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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 08:15

Nous rencontrerons aujourd'hui un autre Français du XVIe s. qui s'est rendu en Egypte et nous en a laissé un très intéressant récit intitulé :  Les Voyages du seigneur de Villamont, Chevalier de l'Ordre de Hierusalem, Gentilhomme du pays de Bretaigne (éditeurs Claude de Montroeil et Jean Richer, Paris, 1595). Faisons d'abord connaissance avec le personnage et son livre, puis dans un second article nous pourrons voir les détails de son voyage en Egypte et découvrir un choix de citations.


Page de garde de l'édition originale de 1595 des Voyages du seigneur de Villamont.



On sait peu de choses de Jacques de Villamont, gentilhomme breton et chevalier de l'Ordre du St-Sépulcre de Jérusalem1, né vers 1558 et mort vers 1625. Comme il le suggère lui-même dans sa préface des Voyages et dans le choix du personnage auquel il dédie ce livre, il est un militaire2. Il semble avoir été lié aux troubles de la Ligue en Bretagne, puisqu'il ferait partie des gentilshommes attachés à François de Carné, seigneur de Rosampoul et gouverneur de Morlaix, lors des intrigues du duc de Mercoeur avec l'Espagne dans cette province. Il publie également à Rouen, en 1597, un traité d'escrime traduit de l'italien3, ayant été l'élève du fameux maître d'armes italien Girolamo Cavalcabo ; il le dédie à Charles de Cossé, maréchal comte de Brissac, à l'entourage duquel il appartient alors. La réédition de 1600  de ses Voyages le présente comme " gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy  ", alors que l'édition originale de 1595 mentionnait simplement " gentilhomme de Bretagne ".  Le sieur de Villamont se serait par la suite retiré en Bourgogne, à Savigny-lès-Beaune, vers la fin de sa vie.



La croix des chevaliers du St Sépulcre de Jérusalem, les cinq croix représentant les cinq plaies du Christ crucifié.


En tout, l'incroyable périple du sieur de Villamont dure plus de 3 ans, de juin 1588 à septembre 1591. C'est qu'il s'agit d'un voyage destiné à apprendre et à se former, dans des domaines variés outre celui des armes ; il dit dans sa Préface en être revenu plus " poly " (c'est-à-dire, dans le langage de son époque, portant la marque de la culture et du bon ton) et " propre aux affaires ". Parti de Bretagne en juin 1588, il prend le temps de voyager en Italie avant de s'embarquer pour Jaffa. Concernant le voyage en Orient, les motivations de Villamont, en tant que chevalier du St-Sépulcre, mais aussi comme nombre de ses contemporains, sont avant tout religieuses : sa priorité est de faire le pèlerinage vers les lieux saints de Palestine et d'Egypte. Mais comme ses contemporains aussi, il s'intéresse à tout ce qu'il peut observer, aussi bien les moeurs que les plantes, les animaux, les monuments... Sa démarche elle-même est originale, car il paraît convaincu que l'on a beaucoup à apprendre des voyages à l'étranger4. Il montre à plusieurs reprises qu'il a connaissance d'autres récits de voyage, comme celui de Pierre Belon.  Etonnant pour un chrétien de son temps, alors qu'il séjourne plus de 5 mois en Egypte, il ne fait pas le pèlerinage au mont Sinaï. Puis il revient en Europe depuis Alexandrie, débarque à Venise en juillet 1590 et il ne rentrera en Bretagne qu'en septembre 1591.



Le quatrain qui figure à la fin de la Préface au Lecteur (la gravure servant de fond à ce montage est tirée de l'ouvrage de Pierre Belon, celui de Jacques de Villamont ne présentant aucune gravure).


Son voyage en Orient commence par la Terre Sainte et ce n'est donc que dans le 3e livre de son ouvrage que le sieur de Villamont évoque l'Egypte. L'usage d'alors voulant qu'on dédie son livre à un grand personnage, auquel on est en général lié ou redevable, il adresse le sien à Guy de Scépeaux, duc de Beaupréau5, militaire comme lui6. Il dit dans son adresse au lecteur qu'il a d'abord conçu le récit de ses voyages de jeunesse comme un mémoire pour lui-même, mais que des amis l'ont engagé à le publier. Il y voit un document qui pourrait être utile aux autres voyageurs français7. La première édition obtient l'autorisation du roi Henri IV en 1595, soit peu de temps après son retour. De nombreuses rééditions suivront rapidement8. L'une de ses originalités est qu'il est un des premiers à donner des informations pratiques, comme le change des monnaies, ce qui en fait en quelque sorte aussi un guide de voyage en Orient. Villamont note scrupuleusement de nombreux détails, rapporte volontiers des anecdotes. Il parle ainsi, au Caire, de sa rencontre avec un singulier personnage, le baron de la Faye, gentilhomme français converti à l'Islam, l'un de ces " rénégats " dont nous reparlerons prochainement.


Une leçon qui nous est donnée, par-delà les siècles, par un voyageur curieux de tout ce qu'il rencontre, même s'il n'en conserve pas moins parfois les préjugés de son époque.


Ce récit de voyage aura un grand succès et restera longtemps une référence mentionnée par de nombreux voyageurs et scientifiques par la suite ; il figurera dans de nombreuses bibliothèques de lettrés. Chateaubriand, par exemple, l'évoque encore dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem au XIXe s.




Notes :

1- L'Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem est un ordre chevaleresque militaire et religieux fondé dès 1099 pour la protection des lieux saints ; Jacques de Villamont consacre dans son livre un appendice à cet ordre auquel il appartient.

2-  " (...) te priant de me vouloir excuser (...) si mon langage n'a esté enrichy de quelques belles fleurs d'eloquence, (...) attendu que je n'ay employé mon temps à suivre la trouppe des muses, mais plutost me suis adonné, voyageant par diverses provinces, à l'exercice des armes, comme propres et convenables à ma condition. " (Préface au Lecteur)

3-  Traité ou instruction pour tirer des armes, de l'excellent Scrimeur Hieronyme Calvacabo, Bolognois, avec un discours pour tirer de l'espee seule, fait par le deffunct Patenostre de Rome, traduit de l'italien en François par le seigneur de Villamont, Chevalier de l'Ordre de Hierusalem, & Gentilhomme de la chambre du Roy, réédité plusieurs fois de 1597 à 1617.

4-  " Entre les moyens que les anciens ont recherché pour acquerir la science de regir & gouverner les grands estats, & republiques, celuy semble avoir esté le principal & plus certain que l'experience & la cognoissance des gouvernemens estrangers apporte, pour ce que sur leur modelle on bastit telle forme qu'on veut, prenant des uns & des autres ce qui est bon, et delaissant le contraire. " (Préface au Lecteur)

5-  Les Scépeaux sont une vieille famille de la noblesse d'épée du Maine et d'Anjou, au service du roi de France depuis le XIIe s. Il pourrait s'agir de Guy de Scépeaux, duc de Beaupréau et comte de Chemillé, mort au service du roi Henri IV en Poitou en 1597, personnage d'une certaine importance qui préside en 1579 les Etats de Bretagne à Nantes. Sa fille unique Jeanne de Scépeaux épousera en 1610 Henri de Gondi, duc de Retz .

6- " capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances de sa Majesté ".

7-  " De moy (Amy Lecteur) je confesse avoir esté dés ma jeunesse fort curieux de voir pour apprendre, à quoy j'ay employé un fort long temps tant en l'Europe qu'en Asie, apportant tout ce que j'ay peu de diligence & d'exacte recherche, pour m'en retourner avec un esprit plus poly & propre aux affaires, je ne sçay si mon labeur m'a succedé selon mon desir. (...) ay mis par escrit ce que j'ay veu et cogneu de singulier & rare par tout où j'ay esté, dont un autre qui sera employé en meilleurs affaires que je ne suis, pourra faire son profit. " (Préface au Lecteur)

8- Réédité pas moins de 25 fois entre 1595 et 1620 !

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 20:00



Comme nous l'avons vu dans l'article qui lui est consacré, le naturaliste Pierre Belon fait partie de ces Français du XVIe s. qui nous ont laissé un témoignage écrit de leur séjour en Egypte. Il y accompagne un diplomate d'Henri II, le baron de Fumel, dans le double cadre d'une mission diplomatique et d'un pélerinage, et y reste environ deux mois, du début septembre à la fin octobre 1547.


Le trajet du voyage de Pierre Belon en Egypte, avec en pointillés l'excursion vers le mont Sinaï et le trajet de départ en direction de Jérusalem.


Comme avec tous les voyages anciens, la grande difficulté est d'identifier les lieux mentionnés  : selon un usage français, les noms de lieux sont en effet francisés, et souvent de façon très fantaisiste ; d'autre part, on se rend compte qu'il a parfois fait des erreurs de localisation. Fort heureusement, des cartes quasiment contemporaines du récit nous permettent de retracer son périple, au moins dans les grandes lignes. Les dates sont souvent difficiles à déterminer, Belon restant la plupart du temps très vague.


Une Carte de l'Egypte publiée par Abraham Ortelius en 1535, pratiquement contemporaine du voyage de Belon ; surlignés, les lieux que celui-ci mentionne d'Alexandrie au Caire.



Constantinople / Rhodes / Alexandrie (septembre 1547) :

Belon donne des détails sur la traversée, qui permettent d'imaginer le voyage par mer à l'époque :

« (...) lors un vent de Tremontane, c'est à dire septentrional, nous donna en pouppe moult favorable, et tournasmes la proue droict vers Alexandrie, choisissant nostre chemin de droict fil : et ayans le vent à propos, furent mis tous les adjoustemens à la voyle. C'est ce que les Italiens appellent naviguer à voyle Françoise (...). Le bon vent nous fut favorable toute la nuict : et quand il fut jour, nous estions desja si avant en la mer, que nous avions perdu l'isle de veue : lequel vent continua jusques à midy. Lequel ayant cessé (...) voulusmes sçavor en quel endroict pouvions estre. Nous congneusmes par la carte à naviguer que nous estions desja à la moytié du chemin : car lon va avec bon vent de Rhodes en Alexandrie en moins de trois jours, et de trois nuicts. »
(Livre II, chap. XV, p. 92)


Ils quittent Istanbul sans doute au début du mois de septembre, longent les côtes de l'ancienne Asie Mineure jusqu'à l'île de Rhodes, et de là gagnent directement l'Egypte en pleine mer. Belon nous apprend tout de même que le voyage de Rhodes à Alexandrie ne dure que trois jours.







