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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 20:30


A l'entrée du musée, un panneau et des bambous invitent déjà le visiteur à se plonger dans le monde de l'Asie.


Je voudrais aujourd'hui vous faire découvrir un lieu que beaucoup de Toulonnais eux-mêmes ne connaissent pas : le Musée des Arts Asiatiques installé dans l'une des villas de bord de mer du quartier du Mourillon. Pourtant, c'est un petit musée qui réserve bien des surprises à celui qui en pousse la porte, avec des oeuvres tout à fait remarquables qu'on ne s'attendrait pas à trouver ici. Pourquoi un Musée des Arts Asiatiques à Toulon, me direz-vous ? Cela est en fait lié aussi à l'histoire de la ville. En effet, au XIXe s. et au début du XXe s., une partie importante des troupes coloniales avait son port d'attache à Toulon. Cela a eu une influence sur la bourgeoisie toulonnaise, les officiers de marine ayant ramené de leurs voyages lointains des oeuvres d'art, un goût d'exotisme, ainsi qu'il faut l'avouer de mauvaises habitudes comme les fumeries d'opium.


Ganesha et sa Shakti, l'un des très belles statues du dieu hindou de la collection ( Inde du Sud, XVIIIe s. , fragment de char de procession, bois sculpté, 52 x 23 x 14 cm ).

Les collections d'art de la Ville de Toulon remontent à l'Ancien Régime et ont été depuis le XIXe s. regroupées dans le Musée-Bibliothèque construit pour leur présentation au public. Mais ce fonds considérable restait souvent enfoui dans les réserves. C'est ainsi que la ville a eu l'idée de créer de petits musées thématiques de façon à donner accès à des trésors méconnus de ses collections. On ne peut qu'espérer que, comme pour les Arts asiatiques, le futur musée archéologique souhaité de longue date puisse voir le jour.



Le jardin de la Villa Jules Verne depuis l'avenue, avec ses incontournables palmiers et son énorme magnolia : le goût de l'exotisme fait partie intégrante de la culture de cette époque.


La Villa Jules Verne doit son nom au fait qu'elle ait appartenu au fils1, puis au petit-fils du célèbre romancier. C'est une de ces demeures typiques de la fin du XIXe s. et du début du XXe s. qui furent érigées dans le quartier du Mourillon, en bord de mer, mêlant un style architectural hérité de la période haussmannienne et toit à quatre pentes provençal. Son jardin et sa façade principale donnent sur le petit port du Mourillon, à deux pas du fort St-Louis. Son caractère a été pour l'essentiel bien préservé lors de l'installation du musée, en 2001. Le rez-de-chassée conserve ses pièces de réception, avec de superbes boiseries et une cheminée en bois sculpté. A l'avant de la villa, une terrasse permet aux pièces de réception de communiquer avec le jardin. Les plafonds des pièces ont encore leurs riches décors de staff.



La façade principale de la Villa, avec sa terrasse au rez-de-chaussée, ornée de belles ferronneries moulées comme les balcons des étages.

Le fonds provient à l'origine de dons faits à la ville de Toulon par des collectionneurs privés, en particulier des officiers de Marine ayant séjourné en Asie. Les legs les plus anciens sont ceux du baron de Rothschild 2, en 1892, et de Mme Lalande. La plus importante donation fut néanmoins celle, en 1961, des collections d'Hyppolite Fauverge de French3, avec pas moins de 473 oeuvres de qualité ( Chine, Japon, Inde, Tibet ). Après la création du musée, la ville a également pu procéder à de très belles acquisitions. L'art chinois est le plus représenté et occupe la majeure partie du premier étage. Mais les autres cultures d'Asie y figurent avec quantité d'autres merveilles.


Le Boddhisattva Fugen Enmei assis sur une fleur de lotus, porté par quatre éléphants blancs surmontés de rois gardiens ( Japon, époque Edo, bois laqué, doré et polychrome, 52 x 30 x 34 cm, legs Fauverge de French ).



