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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 13:02






Histoire de faire rêver un peu ceux qui ont déjà retrouvé la grisaille, et de partager ce genre d'endroits qui réservent des instants magiques que l'on peut fixer en partie grâce à la photographie, une image de ce genre de paysages de la région toulonnaise qui me porte au rêve depuis l'enfance ; comme il a toujours porté au rêve, depuis des siècles, et donné aux hommes envie d'aller voir ce qu'il y a au-delà de cet horizon...

Nous sommes là sur la presqu'île de Saint-Mandrier, vestige d'un vieux continent en grande partie englouti et ancienne île faisant partie des antiques Stoechades des marins grecs, dans le prolongement naturel des îles d'Hyères. Au lieu des calcaires omniprésents dans la région, on y trouve des roches métamorphiques remontant à l'ère Primaire, avec de ce côté, tourné vers la haute mer à l'opposé de la rade, des falaises abruptes qui témoignent des bouleversements géologiques. Il en résulte une débauche de couleurs, changeantes en fonction des heures du jour et des saisons. Ces couleurs, cette lumière, qui ont attiré les peintres dans notre région...

Au loin, le massif de Sicié, et les rochers jumeaux des Deux Frères. Sicié, qui nous rappelle que la mer fut longtemps non seulement le rêve d'ailleurs et l'espoir de faire fortune dans des contrées lointaines, mais également une permanente source d'inquiétude. Une mer longtemps dominée par les fameux navires " barbaresques ", pour se protéger desquels on avait dressé sur les sommets les " farots ", ces postes de garde permettant de signaler l'arriver de navires potentiellement hostiles ; un système bien rodé, qui permettait dès le Moyen Age de donner très rapidement l'alerte, et dont on retrouve régulièrement les évocations dans les archives locales...

Saint-Mandrier, saint martyr local, ancien soldat dont le casque et la lance figurent sur les armes de la ville, que l'on retrouve sur la porte sculptés de la sacristie de la cathédrale de Toulon. Compagnon du premier évêque et saint patron de Toulon, Saint Cyprien, il se serait retiré en ce lieu alors désert avec Saint Flavien. Mandrianus et Flavianus étaient deux soldats au service d'Alaric, roi des Wisigoths, que Cyprien convertit au catholicisme - comme la plupart des Wisigoths, ils pratiquaient auparavant l'arianisme. Ils suivirent l'évêque à Toulon et se retirèrent dans un ermitage situé sur ce qui était encore une île. Selon la tradition, Mandrianus, Flavianus et Cyprianus subirent le martyre vers le milieu du VIe s. lors de persécutions des ariens contre les catholiques. Et Mandrianus finit par donner son nom à la presqu'île actuelle...

Des rêves de terres lointaines, des peurs ancestrales et les souvenirs de temps troublés, des légendes... Mais aussi un paysage d'une beauté saisissante, jusqu'à présent encore relativement épargné par l'urbanisation, contrairement au côté rade.  Majestueux, ces grands pins penchés par les vents puissants qui viennent régulièrement balayer la côte ; les racines ancrées solidement dans la roche. Le chaos coloré de ces roches arrachées par l'érosion aux falaises, ces plages intactes qui n'ont pas été, comme d'autres, aménagées avec du sable pour satisfaire ce besoin des migrateurs estivaux de se reconstituer des lieux conformes à leur idée du confort balnéaire... Car la réalité de ce pays est ainsi : une nature souvent rude, toute en contrastes violents, façonnée par les remous de la terre dans les temps reculés et perpétuellement changeante au gré de l'érosion ; une lutte permanente entre la terre, la mer et le vent...

Les dernières cigales, celles qui n'ont pas encore trouvé de partenaire pour ce rituel millénaire qui leur sera fatal, tapies sur l'écorce des arbres dont elles épousent à merveille les couleurs, poussent encore ce chant strident qui est synonyme d'été. Un chant de séduction, mais aussi d'amour : l'amour de cette saison bénie où le soleil réveille à la fois les splendeurs antiques ancrées dans notre mémoire et donne au " païs " des allures d'Orient qui ont forgé sa culture.

