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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 16:09

Antoine Barthélémy Clot ( 1793-1868 ), plus connu sous le nom de Clot Bey que lui ont donné les Egyptiens, est l'un de ces Provençaux qui se sont illustrés en Egypte. Un destin étonnant qui le mène de Marseille et Brignoles aux rives du Nil.




L'image que l'on a de Clot Bey, tel qu'il a été peint par le baron Gros à l'époque de sa gloire ; dans le fond, l'hôpital qu'il a fondé au Caire. Amoureux de l'Egypte, il adopte le costume turquisant de la cour du Pacha.


S'il naît à Grenoble, c'est à cause de la profession de son père, qui est militaire, mais ses racines sont en Provence. Adolescent, il découvre la médecine chez un ami de son père, le docteur Sapey, ancien médecin militaire, à Brignoles, dans le Var. Puis, en 1812, il se rend à Marseille et entre en apprentissage chez un barbier. Il s'oriente vers des études de médecine qui vont sceller son destin sans qu'il le sache encore : il est admis comme élève externe à l'Hôtel-Dieu de Marseille, devient interne en 1816. Marseille, la porte de l'Orient. Il est rapidement officier de santé pour le port, en 1817, puis obtient son doctorat en médecine à Montpellier en 1820. Il se lie d'amitié avec le professeur Lallemand, qui l'aidera toute sa vie. Devenu chirurgien, Clot enseigne bientôt la chirurgie et l'anatomie à Marseille, menant une brillante carrière au sein des hôpitaux de la ville, en particulier à la Vieille Charité. Mais il se heurte au mépris de la bourgeoisie locale, et démissionne de ses fonctions hospitalières en 1822. Il ouvre alors un cabinet privé qui rencontre un grand succès.



port-Marseille-en-1820.jpg
Le port de Marseille vers 1820, tel que Clot Bey a dû le voir en s'embarquant pour l'Egypte en 1825.


C'est en 1825 qu'il s'embarque pour l'Egypte. Le marchand marseillais Florent Tourneau a en effet été envoyé à Marseille par le Wâli d'Egypte Mohammed Alî pour recruter des officiers instructeurs et des médecins. Clot s'embarque le 21 janvier 1825 sur " La Bonne Emilie " et arrive au Caire le 11 février. Il a emporté avec lui sa bibliothèque et un squelette humain préparé par les bagnards de Toulon, et est accompagné de 20 médecins qui seront placés sous ses ordres. Ambitieux et décidé à prendre sa revanche sur ceux qui l'avaient méprisé, il a l'espoir de faire en Egypte les grandes choses qu'il n'a pu réaliser à Marseille. Mais il va sans le savoir entrer parmi les Français les plus illustres ayant coopéré avec l'Egypte.

Ami de longue date d'un marchand marseillais, Mohammed Alî  a une grande sympathie pour les Français et ils sont nombreux dans son entourage ; de plus, les Marseillais sont présents en Egypte depuis le Moyen Age, ce qui favorise leurs relations avec les Egyptiens. Clot n'arrive donc pas dans un pays totalement inconnu. Son contrat initial prévoyait un séjour de 5 ans : il sera en fait prolongé jusqu'en 1849 ! L'Egypte du début du XIXe s. est bien éloignée des brillantes réalisations médicales du monde musulman médiéval, et ce que le Pasha veut réaliser dans ce domaine est une tâche considérable. La première mission dont s'acquitte Clot est la création du Conseil de Santé, puis il met en place les services de Santé militaire sur le modèle français. Lorsqu'il parvient à soigner Mohammed Alî d'une gastro-entérite, Clot devient non seulement le médecin privé du Wâli, mais aussi son ami personnel : belle revanche, déjà, sur les bourgeois de Marseille !




Le Pacha Mohammed Alî, considéré comme le père de l'Egypte moderne ; ami et protecteur de Clot Bey, il va lui permettre de placer l'Egypte au premier rang de la modernité sanitaire au Mashreq.


Clot crée près du Caire pour les troupes du Pasha le centre hospitalier d'Abû Za'bal, dont il dessine lui-même les plans et qui est inuaguré en 1827. Dans le même temps, il crée un hôpital militaire pour la Marine à Alexandrie. Il fonde au sein de l'hôpital Abû Za'bal une école de Médecine, car son but est de permettre à terme aux Egyptiens de gérer eux-mêmes leurs hôpitaux, et non de les rendre dépendants de puissances étrangères. Le gouvernement prend entièrement en charge les besoins matériels des étudiants, qui suivent un cursus de 6 ans dont les cours, assurés par des Français ou des Italiens, sont dispensés en arabe grâce à l'intervention d'interprètes ; là encore, Clot montre un respect des Egyptiens qui n'est pas courant à son époque. En plus de l'école, il dote Abû Za'bal d'un jardin botanique, d'un cabinet d'Histoire Naturelle et d'une bibliothèque qui dispose de tout ce qui paraît alors en Europe, traduit en arabe par une équipe spécialement recrutée à cette fin.

Clot se heurte bientôt, malgré sa prudence, à l'hostilité des religieux sur la question de la dissection, alors interdite par l'Islam ; pour calmer les choses, Clot utilise les cadavres d'esclaves non-musulmans. Il bénéficie du soutien inconditionnel de Mohammed Alî, qui parvient à convaincre le sheykh el-Aroussy que cette pratique est nécessaire pour les progrès de la science médicale. Ce qui n'empêche pas Clot de manquer d'être poignardé par un étudiant lors d'une séance de dissection.


hopital_abu-zabal_1.jpg
Le centre hospitalier d'Abû Za'bal, près du Caire, la grande réalisation de Clot Bey et Mohammed Alî, qui est à l'origine de l'actuelle Faculté de Médecine du Caire.


En 1830, il fait transférer à Abû Za'bal l'école de Pharmacie du Caire, créée en 1828. Après avoir organisé la médecine militaire, il va désormais s'attaquer au problème de la médecine civile, sur le même modèle.

(à suivre...)
(références et liens dans le dernier article de la série) 

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons franco-égyptiens
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