Séjour à Alexandrie (septembre 1547) :

La Colonne de Pompée :

« Le jour d'apres allasmes veoir la haulte Colonne de Pompée, hors la ville, dessus un petit promontoire, à demy quart de lieue d'Alexandrie. La Colonne est d'admirable espoisseur, et desmesurée haulteur, plus grosse que nulle que j'aye jamais veu. Les Colonnes d'Agrippa au Pantheon de Rome n'approchent en rien de son espoisseur et grosseur. Toute la masse tant de la colonne, du chapiteau, que de la forme cubique, est de la pierre Thebaique, de la mesme pierre dont furent faictz tous les Obelisques qui ont esté tirez d'Egypte. Lon dict que Cesar la feit eriger là pour la victoire qu'il obtint contre Pompée. Ceste est si grosse qu'il seroit maintenant impossible de trouver un ouvrier qui par engins la peust transporter ailleurs. »
(Livre II, chap. XXI, p. 95)


Belon dit être resté à Alexandrie " quelques jours " , sans autre précision.  Il y a visité la colonne de Pompée et le lac Mareotis, les " aiguilles autrement appellées Obélisques " (ce qu'on appellera par la suites les " aiguilles de Cleopatre " ) et Pharus ( l'emplacement du phare antique, où se trouve le fort construit par Qayit Bey dont il donne une description ).




Le naturaliste qu'est Belon note scrupuleusement la description des animaux qu'il voit en Egypte et les informations qu'il observe à leur sujet ; cela lui permet de rectifier au passage certaines idées erronées véhiculées sur la seule foi des auteurs antiques. Il s'intéresse aussi bien aux animaux domestiques, comme le buffle, qu'aux animaux étranges comme la girafe et surtout le caméléon, dont il parle à plusieurs reprises.




Voyage d'Alexandrie au Caire :


L'étape à Foua et la campagne égyptienne :

« (...) nous vinsmes loger à une grande ville nommée Foua, c'estoit anciennement une ville grande comme le Caire : et encore pour le jourd'huy il n'y a aucune ville en terre ferme d'Egypte apres le Caire qui soit plus grande que Foua : Elle est beaucoup plus grande que Rosette. A l'opposite de laquelle y a une grande isle cultivée de cannes de saccre, de Sycomores, Palmiers, Colocasses, et toutes sortes de legumes et bleds, et de riz, qui entre autres choses est de grand revenu à Egypte. »
(Livre II, chap. XIX, p. 103)


Pour se rendre d'Alexandrie au Caire, ils longent d'abord la côte  jusqu'à Rosette : c'est là qu'on embarque sur l'un des bras du Nil jusqu'au port de la capitale. De Rosette à Boulaq, il mentionne un certain nombre de villages et villes, dont il n'est pas toujours évident de retrouver les équivalents actuels mais qui sont mentionnés sur les cartes de l'époque : Anguidie, Mahatelimie, Dibi, Nantubes ( actuelle Mutûbis, en réalité située au sud de Birimbal ), Elminie, Berimbal ( aujourd'hui Birimbal ), Diuruth ( auj. Dairût ), Foua ( auj. Fuwa ), Sindon ( sans doute Sindiyûn ) et enfin Boulaq, le port du Caire.







Séjour au Caire :

Le Caire :

«  Les bastimens du chasteau du Caire, les belles chambres et sales, et les peinctures qui y sont, rendent tesmoignage de la magnificence des Sercasses, qui dominoient n'ha pas longtemps à l'Egypte, devant que le Turc les eust vaincuz en bataille. Les murailles y sont revestues de marbre à la haulteur d'un homme tout à l'entour des portes et fenestres, sçavoir est une lisiere de plus d'un pied de large, faicte de marqueterie à la Damasquine, avec des Nacres de perles, d'Ebene, de Cristal, de Marbre, de Coral, et verre coloré. On veoit aussi de pareils ouvrages en quelques maisons du Caire. La plupart des maisons sont couvertes en terrasses à double estage. Ils font faire les portes de leurs logis si petites et basses, qu'un cheval n'y peult entrer, qui est cause qu'il se fault courber quand on entre léans. »
(Livre II, chap. XXXVI, p. 107)



C'est au Caire, que Belon passera l'essentiel de son séjour égyptien - ce qui est naturel, puisqu'il accompagne, ne l'oublions pas, un diplomate et que l'administration ottomane se trouve au Caire. Il y visite : le nilomètre, la Citadelle, " Babylone " ( c'est-à-dire le Vieux-Caire ) et l'église Abu Serga, l'aqueduc, le jardin de Materée ( Matariyeh / Héliopolis ) et l'obélisque d'Héliopolis. Il fait également une excursion à Gizeh, où il visite les pyramides ( avec un récit pittoresque de la visite de l'intérieur de la grande pyramide ), le Sphinx et quelques mastabas. Il raconte également de savoureuses anecdotes.








Excursion du Caire au mont Sinaï :

Comme tous les chrétiens occidentaux qui se rendent alors en Egypte, le baron de Fumel et Belon se rendent au mont Sinaï. Le voyage aller se fait par " Le Sues " ( auj. Suez, en arabe es-Suways ), les Fontaines de Moïse ( auj. Uyun Musa ), Pharangon ( sans doute Feiran, qui permet d'aborder le mont Sinaï par le nord ). Ils visitent le monastère Ste-Catherine et celui qu'il nomme " Saranda Pateres" ou " Quarentapadri ", le mont Sinaï et le mont Oreb.
Le retour se fait par le sud du Sinaï, par Le Tor ( auj. et-Tur ) en remontant le long de la côte vers Suez, et de là retour au Caire.


Le naturaliste décrit aussi les plantes observées en Egypte, ainsi que la façon dont elles sont utilisées ou la forme sous laquelle on les connaît éventuellement en Europe ; comme pour les animaux, il en fera réaliser des bois gravés pour illustrer son ouvrage.


Le départ du Caire vers Jérusalem a lieu le 29 octobre 1547, et l'itinéraire pour gagner la Terre Sainte est difficile à retracer avec précision.






Il est intéressant de donner le sommaire des chapitres de l'ouvrage concernant ce séjour en Egypte ; on y voit que Belon note une foule de détails dans divers domaines, préfigurant le relevé qui sera fait plus tard par les scientifiques de l'expédition d'Egypte. Son livre est ainsi une mine d'informations sur l'Egypte du milieu du XVIe s.



Table du Livre II  :

Chap. I - Que les voyages faicts par mer sont de temps incertain, et le voyage de Constantinople en Alexandrie.

(du chapitre II au chapitre XIV inclus, il évoque le voyage de Constantinople à Rhodes)

