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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 10:30

Nous poursuivrons aujourd'hui notre évocation des instruments de musique égyptiens à partir des gravures de l'ouvrage d'Edward Lane. Après les instruments à cordes dans le précédent article, ce seront aujourd'hui les instruments à vent et les percussions. Comme nous allons le voir, la plupart sont moins cantonnés que les instruments à cordes à la musique " savante ".

Instruments à vent :



Les flûtes sont de types variés et tiennent une place importante. Le nây ( n° 1 sur la gravure ) est une flûte de roseau dont l'origine remonte à la plus haute Antiquité. On distingue plusieurs types de nây, qui sont déterminés par leur longueur ; Edward Lane a représenté le long nây, souvent appelé " darweeshi " par les Egyptiens car il était employé lors des zikr des derviches sûfi pour accompagner les monshed. L'exemple de la gravure mesure 48 cm de long . Le nây est percé de 6 trous à l'avant, et en général un autre à l'arrière. La zommârah ( n° 2 sur la gravure ) est une flûte double formée de deux roseaux de même longueur liés entre eux et percés de 6 trous chacun ; l'exemple de Lane mesure 36 cm de long, et il précise qu'à son époque il était beaucoup utilisé par les bateliers du Nil.  Enfin, l'arghûl ( n° 3 sur la gravure ) est également une flûte double, mais formée de deux roseaux de longueurs différentes ; le roseau le plus long dispose de trois éléments amovibles permettant de l'allonger ou de le raccourcir ; Lane nous dit qu'il était également employé par les bateliers du Nil, mais aussi parfois lors des zikr  à la place du nây. Les ancêtres de la zommârah et de l'arghûl remontent à l'époque " pharaonique " dont des exemplaires ont été retrouvés lors des fouilles.


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Le zemr était surtout utilisé dans les festivités et les processions - comme sur les gravures montrant l'une un détail d'une procession de circoncision ( à droite ) et l'autre une procession de mariage ( à gauche ). C'est une sorte de hautbois cylindrique à pavillon conique, percé de 8 trous et à double anche de roseau. Sa taille peut varier de 20 à 60 cm et il produit un son très puissant et nasillard. Il est resté très présent dans la musique d'aujourd'hui, et se retrouve, sous d'autres noms, dans tout le Mashreq mais aussi en Turquie et dans les Balkans.

Edward Lane mentionne également une sorte de cornemuse appelée zommârah be-so'an, dont le sac est formé d'une peau de chèvre ; il ne la représente pas et note qu'elle est assez rare en Egypte.


Percussions :

Les percussions jouent depuis toujours un rôle important dans la musique égyptienne, et des Egyptiens sont aujourd'hui encore des maîtres en la matière.


On voit sur ce détail d'une gravure représentant une procession de circoncision deux types de tabl, qui signifie " tambour " en arabe. A droite ( n° 1 ), ce que Lane identifie comme le tabl shâmi, ou " tambour syrien ", sorte de timbale de cuivre couverte d'une peau parcheminée ; il a environ 40 cm de diamètre pour 10 cm de hauteur maximale ; il est suspendu au cou du musicien par une corde attachée à des anneaux placés sur le côté de l'instrument, et se joue à l'aide de deux baguettes fines. A gauche ( n° 2 ), le tabl baladi, ou " tambour égyptien ", qui a un peu la forme des tambours militaires occidentaux mais moins profond, lui aussi couvert d'une peau parcheminée ; il est suspendu à l'oblique sur l'épaule du musicien par une lanière de cuir qui l'entoure et est frappé par une baguette ou une lanière de cuir.


Sur ce détail d'une autre gravure représentant une procession de mariage, on retrouve le tabl shâmi ( n° 1 ) et le tabl baladi ( n° 2 ), ainsi qu'un autre type de tabl appelé bâz ( n° 3 ) ; c'est un petit tambour de 15 à 18 cm de diamètre, tendu d'une peau parcheminée, qu'on tient sous le bras gauche et qu'on frappe de la main droite avec une baguette ou une lanière de cuir.





