Ce sera ce qui fera toute la difficulté lorsque les souverains mamlûk de l'Egypte auront des prétentions dynastiques.  En ce qui concerne leurs revenus, les Mamlûks reçoivent une solde ( gâmkeyya, ar. جامكية
), mais se livrent également au commerce, comme celui très lucratif des épices.



Arts et artisanant sont florissants dans l'Egypte mamlûk, en particulier le travail des métaux, comme le montre cet extraordinaire brasero de bronze réalisé pour le sultan rasulide yéménite el-Muzaffar Yusuf ibn Omar ( bronze incrusté d'argent, haut. 35 cm, 2e moitié du XIIIe s. , Egypte, Metropolitan Museum of Art, New York ).


Les sultans ayyoubides d'Egypte feront de plus en plus souvent appel à des troupes mamlûk ; et la puissance que ceux-ci finiront par acquérir au Caire leur permettra de s'emparer du pouvoir. A l'époque où les Mamlûk règnent sur l'Egypte, ils composent essentiellement la cour du sultan, la haute administration et l'armée. Les postes civils de l'administration, des finances, de la justice et les différents métiers restent en général aux mains des Egyptiens de souche. Souvent craints par la population égyptienne, parfois haïs ou adulés en fonction des vicissitudes de l'histoire, les Mamlûk ne se mêlent que rarement au peuple égyptien dans les premières générations.



On distingue en Egypte deux dynasties mamlûk qui ont régné successivement sur le pays entre le XIIIe et le XVIe s. : les Bahri Mamlûk (1250-1382) et les Burgi Mamlûk (1382- 1517). Le système des Mamlûk perdurera cependant en Egypte au-delà de la chute de la dernière dynastie mamlûk d'Egypte,  sous la domination ottomane3.



La période mamlûk a aussi vu en Egypte se multiplier les superbes Coran enluminés rehaussés à la feuille d'or ( folio calligraphié à l'encre noire et enluminé à la feuille d'or, sur papier, Egypte, XIVe s. ).


Notes :

1- Je choisis d'adopter cette graphie car elle correspond à la meilleure transcription du terme arabe  مملوك  ( pluriel  مماليك ,  " mamâlîk ", ou " mamâlêk " en égyptien ). Nous le garderons donc, en tant que terme étranger, invariable.
2- Le terme arabe amîr ( أمير ) a un double sens, puisqu'il est à la fois un titre honorifique et militaire :  " prince " ou " commandant / général ".
3- Voir dans les Horizons l'
article consacré à l'Egypte ottomane.

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 21:08

Le Khanqâh de Farag ibn Barqooq au début du XXe s., vu depuis le sud (carte postale colorisée, Lehnert & Landrock, Le Caire, coll. Kaaper).


La célèbre Cité des Morts comprend un certain nombre de joyaux d'art et d'architecture islamiques qui sont ouverts aux visiteurs. Commençons par l'un des mausolées de la vaste nécropole musulmane du Caire, le Khanqâh1 du Sultan Barqooq, ou plus exactement du Sultan Farag ibn Barqooq. Ce khanqâh est un des monuments majeurs du Caire islamique et l'un des plus importants mausolées du cimetière Nord. Comme les mosquées, les mausolées du Caire comptent parmi les chefs-d'oeuvre de l'architecture islamique et il est dommage de ne pas aller en voir quelques-uns lors d'un séjour dans la capitale égyptienne. Je vous recommande vivement la visite de celui-ci, c'est une véritable merveille que l'on peut découvrir sans les habituelles hordes de touristes, ce qui n'est pas négligeable.



Le Khanqâh de Farag ibn Barqooq au début du XXe s., vue rapprochée depuis le sud (carte postale noir et blanc, Lehnert & Landrock, Le Caire, coll. Kaaper).


Le Khanqâh souvent appelé " de Barqooq ", premier sultan de la dynastie des Burgi Mamlûk2, fut en réalité construit par son fils, le sultan en-Nâser Farag ibn Barqooq3, de 1399 à 1411. Le nouveau sultan respectait ainsi le voeu de son père d'être inhumé près des mausolées sûfi du cimetière Nord du Caire. L'emplacement n'est pas anodin, puisque que ce complexe s'élève près du mausolée d'Anas, père de Barqooq, édifié en 1382. Barqooq est ainsi le premier Burgi Mamlûk à être enterré dans le désert près des tombeaux des sheykh sûfi.



Le sultan Farag ibn Barqooq connut à vrai dire un destin tragique : monté sur le trône à l'âge de 10 ans, il dut faire face à des complots des Mamlûk et des incursions étrangères qui menèrent à des révoltes en Syrie, où il sera finalement détrôné et assassiné à l'âge de 23 ans. Au cours d'un règne aussi agité, émaillé par les intrigues incessantes et les rivalités entre les émirs, et dans un laps de temps si court, il est extraordinaire qu'il soit malgré tout parvenu à édifier un monument aussi remarquable que celui-ci.


Plan général du complexe funéraire conservé, avec à l'est la salle de prière entre les deux mausolées et au sud-ouest l'entrée principale flanquée du sabil-kuttab.
 