J'aime rêver sur ces rivages, depuis que je suis " minot ", comme on dit ici... Comme ces rochers, comme ces arbres, comme ces cigales, mon esprit a été façonné par la magie de lieux tels que celui-ci. D'un côté le refuge rassurant des collines qui forment un décor de théâtre grandiose, et de l'autre l'immensité de la mer qui ouvre une porte sur tous les possibles. Le rêve qui s'est glissé dans mes veines à l'aurore de ma vie ne s'est jamais tari. Et lorsque la réalité est trop banale ou pénible, l'amour de cette terre me remplit à nouveau de cette énergie faite d'espoir, de vagabondage de l'âme et de l'idée rassurante que l'ailleurs est toujours là, à portée de main, pour des escapades qui ramèneront toujours à la terre natale...

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Mon Horizon de Provence
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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 14:58




On comprend aisément, en parcourant avec un oeil attentif et un esprit ouvert à la magie des lieux, pourquoi la forêt de la Sainte-Baume, dans le Var, est depuis des millénaires un espace considéré par les hommes comme sacré... Au détour d'un chemin s'offrent, à l'abri de l'un des rares parcelles de forêt provençale encore intactes, des visions qui donnent la mesure de ce que cet endroit pouvait suggérer à l'esprit de nos lointains ancêtres. Minéral et végétal intimement mêlés forment un univers particulier dans lequel on peut encore se sentir, pour un instant, hors du monde et hors du temps. Et quand la lumière d'un soleil clément perce les frondaisons, c'est toujours pour révéler à celui qui sait regarder un peu de la magie de cette forêt...

Ces arbres, ces pierres, furent bien longtemps avant l'arrivée du christianisme, respectés et vénérés par toutes les populations qui se sont succédées dans cette Provence Maritime fille de la Grèce et de Rome autant que des mystérieux Ligures. Les Grecs de Marseille y honoraient, dit-on, l'Artemis d'Ephèse... Et c'est ce lieu enchanteur que choisit Jean Cassien, à son retour d'Egypte, pour établir l'une de ses premières communautés monastiques au désert provençal.  Depuis des siècles, pour les Provençaux, c'est un des lieux les plus sacrés : celui où se serait retirée leur sainte patronne, Marie-Madeleine, dont le tombeau tout proche, dans la basilique de Saint-Maximin, est l'un des grands lieux saints de la chrétienté d'Occident.

Nous reparlerons de cet endroit fascinant, de son patrimoine et de son histoire. Mais pour l'heure, laissons-nous emporter par cette part de rêve à laquelle nous invite une nature fort heureusement protégée...
  

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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 06:57

Les costumes portés ici ne sont pas des costumes traditionnels de la région de Toulon ; comme dans d'autres cultures qu'une culture dominante a essayé d'éradiquer, le "folklore " - je déteste ce mot, mais je n'en trouve pas d'autre - mélange des éléments disparates en cherchant à se réapproprier des éléments de cette culture, un lien ayant été irrémédiablement rompu... Je sais, je chipote !

Mais peu importe, c'est toujours quelque chose de particulier lorsque les rues de la vieille ville résonnent à nouveau de la musique traditionnelle de Provence, comme un écho dans nos vieilles pierres...

Un petit élément de culture provençale au passage. Vous apercevez en tête les tambourinaire, avec cette percussion caractéristique, le tambourin, qui s'accompagne du galoubet, flûte dont on joue d'une main tandis que l'autre bat le tambourin. Le fifre, c'est autre chose : pas possible de jouer en même temps du fifre et du tambourin, puisque que le fifre est une flûte traversière qui se joue à deux mains ; on a donc les tambourinaire, qui jouent du tambourin en s'accompagnant du galoubet, et les fifraire, qui jouent du fifre - bon, un " fifraire " chez nous, c'est aussi autre chose, mais ce serait trop long à expliquer...
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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 21:50

Ma Provence, celle de la côte varoise, c'est aussi celle de ces oiseaux marins qui sont omniprésents dans notre ciel, même en ville. Contrairement aux étourneaux qui ne font que passer, eux sont là toute l'année. Lors d'une pause déjeuner au bord de mer, à la faveur du retour du soleil, je suis allé vous en photographier quelques-uns dans le quartier du Mourillon.



mouettes-mourillon.jpg


J'y ai surpris un groupe de mouettes rassemblées au pied de l'une des jetées de la plage, pour s'abriter du vent qui soufflait fort ce jour-là. Vous me direz : oui, ce sont des mouettes, perchées sur des rochers ou flottant tranquillement sur les flots. Oui mais regardons de plus près...


mouette-rieuse.jpg
Une mouette rieuse.