Voici à présent deux gravures présentant l'une des percussions les plus emblématiques de la musique égyptienne, et orientale en général, la darabokkeh. Ce tambour a une base cylindrique et une partie supérieure évasée qui était traditionnellement tendue en Egypte d'une peau de poisson, tandis que l'extrémité inférieure reste ouverte. L'exemple de gauche est un modèle soigné incrusté de nacre, d'écaille de tortue, d'os et d'ivoire, utilisé dans les milieux aisés, en particulier dans les harem. Celui de droite est un modèle plus simple en terre cuite, celui utilisé dans les milieux populaires, par les conteurs et les bateliers du Nil. Leur taille est variable, d'une 30aine de centimètres de haut à 46 cm pour les grands modèles utilisés dans la musique de harem.


Et pour terminer, deux instruments qui remontent à l'Antiquité et connaissent de multiples variantes. Les sâgât ( n° 1 )sont ces castagnettes métalliques circulaires utilisées par les danseuses et danseurs aujourd'hui encore. Le târ ou reqq ( n° 2 ), tambourin muni de 5 groupes de deux paires de cymbales de cuivre ; sa particularité est qu'il se joue des deux mains : les doigts de la main qui le tient frappent la peau près du cadre tandis que ceux de l'autre main la frappent au centre, ce qui permet de moduler le son. Le cadre en Egypte est traditionnellement très orné, incrusté à l'intérieur comme à l'extérieur de nacre, d'écaille de tortue, et d'os ou d'ivoire. A l'époque de Lane, au début du XIXe s. , on fait encore la distinction entre le târ, qui semble plus grand et plus soigné, joué essentiellement dans les harem, et le reqq, plus petit et plus simple ; par la suite, on n'a conservé en Egypte et au Mashreq que l'appellation de reqq, nom sous lequel cet instrument est connu aujourd'hui.

Edward Lane mentionne enfin sans le représenter un dernier type de percussion, les nuqâqeer ( sing. naqqârah ), deux timbales en cuivre de dimensions différentes ( 60 cm de diamètre pour la plus grande et 45 cm pour la plus petite ) qu'on retrouve sous différents noms dans tout l'Orient, jusqu'en Inde. Présentes lors des grandes processions religieuses, en particulier celle du Hagg, elles étaient autrefois placées sur le dos d'un chameau, fixées à l'avant de la selle, la plus grande étant placée à droite.


Nous reviendrons ultérieurement sur certains de ces instruments, en particulier sur leurs différentes formes et appellations dans le monde arabe et méditerranéen, et parfois au-delà. Mais il m'a semblé dans un premier temps intéressant, suite à une suggestion de notre amie Gene, d'en faire un premier tour d'horizon à travers les gravures anciennes d'un document très intéressant sur l'Egypte du début du XIXe s.


Source des gravures et des remarques d'Edward Lane :

Edward William LANE, An Account of the Manners and Customs of the Modern Egyptians, éd. Charles Knight & Co., 1836, vol. 2 chap. V 

que vous pouvez consulter en libre accès en particulier sur l'excellent site
Travelers in the Middle East Archives  (TIMEA) de la Rice University de Houston, dont nous reparlerons car il fourmille de documents passionnants et rares sur l'Orient d'autrefois. 
 

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Musiques des Horizons
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commentaires

gene 27/11/2009 22:27


merci pour ce super article . j'ai fait un peu le tour , certains instruments se retrouvent sur tout le pourtour méiterranéen, notamment les timbales, les tambourins , les flûtes , reste à voir ce
qui va pouvoir faire une composition . bonne soirée


Kaaper Nefredkheperou 28/11/2009 07:17


afwan, comme on dit en égyptien
Et surtout merci à vous de m'avoir donné l'idée de traiter par l'image un sujet que je voulais aborder depuis longtemps.
Effectivement, la plupart de ces instruments se retrouvent tout autour de la Méditerranée : le zemr égyptien, par exemple, est appelé zurna en Turquie, ghayta au Maghreb, karamouza en Grèce, etc.
Soit ils sont d'origine antique (Mésopotamie, Egypte, Grèce et Rome), soit ils ont été diffusés dans le monde musulman et de là en Europe. Effectivement, votre choix risque d'être difficile ; à
moins peut-être de choisir justement ce qui constitue une culture musicale aux origines communes.
Bonne journée,
Kaaper


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  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou sur les flots de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon, les horizons divers... Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
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