Le complexe avait été conçu à l'origine comme devant être le centre d'une vaste zone résidentielle comprenant des espaces d'habitation, des cuisines, des bains, des boulangeries avec leur moulin à blé, un petit marché. En effet, les cimetières médiévaux en contexte musulman étaient souvent assortis de résidences, tant pour le confort des familles aisées rendant visite au tombeau de leurs ancêtres que pour l'hébergement d'étudiants et de Sûfi. Mais Farag ibn Barqooq mourut avant d'avoir pu réaliser ce grand projet.


Le khanqâh aurait été inauguré dès 1410 si on en croit l'historien médiéval el-Mazriqi, bien que la dernière inscription soit datée de 1411. Pas moins de 40 Sûfi y furent alors affectés et vivaient dans les zones d'habitation du complexe !



Les merveilleux vitraux ( ici dans l'un des mausolées ), réalisés selon la technique arabe : des morceaux de verre coloré dans un réseau de plâtre.

On trouve ici, ce qui est un cas unique, beaucoup d'éléments doubles : deux minarets, deux grands dômes, deux portails monumentaux et deux sabil-kuttab1, un à chaque extrémité de la grande façade. Le bâtiment est caractéristique du style Bahri, qui marque les débuts de la période Burgi Mamlûk ; l'un des éléments typiques est le caractère massif de l'ensemble. Bénéficiant d'un vaste espace libre et non contraints par la présence d'édifices antérieurs, les architectes ont pu développer une structure symétrique de très grandes dimensions. Ne s'appuyant contre aucun autre bâtiment, le khanqâh dispose ainsi de quatre façades intéressantes. Un premier portail situé dans l'angle sud-ouest donne accès à l'intérieur du complexe ; il s'ouvre près d'un premier sabil-kuttab situé à sa gauche. Un autre portail s'ouvre sur la façade nord, avec un second sabil-kuttab sur son côté ouest. Les deux portails sont différents dans leurs détails, mais tous deux comportent une voûte triconque à muqarna et le blason du fondateur dans un cercle. Sur le côté nord, près du portail, une série d'arcades reliait à l'origine l'ensemble avec le mausolée d'Anas, le père de Barqooq, fondateur de la dynastie : il s'agit donc bien d'un édifice destiné à asseoir la légitimité dynastique, qui avait été contestée à Farag par son frère cadet el-Mansoor 'Abd-el-'Azeez ibn Barqooq.


Le sabil-kuttab qui flanque l'entrée principale, à l'ouest : au rez-de-chaussée, la fontaine ; à l'étage, ouverte par des arcades, l'école coranique.
 

Tout autour du sommet de la façade court un bandeau d'inscriptions4. A chacune des extrémités de la façade est s'élèvent de grands dômes de pierre couvrant les deux mausolées ; au centre, un dôme plus petit en brique marque l'emplacement du miHrâb1. Les dômes des mausolées sont les plus grands et les plus anciens dômes de pierre mamlûk du Caire, avec un diamètre d'environ 14m ; seul le dôme de bois de l'Imâm Shafi'i dépasse de peu ces dimensions. Selon l'usage de cette époque, ils sont décorés à l'extérieur d'un motif de chevrons, ou zigs-zags, tandis que des cannelures ornent le dôme du miHrâb  .


L'un des deux minarets placés sur l'aile ouest du bâtiment.

Les deux minarets identiques s'élèvent au-dessus de la façade nord ; ils ont ceci de particulier qu'on passe du plan quadrangulaire de la base au plan circulaire des étages supérieurs sans l'habituelle transition octogonale. Ils rappellent en cela ceux de la mosquée de en-Nâser Mohammed (1318-1335), dans la Citadelle du Caire.
 

A l'intérieur, l'édifice se présente comme une mosquée à cour centrale entourée d'arcades reposant sur des piliers. Le sanctuaire est placé du côté est, flanqué par les mausolées couverts de leurs dômes. C'est la première mosquée de ce type à être associée à des espaces d'habitation. Habituellement, dans le cas de mosquées associées à une madrasa, on optait pour le plan à 4 îwân1, avec les logements des étudiants ouvrant à l'extérieur, côté rue - un bon exemple de ce type est la mosquée-madrasa du sultan Hasan (1356-1359). Dans les khanqâh, au contraire, les structures d'habitation sont tournées vers l'intérieur, pour renforcer l'isolement mystique des Sûfi. Cependant, un certain nombre d'espaces résidentiels de ce khanqâh ont des fenêtres sur l'extérieur, puisqu'ils donnaient à l'origine sur le désert et le cimetière environnant.


Des remplois de monuments antiques forment le seuil du corridor, sur lesquels on distingue : en haut, un cartouche royal ; en bas, la jambe d'un personnage.


Le corridor d'accès à la cour centrale, avec ses puits donnant lumière et air à ce passage, mais aussi aux pièces situées à l'étage.
 

En passant du vestibule dans le corridor menant à la cour, on franchit un seuil formé de blocs sculptés d'époque pharaonique ; symboliquement, cela signifie fouler aux pieds le paganisme. Les puits percés dans la voûte du long corridor permettent à la fois de laisser entrer la lumière et de fournir une circulation d'air. Il ne reste que quelques vestiges de la fontaine aux ablutions au centre de la cour. Aux quatre angles de la cour s'ouvrent des portes marquées par des redans et surmontées d'arcs aux voussoirs en zig-zag qui font penser à la madrasa de Barqooq. Des riwâq1 précèdent les cellules d'habitation ; le plafond surmontant les arcades est composé de petits dômes de brique rappelant des modèles syriens ou anatoliens. On gagne l'étage supérieur par un escalier placé dans l'angle nord-ouest de la cour. Des dépendances, telles que bains, moulin et cuisines, occupent le côté sud.