Chap. XV - Voyage de Rhodes en Alexandrie.
Chap. XVI - Que les mariniers navigoient anciennement sans l'aiguille et quadran, et sans avoir usage de la pierre d'Aimant.
Chap. XVII - Qu'il n'y a que deux grandes bouches du Nil navigables, ou les grands vaisseaux ronds puissent entrer.
Chap. XVIII - Sommaire du chemin de Constantinoble en Alexandrie.
Chap. XIX - Des deux villes d'Alexandrie, une en Egypte, et l'autre qui estoit Colonie des Romains en Phrygie.
Chap. XX - De la beste anciennement nommée Hyena, et maintenant civette.
Chap. XXI - Discours de diverses choses d'Alexandrie et des Obelisque et gros colosses des Egyptiens.
Chap. XXII - Que Ichneumon est encor pour le jourd'huy gardé privé en plusieurs maisons d'Egypte, et le combat d'un autre qui est aussi nommé Ichneumon Vespa, avec le Phalangion.
Chap. XXIII - Des moeurs des Alexandrins et des déserts de sainct Macario, et de plusieurs autres choses d'Alexandrie.
Chap. XXIV - Voyage de la ville d'Alexandrie au grand Caire.
Chap. XXV - Des choses singulieres trouvées entre la ville d'Alexandrie et la ville de Rosette.
Chap. XXVI - De la ville de Rosette à la bouche du Nil nommée Ostium Canopitum.
Chap. XXVII - Des pescheurs du Nil.
Chap. XXVIII - Voyage par eau de Rosette au Caire, et de plusieurs choses qui sont sur le Nil.
Chap. XXIX - Des grandes villes et villages situées sur le Nil le long des rivages cherchants la commodité de l'eau.
Chap. XXX - Que le Nil mis en comparaison est quasi semblable à la riviere du Pau.
Chap. XXXI - Quelques particularitez de l'Egypte et des Egyptiens.
Chap. XXXII - Description de plusieurs oyseaux et autres animaulx observez le long du Nil.
Chap. XXXIII - De la difference des bateaux qui naviguent sur le Nil, et les arbres les plus communs qui sont es jardins du Caire.
Chap. XXXIV - Que plusieurs ayent mal pensé que les Cameleons vesqussent du seul vent sans rien manger.
Chap. XXXV - De nostre arrivée au Caire, et de ce que nous y avons veu.
Chap. XXXVI - Des maisons du Caire, des jardinages, et de la tour qui enseigne la crue du Nil pour sçavoir la fertilité de l'année.
Chap. XXXVII - Description de la ville du Caire et de son chasteau.
Chap. XXXVIII - D'un grand conduict d'eau qui est entre les ruines de Babylon et la ville du Caire qui porte l'eau du Nil la hault pour abbreuver le chasteau.
Chap. XXXIX - Description du Baume.
Chap. XL - D'un grand Obelisque tout droict aupres du Caire, et des arbres naissans dedens le jardin de la Materée.
Chap. XLI - Que telle maniere de gens ramassée que nommons Egyptiens, sont aussi bien trouvés en Egypte que es autres pays.
Chap. XLII - Observations des Pyramides.
Chap. XLIII - Observation de la seconde Pyramide.
Chap. XLIV - De la troisiesme petite Pyramide d'Egypte.
Chap. XLV - De plusieurs autres Pyramides d'Egypte.
Chap. XLVI - Du grand Colosse nommé par Herodote Androsphinx, et par Pline Sphinge, qui est sculpture devant les Pyramides.
Chap. XLVII - De la Mumie et de l'ancienne maniere de confire ou embaumer et ensevelir les corps en Egypte.
Chap. XLVIII - Des violes des Egyptiens.
Chap. XLIX - De la Giraphe que les Arabes nomment Zurnapa, et les Grecs et Latins Camelopardalis.
Chap. L - D'un moult beau petit boeuf d'Aphrique que les anciens grecs nommerent Bubalus.
Chap. LI - D'une autre maniere de Cerf resemblant a un Daing anciennement nommé Axis, et de la Gaselle anciennement nommée Oryx.
Chap. LII - Des bastelleries qu'on faict au Caire, et d'une espece de Guenon nommée Calitriches.
Chap. LIII - De l'apprest que font ceux qui vont en voyage du Caire a la Mecque.
Chap. LIV - La description de nostre voyage du Caire au mont Sinai avec une recepte singuliere pour apprester la chair a gents qui vont en voyages loingtains.
Chap. LV - La description d'un pays tres profond en l'Arabie déserte.
Chap. LVI - Des plantes qui croissent par les sablons autour du Sues.
Chap. LVII - De douze fontaines ameres dont Pline a faict mention.
Chap. LVIII - Du Canal de la mer rouge.
Chap. LIX - D'un arbre de Rhamnus qui croist aux rivages de la mer rouge.
Chap. LX - De plusieurs arbres d'Arabie, et de ceulx qui portent la laine et des Cameleons.
Chap. LXI - Du premier village que trouvasmes allants au mont Sinai.
Chap. LXII - Du mont de Sinai.
Chap. LXIII - Description du mont Sinai et du mont Oreb.
Chap. LXIV - D'un autre monastere situé au pied du mont Oreb, et du rocher dont issist l'eau aux enfants d'Israel.
Chap. LXV - Des places et lieux saincts en la montaigne de Sinai.
Chap. LXVI - Voyage du mont de Sinai au Tor.
Chap. LXVII - Description de la ville et chasteau de Tor, et des singularitez du rivage de la mer rouge.
Chap. LXVIII - Des bateaux et barques de la mer rouge.
Chap. LXIX - Computation du chemin par journées du Tor au Caire.
Chap. LXX - Du port de Sues au rivage de mer rouge.
Chap. LXXI - Des vases de Porcelaine que lon vent au Caire et du Nitre.
Chap. LXXII - Que l'Ambre jaune n'est minéral comme plusieurs ont estimé, ains est gomme d'arbre.
Chap. LXXIII - De nostre depart du Caire pour aller en Jerusalem.
Chap. LXXIV - D'un petit arbre d'Egypte tousjours verd, qui teinct en couleur rouge.
Chap. LXXV - De plusieurs bourgades en Egypte, sur le chemin de Jerusalem.
Chap. LXXVI - De l'estrange et difficille chemin qui est entre le Caire et Jerusalem.

La suite du Livre raconte le voyage en Palestine et en Syrie, et le retour vers Constantinople.

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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 20:19

fiche-voyage_du-camp-flaubert.jpg



Grâce aux récits de ces deux illustres voyageurs que sont Maxime Du Camp et Flaubert, nous avons un itinéraire particulièrement détaillé, jour par jour, de leur périple à travers l'Egypte. Documentation intéressante, qui montre à la fois quels étaient les sites qui retenaient alors l'attention et la perception que l'on avait du pays, mais aussi préfiguration du voyage en Egypte tel qu'il se développera par la suite à grande échelle. Peut-être aussi des idées de haltes ou de visites pour ceux qui voudraient aujourd'hui marcher dans les pas de ces voyageurs d'autrefois.


carte-voyage-du-camp_flaubert.jpg

Carte sommaire du voyage de Du Camp et Flaubert en Egypte.



NB :
puisque nous nous appuyons sur le récit de ces voyageurs, les noms de lieux seront ici donnés selon leur graphie européenne de l'époque. Des liens vous renvoient vers une page qui est spécifiquement consacrée au vocabulaire et noms de lieux liés aux voyages en Egypte.


du-camp_flaubert_portr.jpg

Maxime Du Camp (à gauche) et Gustave Flaubert (à droite).



4 novembre 1849 : embarquement à Marseille à bord du " Nil ", paquebot des Messageries Nationales.


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Célèbre photo prise par Du Camp à Abou Simbel en 1850.


"Ce fut le jeudi, 15 novembre 1849, vers dix heures du matin, que la terre fut signalée. (...) Toutes les fois qu'une vigie a crié : Terre ! je me suis senti le coeur joyeux, car c'est pour moi la fin de douleurs ridicules ; c'était, cette fois, plus que la délivrance d'un malaise, c'était l'approche de cette vieille contrée mystérieuse, patrie du sphinx, des pharaons, des pyramides, de Moïse, de Cléopâtre, du désert, des palmiers et du Nil."


undefined Alexandrie (11 jours)

15 novembre 1849 : débarquement à Alexandrie et logement à l'hôtel d'Orient.
17 novembre 1849 : visite de la colonne de Pompée et des aiguilles de Cléopâtre.
18 novembre 1849 : excursion à Aboukir, Edkou et Rosette.
19 novembre 1849 : excursion à Rosette et Abou Mandour.
20 novembre 1849 : retour à Alexandrie par Rosette et Edkou.
25 novembre 1849 : embarquement sur une cange sur le canal de Mahmoudieh, puis sur un petit vapeur à Atfeh, en direction du Caire.


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Mosquée du Sultan Barquq au Caire, photo de Du Camp (1849).


"... nous aperçûmes le Kaire précédé par des champs de verdure, adossé aux montagnes blanches du Mokattam, surmonté par des minarets sans nombre et dominé par sa citadelle noire et l'énorme mosquée en albâtre commencée par Méhémet-Ali."


undefined Le Kaire (2 mois et 11 jours) 

26 novembre 1849 : débarquement à Boulaq, port du Caire, et installation à l'hôtel d'Orient. Au bout de quelques jours, déplacement vers l'hôtel du Nil.
1er décembre 1849 : visite place de Roumelie.
3 décembre 1849 : visite de la Citadelle et du Puits de Joseph.
4 décembre 1849 : visite des tombeaux des califes et montée dans le minaret de sultan Barkuk.
7 au 9 décembre 1849 : excursion aux pyramides de Guizeh et campement sous une tente.
10 et 11 décembre 1849 : excursion à Abousir, Mit-Rahineh et Sakkara.
12 décembre 1849 : retour au Caire.
13 décembre 1849 : visite des mosquées de Sultan Hassan et Ibn Touloun.
14 décembre 1849 : excursion vers la forêt pétrifiée.
22 décembre 1849 : visite du tombeau d'Ibrahim Pacha.
23 décembre 1849 : visite à l'hôpital de Kasr el-Aïni.
24 décembre 1849 : visite au Mokattam.
26 décembre 1849 : visite de mosquées et maristan.
27 décembre 1849 : nouvelle visite à la mosquée d'Ibn Touloun et aux tombeaux des califes.
28 décembre 1849 : visite du Vieux Caire, la mosquée d'Amrou.
29 décembre 1849 : promenade à Boulaq.
30 décembre 1849 : nouvelle visite au Vieux Caire.
31 décembre 1849 - 1er janvier 1850 : visite au barrage et retour au Caire par Choubrah.
4 et 5 janvier 1850 : visite au temple d'Heliopolis à Matariyé.
7 janvier 1850 : nouvelle visite à la mosquée de Sultan Hassan.
9 janvier 1850 : mosquées de Sultan Beibars et Khalife Hakem, promenade au Mousky.
10 janvier 1850 : visite de Bab el-Foutouh.
24 janvier 1850 : couvent des Derviches.
5 février 1850 : embarquement sur la cange.


du-camp_sphinx.jpg

Le Sphinx et les pyramides de Gizeh, photo de Du Camp (1849).


"A mesure que l'on approche, les pyramides grandissent, leurs degrés se distinguent, le sphinx apparaît ; un vent tiède souffle du côté du désert et m'enveloppe comme un large baiser."


undefined Moyenne-Egypte (26 jours)

6 février 1850 : départ du Caire à bord de la cange. Mouillage à Kafr el-Ayyat.
9 au 13 février 1850 : trajet de Kafr el-Ayyat à Beni Souef.
14 au 17 février 1850 : excursion à dos d'ânes vers le Fayoum (el-Agegh, Sheikh Guedalla, Medinet el-Fayoum, Abou Gandzer, Abou Gauch, Birket Qaroun) .
18 et 19 février 1850 : repos et visites à Beni Souef.
22 février 1850 : Gebel Teir, halte à Minieh, mouillage à Souadeh.
23 février 1850 : mouillage à Sheikh Abadah.
24 février 1850 : visite des ruines d'Antinoë.
25 février 1850 : mouillage à Syout.
26 février 1850 : visite de Syout.
27 février au 2 mars 1850 : navigation vers la Haute-Egypte. Mouillage à Hamameh, face au temple de Denderah.
3 mars 1850 : halte à Keneh, puis mouillage à Nagadah.


du-camp_memnon.jpg

Un des colosses de Memnon, photographie de Du Camp (1850).