On y trouve une majorité de mouettes rieuses, les plus répandues sur nos côtes ; en Provence, on les appelle des " gabianolo ", puisqu'elles sont parentes des goélands. Elles ressemblent beaucoup à ces derniers, mais sont plus petites, plus frêles et ont un bec plus étroit. Elles portent bien leur nom, et viennent souvent " rire " au-dessus de nos têtes en pleine ville ; leur cri caractéristique leur a valu leur nom. Sympathiques, donc, perpétuellement affamées et très curieuses. En hiver, elles ont une petite tache sombre de chaque côté de la tête.


mouettes-rieuses-copie-1.jpg
Mouettes rieuses dont on voit bien la petite tache latérale du plumage d'hiver.


mouette-melanocephale.jpg
Une mouette mélanocéphale, posant fièrement sur son rocher.


Mais parmi ces mouettes rieuses, on distingue aussi quelques cousines, les mouettes mélanocéphales, qui se distinguent par leur tête noire et leurs ailes gris perle. Elles font bon ménage et à vrai dire très proches, au point qu'on peut les confondre, en particulier à la saison des amours.


juvenile.jpg
Une mouette mélanocéphale juvénile.


juvenile-au-bain.jpg
Bon aller, je vais prendre un bain, elle a l'air bonne...


Un peu plus loin, c'est une mouette mélanocéphale juvénile que j'ai rencontrée, surprise alors qu'elle allait prendre un petit bain. J'avoue que je ne le savais pas et que je me demandais bien à quelle espèce elle appartenait ; c'est en rentrant à la maison et en faisant quelques recherches que j'ai su à qui j'avais affaire. Très différente des adultes, n'est-ce pas ?


gabian_nageant.jpg
Un gabian se laisser porter par les flots.


Et la star de nos oiseaux de mer, c'est le gabian, comme nous l'appelons en provençal * : le goéland leucophée, de son nom scientifique. C'est un goéland de taille moyenne, mais déjà un oiseau de belle taille. Le gabian a assez mauvaise réputation, car il est vrai qu'il est en général relativement aggressif ; mieux vaut ne pas l'importuner, il a un bec puissant ! Il est un peu roublard aussi, le gabian ; d'où le fait qu'en provençal, un " gabian" c'est aussi quelqu'un qui n'est pas très fiable, voir un escroc. Il est vrai que le gabian ( l'oiseau ) vous regarde souvent l'oeil en coin, comme si de rien n'était...



J'en ai même filmé une - la mouette mélanocéphale juvénile. La vidéo n'est pas de très bonne qualité, car réalisée avec mon appareil photo numérique par forte luminosité, désolé...

* si vous l'appelez " goéland ", on saura tout de suite que vous n'êtes pas d'ici... Et si vous n'êtes pas d'ici, vous pouvez vous demander ce que peut bien être un " gabian "... hihi !
 

Références et liens

Si vous voulez en savoir plus sur ces oiseaux de mer, je vous renvoie à des articles de Wikipedia les concernant, qui contiennent les informations essentielles et  indiquent des liens intéressants :

- la mouette rieuse
- la mouette mélanocéphale
- le goéland leucophée, notre gabian provençal

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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 05:37

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L'un des éléments architecturaux les plus remarquables de Toulon est une porte monumentale qui marquait autrefois l'entrée principale de l'Arsenal, d'où le nom qu'on lui donne couramment : la Porte Principale. Epargnée par les bombardements de la seconde guerre mondiale, elle sert aujourd'hui d'entrée au musée national de la Marine, après avoir été déplacée de 90° en 1976. Son intérêt artistique lui a valu d'être classée Monument Historique dès 1910.