Une des portes placées dans les angles la cour, avec son arc orné d'un motif en zig-zag ; le jeu sur les assises de pierres de couleurs différentes est très caractéristique du style mamlûk.


Le superbe minbar de pierre polychromée et dorée érigé par le sultan Qayit Bay à la fin du XVe s.

 

Du point de vue décoratif, l'ensemble de la salle de prière est très sobre, ce qui pourrait indiquer que le décor n'a pas été achevé en raison des difficultés du règne. Seules les fenêtres du sanctuaire sont ornées de superbes vitraux de stuc et verre coloré. Le miHrâb est lisse, en pierre brute, flanqué de deux niches plus petites. Le minbar1 de pierre, avec ses panneaux sculptés de motifs géométriques et floraux imitant la sculpture sur bois, a été ajouté plus tard par le sultan Qayit Bay en 1483. On trouve enfin dans le sanctuaire une superbe dekka1 de bois, plate-forme courante à cette période.



Vue de la cour sur le mausolée des sultans au début du XXe s. (carte postale noir et blanc, Livadas & Coutsicos, Le Caire, coll. Kaaper)...


... et la vue actuelle sur une photo que j'ai prise lors d'une visite en 2006. De gauche à droite, on peut voir : l'une des portes des angles de la cour et le dôme du mausolée des sultans ; la salle de prière, avec au centre le petit dôme marquant l'emplacement du miHrâb, et en façade l'inscription dédicatoire ; sous l'arcade de celle-ci, la dekka. Au premier plan à gauche, les vestiges de la fontaine aux ablutions.



Le mausolée nord est destiné aux sultans, à Barqooq et à son fils et successeur Farag ; le mausolée sud abrite quant à lui les tombeaux des filles de Barqooq, Shiriz et Shakra, ainsi que ceux de leurs nourrices. Les entrées des deux mausolées sont garnies de mashrabeyyat1 de bois à motifs géométriques. Contrairement au reste du monument, les deux mausolées sont richement décorés de lambris de marbre. L'intérieur des coupoles est peint de motifs évoquant des décors de marbre ; ces coupoles reposent sur des pendentifs triangulaires sculptés de muqarna. Les parties hautes sont les plus décorées, selon une symbolique caractéristique de l'architecture religieuse de l'Egypte musulmane : le regard du visiteur est attiré vers le haut, donc vers le ciel...


La baie ouvrant depuis la salle de prière sur le mausolée des sultans, avec ses mashrabeyyat de bois sculpté et son arc orné.



Notes :

1- Pour les définitions des termes d'architecture islamique, vous pouvez vous reporter aux articles sur le vocabulaire des édifices religieux ou celui des tombeaux et édifices civils.
2- Sultan Barqooq : ez-Zahir Seyf ed-Deen Barqooq, fondateur de la dynastie des Burgi Mamlûk, régna de 1382 à 1399.
3- Sultan Farag ibn Barqooq : en-Nâser Zeyn ed-Deen Farag ibn Barqooq régna de 1399 à 1412, avec l'interruption en 1405 par l'usurpation de son frère el-Mansoor 'Abd-el-'Azeez ibn Barqooq.
4- appelé tiraz en architecture islamique.



Références :

- le site Archnet , sur lequel vous pourrez voir de nombreux clichés anciens et contemporains de détails du monument (angl.).
- un
article d'Ismail Abaza sur Touregypt (angl.).
- et dans l'excellent ouvrage d'Ernst J. Grube dir., Architecture of the Islamic World, éd. Thames & Hudson, Londres, 1987 (angl.).

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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 08:00

Le costume porté par les danseuses égyptiennes a beaucoup évolué à partir de la seconde moitié du XIXe s. Et le costume traditionnel des Ghawazy a totalement disparu au profit des tenues mises au point pour les spectacles de cabaret destinés aux touristes dans les années 1950. 

Eugène Giraud, Danseuse au Caire (1866, huile sur toile, musée de Toulon). Il s'agit d'une Ghazeyya, portant le costume des danseuses du début de la seconde moitié du XIXe s., lorsque les Ghawazy ont été autorisées à revenir au Caire.


Le costume ancien des Ghawazy apparaît dans de nombreuses toiles orientalistes, certaines avec réalisme, même si elles se teintent de cette charge de fantasme érotique que constitue pour les Occidentaux de l'époque la danseuse orientale. Il a été particulièrement bien décrit au XIXe s. par un orientaliste britannique, Edward W. Lane1.  On peut tout à fait comparer les informations de Lane à l'aquarelle de David Roberts intitulée Ghawazee du Caire :



Sur la qamis, chemisier en étoffe fine descendant jusqu'à mi-cuisse, à manches amples et pendantes, ou plus rarement étroites, les danseuses portent soit l'anteree, une veste courte s'arrêtant sous la poitrine ou à la taille, soit le yelek, un long gilet descendant jusqu'aux chevilles, à manches ouvertes et pendantes à partir du coude. Au lieu des jupes devenues de rigueur à partir de la fin du XIXe s. , les Ghawazy d'autrefois sont invariablement vêtues du shintiyan, un pantalon bouffant. Comme aujourd'hui encore, un foulard était noué autour de leurs hanches pour souligner les mouvements de la danse. Les noms des éléments du costume montre le mélange d'éléments turcs et arabes : le " yelek  " et le " shintiyan ", par exemple, sont d'origine turco-persane.


