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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 00:56

Boulaq... Un nom qui ne nous dit plus grand chose aujourd'hui, mais qui fut autrefois le poumon commercial de l'Egypte et plus tard le passage obligatoire de tous les voyageurs arrivant d'Alexandrie. La carte postale que j'ai choisie montre le port de Boulaq en 1907, avec les felouques amarrées aux quais. Une carte colorisée comme on les aimait à l'époque et qui nous semblent si charmantes. Dans celle-ci, les couleurs, habituellement assez criardes, sont traitées de façon plutôt subtile. 



boulaq-1907.jpg




Le port fut fondé à l'époque mamlûk, au nord de Misr el-Qadima (la vieille ville issue de la forteresse antique) et à l'ouest de la ville médiévale, face à l'île de Gezira (appelée aussi d'ailleurs "Gezirat Bolaq", île de Boulaq). A l'origine, Boulaq était devenue grâce au port une bourgade de la banlieue cairote, qui ne tarda pas à être absorbée par la capitale égyptienne ; aujourd'hui, Boulaq est un des quartiers du Caire. C'est à Boulaq qu'étaient débarquées et embarquées les précieuses marchandises qui affluaient vers l'Egypte à une époque où elle contrôlait encore une partie du commerce entre Orient et Occident ; des produits du monde entier s'y échangeaient. Le port connut son apogée au XVIe s. , puis déclina après la découverte du passage par le contournement de l'Afrique par les Portugais, pour perdre totalement son importance aux XVIIIe et XIXe s. 


Au XIXe s. et au début du XXe s. , la plupart des voyageurs venus visiter l'Egypte arrivaient au Caire par voie fluviale depuis Alexandrie, le port de mer qui était pour eux la porte du pays. Pratiquement tous les récits de voyageurs nous parlent du port de Boulaq.


Je ne résiste pas à l'envie de vous proposer un exemple d'un tel récit :

"Les ports de Boulaq et du Vieux Kaire offrent d'autres distractions. C'est sur leurs rives que se débarquent les produits du Delta et de l'Europe, de la Nubie et du Saïd. Dans les vastes okels ou magasins destinés à les recevoir, règne une activité prodigieuse. (...) Les bords du fleuve sont encombrés de chaloupes et de djermes* richement chargées, pendant que d'autres embarcations, livrant leurs voiles triangulaires à la brise, refoulent le courant, et se croisent dans toutes les directions." (in Louis Reybaud, Histoire scientifique et militaire de l'Expédition française en Egypte, tome III pp. 249-250 , éd. Gagnard-Dénain, Paris, 1830). * au XIXe s., barque égyptienne à deux mâts.


Enfin, c'est, et nous en reparlerons plus longuement dans un prochain article, à Boulaq que Mariette Pacha créa le premier embryon du futur musée archéologique égyptien du Caire, avant que ne soit construit le bâtiment actuel.



boulaq-1907-detail.jpg

La carte, comme le montre le tampon, a été postée de Boulaq le 13 novembre 1907... il y a 100 ans, c'est émouvant, non ?



Voici un
lien qui vous permettra d'avoir des vues anciennes de Boulaq, ainsi que des plans anciens, sur le site Egypte d'antan.


Encore une carte postale qui nous amène à découvrir des fragments de l'histoire de l'Egypte...

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Published by Kaaper Nefredkheperou - dans Horizons des Objets
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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 01:07

J'attache une importance aux objets pour leur beauté propre ou pour l'histoire qu'ils racontent, tout à fait indépendamment de leur valeur marchande, qui n'a aucune importance à mes yeux. Ainsi le couloir est devenu une sorte de soukh dans lequel se retrouvent juxtaposés des objets évoquant souvenirs et passions, voisinant avec mes chers livres et les dossiers de recherche. Bien entendu, l'Egypte y a sa place, une parcelle d'Egypte au coeur d'un village provençal. Et c'est par elle que j'entamerai cette catégorie des Horizons des Objets.


egypt-04.jpg


Il y a quelques-uns des livres sur l'Egypte, ces livres qui sont omniprésents. L'Egypte antique y côtoie celle de l'orientalisme ou de l'égyptomanie, ou l'Egypte d'aujourd'hui. Quelques-uns feront l'objet d'articles spécifiques, car ils sont une mine d'informations que je vous recommanderai si vous ne les connaissez pas déjà. 



egypt-03.jpg



Autour d'eux s'articulent divers souvenirs ramenés d'Egypte lors de mes deux voyages, mêlant là encore tous les aspects de ma passion pour ce pays, sa civilisation, son histoire et son peuple. Les flacons à parfums dans lesquels ont pris place les huiles parfumées. Des vases en verre soufllé à l'ancienne réalisés par un des derniers artisans de la Cité des Morts du Caire travaillant selon des techniques antiques et achetés près du mausolée de Qayit Bay, comme nous en verrons le récit. Un vase en albâtre acheté à Louqsor, une belle pièce dans cette noble matière qu'affectionnaient les anciens Egyptiens. Un fanûs ramené d'Aswân et un riqq marqueté de Louqsor, une gravure représentant une vue du Caire médiéval achetée à la librairie du Musée Egyptien du Caire. A côté de ces belles pièces, du kitsch touristique, offert par des marchands ou acquis de guerre lasse à des vendeurs ambulants un peu trop insistants : ankh et mini-ushabti en faïence, statuette de Bastet en résine, petites pyramides... Sans oublier le drapeau égyptien trouvé à l'aéroport du Caire avant le départ. 

egypt-01.jpg

Le fanûs (lanterne) d'Aswân et le riqq (tambourin) de Louqsor...