"A une lieue de Médinet-Abou, dans la plaine noircie par le limon desséché, faisant face au Nil, tournant le dos aux contre-forts bleuissants de la chaîne Libyque, isolés, mouillés chaque année par l'inondation, hauts de cinquante-huit pieds, blanchis par les aigles qui s'arrêtent sur leur tête, se dressent les deux colosses dont l'un fut la statue de Memnon."


undefined Haute-Egypte (8 jours)

4 mars 1850 : courte halte à Louqsor.
6 mars 1850 : halte à Esneh et visite du temple.
7 au 9 mars 1850 : navigation vers Assouan. Ile Elephantine.
10 et 11 mars 1850 : visite de la région d'Assouan.



ducamp_abu-simbel.jpg

Abou Simbel, photographie de Du Camp (1850).


"Les salles des deux temples d'Ibsamboul se trouvent plongées dans l'obscurité, car la lumière n'y pénétrant que par la porte suffit à peine à éclairer le pronaos. Pendant que j'y prenais mes notes, je me faisais accompagner de deux matelots portant des bougies qui effrayaient fort les chauves-souris. Une discussion s'éleva entre eux pour savoir à quoi servaient jadis ces chambres immenses : c'était un café, dit l'un ; c'était un bazar, répliqua l'autre. Cette dispute archéologique devint si violente que je fus obligé d'y mettre fin en faisant taire les deux interlocuteurs."


undefined Nubie (29 jours)

12 mars 1850 : passage de la première cataracte. Debod.
14 mars 1850 : halte à Abou Hor.
15 mars 1850 : mouillage à Medik.
16 mars 1850 : halte à Korosko.
18 mars 1850 : visite du temple d'Amada. Halte à Derr.
22 mars 1850 : passage devant Abou Simbel, mouillage à Ouadi Halfa.
23 et 24 mars 1850 : excursion au Gebel Abousir et visite de la 2e cataracte.
25 au 30 mars 1850 : retour pour la descente du fleuve et halte à Abou Simbel.
31 mars 1850 : mouillage à Ibrim.
1er avril 1850 : visite de la forteresse et des chapelles rupestres d'Ibrim. Mouillage à Amada.
2 avril 1850 : 2e visite au temple d'Amada. Arrêt à Korosko.
3 avril 1850 : visite du temple de Ouadi es-Seboua.
4 avril 1850 : étape à Maharraqah.
5 avril 1850 : visite du temple de Maharraqah. Halte à Dakkeh.
6 et 7avril 1850 : visite de l'hémi-spéos de Gerf Hussein à Dakkeh. Halte à Dendour.
8 avril 1850 : visite du temple de Kalabcha et de l'hémi-spéos de Beit el-Oualy.
9 avril 1850 : halte à Tafeh. Visite des carrières et du kiosque de Qertassi.
10 avril 1850 : visite au temple de Debod. Arrivée à Philae.



DuCamp_2e-cataracte.jpg

La 2e cataracte, limite entre la Basse et la Haute Nubie, photographie de Du Camp (1850).



"Large, sinistre, hérissée de rochers noirs, remplie de bouillonnements verdâtres, fourmillante d'arbustes épineux et de plantes vénéneuses, infranchissable pour les barques, la cataracte s'étend sur un espace de six lieues. Nul peuple ne l'habite ; il n'y a sur ses bords ni villages ni maisons ; elle est déserte et muette."


undefined Retour en Haute-Egypte (1 mois et 4 jours)

10 au 16 avril 1850 : séjour à Philae. Départ pour Assouan.
17 et 18 avril 1850 : séjour à Assouan.
19 avril 1850 : visite de l'île Eléphantine. Mouillage à Koubanyeh.
20 avril 1850 : visite du temple de Kom Ombo. Mouillage à el-Mahâmid.
21 avril 1850 : halte au Gebel Silsileh, visite du spéos et des carrières.
22 et 23 avril 1850 : halte à Edfou et visite du temple.
24 avril 1850 : arrêt à el-Kab, visite du temple et des tombes. Visite de l'hémi-spéos et du temple de Ouadi Hellal.
25 avril 1850 : mouillage à Sabayeh.
26 et 27 avril 1850 : 2e séjour à Esneh.
28 et 29 avril 1850 : visite du temple d'Erment. Arrivée à Louqsor.
30 avril au 13 mai 1850 : séjour à Louqsor. Visites de Karnak, Louqsor, Medinet Habou, Gournah, colosses de Memnon, Vallée des Rois, Deir Chellouit, Ramesseum.



du-camp_medinet-habou_8-mai-1850.jpg

Medinet Habou, photographie de Du Camp (1850).


"Nous marchâmes longtemps au milieu des ténèbres épaisses, excitant contre nous les hurlements des chiens lorsque nous passions près d'un village et trouvant notre route à travers les champs moissonnés et les canaux desséchés. Au bout d'une heure j'aperçus à ma gauche une grande masse noire se détachant sur ciel obscur : c'était le palais de Médinet-Abou."


undefined Retour en Moyenne-Egypte (1 mois et 6 jours)

16 mai 1850 : halte à Keneh.
18 au 27 mai 1850 : expédition vers Kosseir. Bîr Ambar, el-Gheta, Gamri Shum, el-Hammamât, Bîr el-Sed, Ôkel Zarga, Abou Ziram, Meghreb Bakhmar, Daoui, Bîr el-Beida, el-Ambedja, Kosseir, el-Mour, el-Magar, Kousourou el-Banat.
28 mai 1850 : visite du temple de Denderah.
29 mai 1850 : Hamameh. Halte à Dechneh.
30 mai 1850 : halte à Balyanah. Visite à Abydos.
2 et 3 juin 1850 : Girgeh. Visite de la mosquée d'Aly Bey.
4 juin 1850 : halte à Akhmim.
5 juin 1850 : halte à Sohag.
6 juin 1850 : halte à Kaou el-Kebir.
7 au 9 juin 1850 : séjour à Syout.
12 juin 1850 : halte à el-Cheguel Guil, visite de la grotte de Samoun.
13 juin 1850 : halte à Amarnah.
14 juin 1850 : halte à Sheikh Abadah.
15 juin 1850 : visite des tombes de Beni Hassan.
16 juin 1850 : halte à Minyeh.
17 juin 1850 : mouillage face au Gebel Teïr.
19 juin 1850 : halte à Garara.
20 juin 1850 : halte à Fechn.
22 juin 1850 : halte à Beni Souef.
23 juin 1850 : mouillage à Saoul.
24 juin 1850 : halte à Dahchour.



du-camp_karnak.jpg

Le temple de Karnak, photographie de Du Camp (1850).



" Une allée de béliers et de sphinx devait autrefois réunir les palais de Louksor à ceux de Karnac ; on ne la retrouve maintenant qu'en arrivant près de ces derniers. Les ruines de Karnac sont fort compliquées et les plus vastes, comme tu le sais, qui soient au monde."


undefined Retour au Kaire (8 jours)


25 juin 1850 : arrivée au port de Boulaq, au Caire.
25 juin au 2 juillet 1850 : séjour au Kaire.


du-camp-1849.jpg

Maxime Du Camp en 1849, l'année où il va entreprendre son voyage en Egypte.


"Tu as raison, cher Théophile*, et je me mets à l'oeuvre. C'est à toi que j'adresserai ces lettres sur l'Egypte et la Nubie, elles te reviennent de droit, car sans ta sage insistance, je ne les aurais peut-être jamais écrites."

* Théophile Gautier, ami de Maxime, auquel il dédicace son ouvrage Le Nil dans sa préface.


undefined Retour à Alexandrie (15 jours)

3 juillet 1850 : arrivée à Alexandrie.
3 au 16 juillet 1850 : séjour à Alexandrie.


17 juillet 1850 : Du Camp et Flaubert quittent l'Egypte pour Beyrouth à bord de l' Alexandre.



Les citations sont extraites de l'ouvrage écrit par Maxime Du Camp sur ce voyage, Le Nil (1853), qui a également servi de référence à la rédaction de cette page.

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 10:20

Parmi les plus anciens récits de voyages français en Egypte, on trouve celui du naturaliste Pierre Belon. Ce nom n'est guère connu du grand public, pourtant il fut un des plus grands savants de son temps et le précurseur de l'anatomie comparée, ainsi qu'un ami de Ronsard et des poètes de la Pléiade.



Portrait de Pierre Belon extrait de l'un de ses ouvrages d'histoire naturelle.


Pierre Belon est né à La Soultière, près du Mans, en 1517, dans une famille modeste. Il entre au service de René du Bellay (1500-1546), évêque du Mans, qui encourage son goût pour l'histoire naturelle et lui permet d'aller étudier la médecine à Paris. Ayant obtenu son doctorat, il part en 1540 en Allemagne, à Wittenberg, pour y étudier la botanique auprès de Valerius Cordus. De retour à Paris, il obtient la protection de puissants ecclésiastiques, comme l'évêque de Clermont 1 ou le cardinal de Lorraine 2, et surtout le cardinal François de Tournon 3. Ce dernier lui fournit un logement à l'abbaye de St-Germain-des-Prés 4, mais surtout lui permet de réaliser son voyage en Orient 5, qui durera de 1546 à 1549  ; parti de Venise, Belon se rend d'abord à Istanbul 6, puis de là en Egypte et en Terre Sainte avant de repartir vers la capitale ottomane. Revenu en France, Pierre Belon publie divers ouvrages, dont le récit de son voyage, et reçoit du roi Henri II en 1556 une pension pour la poursuite de ses recherches. Son successeur Charles IX octroie au savant un appartement au château de Madrid, dans le bois de Boulogne ; il y sera assassiné en 1564.




Mamlûk circassien du Caire, selon une gravure extraite de l'édition de 1555 de son récit de voyage.



Ses Observations de plusieurs singularitez et choses memorables (...) sont publiées pour la première fois à Paris en 1553 et dédicacées à son protecteur, le cardinal de Tournon 7 ; elles se divisent en trois livres, et c'est dans le second que nous trouvons le récit de son voyage en Egypte, qui nous intéressera ici ; il y séjourne deux mois, du début du mois de septembre au 29 octobre 1547. Dans l'esprit de la Renaissance, Belon s'intéresse non seulement aux plantes et animaux 8, son principal sujet d'intérêt, mais aussi aux monuments et aux moeurs des peuples qu'il rencontre. Son ouvrage est ainsi une mine d'informations sur l'Egypte du milieu du XVIe s. et pas seulement du point de vue de l'histoire naturelle.