Quelques mots en préambule sur l'arsenal de Toulon. Au moment de la réunion de la Provence à la France, à la fin du XVe s. , Toulon n'est qu'un port de second plan. Louis XII est le premier roi de France à en pressentir l'intérêt stratégique, mais il faut attendre l'extrême fin du XVIe s. pour qu'Henri IV y fonde l'embryon d'un arsenal royal. Si Richelieu développe dans les années 1630 le parc royal de la Marine, c'est Louis XIV qui créera véritablement l'Arsenal à partir de 1678, consacrant la vocation de port militaire que Toulon a toujours.

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Un détail du décor sculpté évoque deux éléments marins liés au Toulon d'alors : le murex, pêché depuis l'Antiquité, et qui était consommé par les Toulonnais ; le corail, qui rappelle qu'on exploitait encore le corail rouge dans la région à cette époque.


La Porte Principale a été construite sous Louis XV, en 1738. Les plans en furent commandés à un maître sculpteur de la Marine, Lange Maucord. En effet, l'Arsenal employait un certain nombre d'artistes, peintres et sculpteurs, auxquels était confiée la décoration des navires. Maucord s'adjoignit pour la réalisation du décor deux artistes toulonnais : son gendre Verdiguier et Joseph Hubac. Cette rencontre entre commande royale et réalisation par des artistes provençaux explique que le goût classique venu du domaine royal soit ici tempéré par le goût décoratif baroque provençal, contrairement à certains édifices de l'époque de Louis XIV dont le style avait été importé du Nord. 


detail-centre.jpg

La partie centrale est inspirée des arcs de triomphe antiques, non seulement pour satisfaire aux exigences de la mode mais surtout pour marquer la puissance du roi et proclamer les victoires de sa marine.


L'ensemble est conçu comme un arc de triomphe inspiré de ceux de l'Antiquité romaine : une baie centrale en plein cintre flanquée de chaque côté par un ressaut doté de deux colonnes, avec un attique surmonté de deux grandes sculptures représentant Mars et Minerve encadrant l'inscription de dédicace. C'est l'ordre toscan, version romaine du dorique, moins austère que celui-ci, qui a été choisi. Le mur auquel la porte est intégrée est lui-même flanqué de volutes baroques de type "jésuite", rappel de l'architecture du XVIIe s. Le tout est coiffé du blason royal entouré de trophées d'armes, de chaque côté duquel des putti dressent des ornements végétaux. 


colonne.jpg

Le marbre cipolin des colonnes est magnifique ; le marquis de Seignelay, qui les avait ramenées de Grèce, ne les avait pas utilisées. 

Les quatre superbes colonnes de marbre cipolin avaient été ramenées de Grèce par le marquis de Seignelay (1651-1690), fils de Colbert et comme lui Secrétaire d'Etat de la Marine. Pour le reste, la porte joue sur le contraste entre la blancheur de la pierre de Calissanne, qui forme le soubassement et les sculptures de la partie supérieure, et la pierre jaune et tendre des reliefs situés entre les colonnes ainsi que de la frise. 

A présent que les caractères généraux sont posés, attachons-nous à examiner en images quelques détails

blason_porte-arsenal.jpg

Le grand blason royal, entouré du collier des ordres royaux de St-Michel et du St-Esprit, est flanqué de trophées guerriers : drapeaux, canons, fusils, faisceaux. Il est abrité sous une large coquille qui évoque la marine. Martelées sous la Révolution, les fleurs de lys avaient été remplacées au XIXe s. par une ancre de marine ; c'est lors des restaurations des années 1970 qu'on les a rétablies.

frise_centre.jpg

La frise alterne triglyphes et métopes ornées d'ancres ou de boucliers ; au-dessus, des rosettes et acanthes, tandis que les chapiteaux des colonnes sont rehaussés d'un rang d'oves : le tout montre une parfaite maîtrise du vocabulaire antique. L'imposte de ferronnerie, qui rappelle celles du XVIIe s. , a été réalisée au XIXe s. en même temps que les actuels vantaux de bois sculpté.