Afin de donner à l'ensemble des oeuvres présentées une cohérence, l'un des fils conducteurs principalement choisis dans l'organisation de leur présentation est le bouddhisme. Mais on trouve aussi de très belles oeuvres hindoues. Le parcours est très bien conçu, et chaque espace dispose d'un panneau d'introduction, avec carte à l'appui, permettant de situer les oeuvres dans leur contexte ; de ce fait, même si l'on n'est pas un connaisseur averti, on peut apprécier cette collection et y accéder avec plaisir. Dans les expositions temporaires, on ne se contente pas de faire référence aux périodes anciennes, mais une large part est également accordée aux artistes asiatiques contemporains. Le petit musée toulonnais joue donc pleinement son rôle à la fois de préservation d'éléments du patrimoine et de passerelle entre l'art ancien et la création contemporaine.


 

L'une des délicates sculptures Tang des collections du musée qui en compte plusieurs ( Tambour à cheval, dynastie Tang, Chine, terre cuite orange avec polychromie, 35 x 30 cm, acquisition du musée ).


Parmi les oeuvres remarquables, des sculptures chinoises Tang, des éléments de décor en bois sculpté et doré provenant du palais d'été de Pékin, une étonnante peinture cambodgienne du XVIIIe s. retraçant un épisode de la vie de Bouddha, quelques beaux Ganesha indiens. L'une de ces oeuvres qui me touchent le plus est une petite tête de Bouddha de style gréco-bouddhique du Gandhara.


Cette petite tête de Bouddha du Gandhara est d'une remarquable finesse (art gréco-bouddhique du Gandhara, Afghanistan, ateliers de Hadda, IIIe-IVe s., stuc, 11 x 0.8 x 0.8 cm, legs Fauverge de French ).


 

Fiche pratique :

Villa Jules Verne – 169 avenue Frédéric Mistral (quartier du Mourillon)

entrée libre – ouvert du mardi au dimanche de 12h00 à 18h00


Rez-de-chaussée : accueil et expositions temporaires

1er étage : collections chinoises (des origines au XIXe s.) et japonaises (du VIIIe s. au XIXe s.)

2e étage : Asie du Sud-est (Birmanie, Thaïlande, Cambodge, Java, Ceylan, Vietnam-Tonkin), Inde (archéologie et XVIIIe-XIXe s.), Tibet et Mongolie.


 

 

Ce portrait d'un mandarin est une des merveilles d'art chinois que l'on peut découvrir dans les collections du musée(Chine, dynastie Ming, XVIIe s., peinture sur soie, 80 x 12 cm, legs Fauverge de French).

Si vous habitez dans la région, ou que vous y êtes de passage, ne manquez pas d'aller visiter ce musée qui mérite vraiment d'être mis en avant. Et pour ne rien gâcher, l'accueil y est très sympathique et chaleureux, ce qui est toujours important à souligner.

Notes :


1- Michel Verne (1861-1925), unique fils de l'écrivain. Il est d'ailleurs mort à Toulon dans cette maison en 1925. De la pianiste Jeanne Reboul, pour laquelle il quitte sa première épouse et avec laquelle il ne se marie qu'en 1890, il aura trois fils, Michel (né en 1885), Georges (né en 1886) et Jean (1892), qui écrira la biographie de son grand-père.

2- La famille Rothschild fréquentait en effet la région ; en 1926, Henri de Rothschild fit même l'acquisition de la bastide de Baudouvin à La Valette, tout près de Toulon, dont nous aurons l'occasion de reparler.

3- Journaliste et grand reporter au journal « Le Temps » à la fin du XIXe s. et au début du XXe s.

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons des Arts
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commentaires

Iskander 23/11/2010 23:09


L'incursion d'Alexandre le Grand en Inde a permis l'éclosion de l'art du Gandhara, mais il a aussi laissé des traces dans la littérature indienne. Ainsi retrouve-t-on l'écho du "Yavana"
(c'est-à-dire le "Ionien noir") dans le Mahâbhârata :

http://www.villemagne.net/site_fr/alexandre-le-grand-dans-le-mahabharata.php


gene 24/11/2009 00:13


je le note , si à l'avenir , nous passons par toulon, on ira le visiter . Il y a un petit musée aussi dans ce style à Toulouse le musée georges labit avec une momie égyptienne qui avait très
impréssionnée mon fils , il osait pas l'approcher.bonne nuit


Kaaper Nefredkheperou 28/11/2009 07:44


Je vous le conseille vraiment, la visite prend relativement peu de temps et les collections sont superbes, dans une très belle maison bien préservée.

Il y a dans beaucoup de villes de petits musées méconnus qui pourtant méritent le détour ; il suffit d'être curieux.

Bonne journée,
Kaaper


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