Dans l'introduction du second livre, il dit « estre beaucoup redevable » à l'ambassadeur du roi de France 9, qui obtient l'autorisation du sultan de voyager à travers l'empire ottoman, « estant bien accompaigné d'honorables Gentilshommes François, & aussi de Genissaires 10, Chaoux 11, & Droguemants 12 », et qu'il accompagne. Il quitte ainsi Istanbul à bord d'un navire qui longe d'abord les côtes de l'ancienne Asie Mineure. Au passage, Belon nous apprend que les navires en partance pour Alexandrie quittent en général Istanbul vers la fin du mois d'août, afin de profiter des vents favorables ; la traversée entre les deux villes dure une quinzaine de jours, mais il note le caractère aléatoire de leur durée en fonction des vents. De Rhodes, le bateau fait voile directement vers Alexandrie, qu'il gagne en trois jours. La côte égyptienne est en vue à Rosette, mais c'est à Alexandrie que l'on débarque. Il séjourne d'abord dans cette ville, dont il laisse d'intéressantes descriptions, puis se rend au Caire après être allé à Rosette. De son séjour au Caire, il évoque entre autres les pyramides et le Sphinx de Gizeh, ou encore l'obélisque d'Héliopolis, mais note aussi de nombreux détails sur la vie et les coutumes dans la capitale égyptienne, d'une façon très vivante. Comme la plupart des voyageurs européens de son époque, il fait depuis Le Caire une excursion vers le mont Sinaï, qui lui permet de décrire le désert, Suez ou encore la mer Rouge. Il revient ensuite au Caire, d'où il repartira en direction de Jérusalem.







Femmes cairotes telles qu'elles sont vêtues à l'intérieur de leur maison, gravure de l'édition de 1555.



Nous aurons l'occasion de citer des passages de cet ouvrage étonnant, mais laissons Pierre Belon nous raconter son arrivée en Egypte :


« La chose qui nous apparut premiere en Egypte, fut le chasteau de Rosette, qui est une journée et demie au dessus d'Alexandrie. (...) Estant encor en plaine campaigne de mer, regardants quelle chose nous apparoistroit la premiere, ne voyions que les Palmiers et Sycomores, et la haulte colonne de Pompée, qui est sur le Promontoire, au dessus d'Alexandrie : car d'autant que la terre est si basse et sans montaigne, elle n'apparoist point de loing. Il estoit desja tard quand nous entrasmes au port, qui fut cause que nous ne sortismes point du navire pour ce jour là. »


Etonnante, pour un homme de la Renaissance imprégné de culture grecque et romaine, la remarque qu'il fait plus loin au sujet des pyramides de Gizeh :

" N'en desplaise aux ouvrages et antiquitez Romaines, elles ne tiennent rien de la grandeur et orgueil des Pyramides. "




La ville d'Alexandrie selon une gravure de l'édition de 1555 ; à droite est mentionnée la colonne de Pompée, première chose que vit Belon en arrivant à Alexandrie. Vous noterez aussi la représentation des palmiers, pour longtemps encore symboles d'exotisme.



Comme pour les autres voyageurs évoqués dans Beyt Kaaper, un article récapitulera ce voyage et vous en donnera les grandes lignes, ainsi que le contenu du récit. Vous pouvez consulter et même télécharger sur Gallica, le site de la BNF, trois éditions de l'ouvrage de Pierre Belon, dont l'originale :

Les Observations de plusieurs singularitez et choses memorables, trouvées en Grece, Asie, Judée, Egypte, Arabie, & autres pays estranges, redigées en trois livres, par Pierre Belon, du Mans (1553, Paris, chez Gilles Corrozet)

et deux éditions de 1555 publiées l'une à Paris, l'autre à Anvers, avec des caractères d'imprimeries plus faciles à déchiffrer et agrémentées de gravures.



Notes :

1- Guillaume Duprat (1507-1560), évêque de Clermont.
2- Charles de Guise (1524-1574), cardinal de Lorraine.
3- François de Tournon (1489-1562), cardinal de Tournon, archevêque de Lyon en 1551.
4- C'est d'ailleurs de St-Germain-des-Prés qu'est datée la dédicace de son ouvrage : " De vostre maison en l'Abbaye de Sainct Germain des prez lez Paris. 1553.
5- Ce qu'il écrit à ce sujet dans son Epître dédicatoire : " apres qu'eustes congneu le desir que j'avoye de parvenir à l'intelligence des choses concernantes la matiere des medicaments & des plantes (laquelle je ne pouvoye bonnement acquerir sinon par une loingtaine peregrination) il vous pleut me commander les aller veoir es regions loingtaines (...), chose que je n'eusse peu ny osé entreprendre sans vostre aide, sachant que la diffculté eust esté es frais & despens, qu'il m'y a conveneu faire. Parquoy aiant, avec l'aide de Dieu, & par le moyen de vostre liberalité, achevé le voyage (...). " Le Cardinal de Tournon a dû user de son influence à la cour pour permettre à Belon d'accompagner à Istanbul le nouvel ambassadeur, le comte d'Aramon.
6- Que les auteurs français appellent toujours Constantinople.
7- L'Epître dédicatoire commence en ces termes : " A tres-illustre & reverendissime seigneur, François Cardinal de Tournon, singulier & liberal Mecenas des hommes studieux de vertu, Pierre Belon son tres-humble domestique serviteur salut, et entiere prosperité. "
8- Il est le premier à avoir décrit de façon scientifique certains animaux et certaines plantes, ou rectifie après observation des idées fausses.
9- Dans l'introduction du Livre II, où se trouve le récit du voyage en Egypte, il se dit " beaucoup redevable " à " monsieur de Fumet, gentilhomme de la chambre du roy, (...) estant pour lors Ambassadeur pour le roy Henri deuxiesme (...) " . Pourtant à cette époque, en 1547, c'est Gabriel de Luelz, comte d'Aramon, qui est ambassadeur en titre du roi France auprès du Sultan ; Pierre Belon s'est d'ailleurs joint au comte Gabriel d'Aramon parti rejoindre son poste d'ambassadeur de François Ier à Constantinople, où ils se présentent au sultan en avril 1547. Mais le personnage avec lequel Belon voyage en Egypte est un autre diplomate français, le baron de Fumel, envoyé par le nouveau roi Henri II pour porter des lettres au Sultan, et qui entrera en rivalité avec le comte d'Aramon.
10- Janissaires : corps d'élite de l'infanterie ottomane, composé d'esclaves d'origine chrétienne formant en particulier la garde du sultan.
11- Huissier turc, ou conducteur de caravane.
12- Déjà le fameux drogman, incontournable des voyages en Orient, à la fois interprète et guide, attaché au service des ambassades et consulats.

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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 07:05

Quand j'ai posé le pied en Egypte pour la première fois, en 2004, j'avais bien du mal à y croire. Et la rencontre avec le Nil, ce fleuve mythique dont le nom seul est un appel au rêve, fut un grand moment autant que celle avec les grands monuments qui me fascinaient depuis l'enfance ou que la rencontre - coup de foudre avec Le Caire. La tradition prétend que le Nil exerce sur ceux qui se rendent sur ses rives une fascination telle qu'ils sont comme envoûtés et ne songent qu'à revenir, voir à y rester : il faut croire que c'est vrai. Le Nil, autant que notre guide, m'a murmuré plus d'une fois à l'oreille : "tu reviendras, insha'a l-llah..." J'ai eu la chance en effet de le retrouver deux ans plus tard. Et j'espère bien, insha'a l-llah, le retrouver bientôt.


Voici un petit montage à partir des photos prises en Egypte lors de ce premier voyage. Le fleuve lui-même, les embarcations qui le sillonnent, mais aussi ses rives sur lesquelles l'observateur attentif découvre des scènes éblouissantes de beauté... Une beauté paisible, qui semble immuable. On peut penser, avant de s'y rendre soi-même, que tout cela relève du cliché. Mais quand on se trouve face à ce fleuve majestueux dont les Anciens avaient fait un dieu, la fascination est bien réelle ; tous ceux qui ont approché le Nil vous le diront. C'est une explosion de couleurs, changeantes au fil des heures du jour, avec des levers et couchers de soleil qui font comprendre de l'intérieur l'essence de l'ancienne civilisation égyptienne autant que l'âme de l'Egypte toute entière, d'hier et d'aujourd'hui. On se prend soudain à contempler en silence ce spectacle unique ; oui, le Nil, comme les déserts qui enserrent son étroite vallée, invite à la contemplation pour peu que l'on accepte de se laisser guider par les sensations. On fait abstraction du reste, de l'industrie touristique aussi bien que de l'époque à laquelle nous vivons. Quelle que soit l'embarcation, voguer au gré des flots aujourd'hui paisibles du Nil, c'est faire un voyage dans un monde à part et comme flotter hors du temps.


Vous reconnaîtrez sans doute au passage des lieux fameux, les beautés d'Aswân et d'Eléphantine, Esna et son écluse, Louqsor... Mais vous verrez aussi des lieux anonymes, des villages aperçus depuis le fleuve, des palmeraies, des exploitations agricoles sur lesquelles le temps ne semble pas avoir d'emprise...



Diaporama nil
envoyé par Nefred



Pour fond musical, je vous ai choisi une de mes chansons favorites d'un chanteur égyptien que nous avons déjà rencontré sur ce blog, AHmed Sa3ad : " Garahona ".  Lors de ce premier voyage, Hassan, l'un des serveurs, m'a fait découvrir la musique égyptienne, et je ne l'en remercierai jamais assez... Car la magie de l'Egypte est aussi en cela : tout ramène à l'expérience humaine, on en revient transformé autant par les rencontres humaines que l'on y fait que par la magie des lieux. C'est donc en pensant chaleureusement à Hassan et Salâma, rencontrés lors du premier voyage, ainsi que Mohammed, rencontré lors du second, que j'envoie sur la toile ces fragments de moments inoubliables.  