mars_porte-arsenal.jpg

A gauche, Mars, sculpté par Verdiguier, dans un goût baroque très provençal...

minerv_porte_arsenal.jpg

... et à droite Minerve, réalisée par Lange Maucord dans un style plus classique.


deco_gauche_haut.jpg

deco_gauche_bas.jpg

Les bas-reliefs situés entre les colonnes, à gauche...

deco_droite_haut.jpg

deco_droite_bas.jpg

... et à droite de la baie centrale, dus eux aussi à Verdiguier, présentent des trophées d'armes d'une grande finesse ; ils mêlent des éléments de la marine du XVIIIe s. (mâts brisés avec leur voilure déchirée, piques, sabres d'abordage, ancre, gouvernail, épée d'officier, drapeaux, proue de galère ornée d'un griffon, rame, baïonnette, mais aussi instruments de musique provençaux) et éléments antiques (trident, boucliers, carquois garnis de flèches, arcs), ainsi que des végétaux aquatiques et des coquillages.




Références bibliographiques et liens

Pour les livres, vous trouverez les références sur la page de la bibliothèque du blog consacrée à Toulon et sa région.

Sur le web, Netmarine présente une page sur le sujet des monuments de l'Arsenal.

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 10:01

Tous les ans, en hiver, on voit apparaître dans le ciel des nuages aux formes mouvantes, des nuages vivants aux centaines d'ailes qui battent en rythme saccadé. Les arbres aux branches dégarnies se couvrent d'un feuillage de plumes, aux petits cris stridents. Les étourneaux sont de retour. Autrefois, la région côtière toulonnaise était essentiellement composée de marécages et ces migrateurs y trouvaient un refuge idéal et de la nourriture en abondance. Au fil des siècles, les hommes ont asséché les marécages, pour y établir leurs cultures, mais aussi leurs villes - une grande partie de la ville de Toulon est elle-même construite sur des marécages asséchés par les Romains, puis sous Henri IV et Louis XIV. Mais les étourneaux ont gardé l'habitude transmise par leurs ancêtres et viennent toujours hiverner ici ; tant pis si leurs marécages ont disparu, ils ont trouvé d'autres sources d'approvisionnement et tout arbre leur est bon pour se percher. Le matin, on les voit s'envoler en nuages compacts vers la campagne avoisinante à la recherche de nourriture, formant dans la pâleur du ciel d'hiver des figures dignes d'acrobaties aériennes ; et le rituel reprend le soir, lorsqu'ils reviennent en ville nicher pour la nuit.


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En France, l'étourneau est considéré comme " nuisible ", on lui déclare la guerre, on prend des mesures pour le chasser ; stupidité des hommes occidentaux qui ont coupé leurs liens avec la nature et ne savent plus apprécier un spectacle que les siècles et le " progrès " n'ont pas encore anéanti. On se plaint des fientes (certaines années, quand ils sont nombreux, certains trottoirs en sont couverts, il est vrai), mais après tout cela nous change des crottes de chien au sujet desquelles on trouve moins à redire. On se plaint du bruit de ces milliers de petits gosiers ; pourtant il est bien plus agréable que le tumulte de nos voitures...

Personnellement, j'aime cette saison où reviennent les étourneaux, elle fait partie de ces hivers que j'ai toujours connus. C'est une occasion de méditer sur la vanité de la puissance que l'humain exerce sur le monde : bien que nous cherchions à dominer la nature à tout prix, elle conserve ses droits millénaires et se fiche bien de nos prétentieuses inventions. Nos villes auront depuis longtemps disparues que les étourneaux reviendront encore et encore pour la saison d'hiver... A moins qu'on ne les ait d'ici là exterminés ; chaque année, ils sont moins nombreux, et le spectacle de leur rassemblement migratoire n'est plus que le pâle reflet de ce qu'il a été.


etourneaux-toulon-2.jpg


Le ciel du Caire a le soir ses vols de pigeons ; celui de Toulon a en hiver ses vols d'étourneaux. Entre les deux, il y a un gouffre de différence dans l'approche de la présence de l'animal en ville... A méditer aussi, non ?