Dans cette gravure, on voit deux Ghawazy avec des vêtements aux étoffes très colorées. Celle qui est à l'avant porte un shintiyan aux motifs floraux d'inspiration turque.

Les couleurs de ces vêtements varient, ne serait-ce que selon la richesse des étoffes que la Ghazeyya pouvait porter. La qamis était le plus souvent blanche, quelquefois noire. Très souvent, anteree et yelek, parfois même le shintiyan, étaient à rayures, ou encore de couleur unie. Certaines représentations nous montrent des étoffes de couleurs vives, ou rehaussées de motifs floraux d'inspiration turque ou persane.


Détail de l'aquarelle de Roberts montrant la coiffure typique de fines tresses ornées de piécettes.


Leur coiffure également était caractéristique. Leurs cheveux étaient le plus souvent tressés en de nombreuses petites nattes dans lesquelles se mêlaient des fils de soie et auxquelles étaient accrochées des piécettes produisant des sons lors de leurs mouvements. Elles portaient un petit tarbush rouge rehaussé d'un turban de couleur variable, mais le plus souvent blanc ; sur le front était fixé un disque d'or filigrané, appelé kurs, et des piécettes étaient souvent également cousues au turban.


Une gravure représentant des Ghawazy dans l'ouvrage d'Edward W. Lane, très proche de l'aquarelle de Roberts.


Selon une tradition orientale qu'on retrouve également dans l'Inde musulmane, le bout des doigts, la paume des mains, les orteils et la plante des pieds étaient teints au henné.



La Ghazeyya que Gérome présente comme une "Almée" dansant pour des soldats donne sans doute une idée de ces danseuses en tenue légère évoquées par Lane, même si le ventre dénudé est sans doute à mettre sur le compte de la part de fantasme du peintre occidental.
 

Lane mentionne enfin que certaines Ghawazy, quand elles se produisaient en privé pour un public masculin, ne portaient qu'une tob, sorte de robe en étoffe très légère largement ouverte sur le devant, et le shintiyan.


Gravure montrant le Britannique Edward W. Lane en costume oriental.

Notes :

1- Edward William Lane (1801-1876), orientaliste britannique qui séjourna en Egypte à plusieurs reprises et dont nous reparlerons ; ayant appris l'arabe au Caire, il a laissé une oeuvre importante, dont une Description de l'Egypte, une traduction des Mille et une Nuits, un Dictionnaire Arabe-Anglais ou encore des Morceaux choisis du Coran. C'est dans Manners and Customs of the modern Egyptians (1833-1835), un best-seller à l'époque, qu'il évoque les Ghawazy.

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 08:25

Prenons le prétexte de la Journée de la Femme pour parler d'un personnage historique tout à fait étonnant : la sultane Shagarat ed-Durr1 qui, comme dans l'Antiquité Hatshepsut ou Cléopatre, régna sur l'Egypte à l'époque médiévale. Elle est tout à la fois la dernière représentante de la dynastie ayyubide et la toute première de la dynastie mamlûk ; dans des heures difficiles, elle a su jouer un rôle clé pour l'histoire de son pays. Une femme régnant sur l'Egypte à une époque où la chose est aussi impensable en Occident, cela a évidemment de quoi surprendre. La figure de Shagara ne fait pas l'unanimité et est diversement perçue : personnage secondaire pour les historiens occidentaux des croisades2 aussi bien que pour de nombreux historiens arabes, figure emblématique pour les féministes du monde arabe, support de bien des traditions et légendes attachées à son destin particulier et à sa fin tragique... Une rue du Caire, à Zamalek, porte son nom et son histoire reste fameuse en Egypte.






Esclave mamlûk
d'origine arménienne ou turque arrivée dans l'empire par la cour de Baghdad, ses débuts sont obscurs. On sait par les textes qu'elle fait partie en 1239 des captives du harem du calife abbasside el-Musta'sim. C'est en 1240 qu'es-Saleh Nagm ed-Dîn Ayyûb (1240-1249), l'un des derniers sultans ayyubides d'Egypte, l'achète pour son harem. Elle n'est au départ qu'une concubine et esclave, mais finira par gagner la première place dans le coeur de son mari. Ce serait elle qui aurait incité son époux à faire venir en masse des esclaves mamlûk pour défendre l'Egypte contre les dangers extérieurs, tant les croisés que les Mongols. Toujours est-il qu'il a en effet développé sa propre garde mamlûk stationnée au Caire, sans savoir que cela finirait par être fatal à la dynastie ayyubide.




La vie de Shagara est riche en rebondissements, digne d'un roman. En 1248, quand es-Saleh Nagm ed-Dîn Ayyub est capturé par son cousin en-Nasser Da'ud et emprisonné à el-Karak, Shagara suit son époux ; durant cette réclusion, donne naissance à un fils, Khalîl3. Le souverain exilé est épris de sa beauté, et fasciné par son intelligence ; nul doute que cette réclusion a favorisé leur rapprochement. Un an plus tard, lorsque le sultan libéré revient au Caire, il élève Shagara au rang de première épouse. Elle est ainsi parvenue en relativement peu de temps au faîte du pouvoir.