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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 11:25

La croisière sur le Nil est aujourd'hui l'une des formes les plus courantes de voyage en Egypte. Je devrais dire, d'ailleurs, en Haute-Egypte ; car s'il fut un temps où les bateaux de croisière reliaient encore Le Caire à Assouan, ce n'est plus le cas depuis déjà de nombreuses années et les croisières s'effectuent entre Louqsor et Assouan. C'est un type de voyage confortable, qui est plutôt approprié pour une première approche de l'Egypte ; mais il n'est pas sans inconvénients. J'ai eu l'occasion de faire deux croisières, en 2004 et 2006. Je vous livre donc ici de simples impressions personnelles.


bateau-nil.jpg


undefined La croisière type :

Les programmes des croisières varient peu et sont quasiment les mêmes, à quelques petites nuances près, chez tous les voyagistes. La durée est en principe de 8 ou 9 jours et 7 nuits, de Louqsor à Assouan et retour sur Louqsor - attention, n'oubliez pas que les jours de trajet aérien depuis votre pays d'origine sont comptés. En règle générale, vous atterrirez à l'aéroport international de Louqsor, d'où vous embarquerez directement sur votre bateau de croisière.

Les sites visités durant la croisière sont eux aussi pratiquement toujours les mêmes. Certaines visites sont optionnelles et devront être réglées sur place ; faites bien le calcul, car un prix de départ attractif peut en fait aboutir à un voyage qui vous reviendra plus cher au final.

Au départ de Louqsor, vous visiterez habituellement : le temple de Karnak, les Vallées des Rois (3 tombes) et des Reines (3 tombes aussi)  avec un passage éclair aux colosses de Memnon. Avec un peu de chance, votre programme peut aussi comprendre les visites des temples de Louqsor et d'Hatshepsout à Deir el-Bahari, mais ces deux sites ne sont pas toujours compris. Pour le temple de Louqsor, c'est un moindre mal : vous pouvez très bien profiter d'un temps libre pour le visiter seuls, le site reste ouvert  tard le soir - lors de mon premier voyage, j'ai fait ainsi la visite libre de nuit, c'était très beau, même si cela rend difficile de prendre des photos et si on ne voit pas aussi bien certains détails architecturaux.

A l'escale d'Edfou, vous visiterez le temple d'Horus. En règle générale une visite assez rapide. Pour vous rendre du bateau au temple, vous aurez droit au traditionnel trajet en calèche. Ensuite, retour sur le bateau pour la navigation.

A l'escale de Kom Ombo, vous visiterez le temple de Sobek et Haroeris. Lors de beaucoup de croisières, la visite se fait de nuit - je l'ai vu deux fois, et deux fois de nuit : inutile de vous dire que j'aimerais bien quand même le voir de jour ! Ensuite, retour sur le bateau et navigation.

A l'escale d'Assouan, les visites comprennent le plus couramment le temple d'Isis à Philae, souvent aussi le parc botanique de l'île Kitchener ou les carrières de granit avec l'obélisque inachevé. Très souvent, la visite aux temples d'Abu Simbel est en supplément ; il faut compter 3 à 4h de route à travers le désert au départ d'Assouan, et même chose au retour : journée harassante, mais qui mérite quand même d'être faite.

Ne vous attendez pas à plus, c'est à peu près tout ce que vous verrez de toutes les richesses de la Haute-Egypte - il est vrai que c'est déjà bien d'avoir la chance de pouvoir réaliser le rêve de voir "en vrai" ces monuments qu'on ne connaissait qu'à travers les livres ou la télévision. D'autant que la plupart du temps on vous emmènera entre deux visites chez des fabricants de produits touristiques auxquels il est difficile d'échapper : boutiques de papyrus, de verre soufflé, de parfums, d'albâtre... Ca peut amuser la première fois, mais vous aurez tôt fait de remarquer qu'on trouve la même chose et bien moins cher dans les soukhs !

Enfin, un rituel de toute croisière : la soirée costumée avec le dîner égyptien et le spectacle - le plus souvent derviche tourneur, chants et danses nubiennes. Je ne vous raconte pas, vous le découvrirez par vous-mêmes...

Vous laissez votre passeport à l'accueil. Lorsque vous descendez seul à terre, on vous remet une carte au nom du bateau ; cela permet aussi à l'équipage de vérifier que tout le monde est bien à bord avant d'appareiller.



paysage-nil_1.jpg

undefined Les avantages et inconvénients :

Le premier avantage, c'est sans doute le prix très attractif : les voyagistes se livrent une concurrence féroce et les prix ont considérablement baissé. 

Autre avantage : on n'a pas à faire et défaire ses valises en permanence, puisqu'on ne change pas d'hôtel et qu'on est sur un hôtel flottant. Les bateaux sont confortables et bien tenus, le personnel charmant, les repas corrects bien que très occidentaux en règle générale - à part la soirée déguisée, vous ne mangerez guère de spécialités véritablement égyptiennes. Par contre, tout est préparé à bord, y compris les viennoiseries et pâtisseries du petit déjeuner ; si vous êtes un couche-tard, vous pourrez voir le soir les livraisons de nourriture.

La croisière est également moins fatigante qu'un voyage par la route. On ne s'en rend pas compte en regardant une carte, mais les distances sont importantes. Et les déplacements de touristes, individuels ou en groupes, ne se font qu'en convois accompagnés par une escorte, ce qui peut être épique ; les convois ont des horaires approximatifs et certains policiers font du zèle sur la limitation de vitesse - 90 km/h !


surprise.jpg

Chaque jour, en rentrant de vos promenades, vous attendra l'une de ces surprises que le personnel de cabine confectionne avec les serviettes de bain, le couvre-lit et autres...


Enfin, la lenteur de la navigation permet d'admirer à loisir les paysages magnifiques. Du pont supérieur, en buvant paisiblement un karkadé, on voit défiler sous ses yeux des panoramas grandioses aux couleurs magnifiques, des scènes immuables, et on passe des moments inoubliables pour peu qu'on ait l'esprit rêveur.

Le principal inconvénient - outre le fait, bien sûr, de devoir endurer un groupe - est que l'on est tenu par les horaires et aléas de la navigation. Le Nil est en passe de devenir une véritable autoroute de bateaux de croisière, de jour comme de nuit, et pouvoir accoster pose parfois des problèmes ; vous serez sans doute surpris, car les bateaux s'amarrent les uns aux autres et vous devrez souvent en traverser plusieurs pour gagner le quai... et au retour, certains bateaux se ressemblant beaucoup, vous pouvez au début vous demander lequel est le vôtre ! Le passage de l'écluse d'Esna, surtout, peut être fastidieux, chaque bateau devant prendre son tour dans la file d'attente, et l'attente peut être longue.

Autre inconvénient, la rapidité avec laquelle on effectue les visites. En principe, votre guide vous commente le monument, puis vous laisse un temps libre variable ; mais en général vous ne passerez guère plus d' 1h30 sur chaque site, ce qui est parfois frustrant, même pour une première approche.

Et le dernier gros inconvénient est que vous aurez très peu de contacts avec la population, étant donné que vous serez la plupart du temps en " troupeau " de touristes - je sais, je suis méchant ! Il y a bien des moments pour s'échapper un peu, mais ils sont relativement rares.


paysage-nil_2.jpg



undefined Faut-il faire ou pas une croisière sur le Nil ?

Je dirais qu'il faut le faire une fois, en particulier pour une première approche du pays et si on ne se sent pas d'emblée une âme d'aventurier. Cela  permet d'avoir un aperçu global du patrimoine de la Haute-Egypte. Et naviguer sur le Nil réserve quand même de très beaux moments. Il est l'âme de l'Egypte, et un long corridor qui donne envie d'en découvrir encore plus.




caleches-edfou.jpg




undefined Les solutions alternatives à une croisière classique :


Certains voyagistes ont développé des solutions alternatives à la croisière sur ces énormes hôtels flottants qui sillonnent le Nil.

Onéreuse, la croisière en dahabieh, ce bateau qu'empruntaient les voyageurs d'autrefois. Le nombre de passagers est réduit, le cadre plus intimiste et propice à voyager aussi dans le passé. Mais les dahabieh sont rares et ce type de voyage n'est pas à la portée de tous.

Autre alternative, un peu plus dans l'esprit "aventure ", la croisière à bord d'une felouque, qui est proposée par quelques voyagistes sortant des sentiers battus. Bivouac la nuit, randonnées le jour avec souvent des visites qui changent de celles proposées par la plupart des voyagistes et rencontres avec la population - attention, tout n'est pas aussi spontané qu'on veut vous le faire penser, la part de rêve est organisée. Mais le contact est quand privilégié par rapport à la croisière classique, car là aussi les groupes sont restreints - pour peu qu'on s'organise pour partir entre amis, c'est un voyage individuel. Si je devais à nouveau voyager sur le Nil, insha'a l-llah, c'est un type d'expérience qui me tenterait bien.



bateaux-ammarres.jpg


undefined Quelques conseils personnels pour terminer :


Certains voyagistes proposent de combiner la croisière type sur le Nil avec un court séjour au Caire. Je ne peux que vous recommander de choisir cette option, que ce soit pour une première découverte du pays ou surtout pour le seul et unique voyage de votre vie en Egypte. Il est dommage d'aller en Egypte et de ne pas voir, même très rapidement, cette ville fascinante qu'est la capitale égyptienne, et de manquer aussi ce lieu mythique qu'est Gizeh. Aux visites de la croisière classique peuvent ainsi s'ajouter celles du musée égyptien du Caire, de Gizeh (pyramides et Sphinx), Memphis et Saqqarah, ainsi que, si vous êtes assez curieux et voulez voir autre chose que l'Egypte " pharaonique ", Le Caire copte ou islamique.