Liens et compléments :

Pour en apprendre plus sur l'étourneau sansonnet, voici un
lien qui vous présentera cet oiseau qui anime notre ciel hivernal.

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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 11:53

Comme je vous le disais dans un précédent article, le Noël provençal a commencé. Le 4 décembre, après avoir mis à germer les grains de blé et les lentilles, le temps est venu de sortir les santons du carton dans lequel ils dorment à l'abri le reste de l'année, emballés dans du papier de soie, et de "monter la crèche". Toute une installation : du papier rocher pour façonner le décor, des plantes sèches pour la végétation, un ciel étoilé de papier, des calloux pour représenter les rochers... Nous reparlerons dans un prochain article de la tradition de la crèche et de certains de ses personnages incontournables. Pour l'instant, je voulais juste vous montrer la crèche que j'ai installée, ne dérogeant pas à la tradition. Cette crèche est un peu particulière, car j'achète les santons bruts et je les peints moi-même : certains selon ma fantaisie ou l'inspiration du moment, d'autres en m'inspirant de costumes provençaux anciens, si possible du Var.

creche-3.jpg

Ca y est, la maison prend des allures de Noël : la crèche a envahi le dessus de la cheminée.



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Cette année, pas de maisonnette ni de village : on en revient à la simplicité originelle ; la Sainte Famille s'est abritée dans une grotte, et les santons traversent la campagne, dans un paysage de montagnes qui rappellent nos propres paysages.



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Les premiers santons sont déjà arrivés devant la grotte. Au premier plan à gauche, Frédéric Mistral qui tient dans ses mains le manuscrit de son poème épique "Mirèio" ; accompagné justement de Mireille, en costume d'Arlésienne, et de Vincent, son vannier. A côté, Marto, le femme à l'ail, car nous le verrons le soir de Noël le repas traditionnel provençal est en principe l'aioli. On aperçoit aussi les Boumiano ( = les Gitanes),  un moine franciscain pour rappeler que c'est st François qui a inventé la crèche, lou Conse ( = le maire) et son épouse en grande conversation avec lou curat ( = le curé) et un cardinal, lou tambourinaïre ( = joueur de tambourin et de galoubet), ainsi que lou Ravi et la Ravido...



creche-2.jpg

A cette période, mon bureau se transforme en atelier de décor des santons. Achetés bruts, ils reçoivent un décor peint qui occupe des heures où on ne pense à rien d'autre. Ce qui est amusant, c'est qu'on a l'impression petit à petit de leur donner vie, en particulier quand, en général à la fin, on peint les détails du visage, yeux et bouche. Certains rejoindront ma collection, mais la plupart seront offerts à des proches qui déjà s'inquiètent de savoir si j'ai commencé à peindre les santons...

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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 07:00

saintebarbe.jpg
Sainte Barbe, d'après un manuscrit médiéval : son attribut est la tour, et elle porte la palme en tant que martyre.


Aujourd'hui, c'est un jour important dans toute la Provence : la Ste Barbe. Cette fête familiale marque le début du Noël provençal, qui est sans doute la grande fête de l'année dans notre région, celle à laquelle sont restées attachées le plus de traditions. C'est le jour où les Provençaux font sortir de leur carton les fameux santons et installer la crèche, dont nous reparlerons dans une autre article ; crèche qui ne sera démontée que très tard, pour la Chandeleur. Mais surtout, c'est le jour d'un petit rituel familial qui remonte à l'Antiquité et qui est indispensable à tout Noël provençal qui se respecte : la plantation du blé et des lentilles.




blestbarbe.gif

Le blé, symbole de fécondité et de fertilité agricole...

