Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
L'odeur des cheveux
Je suis enivré sans arrêt
par le parfum de tes cheveux.
Je suis détruit, à chaque instant,
par tes magiques, traîtres yeux.
Après d'aussi longue patience,
mon Dieu ! verrai-je enfin la nuit
Où j'allumerai ma chandelle
dans l'arcade de tes sourcils ?
Ma clairvoyance est une ardoise
que je chéris matin et soir,
Car elle est comme le miroir
qui reflète ta mouche hindoue.
Si tu veux embellir ce monde
pour autant que l'éternité,
Dis au vent d'écarter ton voile
de ta face, pour un instant.
Si tu veux abolir la loi
qui rend ce monde périssable,
Crève l'écran de tes cheveux :
il s'en répandra mille vies.
Le vent et moi sommes deux gueux,
des vagabonds, des inutiles.
Nous sommes enivrés tous deux
par ton parfum et par tes yeux.
Bravo ! Hâfez s'est libéré
de ce monde comme de l'autre.
L'humble poussière de ton seuil
est la seule chère à ses yeux.

(Hâfez Shirâzi, 'eshq-o 'âsheq-o ma'shuq / L'Amour, l'amant, l'aimé, ghazal tirés du Divân, ghazal 94, XIVe s.)
C'est beau, n'est-ce pas ? Nous faisons à travers ce poème connaissance avec la poésie persane et arabe. Nous reparlerons prochainement d'Hâfez Shirâzi, qui est sans conteste l'un des plus grands poètes persans, et de ce genre particulier qu'est le ghazal arabe, qui a été repris par la littérature persane. Dernier mot : ce ghazal est d'autant plus intéressant qu'il montre la portée érotique de la chevelure dans le monde arabo-persan. Je vous incite enfin à relire Baudelaire et ce qu'il a écrit sur la chevelure ; on y retrouve des accents proches... Pas très étonnant quand on sait que les romantiques, dès le début du XIXe s. , ont fait découvrir Hâfez à l'Occident.