Si votre bateau s'arrête à Esnah, ou s'il est bloqué en attendant de passer l'écluse, profitez-en pour descendre à terre et visiter le temple de Khnoum, dont le prix d'entrée est modique. Attention, pour s'y rendre il faut traverser le soukh qui peut vous donner le tournis... vous verrez.

Pour les soukhs, puisque nous en parlons, le plus authentique - et ça risque de ne pas durer, hélas - est celui d'Assouan. Sortez de la zone arpentée par le flot de touristes et vous vivrez de très beaux moments.  Le soukh de Louqsor, qui était lui aussi magique, a hélas été défiguré par les travaux récents qui le font ressembler à une galerie marchande ; en tout cas, je suis de ceux qui pensent qu'il a perdu son âme... Quand aux soukhs touristiques organisés autour des temples d'Edfou et Kom Ombo, ils n'ont pour être franc aucun intérêt.

A Assouan, une promenade en felouque est un moment agréable dans ce paysage tout simplement somptueux. Si vous en avez le temps, n'hésitez pas à vous l'offrir, ce sera un moment particulier.

Pour Abou Simbel, si l'excursion n'est pas au programme de votre croisière, prenez-la en supplément, vous ne le regretterez pas car le site est tout simplement magique ; et la traversée du désert entre Assouan et les temples est une pure merveille.

Il est peu probable que vous ayez le temps de visiter les musées, qui ne sont au programme d'aucun voyagiste à ma connaissance. Mais on ne sait jamais, il est bon de savoir qu'il y a un musée égyptologique à Louqsor et le musée Nubien à Assouan.


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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 08:34

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Je n'oublierai jamais le spectacle saisissant du coucher de soleil à Amarna, admiré depuis les tombes nord : à nos pieds, la plaine déserte sur laquelle s'élevait jadis la cité mythique d'Akhetaton, et au loin, l'horizon de l'ouest sur lequel le disque solaire descendait en jetant ses derniers feux, inondant le paysage de cette lumière et de ces couleurs qu'il est si difficile de rendre par les mots ou même les photos. Ceux qui se sont déjà rendus en Egypte savent combien la nuit tombe vite dans cette région du monde ; le spectacle éphémère n'en est que plus fascinant encore. Tous les couchers de soleil sont beaux, ceux d'Egypte comme ceux de ma chère Méditerranée. Mais celui d'Amarna a une place à part dans mon coeur : un rêve de toujours venait de se réaliser, celui d'aller à Amarna, et l'antique dieu solaire m'offrait en prime un instant magique d'une beauté et d'une majesté qui font comprendre mieux que tous les livres pourquoi les Egyptiens de l'Antiquité ont pu être à ce point inspirés par leur soleil.



Je vous raconterai plus tard les péripéties de cette journée épique et hélas trop courte, mais je voulais déjà partager ce moment d'émotion, partager ce cadeau que m'a fait l'Egypte sur ce site d'exception.

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17 janvier 2008 4 17 /01 /janvier /2008 16:05

Voici la suite des conseils de voyage donnés par Henry Cammas et André Lefèvre dans leur ouvrage sur leur visite en Egypte sous Napoléon III, que nous avions déjà rencontrés dans un premier article.


Le contrat de barque était passé entre le voyageur et le propriétaire de la barque. Il détaillait non seulement les caractéristiques du bateau, le trajet et le prix de la location, mais aussi tous les détails pratiques, y compris la composition de l'équipage, les moments de navigation, etc. En général, une partie de la location était payée d'avance au moment d'embarquer et le solde payé au retour. Ce document devait être rédigé en français (dans le cas de voyageurs français, bien entendu) et en arabe, visé par le consulat de la nation du voyageur et garanti par les autorités égyptiennes.


Ensuite, les voyageurs doivent recruter un cuisinier. Cammas précise qu'on trouve des cuisiniers italiens, plus chers et qui sont payés au forfait journalier, ou des cuisiniers arabes, qui sont payés au mois et que l'auteur juge préférables. 


Mais le plus intéressant pour nous, voyageurs d'aujourd'hui, est sans doute la liste que dresse Cammas des diverses provisions à faire avant le départ. Elle donne une bonne idée de l'expédition que représente encore à cette époque le voyage vers la Haute-Egypte. Il conseille de s'approvisionner au maximum à Alexandrie, où " tout est moins cher et plus abondant ".


Pour les provisions de bouche, du lait et du beurre ( " souvent mauvais " , précise-t-il, car il s'agit de semna, beurre clarifié qui surprend aujourd'hui encore les Européens), des oeufs et volailles telles que poules et pigeons (le pigeon est aujourd'hui encore un mets très apprécié des Egyptiens ; il ajoute qu'on peut acheter des dindes à Louqsor ! ). Quelques légumes, avec, outre les conserves (eh oui, déjà ! ) : oignons, concombres, lentilles jaunes ( " très-bonnes " dit-il cette fois ! ), épinards (sans doute l' " épinard égyptien ", ou corete, qu'on utilise en particulier pour la confection de la molokheyya), pommes de terre ; quelques fruits aussi : melons et pastèques. Pour la viande, on se fournit en cours de route en faisant abattre un boeuf ou un mouton, ou en se fournissant chez un boucher dans les villes ; Cammas précise que la viande est bon marché, et qu'elle " se conserve quatre jours" ; sinon, on consomme aussi de la viande en boîtes de conserve. De la farine en tonneau (il conseille celle venant de Trieste) et des grains, des jambons anglais ( "les meilleurs en Egypte"... ), des fromages de Chester et de Hollande ( "les seuls qu'on puisse conserver dans une boîte, sous un linge légèrement humide")... etc.

Il précise qu'on trouve à Qenah du café directement venu d'Arabie par les caravanes de la mer Rouge ; c'est en réalité du café du Yémen, longtemps considéré comme le meilleur au monde.

Parmi les autres provisions, on note de la poudre et des plombs, ainsi que "un grand nombre de cigares communs", qui servent à offrir durant le voyage ; il y a peu de temps encore, les touristes distribuaient des stylos... Outre les tentes pour les bivouacs, il conseille d'emporter quelques fusils et pistolets, ainsi que des "kourbachs" dont il explique que ce sont des nerfs d'hippopotame (eh oui, il y avait encore à cette époque des hippopotames dans le Nil...). Egalement un pavillon aux couleurs de la nation des voyageurs, qu'on hissait chaque matin ou en croisant un autre navire.

Pour terminer, Cammas nous donne les étapes du voyage-type de cette époque, ce qui est très intéressant. Pour le voyageur qui prend une barque à Alexandrie, il remonte par le canal de Mahmoudieh pour rejoindre le Nil aux écluses d'Atfé 1. Il propose une excursion jusqu'à Rosette, qui nécessite deux jours de voyage, et un arrêt à Abou Mandour 2, lieu de pélerinage. D'Alexandrie au Caire par bateau, il faut compter 7 à 8 jours. Il explique qu'on peut aussi, pour gagner du temps, prendre le train Alexandrie-Suez et arriver en 8 heures au Caire, d'où on peut alors embarquer pour la Haute-Egypte. Du Caire à la 2e cataracte, le voyage dure 40 jours, 46 si les vents sont contraires. "Les étapes sont Massara-Adim 3, Cafersnaia 4, Béni-Souef  5, Mahaga 6, Colosaneb 7, Samalud 8, Minieh 9, Rauda 10, Melawi 11, Lamarn 12, Djébel-bou-Affodah 13, Manfalout 14, Syout 15, Aboutig 16, Souaghi 17, Girgeh 18, Farchout 19, Kéneh 20, Négadeh 21, Louqsor, Hermant 22, Esneh, Debbone 23, Gannech 24, Assouan, Philae, Déboud 25, Abou-Hor 26, Costab 27, Thialle 28, Médik 29, Séboua 30, Longa 31, Korosko 32, Kette 33, Toské 34, Formondi 35, Ibsamboul 36, Kosko 37, Ouadi-Alfa 38." Un long périple, qui menait donc les voyageurs aux confins du Soudan.




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Notes
:

1 - Ces écluses, dont parlent souvent les voyageurs, étaient l'une des premières occasions de payer les taxes de circulation sur le Nil.

2 - Abou Mandour : site proche de Rosette où se trouve une mosquée que l'on allait fréquemment visiter.

3 - Maasara, entre Le Caire et Saqqarah.

4 - Peut-être Kafr Halâwa, près de Meidoum ?

5 - En arabe Bani Suwayf, en Moyenne-Egypte.

6 - Maghâghah.

7 - Kolosna, en arabe Qulûsana.

8 - Samâlût.

9 - el-Minyeh.

10 - er-Rawdah.

11 - Mallawy.

12 - Peut-être Tell el-Amarna ?

13 - Non localisé.

14 - Manfalût.

15 - Assiout, en arabe Asyût.

16 - Abu Tig, à peu de distance d'Assiout.

17 - Sohag.

18 - Girga.

19 - Farshut.

20 - Qenah, en arabe Qinâ, ville située face au site de Denderah.

21 - Naqada.

22 - Armant.

23 - Peut-être Edfou ?

24 - Peut-être Nag el-Hawsh ?

25 - Dâbûd, entre Assouan et kalabsha, sur les rives du lac Nasser.

26 - Aujourd'hui noyé sous le lac Nasser.

27 - Peut-être Kalabsha ?

28 - Sayyâlah, sur le lac Nasser.

29 - el-Madîq, sur le lac Nasser.

30 - Wadi es-Seboua.

31 - Non localisé.

32 - Kuruskû, sur le lac Nasser.

33 - Qattah, sur le lac Nasser.

34 - Tôshka, pratiquement en face d'Abu Simbel.

35 - Non localisé.

36 - Nom autrefois donné par les Européens à Abu Simbel. En arabe Abu Sunbul.

37 - Ancien chef-lieu de district de Nubie.

38 - Wadi Halfa, à la frontière soudanaise.

Pour les références de l'ouvrage, se reporter au précédent article.