La croisade du roi de France se termine par la capture de celui-ci, grâce à l'habileté de Shagara à maîtriser les turbulents Mamlûk.


Mais ce n'est là qu'un début. Les événements vont bientôt offrir à l'ambitieuse Shagara l'occasion de se placer au devant de la scène. En juin 1249, Louis IX, roi de France, débarque avec une troupe de croisés dans le Delta et s'empare de Damiette. Le sultan es-Saleh Nagm ed-Dîn Ayyub, qui s'est porté dans la région pour arrêter les croisés, est atteint de fièvres, auxquelles il finit par succomber le 23 novembre, à Mansurah. Shagara convoque alors le chef des Mamlûk, Fakr ed-Dîn, et le chef des eunuques royaux, Gamal ed-Dîn ; elle s'entend avec eux pour taire la nouvelle de la mort du sultan, afin de gagner du temps et de réorganiser les forces égyptiennes. Elle interdit à qui que ce soit l'accès à la chambre du sultan, mais continue à y faire apporter chaque jour de la nourriture ; signe elle-même les documents officiels du nom du défunt... Dans le même temps, elle rappelle de Syrie le fils du sultan, Turan Shah, héritier du trône, pour prendre le commandement des troupes égyptiennes ; il n'arrivera qu'en février 1250. Quand la nouvelle de la mort d'es-Saleh finit par se répandre, Shagara a eu le temps de s'organiser et de prendre le contrôle des affaires. Le roi de France pense que le moment est venu pour ses troupes de marcher sur Le Caire ; il parvient à tuer le chef des Mamlûk, Fakr ed-Dîn, lors d'une escarmouche. Mais en février 1250, les troupes françaises sont écrasées à Mansurah, et Louis IX sera finalement fait prisonnier ; c'est une grande victoire pour les Mamlûk, mais aussi pour Shagara. Après la bataille, les Mamlûk assassinent l'héritier du trône d'Egypte, Turan Shah, qu'ils accusent de favoriser ses propres troupes.



Au premier plan, le mausolée que Shagara fait construire au Caire, en 1250, pour son époux es-Saleh Nagm ed-Dîn Ayyûb, attenant à la madrasa fondée par ce dernier. Là encore, la sultane se montre innovatrice : c'est le premier exemple en Egypte de l'association d'une madrasa et d'un mausolée.



Shagara, elle, garde tout son pouvoir et apparaît comme celle qui est parvenue à sauver l'Egypte du désastre. Habile négociatrice, elle obtient la confiance des Mamlûk, qui la proclament sultane et lui donnent le nom d'Umm Khalîl (« la mère de Khalîl »)4, justifiant son accès au trône par le fait qu'elle ait donné un fils au sultan es-Saleh5. Elle est ainsi la première dirigeante musulmane à pouvoir faire frapper des monnaies à son nom et à régner personnellement ; le sermon du vendredi, dans les mosquées égyptiennes, est prononcé au nom d'Umm Khalîl, sultane d'Egypte ! Elle a l'habileté d'épargner les chrétiens faits prisonniers aux côtés du roi de France, reprend Damiette aux croisés et exige l'énorme rançon d'un million de besants pour la libération de Louis IX.




Elle ne règnera en réalité personnellement que 80 jours sur l'Egypte. Le calife abbasside de Baghdad, dont elle avait été l'esclave dans sa jeunesse et suzerain de principe du sultanat, se montre indigné par le fait qu'une femme soit ainsi placée à la tête de l'Egypte ; il menace de venir en personne nommer un sultan mâle. Est-ce cela qui décide les Mamlûk à changer de stratégie ? Toujours est-il qu'ils obligent Shagara à épouser leur nouveau chef, 'Izz ed-Dîn Aybak, et à abdiquer en sa faveur ; il devient donc sultan, fondant la dynastie des Bahri Mamlûk6. Mais Shagara entend bien continuer à exercer en réalité le pouvoir, considérant le Mamlûk comme un homme de paille. Elle commence par exiger qu'il divorce de son épouse Umm 'Alî, ce qui, un jour, scellera cruellement son destin. La cohabitation entre Shagara et son nouvel époux se maintient tant bien que mal durant quelques années. Aybak est à vrai dire souvent absent d'Egypte, car il doit faire face à l'opposition des Ayyubides de Syrie, à Alep et Damas. C'est donc Shagara qui, dans les faits, en l'absence de son mari, exerce le pouvoir en Egypte. Malgré la duplicité des Mamlûk, les accords passés avec la sultane sont ainsi respectés...



Le drame se noue en 1257, lorsque Shagara apprend que son mari a l'intention de prendre pour seconde épouse une princesse iraqienne. Jalousie, mais surtout inquiétude devant l'irruption d'une rivale qui pourrait bien l'évincer, comme elle a elle-même évincé Umm 'Alî... Elle convoque sur le champ Aybak à la Citadelle ; ce dernier se trouvait à ce moment-là dans les faubourgs du Caire. Le 29 avril 1257, elle l'attire dans les bains du palais, et le fait poignarder à mort par ses eunuques... Geste terrible qui sera lourd de conséquences... La fureur passée, Shagara réalise que ce qu'elle vient de faire est extrêmement maladroit et dangereux. Une tradition affirme qu'elle rassemble ses bijoux et les brise dans un mortier pour qu'aucune autre femme ne puisse s'en emparer.



