Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...

Il est de tradition en Egypte, comme dans une grande partie du Mashreq et du monde arabe, d'allumer des lanternes les soirs de Ramadhan : on les appelle fânoos ( arabe فانوس , pluriel fawânees فوانيس ). Dans la sourate an-Nûr1 du Coran, Dieu est comparé à une lampe allumée, c'est peut-être l'origine de cette tradition. Cette coutume remonterait à l'époque fatimide, mais il existe différentes versions : la plus courante est que le calife al-Hâkîm be-'Amr Allah a demandé que toutes les rues du Caire soient illuminées les nuits de Ramadhan, en particulier aux abords des mosquées. Une autre version dit que les habitants du Caire avaient accueilli l'un de ses prédécesseurs, le calife fatimide el-Mo'ezz le-Deen Allah, en plaçant des lanternes colorées sur le parcours menant au palais ; comme c'était une nuit de Ramadan, la tradition se serait imposée d'éclairer les rues de lanternes les nuits de Ramadan. On dit aussi que cette coutume vient de l'autorisation donnée par le calife al-Hâkîm aux femmes des harems de sortir dans la rue les soirs de Ramadan, mais précédées d'un enfant portant une lanterne pour que les hommes s'écartent de leur passage. Enfin, pour l'historien égyptien al-Maqrizi2, le fânoos dériverait des chandelles de Noël utilisées par les Coptes, d'où la parenté avec le copte « phanos » signifiant chandelle. Il en existe d'autres encore, y compris cherchant à la relier aux traditions antiques... Une chose est néanmoins certaine : c'est en Egypte que cette coutume est née et de là qu'elle s'est répandue dans le monde musulman.
Femmes égyptiennes achetant des fânoos pour Ramadhan.
On accroche les fânoos dans les rues, aux fenêtres et balcons des maisons, dans tous les lieux publics. On offre en particulier aux enfants3 des fânoos au moment de Ramadhan, avec lesquels ils vont se promener en chantant une chanson traditionnelle4.
Le fânoos traditionnel égyptien est fait en cuivre avec des plaques de verre colorées ( vert, bien entendu, mais aussi bleu foncé, rouge ou jaune ). Il reprend les formes des lanternes utilisées autrefois dans la vie quotidienne pour s'éclairer. Au fil du temps, les modèles se sont multipliés et font même l'objet de modes en fonction des périodes et de la fantaisie des fabricants. Il y en a de toutes les formes, parfois même assez cocasses ; traditionnelles dans lesquels on place une bougie, mais aussi électriques ou encore musicales. Ces dernières années, les fânoos made in China, de qualité médiocre mais aussi meilleur marché, avaient envahi les étals égyptiens ; mais il semblerait que la tendance s'inverse aujourd'hui et que les Egyptiens préfèrent revenir à des modèles proprement égyptiens, et de fabrication artisanale égyptienne.
Les fawanees que j'ai ramenés d'Egypte ; l'un est traditionnel en cuivre massif avec des morceaux de verre colorés en vert, l'autre est un modèle plus fantaisie.
Le fânoos de Ramadhan le plus traditionnel en Egypte est semble-t-il celui qu'on appelle « Abû sham3a » 5, vers lequel de nombreux Egyptiens orientent à nouveau leur choix. Un autre modèle égyptien qui rencontre beaucoup de succès est celui nommé « Fârûq », du nom du roi d'Egypte à l'époque duquel il a été créé. On trouve également parmi les favoris « el-Battîkh » 6, formé de six faces protubérantes, souvent orné de versets coraniques. Enfin, un des plus populaires est « el-Negma » 7, comme son nom l'indique en forme d'étoile, dont les branches sont sensées éloigner le mauvais oeil.
Un fanoos " negma ", modèle qui a toujours beaucoup de succès.
Les fânoos sont de toutes formes, mais aussi de toutes tailles. Ainsi, le modèle appelé « fusée » varie de 1,30m à 10m de haut ! Il est utilisé dans les hôtels, les grands restaurants ou les restaurants touristiques, les boutiques ou encore les tentes de Ramadhan. Les versions en cuivre et verre sont particulièrement onéreuses, entre 600 et 3500 LE8. « El-Borg » est également un modèle de grande taille, surmonté d'un minaret, voué à la même utilisation. Un autre modèle spectaculaire est le « Abû l-welad », un grand fânoos ( le « père » ), de forme quadrangulaire, auquel sont accrochés plusieurs autres plus petits ( les « fils » ), lesquels sont ensuite détachés et disposés au-dessus des convives.
Les fabricants de fânoos travaillent toute l'année pour produire ces ornements indispensables de Ramadhan, même si l'activité connaît des difficultés et que se fait ressentir la difficulté de trouver une main d'oeuvre ayant le savoir faire traditionnel. Au Caire, les principales fabriques, les plus renommées, se trouvent dans les quartiers de Taht el-Rab'e, Sayyeda Zeynab et Bâb el-Khalq ; les villes de Tanta, Mansoorah, El-Mahalla et Alexandrie ont également des fabriques réputées aux modèles originaux.
Je terminerai en citant les propos de Hanaa Khashaba dans l'article du Progrès Egyptien mentionné en références, et où j'ai puisé nombre d'informations :
« En dépit de cette palette de couleurs vivaces et ces multiples formes, le fanous égyptien en cuivre est de retour en force sur scène. Omniprésent, ce fanous est étroitement lié aux coutumes et aux habitudes égyptiennes. C'est pourquoi, nous, population extrêmement affectueuse, optons plutôt pour l'achat de la lanterne égyptienne typique. Non seulement elle est le trait marquant de Ramadan, mais elle évoque aussi en nous les senteurs de nos aïeux et les beaux souvenirs de naguère. »

Références :
- Je vous rappelle que pour consulter les articles du Progrès Egyptien, vous devez rentrer l'année, le mois, le jour et la page sur le site :
* article de Hanaa Khashaba, « Au mois de Ramadan, le fanous, joujou de luxe pour les enfants », in Le Progrès Egyptien du 2 septembre 2008, franç.
* article de Ghada Shoucri, « Ramadan / Le fanous de la belle époque... gagne du terrain », in Le Progrès Egyptien du 21 septembre 2007 page 4, franç.
- article de Heba Fatteen Bizzari, « Ramadan Lanterns » in Tour Egypt, angl.
- article de Giovanna Montalbetti dans Al-Ahram Weekly n°961, 20-26 août 2009, angl.
- des images sur le site Ballade Egyptienne de mon amie Josiane.
Notes :
1- an-Nûr : la Lumière.
2- In Kitab al-Mawa’iz wa al-I’tibar Bi Dhikr al-Khitat wa al-Athar
3- Ramadan est une période durant laquelle, un peu comme dans le Noël chrétien, on fait des cadeaux aux enfants ; ils reçoivent surtout des cadeaux au moment de l'3aid el-Fitr, en particulier de nouveaux vêtements.
4- « Wahawy, ya wahawy » ou « Ramadhân gana » sont des chants traditionnels de cette période en Egypte.
5- sham3 : la cire. > sham3a : bougie. Son nom signifie donc « père de la bougie ».
6- battîkh : melon, pastèque.
7- negma : étoile.
8- Inaccessibles, bien sûr, à la plupart des Egyptiens. Un fânoos courant coûte, pour donner un ordre d'idée, entre 5 et 30 LE.