Les illustrations sont en cours de copie par scanner à partir de cartes postales anciennes de ma collection.

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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 06:03

Les récits de voyages en Egypte abondent depuis le Moyen Age. Ceux du XIXe s. sont sans doute les plus troublants, car on y retrouve bien des choses et des impressions que l'on a aujourd'hui encore, l'aventure en moins. Je viens de trouver une petite merveille dont j'aimerais partager avec vous quelques passages. Il s'agit du récit d'un voyage qu'ont fait en Egypte, sous Napoléon III, deux Français nommés Henry Cammas et André Lefèvre1. Ils ont passé 9 mois à parcourir le pays, en grande partie sur le Nil à bord d'une dahabieh 2. Le récit en lui-même est un régal, comme toujours dans ces livres anciens ; l'originalité en est sans doute une plus grande passion pour le pays lui-même, une approche plus saine de la population que dans d'autres récits de voyage, même si on y retrouve l'esprit occidental du XIXe s. avec l'idée que l'Occident amène le "progrès" et si le goût de l'orientalisme déforme quelque peu les choses. Mais dès sa préface, Henry Cammas n'écrit-il pas : " l'amour de ce pays, qui sera pour nous une seconde patrie ", ou encore : " point d'histoires forgées à plaisir, mais l'Egypte elle-même " .

Mais le plus passionnant se trouve à la fin de l'ouvrage. En appendice, l'auteur du texte, Henry Cammas, donne une série de conseils pratiques sur les voyages en Egypte. Ils nous introduisent dans l'aventure qu'était alors un tel voyage, nous font toucher du doigt ce qu'était le voyage en Egypte à cette époque. Ce sont eux que nous parcourerons ici.

Cammas évoque d'abord les périodes les plus favorables pour un voyage en Egypte : " Tout voyage en Egypte doit se faire entre les dates extrêmes du 15 septembre et du 15 mars. Pendant les autres mois, la chaleur est intense et la navigation du Nil est pénible. " Cela reste en grande partie vrai aujourd'hui : la période comprise entre septembre et mars est la meilleure, surtout du point de vue du climat ; en ce qui concerne la navigation sur le Nil, la présence du barrage a bien entendu changé les choses. Pour les voyages en dahabieh, les passagers embarquaient en octobre au départ d'Alexandrie, ou en novembre au départ du Caire. Cammas recommande le mois de novembre pour gagner la Haute-Egypte.

Laissons de côté la question des passeports (un régal à lire) et du transport maritime (où l'auteur donne même les tarifs ! ), et disons seulement que le départ pour Alexandrie se fait en général de Marseille. Les bateaux des Messageries Impériales mettent alors une semaine pour effectuer le trajet Marseille-Alexandrie. Alexandrie est pour longtemps la porte de l'Egypte pour la plupart des voyageurs. Nous laisserons aussi de côté l'évocation des hôtels d'Alexandrie et des drogmans 3, qui feront l'objet d'articles spécifiques. Notons seulement avec Cammas que " Pour tout étranger qui veut visiter l'Egypte, le choix d'un drogman est une nécessité absolue. "

Intéressons-nous plutôt à la location de la " barque" , comme l'appelle Cammas. " Le voyage de la haute Egypte ne doit effrayer personne, dès que la bourse est bien garnie. Les femmes et les délicats peuvent conserver toutes leurs aises par delà le tropique. Ils trouvent dans les barques des logements divisés en chambres claires, saines, bien meublées. " Il affirme que les plus belles barques se trouvent à Alexandrie, sur le canal de la Mahmoudieh ; mais qu'on en trouve également au Caire, à Choubrah et au Vieux-Caire. L'équipage se compose d'un " réis " 4, capitaine et agent du propriétaire, et de plusieurs matelots. La location est moins chère au Caire qu'à Alexandrie ; une petite dahabieh avec un salon et deux chambres coûte 25 napoléons (ou 500 fr de l'époque) pour un mois, une dahabieh pour une famille entre 40 et 60 napoléons (entre 800 et 1200 fr de l'époque), les plus grandes 100 napoléons (2000 fr ) par mois. On peut soit louer la dahabieh au mois - ce que recommande Cammas - avec un parcours et des arrêts selon la volonté du voyageur , soit à forfait en convenant d'un prix aller-retour avec des haltes spécifiées à l'avance.

Nous verrons dans le prochain article le contrat de barque, les cuisiniers, les provisions et les étapes...



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Notes


1 - Henry Cammas et André Lefèvre, La Vallée du Nil - Impressions et photographies, éd. Hachette, Paris, 1862. Cet ouvrage peut être librement consulté et même téléchargé sur le site de la BNF,
Gallica .

2 - Dahabieh : barque de voyage pourvue de cabines, qui servait autrefois pour les voyages sur le Nil. Voir à ce sujet un
site recommandé par mon amie Anne-Marie .

3 - Drogman : guides et interprètes européens installés en Egypte, souvent des aventuriers hauts en couleurs, parfois même des agents de renseignement à la solde des nations occidentales.

4 - En arabe ra'îs, voir au sujet de ceux d'aujourd'hui l'
article que leur a consacré Anne-Marie.


PS : j'ajouterai ultérieurement des illustrations à partir de cartes postales anciennes que je suis en train de scanner pour vous.

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4 novembre 2007 7 04 /11 /novembre /2007 14:42

Je suis allé au Caire pour la première fois en 2004, lors d'un voyage organisé. Un très court séjour de 2 nuits avant une croisière en Haute-Egypte. Et dès l'amorce de l'atterrissage de nuit, ce fut le coup de foudre absolu dont je ne me suis pas remis depuis et qui ne s'est pas démenti. Pour cette première fois, depuis l'hôtel Concorde es-Salam, à Héliopolis, où nous étions logés, je n'ai fait qu'effleurer celle que je qualifierais de "Merveilleuse", cette gigantesque ville envoûtante. Qui palpite jour et nuit, avec ses contrastes et ses pages d'histoire d'horizons divers, son tumulte qui curieusement n'a rien d'angoissant. De la ville elle-même, nous ne visiterons que peu de choses : le musée égyptien surtout, et le Vieux Caire, la mosquée Refa'i, puis un passage express au Khân. Et puis ce que nous apercevrons lors de nos déplacements en bus : l'insolite villa du baron Empain à Héliopolis, la Citadelle, la mythique Cité des Morts, l'aqueduc médiéval... Et ce quotidien dans lequel on aimerait avoir le temps de se plonger. Je goûte, le soir venu, les chants des muezzins des mosquées environnantes qui se mêlent. Je suis sous le charme, et je me jure de revenir un jour. C'est les larmes aux yeux que je m'envole alors pour Abu Simbel... Un peu frustré de ce passage furtif, mais heureux de la rencontre.



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De retour en France, je n'oublie pas la capitale égyptienne. Je rêve de pouvoir prendre le temps de la découvrir, je fais des recherches sur ses trésors. Et lorsque se dessine le projet de retourner en Egypte, il m'apparaît évident de passer suffisamment de jours au Caire pour explorer un peu plus la ville. Je fais inscrire au programme la visite d'un certain nombre de monuments islamiques et souhaite avoir assez de temps libre pour flâner. 



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Et en décembre 2006, retour au Caire au terme d'un périple à travers l'Egypte avec Theti. Nous arrivons d'Hurghada au son d'un album de Nancy Ajram dont je reprends les airs avec les chauffeurs de notre minibus. Cette fois, nous ne sommes que deux, nous pouvons nous plonger dans le tumulte cairote. Nous sommes logés plus près du centre, dans le quartier de Dokki, à l'hôtel Pharaoh. Nos visites complètent ce que je n'avais pu voir la première fois : la Citadelle et sa mosquée de Mehemet Ali, les mosquées Sultan Hasan et Ibn Tulun, des mausolées mamluk du cimetière Nord (Qayit Bay, Farag ibn Barquq, el-Ashraf Barsbay). Promenade et emplettes au Khân, shisha au café Fishawi, bien sûr. Et puis nous retrouvons mon amie Josiane, qui vit au Caire et qui va nous en faire découvrir d'autres facettes, avec le peu de temps dont nous disposons tous trois. Elle s'efforce de nous montrer tous les aspects, au-delà des clichés, sans fard. Elle nous entraîne au-delà de Bâb Zuweyla, dans le quartier du marché des fabricants de tentes, mais en nous montrant l'envers du décor en nous faisant entrer dans une arrière-cour dans laquelle travaillent des artisans. Nous prenons un verre près du complexe d'el-Ghori, tandis que les pigeons cairotes entament dans le ciel leur danse du soir. Une autre fois, c'est Le Caire du XIXe s. et de la Belle Epoque qu'elle nous fait entrevoir. Nous dînons ensemble et je goûte enfin la molokheyya et le pigeon farci, deux délices égyptiens. Josiane est une vraie amoureuse du Caire elle aussi, sans concessions et avec lucidité ; tout comme Anne-Marie qui n'a pas pu nous rejoindre.



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En revenant au Caire, j'ai eu le sentiment étrange d'être revenu dans un lieu familier, fe l-bilad, "au pays". Je m'y sens bien, malgré la pollution, malgré la circulation intense. Je suis émerveillé et définitivement conquis. Et je me jure une fois de plus de revenir encore, et pour plus de temps. Insha'a l-llah. 



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Cette ville est très particulière. La plus grande ville du continent africain produit en général sur ceux qui s'y rendent un effet qui ne saurait être tiède : on adore ou on déteste, mais on ne peut rester indifférent. Il y a ceux qui ne peuvent dépasser la pollution et que le fourmillement rend mal à l'aise. Et puis il y a ceux qui tombent amoureux à jamais ; je suis de ceux-là !




Illustrations (Kaaper)

1 - Mosquée Sultan Hassan.
2 - Mosquée Mehemet Ali dans la Citadelle.
3 - La danse des pigeons le soir dans le ciel cairote.
4 - Un sculpteur sur bois, dans les coulisses du Caire médiéval.

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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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