Le mausolée de Shagara, construit dès 1250 dans la nécropole de Sayyeda Nafisa, au Caire.


Ses sombres pressentiments ne tardent pas à se confirmer : 'Alî, le fils issu de la première épouse d'Aybak qu'elle avait obligé à répudier, fait irruption dans le palais à la tête d'une foule de partisans surexcités. Ils s'emparent de la sultane et l'enferment dans une des tours de la Citadelle. Puis ils la traînent devant la mère d' 'Alî, qui peut enfin assouvir sa vengeance : l'ayant elle-même battue et insultée, elle la livre à ses servantes qui arrachent ses vêtements et la battent à mort avec les savates de bois portées au hammâm ; allusion au meurtre commis sur le sultan dans les bains du palais, bien sûr. Puis le corps de la malheureuse est traîné par les pieds à l'extérieur et jeté presque nu par-dessus les remparts de la Citadelle. Il y reste plusieurs jours, livré aux chacals venus du désert, privé de sépulture. Ce qu'il restera de la dépouille de la seule souveraine médiévale d'Egypte sera finalement rassemblé dans un panier et enterré dans le superbe mausolée qu'elle avait fait ériger en 1250 près des sépultures des saintes femmes dans la nécropole du Caire... Malgré sa fin tragique, elle disposera quand même d'une sépulture digne d'une sultane, qui existe toujours. Revanche posthume ?





 


Notes :

1- Joli nom, puisqu'il signifie en arabe « Arbre de Perle », Il existe de nombreuses variantes : Shajarat ad-Durr (en arabe classique), Shagarat ed-Dorr (en dialecte cairote) ou Shadjarat ed-Dorr (en dialecte sa'idi), ou encore simplement Shagar. J'ai choisi pour ma part d'adopter la forme égyptienne la plus courante, puisqu'il s'agit d'une souveraine égyptienne.
2- Un roi de France, canonisé en plus, capturé par une femme, ça dérange !
3- Qui mourra en bas âge.
4- Son nom de couronnement est el-Malika 'Ismat ed-Dîn Umm Khalîl Shagarat ed-Dorr (la Reine Protection de la Foi Mère de Khalîl).
5- Cherchant à minimiser le rôle de Shagara, certains historiens y voient simplement une tentative des Mamlûk de légitimer leur prise de pouvoir en gardant un lien avec la dynastie ayyubide.
6- Les Mamlûks étaient stationnés au Caire sur l'île de Roda (arabe Rawda) ; comme les Egyptiens appelaient le Nil el-baHr, on surnomma cette première dynastie les Bahri Mamlûk.


Détail du décor intérieur du mausolée de Shagara, au Caire, qui laisse imaginer la magnificence de l'édifice à l'origine.


Sources :

Le passionnant article de David J. Duncan, Scholarly views of Shajarat al-Durr : a need for concensus (angl.)
Touregypt : Shajarat al-Durr and her mausoleum in Cairo (angl.)
Les photos des mausolées viennent du site Archnet, où vous pourrez trouver d'autres photos et des renseignements (angl.).

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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 20:42

On connaît mal, malgré les quelques recherches sur le sujet, l'origine exacte de ces danseuses égyptiennes qu'on appelle les Ghawazy et leur histoire reste encore largement à écrire. A vrai dire, ce sont surtout les voyageurs européens qui en ont parlé beaucoup, car elles vont les fasciner et alimenter jusqu'à aujourd'hui le fantasme occidental de la danseuse orientale. C'est sans doute après avoir assisté à des spectacles de Ghawazy que les Européens ont développé la notion de « danse du ventre » et la plupart des danseuses représentées par les artistes, peintres puis photographes, sont des Ghawazy, même si la confusion est souvent faite avec les Almées. Dans les années 1970-1980, des personnes telles qu'Edwina Nearing ont mené des recherches sur les Ghawazy à partir des bribes d'une tradition déjà hélas en grande partie perdue.







Le terme Ghazeyya

Ghawazy est en fait le pluriel de Ghazeyya, qui serait de la même origine que le verbe ghaza ( غَزَا ) signifiant « faire une incursion, conquérir » 1. Les Ghawazy ont à ce nom une explication : elles seraient les « conquérantes des coeurs » ; mais il se peut aussi que ce terme signifie qu'elles aient été considérées comme des intruses, du fait qu'elles étaient souvent d'une ethnie différente de la majorité de la population, qu'elles étaient itinérantes ou encore par leur statut marginal.

Le terme de ghazeyya se double souvent en égyptien d'une connotation péjorative, comme nous le verrons dans l'article consacré à leur statut social, notamment du fait que certaines se livraient à la prostitution .