Et puis pour finir, un souvenir humain. Des colliers de jasmin séchés, offerts par Josiane et une vendeuse ambulante égyptienne qu'elle connaît. Josiane lui ayant dit que j'apprenais l'arabe, elle m'avait demandé de dire quelques mots ; un peu intimidé, je lui ai dit : "atkallamu l-arabiyy shwayya shwayya bass" ("je ne parle qu'un tout petit peu arabe"), et elle m'a répondu que c'était bien mais que je parlais plutôt en fusHa (arabe littéral) et qu'il fallait que j'apprenne le masri (arabe égyptien) - j'ai appris depuis qu'en masri il aurait fallu dire : batkallem arabiy shwayya bass. Souvenir donc d'une rencontre, avec Josiane et cette inconnue égyptienne, aux portes du Khân...

egypt-02.jpg

A droite, les colliers de jamin séchés, et bien sûr le drapeau égyptien (la jambiya, ou poignard, n'est pas égyptienne mais marocaine).


D'autres objets égyptiens se trouvent ailleurs dans ce cocon qu'est l'endroit où je vis. Mais là, c'est ma petite parcelle d'Egypte - encore en construction, d'ailleurs...
 Et puis il y a celle qui est dans mon coeur, qui porte tous les visages et les lieux aimés là-bas ; mais celle-là, elle me suit partout...

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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 10:50
 
La première des cartes postales anciennes sur l'Egypte de ma collection que je choisis de vous montrer témoigne d'un événement qui était autrefois très marquant chaque année en Egypte : la procession pour le départ de la Kiswah, cette étoffe précieuse qui recouvre la Ka'aba dans le sanctuaire de La Mecque. Ce cliché qui date d'environ 1906 est un témoignage historique, car cette coutume a aujourd'hui disparu. Et une nouvelle occasion de faire des recherches pour comprendre l'image que l'on a sous les yeux.









Selon une tradition pré-islamique commune à tout le Mashreq, la
Ka'aba, lieu le plus sacré pour les musulmans, est recouverte d'une étoffe, la Kiswah, dès l'époque du Prophète. L'étoffe se fait de plus en plus précieuse, en soie brodée d'or ; depuis les abbassides, au IXe s., cette étoffe est de couleur noire. C'est à partir du règne du sultan ayyubide égyptien el-Malik es-Salih Nagm ed-Dîn Ayyûb (sultan de 1240 à 1249) que la Kiswah est traditionnellement fabriquée chaque année en Egypte et emportée par une caravane jusqu'à La Mecque juste avant le grand pélerinage du Hagg. Son départ du Caire donnait lieu à une grande procession, appelée le Mahmal. A l'époque mamlûk, le sultan assistait au départ de la Kiswah depuis la plate-forme de Bâb Zuweyla, porte par laquelle l'étoffe sacrée quittait la ville. La tradition de fabriquer la Kiswah en Egypte et de fêter son départ par le Mahmal s'est maintenue jusque dans les années 1960, date à laquelle Abdel Azîz ibn Sa'ud, roi d'Arabie, décida que dorénavant l'étoffe devrait être fabriquée en Arabie Saoudite. Le mécontentement des Egyptiens n'y fit rien, et de ce fait la tradition qui remontait au Moyen Age disparut. 


procession-holy-carpet-cairo-det-copie-1.jpg


La Kiswah, protégée par un dais, et son cortège de chameaux.
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31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 13:51

J'entamerai cette catégorie avec une monnaie qui est des préférées de ma collection. Elle nous vient d'Egypte et a été frappée au Caire au Moyen Age, sous la dynastie Mamluk. Une monnaie, c'est un fragment d'histoire ; outre son histoire propre, elle nous raconte un moment.

 

al-mansur-Qala-un1.gif


Il s'agit d'un dirhem d'argent frappé au Caire sous le règne du sultan mamluk el-Mansûr Seyf ed-Dîn Qala'un (1279-1290), de la dynastie des Bahri Mamluk.


al-mansur-qala-un2.gif

Qui est ce sultan égyptien du XIIIe s. ? D'origine circassienne, il s'approche du trône en étant nommé régent du fils et héritier du sultan Baybars, el-Adel Badr ed-Dîn Salamish ez-Zahir, encore trop jeune pour régner seul. Très vite, Qala'un évince le jeune prince et se proclame sultan. Sa politique extérieure vise à conforter le pouvoir des Mamluk d'Egypte. Il conclut une alliance avec Byzance pour contrer les Ilkhanides d'Iran, contient une poussée des Mongols en Syrie, où il prend aux Hospitaliers de St-Jean la forteresse de Marqab, puis conquiert la ville de Tripoli de Syrie. Malgré tout, il prend soin de renouveler la trêve avec les chrétiens de St-Jean d'Acre, afin de favoriser les échanges commerciaux avec l'Occident. Malheureusement, ceux-ci font appel à des renforts après la chute de Tripoli et persécutent les Arabes d'Acre, tant chrétiens que musulmans. Qala'un n'a plus alors d'autre choix que de marcher sur la ville avec ses troupes, comme le lui conseillaient les émirs mamluk. Tombé malade, il meurt durant le voyage, et c'est son fils et successeur, el-Ashraf Salah ed-Dîn Khalil ibn Qala'un, qui prendra Acre en 1291.

casque-qala-un.jpg

Le casque du sultan Qala'un.



Au Caire, on peut encore voir l'un des monuments majeurs de son règne, le complexe de Qala'un, situé au coeur de la ville médiévale, shari3 el-Mu'izz et construit de 1283 à 1285. Il comprend une mosquée, une madrasa, un mausolée et un maristan (hôpital). Nous reparlerons dans un article spécifique de ce monument, qui est un des joyaux de l'architecture mamluk.



compl-qala-un.jpg

Le complexe de Qala'un au Caire (1283-1285).

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