Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
Je me rends compte que depuis le début de notre promenade dans les Horizons, nous n'avons encore jamais parlé du dieu Aton dont le nom figure pourtant dans le titre. Il est vrai aussi que nous avons très peu abordé les questions concernant la religion égyptienne antique. Le destin de ce concept religieux qu'est Aton est très intéressant, bien que tous les spécialistes ne soient pas encore unanimes sur l'interprétation qu'il faut en donner, en particulier pour l'époque amarnienne.
Le nom hiéroglyphique d'Aton, Iten (itn en translittération).
Cette notion religieuse est d'origine très ancienne, puisque Aton est mentionné dès les Textes des Pyramides, à la fin de l'Ancien Empire, comme principe visible du dieu Atoum-Rê. Mais ce n'est que bien plus tardivement qu'il deviendra une divinité solaire à part entière. A l'origine, c'est un des aspects du soleil : il est le disque solaire, c'est-à-dire le soleil sous son apparence visible. Il ne fait pas l'objet d'un culte particulier et est conçu comme le corps de Rê.
Le Disque solaire Aton portant l'uraeus auquel est suspendue une croix ankh, selon l'iconographie amarnienne (détail d'une célèbre dalle en calcaire peint trouvée dans les tombes royales lors des fouilles de 1891 à Amarna, époque d'Amenhotep IV-Akhenaton, Musée Egyptien du Caire).
Aton, contrairement aux autres divinités ou principes divins, ne dispose à l'origine d'aucune représentation réellement cultuelle. Il était parfois représenté sous la forme d'un homme à tête de faucon, proche de Rê-Horakhty. Ce n'est que sous Amenhotep IV - Akhenaton que sera imposée la forme du disque solaire portant l'uraeus à croix ankh, avec des rayons munis de mains tendant le symbole de vie ankh au roi et à la reine. La symbolique de cette forme d'Aton est rendue claire par les fameux Hymnes : les rayons solaires embrassent le monde entier et dispensent la vie. L'uraeus, symbole royal, rappelle que le roi est l'intermédiaire entre le dieu et les hommes, mais aussi que c'est d'Aton qu'émane la royauté.
C'est progressivement qu'Aton devient dieu à part entière. A l'époque de Thoutmosis IV émerge à Héliopolis l'idée que l'apparence visible du Soleil, le Disque Aton, constitue l'essence même du divin. Son successeur Amenhotep III développe la théologie atonienne et commence à lui donner une certaine importance.

Stèle représentant Aton et la famille royale (calcaire peint, trouvée à Amarna lors des fouilles de Borchardt en 1912, règne d'Amenhotep IV-Akhenaton, Musée Egyptien du Caire).
Mais c'est le fils et successeur d' Amenhotep III, Amenhotep IV-Akhenaton, qui va procéder à une véritable révolution religieuse en en faisant la divinité suprême au détriment des autres dieux, en particulier d'Amon.
La question de ce qu'on qualifie souvent d' « hérésie amarnienne » est complexe et fait encore l'objet de débats passionnés. S'agit-il d'un monothéisme véritable qui rompt totalement avec le polythéisme égyptien ? Il semblerait plus exact d'y voir ce qu'on appelle un hénothéisme, c'est-à-dire une forme de polythéisme où l'une des divinités est nettement prédominante sur les autres, sans pour autant les exclure totalement ; en effet, tous les autres cultes n'ont pas été abandonnés à l'époque amarnienne et la religion égyptienne avait depuis longtemps une tendance au syncrétisme. Quelle est la dimension politique ? La puissance acquise par le clergé d'Amon semble avoir eu dans cette affaire un rôle non négligeable. Certains y voient l'origine de la notion de monothéisme ; quelques-uns y placent ainsi la question de l'origine du judaïsme, ou de l'influence entre l'Egypte antique et le judaïsme, et vice-versa. Enfin, faut-il voir dans Akhenaton un visionnaire, un idéaliste ou un fanatique religieux ?

Uraeus de bronze portant les cartouches contenant le nom d'Aton, dont vous trouverez la signification et le détail dans l'article indiqué en lien (bronze avec des incrustations dorées, fouilles de Ayrton dans la Vallée des Rois en 1907, KV55, Musée Egyptien du Caire).
Dans de prochains articles, nous profiterons de l'occasion pour évoquer les divinités solaires de la religion égyptienne antique, ainsi que l'intéressante question de sa nature polythéiste.
Liens :
- parmi les nombreux documents traitant du sujet sur le net, un chapitre très intéressant et complet est consacré à Aton et à la période amarnienne sur Osirisnet.