Nature et rôle

A l'origine, les Ghawazy sont des danseuses itinérantes qui se déplacent de ville en ville et de village en village, se produisant à l'occasion des fêtes locales ou privées. La plupart des auteurs pensent qu'elles appartenaient pour leur majorité à des minorités ethniques, et plus particulièrement à celles des Nawar 2 et Halabi 3, tribus roms installées en Egypte au Moyen Age. La plupart du temps, les groupes auxquels appartenaient les Ghawazy vivaient dans des campements nomades. Mais il semble qu'un certain nombre se soient sédentarisées dans les villes, notamment les Ghawazy les plus appréciées dont certaines pouvaient parvenir à s'enrichir jusqu'à acheter de confortables demeures. Tandis que les femmes pratiquaient la danse, les hommes de leur groupe ( appelés ghazy ) les accompagnaient en tant que musiciens. Elles intervenaient, seules ou en petits groupes, chez des particuliers pour des fêtes privées, comme les fêtes familiales, mais aussi pour distraire les hommes ; mais elles n'étaient en principe jamais admises dans les maisons de la haute société et les harems, domaine réservé des Almées4. Elles se produisaient également lors de spectacles de rue, en particulier lors des fêtes locales ( mooled ). En règle générale, la Ghazeyya cessait sa carrière de danseuse à partir du moment où elle se mariait ; mais certaines Ghawazy poursuivaient leur carrière, leur époux les accompagnant en tant que musicien. Même s'il arrivait parfois que des Ghawazy épousent des citadins, la plupart des mariages avaient lieu au sein de leur ethnie. La transmission de l'art de la danse se faisait de mère en fille.








Eléments d'histoire  

Certaines traditions font remonter les origines des Ghawazy à l'Antiquité, mais l'hypothèse la plus communément admise est que la plupart soient issues de la migration des Roms de dialecte Domari, les Nawar et Halabi. Il est également possible que les Mamluks aient introduit dans leur sillage des danseuses venues de Perse ou d'Asie Centrale ; ou encore qu'elles soient arrivées plus tard encore avec les conquérants ottomans, au XVIe s. 5  Il apparaît à travers les écrits du XVIIIe s. , époque à laquelle elles émergent véritablement de l'ombre, qu'elles étaient alors relativement bien acceptées dans la société égyptienne ; malgré cette ambiguïté permanente que leur conférait leur statut marginal et le fait qu'elles bousculent les interdits moraux et religieux 6. On en trouve à cette époque semble-t-il dans toute l'Egypte, aussi bien en Haute- et Basse-Egypte qu'au Caire, dans les villages et les bourgs aussi bien que dans les grandes villes. Sous Mohammed Ali, en 1834, les religieux, qui leur reprochent leur immoralité, obtiennent que les Ghawazy soient chassées du Caire ; beaucoup trouveront alors refuge en Moyenne- et Haute-Egypte, principalement dans la région de Qena, Esna7 et Louqsor, où se trouvaient à la fin du XXe s. celles qu'on considère comme les dernières véritables Ghawazy. Certaines reviendront plus tard dans la capitale égyptienne après la levée de l'interdiction, dans les années 1860, mais désormais une page semble tournée et la tradition en partie rompue. Cet exil forcé des Ghawazy au XIXe s. est à l'origine de l'idée de danseuse rurale ou provinciale. Aujourd'hui, on s'accorde en général à dire que l'art des Ghawazy s'est quasiment éteint, laissant place à une forme moderne de raqs sharqi née au XXe s.







Notes :

1- Ce verbe arabe est d'ailleurs à l'origine, à travers le nom dérivé " ghazwa ", du mot français " razzia ".
2- En arabe, on appelle Nooriنوريّ , pluriel Nawar نَوَر  ) les Roms de dialecte Domari installés au Mashreq. Partis d'Inde, les Roms se sont d'abord rendus par l'Afghanistan en Perse et en Anatolie ; une partie se sont dirigés ensuite vers l'Europe, tandis que les ancêtres des Nawar gagnaient le Mashreq entre le XIe et le XIVe s. Les Nawar ont adopté l'Islam et leur dialecte a intégré de nombreux mots arabes ; aujourd'hui, ils sont encore nombreux en Syrie, au Liban, en Palestine et en Egypte, où leur nombre est estimé à 250 000.
3- Nom également donné à une ethnie rom du Mashreq.
4- Depuis toujours, et aujourd'hui encore, la société égyptienne est strictement hiérarchisée.
5- La réalité historique est vraisemblablement un mélange de toutes ces hypothèses.
6- En particulier par le fait qu'elles apparaissaient en public non voilées et la poitrine largement découverte
7- C'est d'ailleurs à Esnah que Du Camp et Flaubert rendront visite en 1850 à la danseuse Koutchouk Hanem, une Ghazeyya qui se produisait pour les touristes de passage et dont Du Camp dit qu'elle était d'origine syrienne, et ancienne maîtresse d'Abbas Pacha.
 

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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 07:16

Nous avions évoqué il y a quelque temps la situation terrible qu'entraîne en Egypte une flambée des prix des produits  de base, en particulier les produits alimentaires, dans le contexte de ce qu'on qualifie pudiquement de " crise alimentaire mondiale " - et on se souvient du reste de la lenteur et de la tiédeur de nos médias européens à en parler. Les choses sont loin de s'être améliorées, et en ce début de Ramadhân la presse égyptienne en souligne à nouveau les effets. A travers une sélection d'articles tirés de la presse égyptienne francophone et anglophone, l'occasion de toucher du doigt cette réalité de l'Egypte du quotidien, loin des impressions touristiques. Sans gâcher l'esprit de ce moment particulier de l'année égyptienne, une réalité dont il nous faut quand même avoir conscience.