 

 

Le 4 décembre, en effet, on met à germer dans de petits récipients, sur de la mousse ramassée dans la colline ou le plus souvent sur du coton, des grains de blé et des lentilles ; en principe, on prépare 3 récipients, le chiffre 3 étant essentiel dans la symbolique de Noël en Provence. Ce sont souvent les enfants qui se chargent de cette tâche. Tous les jours, jusqu'à Noël, on va maintenir la mousse ou le coton humides de façon à ce que les grains germent, ce qui intervient au bout de quelques jours déjà. Autrefois, selon si les grains germaient facilement ou non, selon la qualité des pousses, on y voyait de bons ou mauvais présages pour l'année à venir. Le 24 et le 25, on liera les pousses avec des rubans rouge et or, aux couleurs de la Provence, et on placera les récipients soit sur la table du repas familial pour l'une d'entre elles, soit dans la crèche, pour les deux autres. Ensuite, on laisse les pousses se dessécher. En principe, les pousses doivent être conservées jusqu'au démontage de la crèche, à la Chandeleur. A la campagne, on enterrait ensuite les pousses aux extrémités des champs pour assurer la fertilité. En ville, on les laisse tout simplement se dessécher.


saintebarbe-2.gif  
... et les lentilles, symboles elles aussi de germination, mais également, de par la forme de la graine de lentille, de prospérité.



Cette tradition, certains prétendent qu'elle remonterait à l'époque grecque. En réalité, elle a été amenée en Provence par les Romains depuis l'Egypte. L'Egypte, me direz-vous ?! Il y a là de quoi passer pour un "fada " ! En effet, le culte d'Isis s'est répandu rapidement dans tout le monde romain, y compris bien sûr en Provence. Or, l'une des cérémonies liées au culte d'Isis et de son époux Osiris consistait à faire germer des grains de céréales dans de petites figurines de terre. Ce sont les "Mystères d'Osiris ", connus entre autres par les textes du temple de Denderah, et durant lesquels on fabriquait ces figurines d'Osiris Khenty-Imentet et de Sokar-Osiris. Ces cérémonies avaient lieu durant le mois de Khoiak, dernier mois de la saison Akhet (l'inondation du Nil, symbole de renouveau et espoir de germination) qui correspond à peu près à la mi-novembre de notre calendrier. Mon amie Tifet, étudiante en égyptologie, vous en explique très bien le déroulement dans un article qu'elle y a consacré sur le forum Aetas, que je vous invite à consulter.



osiris-vegetant-papyrus-jumilhac.jpg

La figure d'Osiris en germination sur une représentation du papyrus Jumilhac.



Comment a pu s'opérer ce glissement de la religion de l'Egypte ancienne jusqu'au christianisme provençal ? Nous l'avons vu, les Romains ont adopté entre autres cultes orientaux celui d'Isis, associée à son époux Osiris ; des Iseum, temples d'Isis, ont été retrouvés dans tout l'empire. Le culte d'Isis est l'un de ceux qui ont résisté le plus longtemps à la christianisation, jusqu'aux IVe-Ve s. Il a donné également naissance à un autre symbole important du christianisme, comme nous en reparlerons dans un prochain article : celui de la Vierge à l'Enfant, directement issu de la figure d'Isis allaitant Horus-Harpocrate. Le glissement s'est opéré naturellement dans le cas des plantations de la Ste Barbe, puisque l'on y retrouve les symboles de fécondité et de renaissance qui président aux fêtes de Noël ; quant à la période de l'année, elle correspond à peu près et il n'a pas dû être très difficile de l'associer aux pratiques populaires préparant cette fête importante.


khoiak-philae.jpg



Le rituel osirien de Khoiak d'après un relief du temple d'Isis à Philae.



Et voilà comment, sans le savoir bien souvent, les Provençaux perpétuent une tradition très ancienne qui nous vient de l'Egypte antique !

 


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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 08:54

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Ma Provence, c'est avant tout celle du bord de mer, ces rives de la Méditerranée sur lesquelles je suis né. La Provence varoise, souvent  oubliée quand on parle de Provence, et pourtant restée authentique loin des clichés. Avec ses contrastes, ses couleurs et sa lumière particulières. Son horizon maritime qui rend possibles tous les ailleurs, une formidable ouverture sur les rêves lointains ; et ses collines qui cachent pudiquement les beautés de l'arrière-pays.



Je suis attaché à ce pays, c'est lui qui m'a façonné. Mais sans chauvinisme aucun, avec le plaisir de partager, car mes aïeux un jour sont venus d'ailleurs, je ne l'oublie pas. 



Oui, dans de tels paysages, tout est possible.

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Papyrus D'identité

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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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