La presse égyptienne est unanime : ce Ramadhân s'annonce hélas plutôt morose et la plupart des familles égyptiennes sont inquiètes sur la façon dont elles vont pouvoir faire face aux dépenses ;  d'autant qu'il coïncide cette année avec la rentrée des classes, elle aussi très coûteuse pour les familles modestes. Aussi la plupart des Egyptiens s'en tiendront-ils à l'achat du strict nécessaire. Pour comprendre, il faut d'abord tenir compte des traditions liées au Ramadhân  en Egypte, ce que vous découvrirez au fil des articles : il est d'usage d'inviter pour la rupture du jeûne ( ifTar ) parents, amis et voisins ; certains aliments sont traditionnels, comme ce qu'on appelle en Egypte yameesh (les fruits secs : dattes, raisins et abricots secs, amandes, noix, noisettes) ou les pâtisseries comme le kahk ; on achète des lanternes de Ramadhân, les fawâny1 , et on offre des cadeaux, en particulier aux enfants...  


Les marchés ne connaissent pas l'affluence habituelle, et pour cause : les prix ont augmenté de 30% à 50%. Les difficultés quotidiennes contraignent donc beaucoup de familles égyptiennes à restreindre leurs dépenses pour l'occasion. Voici quelques exemples de prix 2 de produits alimentaires glanés au fil des articles, sachant que le revenu moyen en Egypte se situe entre 400 et 600 LE par mois et que 44% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté ( moins de 10 LE par jour )3 :


Produit

Prix

lentilles 13 LE le kg
tomates 3 LE le kg
pommes de terre 3 LE le kg
noisettes 30 LE le kg
amandes 29 LE le kg
noix 28 LE le kg
poudre de noix de coco 18 LE le kg
raisins secs 21 LE le kg
dattes de 3,50 LE à 30 LE le kg selon la qualité
farine 4 LE le kg
sucre 3 LE le kg
riz 3,75 le kg
riz de qualité supérieure 30 LE le kg
   




Vous verrez qu'il est beaucoup question dans les articles du yameesh, dont beaucoup d'Egyptiens se passeront cette année faute de pouvoir faire face aux dépenses. Les autorités religieuses rappellent que le yameesh n'est pas une obligation, que seule la tradition de rompre le jeûne en mangeant des dattes est conforme à la Sunna.

Le prix d'un fanoos varie entre 10 LE et 4000 LE pour un fanoos traditionnel de fabrication égyptienne, et entre 10 LE et 100 LE pour les modèles importés de Chine. Pour ceux de fabrication égyptienne, une hausse des prix est en partie due à une augmentation de celui des matières premières nécessaires ( au moins 30% ).

A cela s'ajoutent les frais occasionnés par la rentrée scolaire : un cartable, par exemple, coûte entre 50 et 90 LE.


Le gouvernement égyptien a annoncé et pris des mesures, comme le contrôle des prix, le versement quelque peu anticipé des salaires de septembre, ou encore la vente de produits alimentaires de base à bas prix dans les coopératives d'Etat. Pour la première fois, l'Etat va également distribuer des rations alimentaires aux plus démunis, selon une tradition jusque là observée par les particuliers et les associations. Car le Ramadhân est aussi un moment de solidarité, durant lequel il est de tradition de verser l'aumône de Ramadhân ( zakât el-fiTr ) et d'offrir des repas aux plus démunis. Les associations caritatives s'attendent à devoir faire face à une grande affluence, mais beaucoup ont revu leur façon de procéder afin de s'adresserer en priorité à ceux qui sont réellement les plus démunis.



Les liens vers les articles
 :


Dans al-Ahram Hebdo n° 730 ( 3 au 9 sept. 2008, en français ) : les articles de
Doaa Khalifa sur les répercussions de la hausse des prix, Shayma Abdel-Hamid / Samar al-Gamal / Mavie Maher  sur les oeuvres de charité, Aliaa al-Korashi sur la Banque alimentaire d'Egypte. 

- Dans al-Ahram Weekly n° 912 ( 28 août au 3 sept. 2008, en anglais ) : article de
Mona el-Fiqi évoquant essentiellement les difficultés économiques à travers les mesures prises par l'Etat.

- Dans le Progrès Egyptien4 n° 208 ( 1er sept. 2008, en français ) : un article sur les mesures alimentaires gouvernementales ( page 1 ), un autre de Rafik Baracat sur les soirs de Ramadan dans le quartier de la mosquée Sayyeda el-Hussein ( page 4 ) ; et dans le n° 209 ( 2 sept. 2008, en français ) : un article sur la distribution de sacs du Ramadan sous l'égide du PND ( page 2 ) et un article de Hanaa Khachaba sur le fanoos ( page 4 ).

- en bref : un article de
Ramadan A. Kader dans The Egyptian Gazette du 2 sept. 2008 ( en anglais ), un article dans Daily News Egypt du 2 sept. 2008 ( en anglais ).





Notes
:
 

1- fawâny, pluriel de fanoos = lanterne.
2- prix relevés au Caire.
3- Cela n'a pas grand sens de convertir en euros, mais voici quand même le taux de change actuel de la Livre Egyptienne ( LE ) au 2 septembre 2008 : 1 EUR = 7,93 LE
4- Pour le Progrès Egyptien, seul un lien sur la page d'accueil du journal en ligne : vous entrez ensuite le jour, le mois et la page désirés pour y accéder ( format pdf ).
 

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